vendredi 18 juillet 2008

Ian l'Africain

Ian Douglas SmithLe billet précédent m’a remis en mémoire des discussions que j’avais eues toute une année dans un bar corse de la Contrescarpe où nous étions quelques uns « Behind Rhodesia » à refaire l’avenir du diamant blanc d’Afrique australe si mal taillé. Et nous parlions de l’incroyable Smith, la « paire » la plus lourde d’Afrique !
Chevalier moderne à la quête de l'impossible graal, Ian Smith fut aussi de ces boxeurs qui ne jettent jamais l'éponge et se relèvent toujours du countdown, la gueule cassée. Il a tout essayé pour "sauver" la Rhodésie du cancer marxiste-léniniste, jusqu'à l'égalité absolue "un homme, une voix", ce slogan ravageur qui ouvre la porte à toutes les manipulations d'idées et arithmétiques. Comme dans tous les bons romans de chevalerie, l'histoire finit mal pour le héros, dépêché dans la fleur de l'âge, mais pour contredire les légendes, le lion au coeur fidèle sauva sa vie et mourut tard ...

Il naquit un 8 avril 1919 dans le bush rhodésien à Selukwe (Shurugwi), un bourg agricole et minier (chrome) où son père d'origine écossaise était chevillard. La guerre interrompit ses études à l'université de Grahamstown (RSA) pour l'enrôler dans la RAF en 1941 comme pilote volontaire. Affecté d'abord au Moyen-Orient dans une escadrille rhodésienne sur Hurricane, le 237° Squadron, il se blesse au décollage à Alexandrie en 1943 et en sort défiguré et borgne. La chirurgie plastique de l'époque lui redonnera un visage humain mais le fera souffrir jusqu'à la fin de ses jours.

spitfire
Il remonte en 1944 sur Spitfire dans une escadrille de chasse basée en Corse qui escorte les bombardiers américains en route pour l'Allemagne. Il est descendu à la mi-44 au-dessus du Pô et saute en parachute derrière les lignes allemandes. Il les traverse et rejoint le maquis italien de Sasello où il se terrera 5 mois en attendant que le front allié avance vers lui. Il passera alors en France libérée pour rejoindre son escadrille et continuer de voler jusqu'à la fin de la guerre.
Il retournera ensuite à l'université Rhodes de Grahamstown pour finir sa licence en commerce, se mariera en 1948 et achètera une exploitation agricole chez lui à Selukwe. Il est bientôt élu député et commencera sa carrière politique, animé d'une foi inébranlable dans le développement nécessaire de l'Afrique australe par les Blancs, seuls capables de faire aboutir ce projet.

drapeau de la république de Rhodésie
La Grande Bretagne confrontée comme la France et le Portugal à la vague de décolonisation, se mettra en travers du projet "suprémaciste", confiant aux richesses naturelles de l'Afrique australe le soin d'aplanir les difficultés du passage de témoins entre les colons et les natives. Dans tous les cas de figure c'était un mauvais calcul. La lutte politique durera quinze ans, de la première contestation du projet anglais en 1964, en passant par la déclaration d'indépendance du 11 novembre 1965 qui précèdera la proclamation de la République de Rhodésie le 2 mars 1970, jusqu'à l'avènement du premier ministre noir en 1979, Mgr Abel Muzorewa.
Les guérillas communistes de Robert Mugabe et Joshua Nkomo l'emporteront finalement aux élections de 1980 qui se dérouleront dans un climat de terreur ordinaire et de bourrage d'urnes, sous le regard impavide de Londres, débarrassée du fardeau rhodésien pour de bon.

éléphant de face
Ian Smith restera un moment ministre sans portefeuille du nouveau gouvernement, s'occupant de promouvoir son pays auprès des investisseurs étrangers, puis il sera chassé par Mugabe. Il se retirera alors dans sa ferme à Shurugwi qu'il parviendra à conserver ; puis avec l'âge, il reviendra à Harare contempler la descente aux enfers de sa chère Rhodésie, jusqu'à ce que la maladie ne le rattrape et l'envoie se soigner au Cap en 2006. Quelques chiffres lui donnent raison :

Extrait d'une relation de voyage au Zimbabwe de JP Turquoi du Monde (juin 2008) :
Deux billets de banque traînent sur le trottoir d'une avenue d'Harare. Ce sont des coupures de 100 millions de dollars zimbabwéens. Pourtant, aucun passant ne se baisse pour les ramasser. Car ils ne valent rien. Absolument rien. Mi-juin, une cigarette coûtait 300 millions de dollars et un minuscule paquet de cacahuètes deux fois plus. Pour s'offrir un café, il fallait débourser 1 milliard de dollars. Sans compter le pourboire. Laisser moins de 200 millions était pris pour une insulte.
Les prix valsent d'un jour à l'autre. Fin juin, le billet vert américain, la monnaie de référence, s'échangeait contre 6 milliards de dollars zimbabwéens. Les billets de 100.000 qui avaient cours en 2007 ne sont déjà plus qu'un souvenir. Avant même d'avoir été patinés en passant d'une main à l'autre, ils ont été balayés cette année par les coupures de 10, 50, 100, puis 250 millions de dollars. Entre-temps, la banque centrale a tenté une sorte d'opération coup de poing en retirant de la circulation tous les billets dont la valeur allait être divisée par 1 000. L'opération a été un fiasco.
Depuis quelques mois, de nouvelles coupures ont fait leur apparition. Il ne s'agit plus de billets de banque, ni de chèques au porteur, mais de special agro-cheques, dont la valeur va de 5 milliards à 50 milliards de dollars. Dans quelques semaines, des special industrial-cheques de 100 ou 1 000 milliards vont peut-être voir le jour.
(source full size).


dollar de collection
Ian Smith mourut à 88 ans chez sa belle-fille près du Cap le 20 novembre 2007. Fut-il pour quelque chose dans l'avènement de Mugabe et en conséquence dans la ruine de son magnifique pays ? D'aucuns pensent que sa résistance acharnée exacerba la force des organisations extrémistes noires qui prirent finalement le pouvoir à la barbe de l'establishment modéré. C'est l'opinion du Telegraph de Londres.

Feue la République de Rhodésie a conservé une ambassade à Reykjavik (Islande) et une communauté.


Cinq minutes avec Ian Smith



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