samedi 25 février 2006

Adeline raconte Marie-Antoinette

couverture du livreYves-Marie Adeline publie un ouvrage sur la reine méconnue, Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine, décapitée par la Convention le 16 octobre 1793 à l'âge de 37 ans.
En cinq actes inspirés des propos de Marie-Antoinette notamment pendant sa détention, l'auteur nous fait partager l’intimité d’une reine demeurée digne et lucide jusque dans la mort. Une vraie leçon de courage et de maintien dont l’intensité dramatique anéantit la légende dorée révolutionnaire.

Marie-Antoinette
Yves-Marie Adeline
Éditions de Paris
18€


L'école de la République s'est efforcée de noircir le portrait pour se faire pardonner le crime abominable de son exécution. Politiquement la monarchie était à bas quand Louis XVI dut monter à l'échafaud le 21 janvier 1793. Qu'était-il besoin de s'en prendre à la reine, n'avait-elle pas expié ses péchés dans les tourments de sa captivité ? Pour apaiser la populace ? On n'apaise la populace qu'en chargeant à mitraille. La dignité qu'elle montrera jusqu'au dernier jour sera la meilleure plaidoirie en sa faveur. Ces gens n'étaient pas du même monde et ne pouvaient se comprendre. La République s'est souillée à jamais par ses torrents de sang.

La quatrième fille de l'impératrice d'Allemagne arrive à 14 ans à la cour de Versailles en 1770 pour épouser le timide et très instruit dauphin Louis Auguste qui n'en a que 16. Versailles est presque le contraire de Schönbrunn, c'est encore un théâtre grandiose. Sa mère lui adresse ses recommandations, le 4 mai 1770.
« Vous voilà donc où la Providence vous a destinée de vivre. Si on ne s'arrête que sur le grand établissement, vous êtes la plus heureuse de vos soeurs et de toutes les princesses... Du dauphin je ne vous dis rien ; vous connaissez ma délicatesse sur ce point ; la femme est soumise en tout à son mari et ne doit avoir aucune occupation que de lui plaire et de faire ses volontés. Le seul vrai bonheur dans ce monde est un heureux mariage ; j'en peux parler. Tout dépend de la femme, si elle est complaisante, douce et amusante».

L'épousée prend l'appartement de la Reine et se soumet à l'étiquette royale pour laquelle à son âge on ne peut avoir tant de goût. Elevée en famille chez Marie-Thérèse de Habsbourg, elle n'aura de cesse de rechercher l'intimité de sa propre cour qui deviendra vite une coterie. Est-elle délaissée par son époux, pas exactement, mais pour des raisons cliniques qui ne sont de son fait, elle devra attendre onze ans avant d'accoucher. Ces difficultés matrimoniales et sa quasi-rupture d'avec la "grande" Cour la laisseront exposée aux fermentations dynastiques qui empestent l'atmosphère, et les libelles pires que des mazarinades viendront bientôt courir les cabinets où l'on glousse. Provence s'en réjouit, s'il n'en fut pas l'originateur, et il est dommage pour sa trace dans l'histoire, que le futur Louis XVIII, roi intelligent, se soit prêté à ces vilenies. Du duc d'Orléans qui s'y mit aussi, on n’attendait pas moins. Il poursuivra son entreprise de destruction de la monarchie absolue jusqu'à accabler sa descendance d'une tache indélébile.
« Nous sommes, écrit-elle en 1775, dans une épidémie de chansons satiriques. On en a fait sur toutes les personnes de la Cour, hommes et femmes, et la légèreté française s'est même étendue sur le Roi. Pour moi, je n’ai pas été épargnée. On m’a très libéralement prêté les deux goûts, celui des femmes et celui des amants ». La naissance du premier dauphin en 1781 déchaînera la pire haine, qui éclaboussera à dessein le comte d'Artois, jeune frère de Louis XVI.

Louis XVI se passionnera pour ses mécaniques et la géographie. La reine en gardera une certaine prévention à l'égard de l'éducation trop poussée pour écrire un jour à la marquise de Tourvel :
« On a toujours accoutumé mes enfants à avoir grande confiance en moi et, quand ils ont eu des torts, à me le dire eux-mêmes. Cela fait qu’en grondant, j’ai l’air plus peinée et affligée que fâchée. Je les ai accoutumés à ce qu’un oui ou un non prononcé par moi est irrévocable ; mais je leur donne toujours une raison à la portée de leur âge… Mon fils ne sait pas lire et apprend fort mal, mais il est trop étourdi pour s’appliquer. Il n’a aucune idée de hauteur dans la tête, et je désire fort que cela continue: nos enfants apprennent toujours assez tôt ce qu’ils sont ».

Marie-Antoinette à 29 ansLa reine qui oublie trop souvent qu'elle est La Reine, vivra entre ses Cabinets, Hameau et Petit Trianon parmi ses amis. Remarquable épistolière, elle laissera une volumineuse correspondance qui nous fait comprendre qu'elle avait reçu une excellente éducation classique et française à Schönbrunn. Sa mère lui fait ses remontrances qu'elle ignore, bien qu'elle l'assure en retour de son affectueuse obéissance. Ceci dévoile aussi un caractère dissimulé et intrigant qui lui portera tort.

L'affaire tourne mal comme on sait. Mais elle écrira jusqu'au bout, et la cruauté des situations exacerbera sa frénésie de plume jusqu'à se plaindre à la fin, que la Convention lui ait retiré plume et papier.

Des Tuileries elle écrit "politique" à son ami le comte Axel de Fersen.
« 19 avril 1792,
Les ministres et les jacobins font déclarer demain au roi la guerre à la maison d'Autriche, sous prétexte que par ses traités de l'année dernière elle a manqué à celui d'alliance de cinquante-six, et qu'elle n'a pas répondu catégoriquement à la dernière dépêche. Les ministres espèrent que cette démarche fera peur fera peur et qu'on négociera dans trois semaines. Dieu veuille que cela ne soit point et qu'enfin on se venge de tous les outrages qu'on reçoit dans ce pays-ci ! Dans ce qui sera dit-on se plaint beaucoup des procédés de la Prusse, mais on ne l'attaque pas.
»

Après l'envahissement des Tuileries par les Sans-Culottes, encore à Fersen.
« 21 juin 1792,
J'existe encore, mais la journée du 20 a été affreuse. Ce n'est plus à moi qu'on en veut le plus, c'est à la vie même de mon mari. Ils ne s'en cachent plus. Il a montré une fermeté et une force qui en a imposé pour le moment, mais les dangers peuvent se reproduire à tout moment. J'espère que vous recevez de nos nouvelles. Adieu. Ménagez-vous pour nous, et ne vous inquiétez pas sur nous.
»

Dans l'adversité, elle se bat avec énergie, désordre et imprudence quand son époux, accablé, passe au stade d'une contemplation de sa dignité dans l'au-delà. Le testament de la Noël 92 est un d'abord plaidoyer du roi destiné au concierge du Ciel. Elle, redeviendra une épouse pieuse conservant jusqu'au bout ce soupçon de frivolité et d'impertinence qui faisait à la fois son charme et nourrissait l'agacement de ses adversaires. Elle tiendra tête au procureur qui la somme de répondre à l'accusation d'inceste. « «Si je n'ai pas répondu, c'est que la nature se refuse à une pareille inculpation faite à une mère». Et se tournant vers le public, la réplique fameuse :
«J'en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici ».
Les tricoteuses en seront remuées; pas assez cependant pour la sauver de l'épilogue tragique.

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