mercredi 8 février 2006

Le Choc, et après ?

L'affaire des caricatures du prophète Mahomet conforte l'avertissement des tenants de la Quatrième Guerre mondiale qui "voient" dans la boule de leurs puissantes analyses, l'inéluctable Choc des Civilisations. Et les pisse-copies de la nomenklatura éditoriale d'embrayer l'un, Max Gallo, sur le courage nécessaire à l'affrontement quelle que soit l'orgie d'imbécillité et de sang qui peut en couler, l'autre, Frédéric Lenoir, sur la compréhension nécessaire à l'apaisement que l'on doit dans le respect intégral des croyances, dussions-nous en voiler nos épouses un jour.

Istanbul
En fait le vrai Choc fut déclenché par le désastre de Manzikert. Le 19 août 1071, les Turcs seldjoukides viennent de plier l'armée de l'empereur byzantin Diogène qui s'était porté à leur rencontre sur le lac Van. Les Turcs ont déjà pris la Mésopotamie aux Arabes, et à Bagdad la magnifique, ont abandonné Alan Goa et les déesses de la steppe pour se faire musulmans. La marée turque ne cessera dès lors d'avancer jusqu'à la fin du XVIII siècle.
Au retour de Diogène, le pape Grégoire VII a compris le danger. Il alerte les Francs d'Occident durs d'oreille, et vingt-cinq ans plus tard Pierre l'Ermite sur les incitations du nouveau pape Urbain 2, prêche la levée en masse. Ce sera la première croisade. A partir de ce moment l'Islam et la Chrétienté seront au contact pour toujours. Les valeurs "tierces", celles des Vikings, des Varègues, des Ogres, des Bougres, les valeurs séléniennes de Sîn, celles des néo-platoniciens et même les nombreuses résurgences païennes des pays froids, seront écrasées entre celles que profèrent ces deux forces immenses, qui ont décidé de ne se battre pour leur dieu, puisqu'il n'y a de dieu à chacune que le leur !

Pour mémoire, il est considéré que la conquête maure de l'Espagne wisigothique (711-1492) ne participe que de l'expansion nord-africaine de l'Islam, la frontière de ce continent se situant au premier obstacle naturel, la chaîne des Pyrénées. D'accord, Louis XIV ne savait pas qu'il envoyait le duc d'Anjou en Afrique, par contre Napoléon en revint convaincu, ce qui prévint plus tard Hitler de l'imiter. C'était la seconde de décompression.


Toute l'histoire de l'Occident sera dominée par cette confrontation qui finit dans ce que les historiens appelèrent pour la clore, la Question d'Orient. Les réponses impériales des alliés franco-anglais, renforcés bien vite des Américains dès que le sable se mouilla de noir, crurent un moment la régler. Il n'en était rien. Le monde musulman est comme un volcan, ses éruptions sont imprévisibles. Il est besoin de sismologues d'expérience.
Il serait à ce propos intelligent peut-être, d'imiter la politique orientale de feue la monarchie et de sortir de la Question par le haut.
Si les relations plutôt bonnes de la monarchie française et de la Sublime Porte ont été d'abord vues comme une alliance de revers contre le saint Empire bouillonnant et arrogant, on oublie que le royaume chrétien de Palestine établit par les Croisades s'obligea à une cohabitation avec les nations arabes et turques, et que bien souvent leurs moeurs, leurs arts, leur philosophie et leurs sciences furent jugées bien supérieures par les chevaliers et leurs gens, au point qu'ils ensemencèrent tout le Moyen-Age de l'Occident de leurs importations. Nos précis actuels de jardinage égrennent les "découvertes" qui furent rapportées de si loin. La liste des contributions de l'Orient à notre civilisation est infinie et ne sera jamais close. Il y eut donc assez tôt une ... empathie entre Chrétiens et Musulmans, même si la critique nécessaire de certaines ambiguïtés d'ordre religieux ne pouvaient être levées que par des esprits avertis et suffisamment curieux. On se doute que ce rapprochement ne pouvait être le fait du bon peuple, emmuré dans sa foi de charbonnier. Il suffit déjà de convoquer au débat la sauvagerie des guerres françaises de religion et pire encore, celle de la croisade des Albigeois pour éliminer déjà la participation du commun à une démarche "antichoc".

