vendredi 4 janvier 2008

Libertés basses

sénateur StarwarsDeux siècles et des poussières que la République fut proclamée, ou si vous préférez, sept générations. Nous en sommes aujourd'hui encore à parfaire les réglages du système en chantier permanent, preuve qu'il est impossible de fermer les voûtes de l'Etat démocratique qui prend l'eau de partout. Il semble que les fidèles de la République soient obsédés constamment par une recherche architecturale que leurs aïeux ont loupé, ils font des ronds sur l'épure étatique et n'osent avouer au peuple qu'ils ignorent comment boucler ce foutu projet. Pour entretenir l'illusion de leur grand intérêt aux choses qu'ils ne maîtrisent plus, on crée les 77 propositions institutionnelles de monsieur Balladur qui rafraîchissent l'orgueil réciproque des trois pouvoirs. Tel un serpent qui fait ses mues, la République avance lentement en changeant de peau au gré des contraintes du temps, n'ayant d'autre loi fondamentale que celle de perdurer ; le régime n'a plus d'autres convictions.
Même la laïcité, pilier fondamental s'il en est, est déclassée au profit d'un renouveau religieux qui ferait retourner les vénérables maçons fondateurs dans leur tombe, si on ne les y avait pas cloués au pieu de vampire à l'ail ! Motif de cet embrasement mystique ? ...

Mystère ! Aurions-nous une restauration sur l'agenda des conseillers du satrape ? Auquel cas il serait urgent de se mettre au mieux avec les représentants de la puissance céleste qui détient la sainte Ampoule. Chavez l'a tenté, Poutine l'a réussi, Sarkozy peut-il faire mieux ? A l'impossible nul n'est tenu sauf un Français !

Finalement on ravaude le tissu institutionnel en attendant l'édit de Caracalla ou le sacre de Reims, ce qui n'est pas dommage dès lors que le système tourne à vide. La démocratie, vantée jusqu'au Kenya comme le meilleur gargarisme occidental quand nos chancelleries ne savent plus quoi dire devant ses enrouements, se ridiculise au pays qui dit l'avoir mise en "lumière". Imaginez un peu ...:

« Le peuple qui est souverain et décide de tout, élit dans les représentations locales, départementales, régionales, nationales et même européennes, des personnes dont il connaît les programmes, ou du moins, les intentions, et à qui, par principe, il délègue le pouvoir d'organiser, de légiférer, de représenter, de juger, en son nom. Or, au lieu du produit bien huilé et de parfait fonctionnement (ndlr : 200 ans d'études !) que voyons-nous ?
Une instance prend-elle une décision ou projette-t-elle seulement un texte de loi, elle est immédiatement contrée par une manifestation orchestrée qui refuse ainsi d'accepter ce qui est proposé, voire déjà accepté et voté par les représentants élus de ceux qui protestent.
Vous me direz qu'il s'agit le plus souvent d'une minorité, et qu'elle fait la loi par son audace à diriger et à orienter les esprits, faute de gouverner réellement avec tous les risques que cela comporte. De plus, de nos jours; ces minorités trouvent dans les médias le meilleur canal, et même le canal Plus pour étaler leurs vomissements et leur nihilisme, tout en protestant de leur amour pour une démocratie qu'elles voudraient rendre plus réelle et plus vraie, c'est-à-dire totalement cadrée par leur idéologie. »

(Jacques Rolain, Le Lien légitimiste n°18 - nov-déc.2007)

le démagogueLa démocratie représentative ne peut fonctionner qu'à deux conditions : une circonscription de conscience politique collective naturelle, une volonté de consensus pour préserver ou accroître le Bien commun. Ce consensus n'est obtenu que chez des peuples-citoyens adultes. Désolé, nous n'en sommes pas. Le révélateur, la pierre de touche, c'est le mode de scrutin à la proportionnelle. Les peuples qui obligent leurs chefs à "trafiquer" légalement l'expression populaire, sont des peuples mineurs, adolescents, adulescents, mais qui finissent vieux sans jamais avoir connu l'âge adulte.

On en arrive à la supercherie de l'Etat légal, entiché du gouvernement détaillé d'un pays réel qu'il floue. Laissons de côté cette fois l'effet de levier qui en "démocratie représentative française" permet à un groupe de politiciens ayant une audience de dix pour cent au départ, de finir à l'Elysée en cumulant les ralliements alimentaires. Pas plus que nous n'irons sur la gageure de décisions irréfragables exigées d'un peuple qui tourne naturellement comme la girouette au vent de l'histoire, à la recherche de la "nouveauté" ou de l'homme providentiel perdu. Non, parlons plutôt de cette circonscription de conscience politique naturelle et du consensus obligatoire.

