jeudi 20 décembre 2007

Transalpines

armes des MédicisLe royaume de France eut peu de reines italiennes, mais elles ont chacune surgi aux carrefours de notre histoire, marquée de leur tempérament politique et surtout d'un caractère impétueux. La mèche est longue et commence avec les princesses lombardes et autres provençales, Vultrade, Désirée, Aélis, Emma, Rozala, puis nous conquîmes des piémontaises, vénitiennes pour arriver au coeur du haut lignage toscan avec nos belles Médicis...

Catherine de MédicisCatherine (†1589), fille unique et vite orpheline de Laurent II de Médicis dont elle devint le légataire universel, épousa Henri II de France à Marseille conduite à l’autel par le pape en personne ! Elle mit à la disposition du royaume 128000 écus de dot et, avec quelque peine, les futurs François II, Charles IX et Henri III. Elle partagera les attentions du roi avec une courtisane piémontaise du même âge qu'elle, la Filippa, protégée du roi François Ier, et qui mettra au monde Diane de France, éduquée chez Diane de Poitiers ! Quelle époque, et sans télévision !
Les deux régences de la reine Catherine furent efficaces pour finalement ne jamais cesser vraiment. Pendant la première, celle de Henri II parti à la guerre contre Charles-Quint, vivanderie, fourrage et remonte des armées royales furent son souci premier. La seconde, de Charles IX, plus longue et fertile, la verra présider les Etats-Généraux et promulguer l'Edit de Janvier qui octroya la liberté de conscience et de culte aux Réformés. Puis ce sera la Paix d'Amboise juste avant la majorité du jeune roi. A partir de là elle enchaîne les travaux politiques de reconstruction et concorde de la Nation déchirée, même si le massacre de la Saint-Barthélemy entache gravement son aura de conciliatrice. Il n’est pas possible de le lui imputer clairement, personne n’ayant osé prendre des notes. Son fils Henri III aura une maîtresse de renom, la Veronica, curtigiana onesta, une sorte de geisha vénitienne avant l'heure.
L'article de la Wikipedia sur Catherine de Médicis est complet et honnête ; on peut cliquer ici. Une grande reine, à écorner la loi salique fondamentale. (Non, non ! pas sur la tête !)

marie de médicisMais Marie de Médicis (†1642) qui arrivera en France avec une suite de 2000 personnes et 600000 écus de dot pour épouser Henri IV, ne fut pas mal non plus. Instruite dans les arts, jalouse et collet monté d’après les images, elle s'accordera mal à la rusticité navarraise et les goûts libidineux du grand roi : 31 maîtresses officielles répertoriées, dont aucune italienne, ce qui laisse douter de son bon goût.
La reine Marie nous donnera Louis XIII et Gaston d'Orléans, et beaucoup de matière à Alexandre Dumas. Caractère de fer, elle affrontera le cardinal de Richelieu et finira par faire la guerre à son propre fils, deux fois ! Elle nous laissera le palais du Luxembourg où dorment aujourd'hui les parlementaires recyclés, et finira ses jours dans la paix du Seigneur en la maison natale de Rubens à Siegen (Westphalie). (cf. la Wikipedia)

Nous eûmes plus tard les Mazarinettes qui firent beaucoup de bien à la cour du roi, dont la fulgurante Olympe Mancini qui défraya la chronique des alcôves et des cornues à philtres, et sa soeur Marie, la préférée de Louis XIV. S'arrête là la participation des Italiennes au pouvoir français, les rois étaient sur le départ. La dernière maîtresse, Zoé Talon, était indigène et suffit à Louis XVIII qui en demandait peu. Charles X était pieux, presque dévot. Louis-Philippe, éduqué par la maîtresse de son père (on n'en sort pas), se tint à carreau après avoir survécu à la Révolution, l'Empire et aux Bourbons. Advint Napoléon III qui renoua avec la haute époque sans doute pour se rassurer sur sa précarité, en choisissant après d'autres essais, la Virginia, comtesse de Castiglione, mais la liaison dura peu.

A en croire l'Histoire, une chape de vertu dès lors s'abattit sur le royaume devenu République. A partir de Sedan et concernant les présidents de la République ou du Conseil, il faut être dans la confidence. Rien ne filtre, sauf bien sûr quand on ameute les docteurs ; bienheureux Félix Faure, Vulnerant omnes, ultima necat , dépêché par la petite Meg qui finira plus tard baronne anglaise ! Ce qui ne nous empêcha pas de nommer d'après lui, avenues, lycées et station de métro, en souvenir sans doute d'une rare fin heureuse en politique. Des présidents cavaleurs il y en eu plus que des cavaliers, bien que le régime soit constitutionnellement celui de la Vertu à défaut de laquelle il tourne en manège de cirque.

Mlle Carla BruniQue reste-il de nos reines et amours italiennes ? Feu notre ancien président florentin ne sentit pas le besoin d’approfondir le Prince de Machiavel, aussi se passa-t-il d’émotions transalpines et fit dans la simplicité provençale. Après ces souvenirs enfuis, revient aujourd'hui un tempérament de feu, le caractère de fer, des yeux à damner un chanoine de St Jean de Latran, la croqueuse d'hommes crus ! La vraie tradition ultramontaine !
Soyez après tant d'autres moins jolies, bienvenue dans l'Histoire de France, Mademoiselle Carla. Nous avions failli nous ennuyer.


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9 commentaires:

  1. Après votre article qui va déplaire en "maisons", il faut pister les hommes politiques mariés à des italiennes pour déceler les ambitieux. Non ?

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  2. La piémontaise Carla Bruni s'appelle aussi Tedeschi, ce qui est l'équivalent du "tudesque" français, et qui nous indique qu'elle serait d'un lignage allemand.
    Dur ... dur ... Il faut réécrire l'article !

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  3. Réécrire ? D'accord ... pour le mariage du chanoine !

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  4. Les meilleures ilustrations "sages" de Sarkozette sont dans le blog du Chi
    http://blogduchi.canalblog.com/

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  5. Autant que les rois et empereurs, un président a besoin de changer les olives d'eau ...
    Il faut lui reconnaître un certain goût dans ses choix, à preuve l'mmense foule des jaloux !

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  6. Où est-ce qu'il trouve le temps dans son agenda pour souffler un peu avec son italienne ?
    La politique a des entractes comme le théatre ...

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  7. Michel Thomas de La Garde21 décembre 2007 à 13:53

    Le raccourci entre les reines venues d'Italie, et l'aventure, surprenante il faut en convenir, de l'hôte de l'Elysée, est -il un clin d'oeil de l'auteur ou bien une comparaison même lointaine ?

    Il est vrai que la catégorie "Humour" du billet y répond...

    Je me réjouis du bonheur de ce nouveau couple, mais qui devrait être contenu dans la sphère privée. Dire cela ne change rien à la désapprobation complète que je fais de sa politique.

    Mais s'il peut contribuer à la bonne humeur de l'homme-orchestre... tant mieux pour tous !

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  8. Michel Thomas de La Garde21 décembre 2007 à 13:57

    ... et la remarque d'Aymeric de C. est particulièrement juste !

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  9. D'accord je referai l'article avec les allemandes, il y a assez de matière et même trop ...

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