Derrière les cuistres salafistes, wahhabites, l'Islam cache des élites d'une grande finesse et pénétration de raisonnement, qui perpétuent la tradition de l'Orient excellent d'intelligence. Ici, nous pouvons nous flatter d'avoir conservé des esprits profonds et très avertis de toutes les nuances de la Oumma, professeurs et philosophes arabisants et même des hommes de qualité très versés sur la Question. N'est-il pas temps de favoriser une Conférence de La Bonne Foi quelque part en Europe ou dans une ville libre du Proche Orient, qui réunirait ces esprits supérieurs en les priant d'échafauder les conditions de notre coexistence, pour seulement le siècle commencé.
Il serait sage d'abandonner à leurs travaux quotidiens les hommes politiques même éminents dès lors que nous savons qu'ils sont génétiquement tiraillés d'ambitions précaires, ligotés de préjugés médiatiques et finalement à la remorque du Nombre. On doit rechercher une réflexion de longue haleine que pourrait difficilement soutenir les gouvernements alternés et adverses de divers pays, pas nécessairement en phase. Oublions pour le moment les masses hurlantes, les imans analphabètes, les laïques voltairiens, les catholiques fondamentalistes et les télévangélistes de la Nouvelle croisade, manifester et contre-manifester, ils se lasseraient si les médias voulaient bien débrancher.

De notre bord, de hautes autorités morales ayant le sens du Temps seraient les mieux à même de sceller une nouvelle alliance entre Orient et Occident. Qu'ils viennent des vieilles familles qui ont traité ces questions durant des siècles serait une garantie d'aboutissement. Convoquons les Otto de Habsbourg-Lorraine, Henri d'Orléans, Siméon de Saxe Cobourg Gotha, Michel de Roumanie, Victor-Emmanuel de Savoie-Carignan, Jean de Luxembourg et quelques autres que nous oublierons ce soir afin qu'ils n'envoient pas leur mot d'excuse.
Et que les héritiers du Calife conduisent la délégation islamique. Et qu'il soit demandé en premier lieu à la République turque de revenir sur ses ambitions européennes, qui lui ont été vendues par la propagande effrénée des mercantis du libre-échange illimité, mais qui sont une alliance perverse et redoutée des peuples de chaque bord.
Que l'on décide dans cette instance de coopérer à la seule fin de battre la misère matérielle, morale et intellectuelle des habitants de ce demi-monde pour retrouver la munificence artistique et scientifique des temps anciens.
Afin qu'après le pétrole, la civilisation des bergers, l'inquisition identitaire des nouveaux francs, le Choc de Hutington, vienne la paix des intelligences ! Le Protocole qui en sortira aura suffisamment d'autorité pour qu'il soit proclamé d'application universelle par une instance supranationale acceptée, reconnue et défendue par les nations impliquées. Et la Quatrième Guerre Mondiale sera étouffée dans l'oeuf.
ange à genou
Si Jérusalem pouvait accueillir le sommet des sages ... le Protocole aurait un sens qui en écraserait définitivement un autre qui sent le salpêtre et que l'on réédite de nos jours.

1 commentaire:

  1. Dans le ton, l'IMRF communique la lettre de Mgr le comte de Paris au recteur de la Mosquée de Paris.

    Paris, le 3 février 2006,

    Monsieur le Recteur,
    Au nom des valeurs millénaires de la France, héritier des rois qui l’ont construite, je tiens à vous exprimer ma solidarité de chrétien.
    Comment ose-t-on bafouer par des dessins caricaturaux ce que l’on n’a jamais imaginé, la face du Prophète Mohamed.
    La honte nous saisit face à l’intolérable atteinte perpétrée contre le sentiment spirituel enfoui au cœur de chaque musulman.
    Dans ce monde déboussolé, le respect du sacré aurait dû être le fondement d’un oecuménisme partagé. Des hommes de bonne volonté s’y sont déjà employés.
    Ce n’est pas l’acte de quelque irresponsable qui nous détournera de notre détermination de construire une paix juste.
    Acceptez, Monsieur le Recteur, l’expression de ma profonde amitié mais aussi de ma tristesse pour cette action insensée.
    Bien à vous,
    Très chaleureusement,
    Henri
    Comte de Paris
    Duc de France

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