mercredi 14 janvier 2009

John-Maynard est-il un crétin ?

JM KeynesLes députés ont adopté, mardi 13 janvier, le plan de relance économique de 26 milliards d'euros présenté par Nicolas Sarkozy début décembre. Certaines analyses du keynésianisme revenu à la mode, montrent, qu'aujourd'hui comme hier, il conforte les situations acquises. Presque tous les cataplasmes de la Relance sont appliqués aux corps malades - les premiers touchés par la Crise - et des moyens énormes sont ainsi confisqués à la mutation nécessaire de nos économies devenues obsolètes. On a même servi la soupe chaude de Noël aux profanateurs du bon sens que sont les ingénieries financières coupables de la bulle de l'argent-vent, sans que les gens s'en émeuvent puisqu'il n'y comprennent rien. Surtout ne pas leur expliquer qu'ils sont tous du même moule. Salaud de Madoff qui a dévoilé la supercherie la plus fumante du siècle ! Laisser crever les banques ? J'imagine les caricatures qu'en aurait fait Daumier. Toutes ne seraient pas mortes mais la purge aurait permis de retrouver le socle sûr de nos économies. Et pour la mémoire du Temps, on aurait pendu par grand froid les banquiers aux réverbères des grandes avenues, l'entrechoquement de leur manteaux gelés balancés par la bise sur la fonte des fûts sonnant comme carillon de cristal. Brrrr...!

Frédéric Bastiat¹ (Bayonne 1801- Rome 1850) ouvrait sa critique des gouvernements de crise par un précepte tiré de la Sagesse des nations : « Dans la sphère économique, un acte, une habitude, une institution, une loi n'engendrent pas seulement un effet, mais une série d'effets. De ces effets, le premier seul est immédiat; il se manifeste simultanément avec sa cause, on le voit. Les autres ne se déroulent que successivement, on ne les voit pas; heureux si on les prévoit. Entre un mauvais et un bon Économiste, voici toute la différence: l'un s'en tient à l'effet visible; l'autre tient compte et de l'effet qu'on voit et de ceux qu'il faut prévoir ».

La Relance keynésienne² dont on a plein la bouche, perpétue l'échec économique et injecte de la vitesse dans la spirale de la crise.
spirale américaine 2007-2008
Perfusant les crevards qui ont l'oreille des gouvernements et les menacent d'explosion sociale, l'acharnement thérapeutique nous conduit à traîner la Crise de longues années, si n'intervient pas une rupture de cycle provoquée par l'intelligence. Nous sommes condamnés à innover sans frais, inventer ex-nihilo, puisque les capitaux sont captés par les "vieux"; ce afin de ne pas tomber sous la coupe des empires émergents, capables de souffrir, presque mourir, renaître et vaincre, tandis que nous gémirons à notre interminable agonie. Mais si le phénix est un attribut impérial chinois, nous avons quand même la salamandre de François Ier.

La Relance par l'Etat est donc une escroquerie, méditée par la bourgeoisie d'affaires gravement menacée dans ses fondamentaux ; et comme au bon vieux temps³ des lois Freycinet qui subventionnaient le capital privé à fonds perdus pour nationaliser plus tard ses banqueroutes, nous actons le goinfrement des actionnaires strictement rationnaires qui ont prélevé sans frein les bénéfices antérieurs, en mutualisant désormais leurs pertes. J'ai cru un moment aux hurlements des masses laborieuses et démocratiques. Rien ! Besancenot n'a pas déclaré la révolte. Les autres étaient affairés en cuisines.

L'autre côté pervers de la Relance par l'Etat est qu'il s'y engraisse ; et plus il veut bien faire, plus il grossit. Nous venons de créer le nouveau ministère de la Relance et de la Consolation ; suivront sans doute aucun les cent services préfectoraux nécessaires à la surveillance des crédits et cautions. Me Devedjian est content.

L'explosion sociale est-elle inévitable malgré tout ?
Si l'on s'en tient à l'état d'esprit sans ressort et particulièrement corrompu des classes sociales françaises, il est à prévoir que les gouvernements soient in fine acculés à la faillite par le chantage démocratique habituel des assistés qui heurtera leurs propres ambitions personnelles de pouvoir et profits.

