lundi 20 février 2006

La raison et le coeur

Le millénaire capétien (1987) et la résurgence du mouvement légitimiste en la distinguée personne du prince Alphonse de Bourbon et de son jeune fils, Louis-Alphonse, rencontra un écho véritable dans la Nation au point que bien des édiles soutenus même par la Présidence, déclarèrent une sincère affection à l'endroit de la tradition capétienne. Cette réaction inattendue des milieux politiques surprit même par son ampleur la "contre-révolution" littéraire, mais conduisit à une exacerbation des antagonismes entre les maisons rivales. Quelle pitié en ces temps propices à la communion !
Au milieu des réactions les moins prévisibles, pour prévenir d'autres avanies, et le schisme définitif, un "pur" se leva des ruines de Fontevraud tel un nouveau Bernard l'Ermite, pour prêcher l'union et la croisade sous toutes bannières. Il aurait dû prévoir une année sans guerre chaque trois ans, comme on le fit au Moyen Âge, d'un jour par semaine sans étripage.
Il édicta une charte en forme de protocole de paix des mousquetaires. Les rouges d'Orléans, les blancs d'Anjou, les bleus de Parme, les verts de Deux-Siciles, et puis les jaunes de la Providence, les pourpres de Berry et les noirs du connétable du bout du monde. Le texte en est très beau. Il est dommage qu'il ne s'applique qu'aux troupes et pas aux princes eux-mêmes. Mais a-t'il in petto l'ambition d'y parvenir, l'avenir nous le dira.


"Charte de Fontevrault Fidélité-Unité royale


Parce qu'il faut prier comme si tout dépendait de Dieu et agir comme si tout dépendait de nous (Lyautey);
Parce que ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous sépare;
Parce que le temps passé par les royalistes à se déchirer les uns les autres est du temps gaspillé qui pourrait être mieux consacré.

Les signataires de la Charte s'engagent :

1- à rester fidèles au service du prince et de sa descendance qu'ils ont choisi en leur âme et conscience ;
2- à s'abstenir de toute querelle dynastique qui ne saurait qu'être préjudiciable à la restauration monarchique en France ;
3 - à mettre en valeur, au besoin en les suscitant, les actions communes entreprises par tous les royalistes soucieux de l'avenir du trône de France ;

Pour ce faire, les signataires présents et à venir de cette Charte se réuniront le plus souvent qu'il leur sera possible au coeur du jardin de la France, à l'ombre de l'abbaye royale de Fontevraud.
Lors de cette réunion, d'où toute discussion dynastique sera bannie, nous apprendrons à vivre ensemble et à faire de nos différences des richesses.

Il n'y a qu'un seul but, mais il y a plusieurs chemins : Fontevrault est l'image du but unique, nos fidélités différentes mais complémentaires sont les chemins qui nous y conduiront.
La Charte de Fontevrault est héritière, au même titre que les autres mouvements royalistes, de la tradition royale, parce que chrétienne, de la Monarchie française.
Pour son compte, elle entend assumer, avec une volonté farouche, cet héritage :
D'où l'appel qu'elle lance aux royalistes d'avoir, avant toutes choses, à se comporter en chrétiens en mettant en application dans leur vie politique ces deux commandements issus du Pater :
a) pardonner les offenses faites par les militants qui servent un autre Prince que le nôtre,
b) s'en remettre à Dieu du point de savoir qui doit régner sur le trône de France;
Que la Volonté de Dieu soit faite sur le trône comme au Ciel.

le 25 août 1988, en l'abbaye royale de Fontevraud

Ce sont les engagements 1 et 2 (cf. supra) qui coincent. Que le prince veuille la querelle pour en finir au nom du bien de la France, et le conjuré est parjure. La charte serait d'application si les maisons royales avaient elles-mêmes passé un protocole d'accord sur la préséance du mieux placé au moment d'une imminente restauration/instauration avec quelques règles décidées à froid, à la fois pour juger du meilleur placement, et pour organiser le lendemain afin que ne sourde aucune revanche. On me fait signe que c'est beaucoup demander. Au lieu de quoi, ..., nous en resterons là de nos aigreurs.
L'engagement troisième est obligatoire dans ce modèle d'exercice mais incite plutôt à la contemplation. Normal dans une abbaye.

On ne peut invoquer que trois principes pour réclamer "la préséance".