On est bien d'accord que pour "faire de la politique" à l'étage régalien il faut plus qu'une impeccable dentition ou un brushing béachélien : une formation adaptée et, vu la complexité du champ d'expériences, précoce. Pourquoi serait-ce différent dans le choix démocratique des orientations nationales ? Pourquoi réclamer la compétence et l'expérience à ceux qui nous gouvernent et s'en défaire pour constituer le corps électoral qui choisit et légitime l'exercice du pouvoir par le gouvernement conséquent ? S'il n'est pas envisageable de former à l'analyse de niveau national et international une nation nombreuse, soit on l'amuse avec un faux-semblant de souveraineté et tout l'art de gouverner revient à communiquer sur un masque de décisions qui donne le change - c'est ce qui se passe -, soit on révise la circonscription de choix politique pour la ramener au naturel possible, dans la sphère de conscience collective du citoyen - ce qui serait plus honnête. C'est ce que nous choisissons de faire dans ce billet. La circonscription est double, celle du domaine politique d'application, celle dessinée par la géographie.

cartes des provincesLa circonscription naturelle ressentie la plus large est la province d'Ancien régime mais de l'assemblage résulte un grand désordre ; à défaut, la région de programme si elle correspond à une empreinte réelle sur le pays. Les 22 régions administratives ne marquent pas toutes le sol. Plus raisonnablement, quelques grandes régions capables de mobiliser les moyens nécessaires à leur autonomie sont à préférer dans un monde qui a tendance à vouloir écraser les petites structures.

Les compétences dévolues aux régions, et aux départements qui les complètent, sont au bon niveau de conscience collective du citoyen. On peut y débattre de choses aussi nobles qu'on le fait aujourd'hui au niveau national, avec l'avantage de mieux coller à la réalité. Les compétences régionales sont précises :

"L'institution régionale a compétence pour promouvoir le développement économique et social, sanitaire, culturel et scientifique de son territoire et pour assurer la préservation de son identité, dans le respect de l'intégralité, de l'autonomie et des attributions des départements et des communes" (art. 59 de la Loi de 1982). Au-delà des compétences spécifiques déterminées par la loi que sont : les lycées, la formation professionnelle, l'apprentissage, le développement économique et l'aménagement du territoire ; les régions ont étendu leurs compétences dans les domaines de l'environnement, de la recherche, de la jeunesse et surtout dans le domaine des transports ferroviaires. Celles du département on été énumérées dans un billet précédent.

On voit qu'à part le développement économique qui sert de fourre-tout, les domaines d'exercice du pouvoir, et donc de choix préalables, sont clairs et, pour chacun de nous, bien ressentis. Aux étages subalternes : département, pays, intercommunalité, commune, un peuple mûr mériterait que soient instituées les votations du modèle helvétique, qui ont le grand mérite de trancher certains noeuds indéfaisables par la classe politique lorsqu'elle est trop impliquée dans ses intérêts propres.

Mais nous l'avons dit, la circonscription de choix peut aussi énumérer ou exclure des domaines qui seront ou pas tranchés par la démocratie régionale et locale. Outre les quatre domaines régaliens classiques, on peut réserver à la décision de conseils spécifiques des questions particulières qui n'intéressent pas tout le monde. Des sujets peuvent être renvoyées par exemple aux chambres d'agriculture ou de métiers. On se gardera aussi de laisser la région débattre de liens de conséquence avec des pays étrangers, que l'Etat central n'aurait pas lui-même noués.

Comptez aujourd'hui le nombre de fois où vous êtes convoqués au niveau national ou européen rapporté au nombre de fois où vous êtes interrogés sur un projet spécifique de proximité. Même les élections municipales singent les programmes nationaux et retirent adroitement au citoyen l'expression de choix particuliers, sauf à embosser ses opinions dans des sous-comités locaux d'expression formatée que, personnellement, je fuis. Quant aux régions jusqu'ici, c'est encore plus opaque : votez, circulez !

Retenons déjà que, "le roi revenu", le citoyen décidera un jour bien des choix qui l'intéressent dans sa région, et que nous aurons alors atteint la démocratie pure par ces fameuses "libertés basses" qui sont la quête de tous les royalistes éveillés. Alors on ne se paiera plus de mots, démocratie directe, jurys populaires, désobéissance civique, comités citoyens et toutes foutaises coiffées du bonnet phrygien jetées au peuple comme un os ; nous vivrons dans nos provinces en démocratie, la vraie, débarrassée de cette idéologie ridicule du peuple "je-sais-tout-sur-tout mais pouvez-vous répéter la question?".

