lundi 19 septembre 2005

L'Invasion chinoise ?


Dans un éditorial du 1er septembre , M. Pierre Pujo de l'Action Française, s'émeut de l'attaque que subissent les manufactures textiles françaises de la part de l'industrie chinoise. Il a raison. Et pour la chaussure, pas moins.
Il fait porter la responsabilité sur le libre-échangisme et ses fourriers bruxellois, fidèles chiens courants des nations marchandes anglo-saxones. Il a raison.
Mais nous jouerons suffisamment d'audace pour reprendre les points de l'argumentaire, car il est trop de choses qui n'ont pas été dites.

Réhabilitation des quotas ?

Le démantèlement des quotas (textile, céramique et beaucoup d'autres) participent d'un accord mondial appelé autrefois le GATT et qui a fait l'objet d'une large ratification mondiale sous l'égide de son dernier avatar, l'Organisation Mondiale du Commerce, OMC. Pourquoi le GATT ?
Parce qu'il a semblé aux dirigeants du monde libre que la facilitation des échanges internationaux n'avaient que des avantages. La mise en affaires des nations pouvait aplanir les tensions bilatérales, les contentieux de tous ordres, même si elle n'était pas le remède miracle. L'ouverture progressive et réciproque des marchés permettait certes un abaissement des coûts profitable au consommateur comme le reconnaît M. Pujo, mais elle permettait d'abord une rationalisation des productions par changement d'échelle, une expansion mondiale de la machine-outil en tous domaines, et à la fin, la possibilité aux pays pauvres de produire à hauteur des attentes du marché mondial par la simple importation des techniques de production, lignes comprises.

La venue sur le marché de nations laborieuses produisant sur machines modernes était en perspective depuis le début du GATT. Aussi furent dressés divers freins à l'expansion débridée des productions du tiers-monde par le maintien de droits de douane et la mise en place de quotas. Le plus célèbre est l'AMF, l'accord multifibre. Mais bien sûr, nul n'a jamais prévu que le dispositif durât mille ans ! Et tous les producteurs des pays riches furent avertis moultes fois que les droits étaient régulièrement réduits afin d'obtenir les mêmes contreparties de la part de ces pays émergents à l'importation sur leur sol de nos productions sophistiquées, et que les quotas eux-mêmes arriveraient bientôt à échéance.
Que s'est-il passé du côté des producteurs, limitons nous aux producteurs européens, dans cette perspective ?
Rien !

La concurrence ressentie déjà de la part des Chinois, Thaïlandais sinon Vietnamiens les a poussés à délocaliser leur production en Tunisie, Yougoslavie. Puis plus loin en Turquie. Puis plus loin ... sans vraiment se soucier du fond du problème. Savoir qu'on ne pouvait lutter à terme contre la production en masse d'articles produits en qualité croissante dans l'usine du monde que représente l'empire du Milieu restauré. Et qu'il fallait innover autant que possible; mais qu'à l'impossible nul n'étant tenu, il fallait envisager aussi de se reconvertir dans un autre secteur industriel. Nenni !
Les producteurs faillis se sont reconvertis en négociants-importateurs pour continuer à capter de la marge sur le flux de marchandises qu'ils ne produisaient plus, et la plus grosse activité textile sur le sol français est maintenant l'importation et le magasinage.
Ceci est vrai pour les trois pays latins. Les pays dits "du Nord" ont compris depuis longtemps - sont-ils plus intelligents ou sommes-nous particulièrement bouchés - et misent leur génie national dans des filières de pointe promises à meilleur avenir. En France nous créons des poles en pensant que l'inovation est sur décret !

Comme le disait un intervenant sur le forum Vive Le Roy - le meilleur pour l'instant des forums de la mouvance monarchiste - ce que l'un vend l'autre l'achète. Et le consommateur français ne semble pas préoccupé outre mesure par la mise à pied de milliers d'ouvriers du textile ou de la chaussure, quand il décroche ses articles aux potences des grandes surfaces. Pour lui, cela reste un phénomène purement médiatique tant qu'il n'est pas lui-même jeté à la rue ! Ce qui n'empêchera pas le Régime de lui demander son avis sur cette situation "inextricable" à l'occasion d'élections ou de referendum, d'en tenir compte, et même d'y appuyer un programme de gouvernement !


