vendredi 7 avril 2006

Livre Blanc sur la France (1)

lettre ouverte à Mgr le Comte de Paris - première partie
(compliments et formules de la lettre originale sont retirés du présent post pour l'alléger)

Monseigneur,

Quelques réponses à votre lettre circulaire du 30 janvier 2006.
Politique d'abord, nous sommes comblés.

1. Sentiment sur la situation de notre pays ?

Déclin moral et de puissance. Les choix à contretemps, l'exaltation de vieilles lunes dont nous sommes devenus les ultimes gardiens, ont coupé l'élan du pays au moment où explosait la mondialisation. Stoppé sur place, il regarde passer de plus jeunes nations qui se battent avec un plus gros coeur. Délaissé par la Fortune, il n'en a pas moins maintenu ses ambitions à l'intérieur, état-providence à guichets ouverts, comme à l'extérieur, membre permanent et interventionniste du Conseil de Sécurité de l'ONU, alors qu'il n'est plus longtemps capable d'assumer ses choix sociaux et sa vocation universelle.
Les impossibilités mathématiques de la continuation d'un modèle social désuet viennent de sauter à la figure de la Nation. La Nation est en faillite, elle le sait. Elle panique. Elle en veut à sa classe politique qui s'est bousculée sur les estrades en lui cachant jusqu'à la fin de l'an dernier la vérité de la Dette.
Alors chacun prend des gages quel qu'en soit le prix. On dépèce, chacun pour soi, le tissu national se déchire, la confrontation ethnique menace, le racisme relève la tête.
Finalement la moitié du pays, celle qui n'est pas fermement enrôlée au foncier ou à l'ISF, a peur.
Le peuple est-il sur le point de réclamer "du sérieux enfin!" ?

Simultanément, l'émergence de grandes puissances économiques rapetisse en proportion la place occupée par la France sur la planète. Si le peuple sagement s'en accommode, une classe politique orgueilleuse refuse l'amoindrissement de son influence qu'elle confond avec les valeurs universelles de la démocratie. Au lieu de courir à la qualité et à l'exemplarité qui elles, restent à notre portée, les pouvoirs cherchent à préserver des positions avancées intenables dans des domaines où nous n'obtiendrons que des déboires comme cette propension à servir de gendarmerie mobile coloniale, ou la recherche d'une puissance navale sans dessein d'emploi. Notre inconfort dans les péripéties de cette vocation grandiose nous pousse à faire des remontrances morales mais gratuites à nos alliés, à accepter de lâches accommodements avec nos adversaires. Nous usons notre honneur et ce qui pouvait rester de considération reconstruite patiemment après l'abominable désastre de juin 40. Le peuple est-il sur le point de réclamer "l'intégrité morale d'abord!" ?

Dans ce désordre, je ne situe pas la porte de sortie de crise, sauf malheur national.

2. Principaux problèmes, obstacles, solutions ?

Trois parmi tant. Il fallait choisir.

(a) Le pouvoir politique n'a pas de pouvoir.
En dehors du fait que la moitié des lois et règlements de ce pays proviennent d'une manière ou l'autre de Bruxelles, pour le reste l'exécutif gère les affaires courantes et ne peut inverser les tendances socio-économiques périlleuses car il est confronté périodiquement aux conservatismes et archaïsmes les plus puissants. La soviétisation de la société a produit un secteur public démesuré qui s'est retranché dans ses privilèges et s'avère inexpugnable. A chaque crise, il a vocation à métastaser : On ne sait régler les problèmes qu'en redistribuant des crédits publics et des postes publics. Ce secteur réservé agrège autour de lui tout ce que la société compte de munichois.

(b) Les élites se délocalisent.
Le cocooning national a châtré les énergies, même si de preux chevaliers chargent encore ! Le pays s'avère incapable de sursaut face aux défis de la globalisation. Il geint et attend de l'Etat impécunieux qu'il lui serve son bouillon qu'il ne sait plus gagner. Les meilleurs quittent le pays. Beaucoup ne reviendront que pour passer leur retraite dans la plus belle réserve d'indiens du monde. La France pour cent ans au moins, en attendant que la décadence atteigne les empires émergents, ne survivra que par les neurones, l'innovation. Elle naîtra donc ailleurs.

(c) L'Etat étouffe la Nation.
Un pays de 60 millions d'habitants n'a nul besoin d'une "administration" pléthorique à la mesure d'un empire colonial où le soleil ne se couche jamais. Cet Etat prélève la moitié de la richesse produite par le pays, ce qui ne suffit quand même pas à couvrir ses redistributions et son train de vie, puisqu'il exécute ses exercices dans le déficit. Il s'agit pour la nation française de courir le 110m-haies international en compétition, mais chaussée de godillots en 48 alors que son pied ne fait plus que du 42. L'épure doit être redessinée, en tenant compte surtout des résurgences régionales qui doivent être proportionnées aux territoires administrés. Inutile de disperser la thrombose de l'état central. C'est à cet égard, d'une nouvelle monarchie, compacte et puissante, dont nous avons besoin, pas d'une Sixième République, parlementaire de surcroît !


3. Points forts.

Cinq secteurs économiques sont encore à l'échelle des défis mondiaux :
- la bancassurance
- le nucléaire
- l'aéronautique
- le ferroviaire
- le luxe

Gardons-nous de les précariser par des attentions étatiques, à l'expérience, néfastes. Que l'Etat les oublie, c'est le meilleur encouragement à poursuivre.

D'autres secteurs sont au niveau, mais portés par un système de subventions dont la pérennisation est fragilisée par la Dette.
- agro-alimentaire, la pénurie de moyens budgétaires européens fragilisera le pole agro-alimentaire s'il ne trouve pas en lui-même les ressorts de son développement. Les biocarburants sont-ils une des réponses ?
- cinéma, une industrie internationale à part entière qui peut être victime de la contraction des procédures d'aide à la création.
- navale, une vieille tradition qui résiste. L'Europe devrait cesser d'exacerber la concurrence interne, aucun autre pays du monde doté d'une industrie navale ne joue le jeu.

Un dernier secteur majeur est carrément internationalisé : l'automobile. Il échappe de ce fait aux attentions de l'Etat mais pas aux jalousies.

4. Points faibles

- d'abord le désarroi moral.
- recherche et développement (surtout le second)
- instruction publique (les comparatifs nous sont chaque fois défavorables) et universités. Nos diplômes ne priment nulle part ailleurs.
- industrie de produits manufacturés (c'est la pire des saignées dans le corps économique), un pays vaste et divers comme la France ne peut pas vivre que des services aussi sophistiqués soient-ils.
- justice (sans argent, pas de bons juges). Le tempérament revendicatif et querelleur du Français exige une justice qui marche. A défaut de quoi le civisme qui n'est pas son premier caractère, disparaîtra.
- dévalorisation du travail. Dans les pays qui gagnent, le travail est vécu à la fois comme une rédemption et comme un enrichissement. En France c'est devenu un mal nécessaire dont on doit se prémunir par toutes sortes de règles. Outre le fait que nous soyons la risée de nos voisins, ce blocage mental interdit tout sursaut d'ampleur de la Nation. Sommes-nous condamnés à ne devenir que la première destination romantique du monde ?


5. Sur les autres sujets que vous nous suggérez, je laisse la place aux nombreux experts, et reviendrais sur deux sujets qui je sais, vous intéressent plus, parce qu'ils conditionnent l'avenir. Dit autrement, ils participent de la vie et de la mort de l'espèce humaine : Ecologie et prolifération nucléaire.

Curieusement, la France a du crédit et du pouvoir dans ces deux domaines.
......
(à suivre)

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