A noter en passant que si les grandes orientations nationales ne peuvent être laissées à la merci des ignorants de bonne foi, elles ne peuvent l'être davantage entre des mains inexpertes à bail précaire, parfois cupides. C’est bien pourquoi d'ailleurs ces "choses" ont été remontées au niveau des institutions européennes permanentes (humour dirigé). Alors ? On ferme le Palais Bourbon et le Sénat ? Chiche ! Rien que pour voir ... que rien ne change !

Reste la terrible question du consensus politique en France.
Elle va de pair avec cette stupidité endémique nationale de la protestation contre tout et rien, que l'on camoufle sous le terme ironique de "peuple râleur" pour en cacher sa puérilité, comme on le fait de notre arrogance pour cacher notre inculture qui, elle, est plus grave.

Reconstruire une approche mentale des questions politiques chez nos concitoyens est peut-être surhumain après deux siècles d'ombres chinoises souveraines, de vessies d'éclairage et de coussins péteurs en hémicycles. Mais tout n'est pas encore perdu pour les générations montantes.
Exercer le choix démocratique après analyse des circonstances et des effets prévisibles, s'apprend ! Cela exige de multiplier dans les écoles et jusqu'à la fin du parcours secondaire, l'apprentissage du débat serein et de la prise de décision collective et, quand elle est tombée, du respect universel de cette décison qui en permet l'application huilée. Ce serait enfin le véritable cours d'éducation civique, jusqu'à former des hommes-citoyens enfin capables de consensus pour préserver ou accroître le Bien commun dans leur sphère de conscience politique collective.
Il existe des tentatives en ce sens, conseil d'enfants, parlement des jeunes, qui visent à faire découvrir le fonctionnement de certaines institutions. Mais notre proposition ressortit plutôt à la formation continue de longue haleine qu'à la classe d'éveil. C'est une empreinte qu'il faut appliquer aux jeunes gens pour qu'ils se libèrent du prêt-à-penser colportés par les rationnaires de la cantine aux opinions, et qu'ils assument totalement leurs choix dans la sphère politique comme ils sont capables de le faire dans leur sphère familiale ou personnelle.

conseil municipal des enfants
Le lecteur aura compris que ce blogue n'est pas l'adversaire de la démocratie raisonnée, mais bien celui de l'illusion, de l'escroquerie, de la supercherie démocratique nationale. Nous sommes ici pour Les Républiques en France sous une clef de voûte monarchique solide et sûre. Vive le roi, quand même, ainsi que le titre Le Lien légitimiste. C'est la monarchie qui débondera les vraies libertés, et parfois aussi de nouveaux inconvénients, mais cela vaut la peine.

L'autorité en haut, les libertés en bas !


Parmi les travaux rédactionnels qui poussent à la roue du carrosse, on cite peu souvent le bimestriel "LLL". C'est un bulletin de 12 pages et parfois plus, qui marie avec bonheur l'humeur, l'humour et l'histoire. L'abonnement annuel (6 n°) est à 20€ ou 10€ pour les jeunes et les prêtres tridentins. Faites un essai ultra en commandant un exemplaire du Lien légitimiste à gerard@villele.com, vous ne serez pas déçus.


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6 commentaires:

  1. Pourqoui, sur la carte des provinces, la Corse est-elle rattchée à l'IDF? Surmoi jacobin?

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  2. Peut-être parce qu'aucune autre région n'a osé l'incorporer :)

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  3. Thomas de La Garde4 janvier 2008 à 17:03

    Je reviendrai commenter ce texte la semaine prochaine, mais je vais dire rapidement deux choses :

    - Les libertés sont une espèce aujourd'hui disparue et c'est d'une reconquête par force dont il est question maintenant.
    - J'aime bien cette expression de "surmoi jacobin" d'Eutrope !

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  4. La Corse colonie de la région francilienne est un piton dialectique ironique :)

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  5. Thomas de La Garde4 janvier 2008 à 18:14

    Je n'ai pas douté de l'ironie, mais je doute du sens de l'humour des Jacobins précisément : de ce jusqu'au-boutisme ils seraient bien capables et leur inconscience égomaniaque maintes fois manifestée témoigne en cette faveur...

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  6. C'est le "deal" dont vous parlez sur VLR ? A moi, il me convient, même si c'est du troc, mais après 150 d'absence la monarchie doit négocier un peu.
    Bonne idée.

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