Economiste libéral à juste titre méconnu dès lors qu'il fonde la critique des systèmes de providence sociale actuels, Frédéric Bastiat avait démonté le processus d'avachissement moral anticipant la ruine d'une société. Cet auteur est maintenu sous le boisseau par la social-démocratie, vous allez comprendre pourquoi :

F. BastiatSur les sociétés de secours mutuel du XIX° siècle, ancêtres de notre Sécurité sociale :
« Supposez que le gouvernement intervienne. Il est aisé de deviner le rôle qu'il s'attribuera. Son premier soin sera de s'emparer de toutes ces caisses sous prétexte de les centraliser et, pour colorer cette entreprise, il promettra de les grossir avec des ressources prises sur le contribuable. Mais, je le demande, que sera devenue la moralité de l'institution quand sa caisse sera alimentée par l'impôt ; quand nul, si ce n'est quelque bureaucrate, n'aura intérêt à défendre le fonds commun ; quand chacun, au lieu de se faire un devoir de prévenir les abus, se fera un plaisir de les favoriser ; quand aura cessé toute surveillance mutuelle et que feindre une maladie ce ne sera autre chose que de jouer un bon tour au gouvernement ? Il nommera des vérificateurs, des contrôleurs, des inspecteurs, on verra des formalités sans nombre s'interposer entre le besoin et le secours. Bref, une admirable institution sera, dès sa naissance, transformée en une branche de police ».
Pire sur les droits sociaux :
« Les ouvriers ne verront plus dans la caisse commune une propriété qu'ils administrent, qu'ils alimentent, et dont les limites bornent leurs droits. Peu à peu, ils s'accoutumeront à regarder le secours, en cas de maladie ou de chômage, non comme provenant d'un fonds limité préparé par leur propre prévoyance, mais comme une dette de la société. L'État se verra contraint de demander sans cesse des subventions au budget. Là, rencontrant l'opposition des commissions de finances, il se trouvera engagé dans des difficultés inextricables. Les abus iront toujours croissant, et on en reculera le redressement d'année en année, comme c'est l'usage, jusqu'à ce que vienne le jour d'une explosion. Mais alors on s'apercevra qu'on est réduit à compter avec une population qui ne sait plus agir par elle-même, qui attend tout d'un ministre ou d'un préfet, même la subsistance, et dont les idées sont perverties au point d'avoir perdu jusqu'à la notion du droit, de la propriété, de la liberté et de la justice ».

Nous y sommes exactement, et la putréfaction est plus avancée que promise par l'économiste libéral. L'argent indispensable à la survie de cette monarchie d'affaires qui tient tout, est bloqué dans l'Epargne. Le pouvoir, qui a déjà levé certains tabous en ce domaine en faisant contribuer les livrets A aux injections bancaires, ne pourra résister longtemps à la facilité du séquestre si on lui refuse l'emprunt national. L'insurection vient-elle ? Oui, si on touche à l'Epargne.
Salaud de Bastiat qui dit à tous la vérité cachée. Sauf en France où il reste politiquement très incorrect, il est réédité et couramment lu dans tous les pays de l'OCDE, au Mexique et au Brésil. Précuseur de l'Ecole libérale autrichienne d'économie, il n'aimait pas Proudhon. A ne lire de lui qu'un seul ouvrage, il faut choisir les Harmonies économiques mises en ligne ici. Y résonne un certain état naturel qui devrait plaire au distingué lectorat de ce blogue.

Note (1): Deux sites très fournis sur l'économiste libéral français de référence :
- Cercle Frédéric Bastiat
- Bastiat.Org
Note (2): Relance keynésienne = relance par la demande lorque celle-ci est insuffisante. L’Etat se substitue au marché et doit intervenir avec :
* la politique monétaire : baisse du taux d’intéret (mais c’est insuffisant)
* la politique budgétaire : hausse des dépenses de l’Etat (politique de grands travaux)
* la politique fiscale : baisse des impôts des plus défavorisés
* la politique de revenus : hausse des revenus de transfert
Le déficit budgétaire est un des moyens dont dispose l’Etat pour relancer l’économie : ce déficit pourra théoriquement se résorber par des rentrées fiscales :
* plus de revenus distribués = plus d'IRPP engrangé
* plus de revenus distribués = hausse de la consommation = plus de TVA collectée
* plus d’investissement par les entreprises = relance de l’activité économique = plus de profits = plus d’IS payé
Cette politique de relance keynésienne présente toutefois des limites :
* contrainte extérieure : la relance par la demande entraîne une hausse des importations donc un déficit de la balance commerciale car la France est un pays "ouvert". Le plan de relance de 1981 a créé un déficit de 92 milliards de francs en 1982 (14Mds€).
* inflation : plus de revenus entraîne plus de demande (plus de consommation et plus d’investissement) or selon la loi de l’offre et de la demande, si la demande est supérieure à l’offre l’inflation augmente.
* effet boule de neige et le déficit budgétaire : il faut que la richesse créée soit suffisante pour payer les intérêts de la dette sinon ces derniers seront de plus en plus lourds et la dette va s’aggraver. On appelle cela l’effet boule de neige de la dette.
Note (3): il faut relire "Les responsabilités des dynasties bourgeoises" de Beau de Loménie aux Editions du Trident.



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1 commentaire:

  1. On lira avec profit l'article de Martin Masse en cliquant ici sur le Québécois libre.

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