Le Doigt de Dieu ;
La Loi des Hommes ;
La Force du Nombre.
Seule l'absence de choix dynastique dispenserait de passer en revue ces trois principes. Laissons Dieu se gratter le menton du doigt. Il s'interroge dans doute aucun, et son vicaire plus encore qui est maintenant si proche de nous. La Loi a le grand défaut d'être multiple et formée - que nos saints rois me pardonnent - de bric et de broc, tant qu'il suffit de mettre tel aspect ou coutume dans l'ombre et au moment d'avancer tel autre dans la lumière, pour tout changer du résultat. C'est un ouvrage humain.
Comme il n'est pas correct de convoquer notre Père céleste trop attentif à fumer ses havanes, à décider pour nous du jour et de l'heure matutinale où son élu doit réchapper d'un duel dans les formes, sur une contre-allée du parc de Saint-Cloud, je ne vois d'autre solution que la préséance par acclamations, nourries par l'enthousiasme. Un contributeur rémanent de l'excellent site de textes Vexilla Regis - cliquez sur ce nom dans la colonne de droite - a dit quelque chose de très juste et un peu ahurissant. Voici la partie "utile" de son texte, qu'il me pardonne de zapper toute la partie "flirt" :
"Je ne crois pas que le retour nécessaire de la monarchie puisse se faire ni par la raison, ni par le droit, ni par quoique ce soit de rationnel. Je crois qu'il n'est possible que par le cœur. Le Prince doit séduire, c'est sa seule arme. Il doit séduire ceux qui auront quarante ans dans une ou deux décennies. (Paul Turbier - 9.12.00) "

Dans la préparation d'un tract pour une commémoration unioniste du 21 janvier en 2006, votre serviteur avait tenté de forcer un texte privilégiant la recherche de l'amour du peuple pour son souverain, dans un paragraphe militant qui aurait pu s'intituler "le roi meilleur bouclier du peuple". La phrase exacte était de mémoire : "un roi, nous aurions au moins quelqu'un à aimer". C'est la souvenance ancienne d'un cri des Halles que mon père avait entendu lors d'une manifestation de l'AF d'avant-guerre et qu'il m'avait transmis. Il traduisait l'élan affectif, irraisonnable, du soutien à la personne du roi. Au cours de l'histoire, il s'est souvent manifesté. Resurexit !

Ainsi rejoignant M. Turbier, s'il n'a pas changé d'avis depuis, je m'autorise à porter certaine limite à l'influence de la doctrine raisonnée aussi impeccable soit-elle dans sa philosophie, et met sous le boisseau mais sans les brûler, nos chères lois fondamentales, et propose aux princes de CONVAINCRE. Pas nous, archi-convaincus, malades de convictions, au seuil de la frustration. Convaincre les autres. Tous ceux qui ne savent pas mais déjà ne croient plus dans le régime de fous qui descend le toboggan de notre déclin dans la joie et la bonne humeur. Ceux-là, je peux bien sûr leur décliner les avantages de ma monarchie capétienne, ils en conviendront vite, dès qu'ils auront évacué les préjugés les plus courants, mais je n'aurais pénétré que leur esprit. Et l'homme n'est pas fait que de cela; on dirait presque "de moins en moins".
Mais si apparaît de temps en temps comme une éclipse, un prince qui leur parle, les comprend, les réconforte et leur passe la certitude qu'il les aime, alors mon intervention mécanique raisonnée sera formidablement "boostée". Ce prince doit aussi, mais pas dès les premières fois, leur montrer l'avenir vers lequel on les conduit, et proposer des axes, voire des solutions, mais dans le souci constant d'une bonne assimilation du message. Alors naîtra l'intérêt, croîtra l'envie de voir, viendra l'enthousiasme, et celui qui l'aura suscité, aura la préséance. Définitivement.

Les défis sont assez énormes si l'on est éveillé. Sommes-nous au seuil de quelque bouleversement qui déjà nous dépasse ? Personne ne sait, tout le monde le sent ! Un peu comme les éléphants du Siam qui "entendent" dans leurs pieds le craquement d'un lointain séisme.
Si les princes doivent parler, c'est maintenant, tout de suite et plus souvent.

2 commentaires:

  1. Cher ami,tout à bord,merci d'avoir cité "La Charte de Fontevrault".J'en suis membre,meme si elle est quelque peu "en lethargie" en ce moment.C'est dommage.
    Pour votre analyse,je suis assez d'accord avec vous,les lois fondamentales,essentielles par le passé,sont nuisibles aujourd'hui à une éventuelle restauration.
    Comme vous le dites si bien,il faudrait qu'un prince sorte du lot,se fasse connaitre...et AIMER.

    RépondreSupprimer
  2. CHARTE DE FONTEVRAULT11 avril 2006 à 14:37

    Perettez au président fondateur de la Charte de vous remercier vous et le soldat du Roy de nous avoir consacré un écho. Il n'est pas toujours facile d'appeler les royalistes à se conduire en chrétiens. c'est à dire d'abord de pardonner les offenses et ensuite de se soumettre à la volonté divine. Que Votre volonté soit faite sur le trône- la terre- comme au Ciel . Le " reste ", c'est à dire le roi, nous sera donné par surcroit.

    Alain TEXIER

    RépondreSupprimer

Les commentaires sont modérés. On peut utiliser les balises a, b et i dans leur rédaction. Pas de commentaires "anonymes".

Printfriendly