mardi 10 mars 2009

Qui commémorera l'esclavage ?

esclaveLes foules antillaises portent des calicots dénonçant la rémanence de l'esclavage. Le mot est devenu un slogan de récupération politique. En ces temps de flagellations, l’Etat français qui avait commandé un rapport d’enterrement au Comité pour la Mémoire de l’Esclavage, a dû décréter en 2006 le 10 mai comme journée nationale commémorative. Finalement la pie Taubira et le terroriste Dieudonné auront eu gain de cause, et c’est très bien. La seule question qui vaille est : pourquoi ? pour qui ?
Les régimes qui ont précédé le nôtre, ont tour à tour réglé et aboli l’esclavage pour des motifs essentiellement économiques. Ces régimes se sont annulés l’un l’autre et il va être difficile de faire souscrire le bon peuple à l’expiation générale, lui qui n’en peut mais, étranger complètement à cette abomination. Trois ordres toujours établis mais qu’on ne dispute pas, sont parties prenantes dans la question nègre :

Le premier ordre est la bourgeoisie négrière qui amassa des fortunes considérables par la traite des noirs. Cette bourgeoisie, qui fit la richesse de villes comme Nantes, a des héritiers qui pètent dans la soie loin du fumier ancestral qui au dire de certains fumerait encore. Ces gens-là portent la marque indélébile de l’ignominie. On veut des noms ! Facile, mais attentatoire à la sûreté de l’Etat ; passez muscades et bronzez donc aux tropiques, y a rien à voir.

Le second ordre est l’aristocratie des plantations
qui a mis en culture le Nouveau Monde en investissant tout dans la sueur à bon marché. Celle-là aussi a des héritiers qui pour certains profitent encore des retombées financières des exportations de denrées qui ont enrichi leurs familles. Sans discernement, on va se venger sur les seuls Békés de Martinique qui malgré tout ont positivé l'Histoire en prenant les risques commerciaux ou industriels pour lancer des entreprises qui se développent encore aujourd'hui et emploient beaucoup de monde. Le groupe béké martiniquais Bernard Hayot par exemple, rémunère 6000 collaborateurs sur douze pays. OK?

Le troisième ordre est la réunion des églises
qui se réclament de l’Ancien testament et qui ont accompagné dans la plus parfaite hypocrisie compassionnée la souffrance des esclaves, leur promettant quelque repos dans une vie meilleure. Leur acceptation de la traite provient d’un simple texte qui remonte au déluge et que nous citons ici sans le sectionner.

Genèse 9 
«18 Les fils de Noé, qui sortirent de l'arche, étaient Sem, Cham et Japhet. Cham fut le père de Canaan.
19 Ce sont là les trois fils de Noé, et c'est leur postérité qui peupla toute la terre.
20 Noé commença à cultiver la terre, et planta de la vigne.
21 Il but du vin, s'enivra, et se découvrit au milieu de sa tente.
22 Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père, et il le rapporta dehors à ses deux frères.
23 Alors Sem et Japhet prirent le manteau, le mirent sur leurs épaules, marchèrent à reculons, et couvrirent la nudité de leur père; comme leur visage était détourné, ils ne virent point la nudité de leur père.
24 Lorsque Noé se réveilla de son vin, il apprit ce que lui avait fait son fils cadet.
25 Et il dit: Maudit soit Canaan! Qu'il soit l'esclave des esclaves de ses frères!
26 Il dit encore: Béni soit l'Eternel, Dieu de Sem, et que Canaan soit leur esclave!
27 Que Dieu étende les possessions de Japhet, qu'il habite dans les tentes de Sem, et que Canaan soit leur esclave!»


Sem fonda la lignée des peuples sémitiques dont l’un d’eux fut l’élu de Dieu.
Japhet fonda la lignée des peuples aryens.
Cham donna à travers son fils Canaan la lignée des peuples noirs.
Pourquoi se poser plus de questions ? Les souffrances sont choses communes sur cette terre, et si le patriarche Noé a maudit son cadet un soir de cuite, qu’y pouvons-nous, se dirent les clercs.

Et le bon peuple de France dans cette querelle ? Libérée très tôt, la paysannerie française perdit le goût de cendre de la servitude et ne l'aurait pas acceptée plus tard ni pour elle ni pour autrui. A part les matelots des flottes nantaises, le peuple ne s’est commis ni de près ni de loin dans la question nègre, et je ne vois pas en quoi on déciderait de le convoquer maintenant lui, au jour de l’expiation. Il ne s'y trompe pas vraiment quand il offre à 51% l'indépendance aux DOM-TOM. Enfoncé dans la Dette jusqu'au cou, envahi, sans projet d'avenir, il découvre une solidarité à sens unique et voudrait "larguer les problèmes" comme l'ont fait avant lui tous ses voisins européens.
Marchera-t-il chaque 10 mai contre un esclavage lointain cessé depuis cent soixante ans ?
En lieu et place de ces défilés grotesques qui s’estompent au milieu de tant d’autres - on défile chaque jour à Paris - pourquoi ne pas graver dans le marbre l'ignominie et laisser s'y déposer la mousse du temps ?

(1) Dans chacune des mairies des ports du commerce triangulaire, sceller une plaque d’indignité dénommant les familles de la ville qui ont tiré un profit direct de la traite. Direct, car on épargnera les charpentiers de marine, les voiliers, cordiers, etc. sinon toute la commune y passerait. Les noms de marranes qu’on y retrouvera parfois interpelleront certaines communautés, d’autant plus que leurs activités de traite remontent à des siècles. On peut prévoir aussi des jumelages à l'étranger, jusqu'en Afrique.

(2) Dans nos départements et territoires d’outremer, mais dans les DOM surtout, érection de stèles expiatoires sur les quais d’honneur des ports d’entrée, mentionnant non pas le nom de tous les malheureux survivants de l'atroce voyage – d’autant qu’ils n’avaient pas de nom – mais celui des propriétaires fonciers qui les ont accueillis dans leurs riantes plantations, où bien sûr se dressait quelque chapelle ou église pour la communion du dimanche. D'accord, il faut retrouver les factures !

(3) Et finalement, soumettre une requête au Vatican mais pas seulement, à Cantorbery aussi, et dans les églises réformés d’Europe et d’Amérique qui nous font la leçon, pour l’instauration d’une cérémonie œcuménique expiatoire le même jour chaque année en tous lieux de culte chrétien, non pour arracher des larmes aux fidèles qui s'en moucheront, mais pour flageller les pontifes qui ont laissé faire, sans parler même de celui qui lança la traite comme on l’aurait fait d’une croisade (cf. la bulle de 1452 de SS Nicolas V).

Pour finir, la République pourrait donner un jour de congé outremer, où l’on fêterait dans la joie et la bonne humeur de ne plus être aujourd’hui la chose des puissants. On peut bien se leurrer un jour par an ! Mais qu’on laisse le peuple de France hors du coup, il n’y est pour rien et a le droit terrible de s'en étonner !

Et à l'occasion, s’il lui reste du temps sur son agenda chargé, le grand Kouchner du Quai d’Orsay devrait demander aux émirats de la péninsule arabique et aux héritiers de l'Empire ottoman d’en faire autant qu’à Nantes, et de clouer des listes à la porte des palais princiers. Non, c’est une blague ! Déjà qu’on a un mal de chien à leur vendre les chars Leclerc et les avions Rafale !



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