jeudi 8 novembre 2007

Suprématie de la Coutume ?

bleuet de FranceDans quelques jours nous commémorerons la seule vraie guerre d'alliance que nous avons menée avec nos cousins britanniques, la Guerre de Quatorze. Bleuets et coquelicots.
Après qu'elle ait couché sous d'immenses alignements de croix blanches la fine fleur du pays, essentiellement rurale, enterrant ainsi les patries intermédiaires, advint l'heure de La Boutique. Les survivants se mélangèrent aux planqués, aux couards, aux réformés ou dilettantes et aux chanceux, pour affronter un jour le monde nouveau, celui du XX° siècle qu'ils ratèrent tous lamentablement !
Nous leur succédons pour le XXI° : hélas, le vieux pays est depuis lors un pays vieux. Il manque du monde, du meilleur monde. La pyramide démographique française, si elle n'est pas la pire d'Europe, reste néanmoins la promesse d'une prochaine disparition du pays de la table d'hôte des nations qui disent.


Même amputé des trois-quarts l'Empire ottoman va nous manger sur la tête dans trente ans. On peut s'agacer de la comparaison en fin de billet entre la France et la Turquie, mais ce sont des faits.
Nous allons passer bientôt dans le camp des nations qui écoutent, et peut-être les cartes seront-elles rebattues plus largement jusqu'à nous fondre dans une sorte de foyer européen des anciennes vieilles nations présentant encore le meilleur rapport tourisme-prix ; quoique l'Asie mineure ne se défende pas si mal grâce aux socles hittite et grec. Ah...... la mondialisation !

Que faire ?
Tout, et tout mal ! Mais commençons d'abord par réviser notre constitution. Si, si ! Nous devrions sonner l'alarme, passer nos vieux au Soleil Vert, nous ranger en ordre de bataille, sonner la charge ... pfffff ! Vous délirez ! Il faut réviser la constitution ! Si tout va mal c'est la faute aux textes ! Sous le gouvernement des notaires énarchiques nous nous soulageons d'une diarrhée légiférante, réflexe de plumitifs, aisance précaire des battus d'avance ! Dans le même temps nous prenons le mors aux dents pour un traité européen, pour du texte encore. Or tous ces textes ne valent que par la Pratique qu'on y applique. Nous le savons bien, mais l'addiction au texte reste la plus forte.

La constitution de la Cinquième République, contingente d'une époque très datée et dominée par un héros mythique, a dû être révisée vingt fois, mais cela ne suffirait pas encore, nous a dit monsieur Balladur de Smyrne, au motif tout simple qu'elle n'est pas appliquée : le premier ministre est devenu un chef de pool dactylos, le président, un voleur de portefeuilles selon Libé, et les ministres, des solilesses voués à meubler l'antenne en l'absence du capitaine des pompiers. Je n'ai pas dit "chef de gare" ! Qu'on ne se méprenne pas.

Que n'a-t-on raillé Silvio Berlusconi en France ! Sa gouaille, son insupportable chaleur artificielle, sa logorrhée. Lui au moins avait les moyens de ses frasques. Nous avons la version française, mais raide comme un passe elle a déjà dû demander son augmentation. Revenons au prurit rédactionnel.

coquelicot de la SommeA quoi bon refaire du texte dont on tord en tous sens les dispositions ensuite ? C'est génétique en France, bien que cette certitude que les textes gouvernent tout ne soit pas d'acception universelle. Nos voisins britanniques fondent leur vie politique sur la Pratique, se contentant d'un cadre constitutionnel général qu'il n'est pas nécessaire d'amender chaque fois que les oies cendrées changent de pélérinage. C'est sur la Pratique que se fonde la construction monarchique anglaise et c'est pour cela que nous ne la comprenons pas. Et curieusement encore moins dans la sphère royaliste. Le Bill of Rights date de 1689 et le système de Westminster qui l'explicite fut rédigé par le constitutionnaliste Walter Bagehot en 1876. Si l'on fit des concessions au temps (1701, 1911) le principe a traversé les âges et finalement le concept n'a pas pris une ride.