Pour l'instant haro sur l'importateur "cosmopolite" qui saigne l'industrie "nationale".

Mais face à cette invasion mollement combattue par la Commission, faut-il provoquer une crise interne à l'Union européenne comme le demande l'Actuion Française 2000 ? L'Etat supranational doit-il endosser la cuirasse des états nationaux même passablement rouillée et monter au rempart ? C'est très courant comme voeu dans le mouvement souverainiste que cet appel à l'Etat-protecteur, comme dans le camp opposé l'est tout autant l'appel à l'Etat-providence. Tous les camps en appellent à l'Etat ! Mais en vain et peut-être à contresens !

Car si la préférence communautaire est un cheval de bataille de première force, il dispute la ligne d'arrivée à un autre tout aussi galopeur : l'immigration.
Les développements sont toujours plus copieux sur l'immigration. Et tout le monde en parle pour être "dans le coup"; mais si mal.


Le démantèlement des filières d'immigration.

Boucher les fuites d'une digue avec ses deux mains limite le nombre de trous sur lesquels on peut agir, à deux. Si les trous sont nombreux il faut plus de monde et s'ils se multiplient, encore plus, jusqu'à la limite des ressources de lutte à la digue disponibles. Si ça fuit, c'est d'abord que de l'autre côté de la digue, l'eau est plus haute que de ce côté-ci. Un Belge dont j'ai oublié le nom et je prie sa hoirie ou lui-même (si?) de m'en excuser, a écrit des quantités de pages sur l'entropie. Une sorte de coalescence de toutes choses en leur moyenne, un équilibre (fatal) finalement stable, le syndrome du plomb ou la mort des réactions chimiques, en plus court: la Quête du Gris ! Et dans ce monde à portes ouvertes, l'entropie est sans doute applicable aux niveaux de vie.

Les vannes de l'aisance compensent les niveaux de vie respectifs des nations. De deux manières. L'une par transfert des moins-lotis chez les mieux-lotis, les premiers tapant dans la gamelle des seconds jusqu'à finir par appauvrir ceux-là autant qu'eux, les premiers, se désappauvrissent (on ne peut pas dire "s'enrichissent") ; c'est l'immigration, l'émigration, la migration.

L'autre manière de compenser est atteinte par le transport de biens et le flux inverse et corrélé de valeurs; c'est le libre-échange.

Pour les âmes simples, disons que plus le libre-échange fonctionne et permet aux nations émergentes de produire avec succès pour le marché mondialisé, plus elles font travailler leurs citoyens et les conservent chez elles, et moins ils auront la tentation d'émigrer. Il faut que le différentiel de niveau de vie - car il en subsistera toujours un, dû aux conditions géographiques, historiques ou civilisationnelles - soit acceptable comparativement à la peine que procurerait l'arrachement à sa patrie, à son environnement familial, à son terroir. Tant que ne sera pas atteint ce niveau accepté d'étiage, il y aura communication des vases des nations.

La seule réponse à l'immigration est donc dans le développement sérieux et relativement rapide des pays du tiers-monde. Qui passe par l'ouverture de nos frontières à leurs productions, après que nous ayons favorisé leurs investissements dans des lignes de production compétitives. C'est la même chose pour la libéralisation des productions agricoles et la réduction des subventions européennes et américaines à leurs producteurs nationaux pour laisser respirer les paysanneries du Sud (il faudra revenir là-dessus une prochaine fois).

Contradiction

Appeler à la préférence communautaire en freinant le libre-échange, et au même moment dénoncer l'immigration (ou ses dérives) est un discours corne-cul, à la limite de la courte-vue (un autre mot a été censuré). Dans ce combat souverainiste aux frontières, la Cause royaliste se fourvoie. Le vrai front est ailleurs.

Il faut souhaiter que le prince qui se prépare, ne se laisse jamais enfermer dans cette contradiction burlesque et forme ses convictions pour un gouvernement du XXIème siècle, dans un environnement économique inédit de mémoire d'homme.
Les recettes du passé à cet égard seront de peu d'utilité.

L'imagination au pouvoir : Vive le roi.

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