lundi 10 novembre 2008

Halde à l'école

Halde ô fouLa Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité est un gadget chiraquiste créé en 2004 dans la nonchalance élyséenne pour se désennuyer, et accessoirement punir les videurs blacks des boîtes de nuit qui barrent la porte aux Beurs. Le problème est que les gens nommés au collège de direction, au lieu d'encaisser simplement leur traitement mensuel comme le font tous les rats des fromages républicains, y croient. Ces braves fonctionnaires de l'Egalité voient leur avenir à travers une lutte de tous les instants contre les moulins de la Diversité. Leur dernière contribution réveillerait l'énurésie d'une momie de la Haute Epoque, aussi je vous y adresse d'un clic pour parer l'accusation de sortir les mots de leur contexte. A archiver à l'intention de vos petits-enfants qui émergeront plus tard à la lumière solaire après Armageddon. Prenez quand même le temps de passer aux lavabos, il y en a 195 pages plus 12 de conclusion ...

Place des Stéréotypes et des Discriminations dans les Manuels scolaires
réalisée par l'Université Paul Verlaine de Metz.
Pascal Tisserant et Anne-Lorraine Wagner peuvent postuler au burinage de leur nom au ciseau à froid sur les frontons du Palais de Chaillot.

Les premières pages décrivent un projet porté au sein de la problématique complexe par onze génies qui ont même été payés pour ça ; on pousse le vice jusqu'à nous donner le numéro de commande du marché d'Etat (n°07-606 du BOAMP). "Vous" avez sorti des sous ! Vers la quinzième page vous aurez enfin compris ce qu'est un "manuel scolaire" dès fois que vous ne soyez jamais allé à l'école. Il y en a sûrement parmi les lecteurs du pavé socio-éducatif.
Avant d'entrer dans la dispute, le rapport nous balade dans les billevesées comme les aime la Faculté quand elle veut donner de l'épaisseur à ses productions. On va donc définir maintenant les lettres D et E du donneur d'ordre :
Etymologiquement, discrimination vient du latin, discriminationem, distinction. Ainsi discriminer signifierait distinguer, c’est-à-dire d’après le Littré, « ne pas confondre ». La discrimination semble donc nécessaire à la leçon de choses dans son universalité ; et bien non ! Parce que « une distinction de droit ou de fait entre individus ou groupes aboutit à une inégalité » et donc contrevient à la devise républicaine L-E-F. Le simple fait d'étudier étant discriminant, soit vous restez idiot soit vous égalisez tout dès le départ pour tout "confondre".

M. TisserantLe moindre problème n'est pas que pour lutter contre la discrimination on s'oblige à discriminer individus et groupes afin de mesurer la réalité de leurs revendications égalitaires. Son problème cousin dans le débat corne-cul est que « la garantie d’uniformité de traitement de tous les individus permet aux personnes appartenant aux minorités de jouir des mêmes droits que les autres citoyens, [par le biais] de mesures spéciales qui tendent à assurer une égalité réelle entre les membres d’un groupe minoritaire et les autres individus, [mais qui] ne sauraient elles-mêmes passer pour discriminatoires ». Ainsi a-t-on créé une super-définition judiciaire de l'égalité : « ce qui est essentiellement semblable doit être traité de manière identique ; ce qui est essentiellement dissemblable doit être traité de manière différente ». A tel point que le Conseil constitutionnel à l'enseigne du shpynx coiffé d'un entonnoir, dispose que « le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes » ... car l'Egalité est un slogan pour les foules et pas une clef du gouvernement des hommes ..., des femmes et des indécis.
Les Contre-révolutionnaires se tuent à expliquer cette supercherie et c'est la Halde qui le prouve ; comme quoi tout est dans tout.

le beau mec WilliamLes auteurs du rapport nous baladent ensuite à la Cour européenne de Justice puis dans les arcanes de la Charte des droits fondamentaux de l’Union qui, entre autres choses, interdit de se moquer. Vers la page 29 les rapporteurs commencent à s'intéresser aux manuels scolaires au prétexte de les éclairer réglementairement des lois et décrets en nombre obligeant surtout à l'égalité de traitement des sexes et des religions. Ils débordent le Code de l'éducation qui se résume à donner à tous le minimum vital d'une instruction de masse afin de survivre en République, pour valoriser le nouvel enjeu des manuels scolaires qui est de soutenir une éducation certes mais aussi un « enseignement en harmonie avec les évolutions sociétales et les acquits en termes de droits fondamentaux ». Faisons évoluer nos enfants dans le sens de l'Histoire ...
Dix pages plus loin je ne sais toujours pas ce qu'il pourrait y avoir de terrible dans nos manuels scolaires car on se doit de me conter par le menu comment et avec qui l'éditeur fabrique son ouvrage. A ce récit interminable coupé d'organigrammes, on comprend pourquoi ils sont des milliers au Ministère, mais on pouffe de lire plus loin la préconisation des génies qui remercient la Halde de sa commande en préconisant une instance supplémentaire chargée de surveiller toute discrimination dans l'élaboration des lectures de nos chères têtes blondes, brunes, rousses et frisées.

