jeudi 17 avril 2008

Trompe de chasse

La Marquise de Noailles par M. Nicolas DROMER :


J'aime le son du cor.
Je n'irai pas dimanche à La Chabotterie* et j'en suis désolé, non que je manquerai le concours - il y faut les dents de fonte que je n'ai plus ! - mais parce que je serai privé de la trompe de vènerie. J'en suis réduit à suivre à l'automne des messes de saint Hubert qui sont pour moi des fanfares de fantaisie réverbérées par les voûtes jusqu'au vacarme, ... mis à part le kyrié.

*C'est là, à Saint-Sulpice le Verdon (Vendée) que fut arrêté Monsieur de Charette en 1796.

trompe de chasse
une Pettex Muffat

La trompe de vènerie est un instrument exceptionnel de puissance et portée, et si terriblement simple que les curieux non avertis y soufflent comme ils s'imaginent que le feraient les moines de l'Himalaya.
Ils n'en sortent rien tant qu'ils n'y pètent pas.

L'instrument
La trompe de chasse apparue vers la fin du règne de Louis XIII, trouve son aboutissement sous Louis XV. Des perfectionnements suivront qui ne changeront pas le principe d'exécution. C'est un instrument sans piston ni coulisse. Il est formé d'un tube de cuivre mince de 4545 mm de long, évasé en pavillon à son extrémité. Ce tube est enroulé sur lui-même 3 fois et demie. Ces caractéristiques sont dites "d'Orléans" dès lors que le modèle fut commandé par le Duc d'Orléans vers 1820 pour son équipage de chasse à courre. Il existe des trompes de plus grand diamètre roulées sur 2 tours et demi mais toujours de la même longueur, dites "Dampierre" ; on les trouve en collection plus souvent qu'en vènerie car fragiles ; et des trompes plus serrées sur 8 tours, assez dures.
C'est le tube d'embouchure conique et son grain qui personnalise l'instrument et sa facilité plus ou moins grande d'exécution.
Le facteur de trompe le plus connu fut François Périnet. La Maison Périnet (beau site en flash) existe toujours à Paris.



La technique
L'instrument étant "sans fin" le souffle du sonneur ne crée pas de surpression dans le tube. C'est un noeud de pression qui joue. Toutes les fréquences ne sont pas renvoyées par le tube de cuivre puisqu'elles ne trouvent aucun dispositif d'ajustage. Ainsi la trompe est-elle légèrement fausse et le technicien des Trompes d'Eustache de Paris nous explique cela par le menu avec formules pythagoriciennes, table de fréquences et tout le tintouin. Cliquez ici (chapitre "Tout sur les notes"). Si vous avez survécu à la démonstration, passez à la page "suivante" (chapitre "pavillon").
Ca me la coupe !

La pratique
Tout est question d'oreille dans la trompe puisque c'est le seul pincement de vos lèvres qui va donner les notes. Il s'agit d'insérer l'accessoire emboîtable spécifique à la trompe dénommé "embouchure" dans le tube éponyme et d'y appliquer ses lèvres serrées et tenant fermement l'ensemble contre ses maxillaires. On gonfle les poumons, et l'on expire l'air à travers les lèvres serrées comme si l'on voulait imiter un "vent". La force du pincement va créer des bruits plus ou moins élevés en fréquence qui deviendront un jour des notes de musique.
Cent fois sur le métier ... et on passera bientôt au tayaut.

Le tayaut et l'hourvari
C'est le vrai son de vènerie, celui qui imite les abois du chien courant. Il s'obtient par surprise, mais certains ne le connaîtront jamais, en redoublant l'attaque d'embouchure d'un coup de langue. C'est un coup à prendre, pas facile mais comme le vélo, il ne s'oublie plus.

L'hourvari est une volée de notes liées en une seule respiration. Il fait office d'alarme en cours de chasse car même si la mélodie est difficilement perceptible à causes de la distance, l'attaque est caractéristique.

Le plaisir

Je ne regrette pas les concerts, les cérémonies et les retours de chasse. Mais le vrai plaisir est à pied, de sonner à deux, première et seconde, et l'extase surgit parfois quand on vous répond de loin de la même manière et qualité.

Je n'irai pas à La Chabotterie, mais vous encourage à assister au Championnat de trompes du Grand Ouest de ce week-end. Ce sera un grand moment, et assez royaliste quelque part !

piqueux
On peut approfondir la trompe et la vènerie sur les sites ci-dessous, à commencer par l'incontournable lexique de Hallo & Rousseau :

Lexique de Vènerie
Fédération internationale des trompes de France
Trompes d'Eustache
Fanfares de trompe
Fanfares de Volcelest
Société de Vènerie française
Musée du veneur Montpoupon
Equipage Brissac
Equipage des bois de Margues
Chasses du Monde


Mais il y en a une bonne trentaine de plus, jusqu'en Belgique, Suisse et Allemagne.

Un article de Royal-Artillerie sur la chasse à courre fut publié il y a juste un an. On peut cliquer ici.


Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez aussi le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

1 commentaire:

  1. Deux personnes m'ont signalé hier le meilleur rapport qualité-prix chez un facteur de Blois :
    TROMPES MILLIENS
    20, rue de la Mare
    41000 BLOIS
    Tél : 02 54 42 24 12

    On dit aussi toujours du bien des Couesnon (j'ai commencé par une Couesnon lourde) :
    COUESNON S.A.
    3, avenue E. Couvrecelle
    02400 CHATEAU-THIERRY
    Tél : 03 23 83 56 75

    Autres recommandations appréciées. Prière de faire savoir.

    RépondreSupprimer

Les commentaires sont modérés. On peut utiliser les balises a, b et i dans leur rédaction. Pas de commentaires "anonymes".

Printfriendly