Mais pour nous, cartésiens, les textes ne donnant aucun pouvoir politique au souverain anglais ou si peu, nous décrétons qu'il n'en a pas, n'imaginant pas une seconde que l'on puisse en pratique supplémenter un texte en se fondant simplement sur la Coutume pour la faire vivre au chant du Rule Britannia !

- Rule, Britannia ! Britannia, rule the waves ! Britons never, never, never shall be slaves ! -

C'était lundi passé le discours du Trône de S.M. Elisabeth II. Sa prestation devant les chambres réunies ne signifie pas autre chose que sa prééminence comme chef permanent de l'Exécutif, et la lecture d'un texte soigneusement préparé par le Premier ministre, la reconnaissance par le souverain de la volonté populaire exprimée par le suffrage universel. C'est une souveraineté croisée. A noter qu'outre-manche le futur premier ministre va au combat électoral comme chef de parti et qu'il n'y a pas de surprise ; le peuple désigne exactement le locataire du 10 Downing Street. Mais le chef de l'Exécutif, au nom de qui sont publiées les lois après "Royal Assent", est aussi commandant en chef des forces armées, et gouverneur suprême de l'Eglise d'Angleterre qui n'est pas séparée de l'Etat (nota : l'islam ne sera jamais à parité chez eux). Son rôle est strictement d'influence, laquelle tient toute dans la personnalité du souverain en charge au moment. Au plan international cette influence est grande surtout à travers le système de dominions dans le Commonwealth. Et l'on sait bien que le prestige de la durée est insurpassable pour un monarque de caractère. Surtout si la comparaison vient de chez nous ... Peut-être ce face-à-face permanent entre le monarque et la nation n'est-il pas adaptable en France ? L'orgueil citoyen a trop longtemps était mis en culture ici qu'on puisse aujourd'hui le réduire. La nation n'est en face que d'elle-même et il n'y a personne pour lui répondre, sauf une laitière en plâtre dans la salle des mariages de la mairie ! Le face-à-face anglais a franchi les siècles et reconnaissons que leur monarchie a su évoluer sans autre accroc que la révolte de Cromwell (1649) qui régna dix ans sur des principes despotiques proches de nos empires, 150 ans avant nous. Ils eurent le temps de se vacciner contre les miracles alors que nous continuons à courir toujours comme des canards sans tête derrière l'homme providentiel. Le plus surprenant reste quand même la pérennisation du régime féodal foncier à travers cette monarchie constitutionnelle, et dans un autre domaine, l'inventivité économique d'un pays traditionnel à coeur mais résolument moderne dans ses orientations sociales. Comme quoi, ils sont assez doués les Rosbifs. Entre-temps nous avons expliqué au Monde la marche à suivre. Après avoir "inventé" les Lumières, nous avons essayé deux empires, deux moutures de monarchie, cinq républiques, et nous ne rions même pas d'aborder aujourd'hui aux rivages de la Sixième, tout en continuant à expliquer au Monde la marche à suivre ! En fait la Pratique nous n'y connaissons rien ! Nous sommes des rédacteurs impénitents, cramponnés à notre Torah déroulée par les clercs. Une nation de boutiquiers gouvernée par des notaires. Et si nous essayions la monarchie constitutionnelle au lieu d'une 6ème République ? Avec une charte de 2 pages seulement (écrit gros), sans préambule triomphant, ni codicille castrateur.

Note : (source CIA factbook) : France : 60,9 millions de métropolitains ; âge médian : 39 ans ; 0-14 ans : 18,6% ; 15-64 ans : 65,2% ; vieux : 16,2% ; alphabétisation : 99% Turquie : 70,4 millions ; âge médian : 28 ans ; 0-14 ans : 24,9% ; 15-64 ans : 67,7% ; vieux : 6,8% ; alphabétisation H : 94,7% ; F : 78,7%

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