mardi 21 novembre 2006

Sortir de la Matrice

matrixSortir de la Matrice, telle était l'annonce de la conférence organisée au début du mois par l'AFE, Action Française Etudiante. Il s'agissait de s'arracher au lavage de cerveau qui depuis deux cents ans nous impose le mythe républicain. Comme le dit Jean-Philippe Chauvin : « ce mythe se veut exclusif et se revendique le « tout » de la France, au point d’oublier que la France, ce n’est pas, en elle-même, la seule période républicaine. La République fait croire que tout ce qui lui opposé ne peut être que le mal, le diable, l’ennemi des libertés, etc. »
Pour sortir de la Matrice, contentons-nous d'analyser les valeurs que le régime brandit au fronton des édifices publics.

Liberté

S'il est vrai que la Révolution, quand elle eut cessé de boire le sang de ses adversaires, apporta le principe de la liberté individuelle, elle se limita au principe, et il faudra attendre la Troisième République pour apercevoir un début d'application. La liberté n'était-elle pas le ver dans le fruit de l'universalité de l'homme nouveau. Comment inculquer ces valeurs indispensables proférées par nos Lumières à des esprits vulgaires et libres de dire, faire et aller où bon leur semble ? Le citoyen fut longtemps limité à sa liberté de penser in petto ; et encore de nos jours est-il coupable de penser tout haut des "choses" répertoriées comme à dire tout bas. Les autres libertés furent très rapidement encadrées par tous les régimes qui se sont succédés jusqu'à nos jours, et même présentement ne voyons-nous pas une remise en cause de la liberté de voyager par l'analyse biométrique préalable du candidat à l'ailleurs ? On pourrait faire une longue liste de toutes les contraintes qui annulent le principe même de liberté en République qui a hérissé le gouvernement de nous autres de règlements à propos de tout. Et nous sommes si bien conditionnés par la Matrice que nous en réclamons de nouvelles chaque jour. A la moindre imperfection de notre société doit répondre un projet de loi.
Ce matin encore aux Quatre Vérités de FR2, un député présenté comme président du Club Parlementaire sur l’Avenir de l’Audiovisuel (sic) s'étonnait qu'il n'y ait aucune loi encadrant la possibilité de regarder de la télévision sur les nouveaux supports numériques mobiles. Il avait trouvé un trou dans le grillage, mais en plus il est amusant de noter l'approche du technocrate : il ne s'agit pas de diffuser (la question est réglée), mais de regarder !

Les bons auteurs comme Funck-Brentano nous disent avec une certaine ironie que " ces libertés des français sous la monarchie 'absolue' grouillent, innombrables, actives, variées, enchevêtrées et souvent confuses, en un remuant fouillis" (L’Ancien Régime, 1926). On ne veut pas les croire. D'ailleurs il n'y a aucun reportage télévisé pour le prouver !
Par contre l'impossibilité d'exercer ces libertés par des contraintes économiques, misère, chômage, ou personnelles, handicap, ne peut être mise au débit du régime. Passons à la valeur la plus emblématique.

Egalité

Libres et égaux en droits. A l'instant T de leur naissance ! Les queuillières en or, d'argent ou de plomb se distribuent dès le lendemain, dans le cocon naturel de la famille de chacun. Les plus à plaindre n'étant pas toujours ceux qui n'en ont pas !
La seule vraie égalité républicaine ne se concrétise que de trois façons. L'accès libre à l'école primaire et secondaire (ce n'est pas si mal) ; la conscription lorsqu'elle est en vigueur, même si l'exemption des fils de hiérarques, gendarmes et cabaretiers est d'usage courant ; et l'égalité devant l'impôt à situation fiscale comparable. Hors de ces trois cas, les capacités personnelles, les moyens financiers et les réseaux priment le principe d'égalité. L'égalité ce n'est pas pour les Nuls !

Si l'on argue de l'égalité des chances, il faut préciser à l'interlocuteur qu'elle est comme les allumettes, elle ne sert qu'une fois ! La valeur suivante permet-elle de rattraper le cynisme de celle-ci ?

Fraternité

Des trois, c'est la fraternité, la moins défendue par les tenants du régime républicain. Parce que c'est un leurre, coûteux en plus pour qui la promeut. On préfère parler de "solidarité". Le paysage urbain actuel en montre les limites, les rues et squares se couvrent de tentes bleues d'indigents et les voies de transfert des travailleurs sont assaillies de mendiants qui se disent affamés. La solidarité publique totale est impossible, mais sa perversion induit la banqueroute de l'Etat. Pourtant dans le régime ancien, une solidarité réelle s'exerçait au sein de jurandes et corporations, ou de société de secours mutuel. Le filet social était tendu par l'Eglise qui taxait les communes pour y subvenir, et en dernier recours, ils avaient ces asiles de vieux comme on va bientôt en récréer, maintenant que nous basculons dans la gérontologie à tous les étages.

Deux cents ans de matrice républicaine et la fraternité a fait place à la charité antérieure. La soupe n'est plus servie par les soeurs de St Vincent de Paul aux coiffes aéronautiques, mais par les Restos du Coeur qui sont devenus une entreprise nationale d'envergure, têtes nues.


La République est le régime de la Grande Illusion.
La liberté des esprits et plus généralement celles de la Nation ont foisonné bien avant elle, et ce fut le travail principal des républicains de forger cette matrice qui les nie. Ils perçoivent maintenant que l'aventure est précarisée par les dérives en tous genres en aboutissement logique du mensonge originel. Les moins sincères convoquent à tout bout de chant les valeurs républicaines à leur propre défense, sachant bien que cela ne va plus de soi. Ils croient même virginiser le concept dans une sixième resucée.

Les purs, il en reste, sont effondrés de constater la ruine du grand oeuvre.
Accueillons-les pour les sortir de la Matrice, comme nous avons su y parvenir nous-mêmes !

Post scriptum

Nous entrons en campagne !
Royal-Artillerie, aimablement autorisé par
l'Alliance Royale, publie en fin de chaque billet, une des questions fréquentes auxquelles tout militant royaliste est confronté, avec ou sans commentaire du claviste. Ce soir, la QF4 est dans le ton du billet qu'elle termine.

QF.4 La République a donné l’égalité à tous, l’oubliez-vous ?

Qu’est-ce que l’égalité ? Et comment y arrive-t-on ? En coupant toutes les têtes qui dépassent ? Si c’est niveler pour que tout le monde n’ait plus rien, sauf les apparatchiks, comme en ex-Union Soviétique, alors non merci. Et puis, une société où tout est uniforme est proprement inhumaine. Mais c’est vrai que ce fut le rêve de certains dirigeants politiques du XXè siècle, avec leurs États totalitaires.
NDC : L’égalité en droits proclamée par la Déclaration universelle pourrait être avantageusement complétée de la maxime servie par La Fontaine aux animaux malades de la peste : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » Quoi de neuf sous le soleil de la République bientôt relookée par madame Royal ?

2 commentaires:

  1. La Matrice est peut-être plus complexe dans sa construction que ce que vous en apercevez. C'est une articulation à la conjonction exacte de pouvoirs convergents qui ne sont pas tous notoires. Leur affaiblissement est en cours, en conséquence de l'impéritie des gérants qui ont vidé les caisses. Des comptes vont se régler.

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  2. Pour moi, elle serait plutôt le résultat d'une théorisation de certains penchants humains qu'elle flatte, aux dépens de l'espèce.

    Je ne crois pas au complot, mais à la perversité des oeuvres humaines.

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