Qu'y a-t-il donc de répréhensible dans nos manuels scolaires ?
Synthèse de la Halde, commentée :


naomi campbellFEMINISME :
L’image des hommes et des femmes continue de subir un traitement différencié moins valorisant pour les femmes : elles sont des icônes ou des emblèmes comme Marianne en plâtre, ou les mères ou filles de ...; exemple : Létizia Buonaparte est la "mère" de Napoléon I° ; quelle dégradation ! On peut trouver ci ou là des "femmes de ménage" qui sont en réalité des techniciennes de surface, et pis que tout, trop de métiers moins brillants socialement, sont énoncés au féminin : infirmière scolaire, sage-femme. D'accord le gouvernement Jospin s'est battu pour les auteures, les écrivaines et les procureures et nous sommes ébahis devant la garde meurt mais sceaux ne rend point.
Au final il y a bien trop de célébrités masculines dans l'Histoire et pas assez de femmes célèbres (cf. p.105) ; pourquoi Henri IV, Christophe Colomb et Einstein ne sont pas des femmes reste un mystère. « Il est recommandé d’employer simultanément de façon systématique les deux genres pour évoquer une situation, tout particulièrement lorsqu’il s’agit des métiers ou des activités sportives, des positions sociales ou politiques. A titre d’exemple : le/la gynécologue, le/la préfet-te, le/la professeur-e d’EPS, l’auteur-e, le/la psychologue, le/la cycliste, etc. (ndlr : imaginez les textes bisexualisés), ou encore les désignations qui avaient cours de manière très ordinaire au Moyen Âge (miresses, botanistes, prudesfemmes, bouchères, maréchales-ferrantes, etc.) ».
Et on a flingué l'Ancien régime !

ETRANGERS

...passant pour des étrangers (les Suisses sont exemptés) :
Les personnes d’origine étrangère représentées dans les livres de classe sont montrées le plus souvent dans des situations dévalorisantes et/ou de pauvreté. Par exemple les Noirs sont noirs et pauvres. Autre exemple, l'image des ouvriers à la chaîne de la Régie Renault illustrant le taylorisme associe l'immigré à la Traite des Noirs (les génies sont imaginatifs) tandis que proposer de l’immigration une image neuve, différente, en mettant en scène des adolescents parfaitement banals tant dans leur habillement que dans leur pose, permet une identification plus facile des élèves. (J'ai payé pour cette découverte !). Au diable l'Unicef et le Pam, l'étranger n'est pas implorant. D'ailleurs sait-on que les élèves sont par avance preneurs d'une image de Naomi Campbell en paillettes pour illustrer la Différence ! Nous aussi, la preuve ! Mais les classes majoritaires en filles préfèrent Evan Wadle ou Alexander William (photo)! Pourquoi donc si tout se vaut ?
Plus loin, un ouvrage de maths ose faire un exercice avec Ali Baba et les 40 voleurs ! Pas possible, le rédacteur est sans doute pied-noir ou sioniste, sinon il est passé par la case Fleury-Mérogis du Monopoly, où damned ! le flic est caucasien, en plus !

bronze de Leonard de vinciHOMOSEXUALITE :
A part une photo de la Gay Pride de Paris sur laquelle figurent de nombreuses personnes vêtues de façon “excentrique” et/ou torse nu (mais c'est la réalité vraie), l’impasse est faite sur le sujet de l’orientation sexuelle, ce qui laisse supposer aux rapporteurs que les comités de lecture ne sont pas de la jaquette. Le rapport (chap.9) dénonce la "norme hétérosexiste". Il est juste de dire que « les personnes ayant un stigmate peu visible, comme les homosexuels, subissent toutefois des conséquences psychologiques plus importantes lorsqu’elles ont le sentiment d’être les seules à le porter. Ainsi, les contacts sociaux tels que les réunions de familles peuvent s’avérer douloureux. A l’inverse, la présence d’autres personnes ayant une situation similaire est un facteur de protection contre les messages culturels négatifs, et augmente l’estime de soi ».
De là à vouloir "banaliser" l'homosexualité dans les manuels scolaires par des procédés aussi grossiers que ceux retenus par la Halde - je vous renvoie à la page 164 qui traite des manuels de SVT - me peine pour mes amis homosexuels qui y verront l'instrumentalisation dévoyée de leurs justes revendications à vivre paisiblement. Que l'on oeuvre à ce que les adolescents homosexuels ne soient pas la risée de leur classe est obligatoire. Que l'on barre de l'instruction les sourates et versets qui satanisent les homosexuels est sain. Mais aller jusqu'à équilibrer le discours homo-hétérosexuel dans la description des moeurs animales est une moquerie en creux : ainsi la phrase « les grillons mâles attirent leurs femelles par leur chant » serait selon nos génies, incomplète !

l'oncle PaulGERIATRIE :
Le rapport se termine par les Vieux (chap.10) qui forment eux-aussi une diversité mal représentée dans les manuels scolaires. Ils ne mangent pas que des gâteaux mous et des médicaments, et même s'ils plombent notre économie, ils peuvent aussi raconter les belles histoires de l'oncle Paul ! Dis Pépé, c'était quoi la position du missionnaire au temps béni des colonies ?
- Pas si fort, sacristi !

Il y a un dossier de presse pour ceux qui ne lisent plus, destinés aux journalistes. On peut cliquer ici et accéder à ce digest.

On le savait déjà : la République doit s'occuper de nous "d'al brès a la toumbo". C'est un régime invasif ! Edvige et la Halde, main dans la main.

NB : Les commentaires sur ce billet sont fermés


Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez aussi le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

Printfriendly