samedi 7 juin 2008

La fin du rêve américain

Finalement l'Histoire n'aura pas de Fin, la planète bisounours des wilsoniens et des Nations Unies aura peut-être explosé avant que la déesse de la Démocratie ne règne universellement sans reproches ni murmures de l'est à l'ouest de l'Île de Fer sur 360° de longitude.
Les hommes foisonnant à milliards régresseront au statut néandertalien vers la Guerre du Feu, du moins les mutants seront-ils des millions de fois plus nombreux que les sapiens sapiens, en application de la loi Sevran qui énonce que les plus pauvres sont toujours les plus multipliés.

champignon atomique
En attendant Soleil Vert ...

... il faut que vivent les think tanks de stratégie, qui nous promettent la même chose mais bien plus savamment : la planète retourne au XIX° siècle. Et de nous expliquer par le menu que les empires vont s'allier jusqu'à ouvrir les hostilités pour le partage des énergies et matières devenues rares. Il est fini le temps des pays petits et moyens, sauf pour eux à faire où on leur dit de faire.
C'est Robert Kagan, néoconservateur helléno-américano-belge, qui publie ces temps-ci "Le retour de l'Histoire et la fin des Rêves" en contrepoint du célèbre "La fin de l'Histoire et le Dernier des hommes" de Francis Fukuyama (1992).
Est-ce le désastre démocratique en Mésopotamie qui lui fait abandonner la théorie de soigner les cons par le développement ? Les avions d'al-Qaïda avaient été lancés sur New York, disait Paul Wolfowitz, par la crasse gouvernementale arabe. Ou bien, a-t-il assimilé que les projets planétaires les plus nobles sur l'échelle de valeurs américaines étaient systématiquement contrariés par deux empires qui se partagent tout l'arc septentrional eurasien, j'ai nommé la Fédération de Russie et la Chine, amis qui semblent passer leur temps libre à pourrir la vie tranquille de la Pax americana.

parade 2008 à Moscou
Le choc des civilisations est enterré - il ne s'est pas produit - alors passons au choc des continents. Les démocraties contre les autocraties. Deux blocs sont donc en phase de constitution :
Au nord, de Mourmansk à Vladivostok, l'alliance d'intérêts des empires russe et chinois augmentée du cordon sanitaire de l'Asie centrale vassalisée dans le Groupe de Shanghai (Kazakhstan, Chine, Kirghizistan, Russie, Ouzbékistan et Tadjikistan), détenant tout l'espace entre le pôle nord bientôt libre de glaces et l'équateur au droit de Singapour puisque la Mer de Chine Méridionale est déjà sous la souveraineté chinoise exercée par une escadre puissante à demeure.
Partout ailleurs, l'alliance des démocraties qui veulent remonter la Grande Muraille contre les Huns, se consolidera entre l'Amérique du Nord, le Japon, l'Inde et l'Union européenne. Mais la dernière citée pose problème aux Américains.
D'abord elle n'est que la péninsule occidentale d'Eurasie et Franklin D. Roosevelt avait en son temps rêvé d'une simplification du futur en la donnant à Staline. Secondement elle n'a pas la cote dans les milieux néocons pour des raisons très anciennes.

tanks chinois
En fait, l’Amérique s’est toujours définie contre elle : contre l’Angleterre, contre l’Europe royaliste, contre l’Europe coloniale – quitte à oublier ses propres tentations -, contre l'Europe corrompue, contre l’Europe des totalitarismes et la pire, l'Europe de l'Holocauste. Puis le déclin du vieux continent venu, a émergé après-guerre l’idée d’une Europe dépendante, féminine, velléitaire et immorale, l'Europe amollie de la Guerre froide qui établissait des contrats de gaz avec l’URSS quitte à se lier les mains avec Moscou ; ce fut aussi la putain de la Détente, qui voulait s'entendre avec l'adversaire communiste au lieu de le combattre… (posture gaullienne).

parade navale nippone
Or, la nouvelle donne géopolitique fait que l’Europe tend à s’affirmer comme de plus en plus indépendante dans les enceintes décisives quand les Etats-Unis et le vieux continent partagent de moins en moins de fondamentaux communs (origine des menaces, multilatéralisme vs. unilatéralisme, supranationalitarisme…).
Le divorce probable est indéfiniment reporté parce que cette alliée riche et vermoulue n'est pas même capable de se défendre seule. Elle ne veut pas payer le vrai prix de sa sécurité, et in fine représente un lest mobile dans la stratégie future de l'Occident ? Sacrifiera-t-on la sûreté des Etats-Unis au sauvetage de l'Europe pacifiste décadente ?
J'entends déjà le candidat républicain McCain nous répondre que non !

croiseur indien
Mais le parti wilsonien n'est pas mort. Il est représenté par le candidat démocrate Barack Obama qui, s'il reste très américain dans la défense des intérêts propres à sa nation, partage l'approche oecuménique des Européens et des Japonais, et privilégie la palabre et l'imbrication des intérêts économiques pour préserver une bonne paix armée sur toutes les zones stratégiques du monde.

Le président Sarkozy, ami des Reaganiens, est sur cette ligne oecuménique. Mais d'un autre côté il tient au retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN sans qu'il en ait donné ses raisons et convictions intimes. Il ne sait pas trop où il habite. Pour ma part - et ça change tout bien sûr :) - je suis pour que cesse cette position immorale de profiteur typiquement gaullienne, un pied dehors mais un pied dedans au cas où.
Soit nous assurons nos alliés que nous nous battrons avec eux sans barguiner et pour cela nous retournons au SHAPE, soit nous avons des réticences quant à notre "indépendance de jugement" et nous nous retirons carrément de l'Alliance atlantique. Quelques pays européens n'y sont pas qui n'en sont pas morts : Irlande, Suède, Finlande, Autriche, Suisse, Lichtenstein, Serbie, Bosnie-Herzégovine, Albanie, Monténégro, ...

Un autre motif de retour au SHAPE est la fin de l'américanisme. Les Etats-Unis vont affronter la crise systémique que Philippe Grasset décode très bien sur son site dedefensa.org, et chercheront à passer à d'autres certains relais moins essentiels pour la continuation du rêve américain, et l'Atlantique est à l'évidence devenu l'océan d'hier. Tout se jouera sur le Pacifique et l'Arctique. La péninsule européenne pourrait être "remise" à une coalition de forces aéro-navales européennes appuyant le choc blindé anglo-franco-allemand, sous réserve que l'ordre du jour soit bien l'attaque à outrance comme meilleure défense. C'est une question grave qui méritera un petit développement ultérieur.

leclercs français
Mais avant de prendre une décision, il serait réaliste d'attendre qui des deux candidats emportera la Maison Blanche, car la relation euro-américaine sera dans chaque cas différente, et de beaucoup.
Ne nous croyons pas non plus charbonniers-maîtres-chez-soi de notre sécurité souveraine avec un budget militaire inférieur au service de la Dette publique. La paix a son prix, nous n'assurons pas ! Trente ans de gabegie outrancière finissent pas se payer concrètement. Le second porte-avions est parti en fumée, ce n'est qu'un début, hélas.

A lire en français :
Justin Vaïsse, La croisade des néo-conservateurs, L’Histoire, février 2004
Robert Kagan, La puissance et la faiblesse, Plon, 2003
William Kristol et Lawrence Kaplan, Notre route commence à Bagdad, Saint-Simon, 2003



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1 commentaire:

  1. Un article fort intéressant et j'attends avec impatience votre article sur "l'heureux Elu" et ses positions.

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