mercredi 25 mars 2009

Réfutation de la thèse de M. Myard

statue CDG Champs ElyséesLe RIF par la voix d'Abdelkrim revenu, appelle à hurler contre l'OTAN dans huit jours. Il est dans son rôle et met le discours au niveau d'une propagande aussi sure dans ses effets qu'infondée. Vous irez lever le poing jeudi 2 avril à 18h au pied de la statue du général De Gaulle, place Clemenceau à Paris (M° Champs-Elysées-Clemenceau). Plus d'info sur le site du R.I.F.

Laissons ces slogans faciles aux acharnés de la simplification et intéressons-nous à l'exposé contre la réintégration que fit le député-maire de Maisons-Laffitte le 11 mars dernier en guise d'explication de vote virtuel, virtuel puisqu'il n'a pu participer à la motion de censure depuis Moscou où il était en mission. Le texte est sur son site ici.

La critique de M. Myard se décline en sept points et elle est intéressante.

1- Sur le plan militaire
Il est exact que l’OTAN a évolué et qu’elle n’est plus la structure intégrée qu’elle fut au moment où le Général De Gaulle décida de la quitter. Il est exact que nous resterons libres ou non de participer à des opérations menées par l’OTAN dans le cadre des décisions du Conseil de Sécurité, conformément à la maxime attribuée à Rumsfeld « c’est la mission qui commande la coalition ». Par rapport à la situation d’aujourd’hui, la France participe déjà à des opérations de l’OTAN et à de nombreux comités de l’organisation. Il n’y aura donc aucun changement notable de la situation proprement militaire.


RA 1 : Si ! D'une part, les codes et procédures vont être otanisés dans tous les corps de troupe afin de pouvoir faire tourner les unités dans une mission OTAN sans devoir aprécier chaque fois leur état de préparation au combat multinational sous commandement parfois étranger.
Dans la mesure où ces procédures sont éprouvées il n'y aura pas d'affaissement du niveau, au contraire. Le bricolage et le système D habituel de l'armée française seront déclassés au niveau de l'impréparation coupable, ce qui n'est pas dommage pour qui le mesure quotidiennement sur le terrain.
La préparation des opérations militaires sera simplifiée par la réintégration puisqu'il ne sera plus nécessaire d'envisager à chaque fois un plan B sans la France, le fameux "French Denial".
Par contre il y aura une progression du jargon militaire anglo-américain jusqu'au grenadier-voltigeur qui utilisera autant de mots américains que nous le faisions de l'arabe en Algérie (chouf, labès, mechta, mechoui, mektoub, halouf, etc. seront remplacés par look, cool, farm, barbecue, it's life, pig and so on).


2- Sur le plan de l’influence
La France gagnera-t-elle en influence en envoyant à l'OTAN quelque 800 officiers supérieurs et généraux contre une centaine actuellement et en prenant, si cela se confirme, le commandement de la planification de Norfolk, voire celui de Lisbonne ? En dehors d’un déroulement heureux de carrière des officiers français, il est illusoire de croire que nous serons capables d’influencer cette machine qui demeure une machine à concepts politico- militaires nord-américains. Depuis 50 ans, les Anglais prétendent qu’ils influencent la politique américaine dans ce domaine. Rien n’est moins vrai.


RA 2 : Une carte montre que la France dispose de loin du plus grand territoire OTAN en Europe occidentale, auquel on accède par quatre mers disposant de ports rapides, et donc du plus grand espace aérien. Insérer ou pas espace, accès et théâtre d'opérations dans un raisonnement tactique n'est pas anodin. La reprise de notre influence est donc certaine.

Le commandement de Norfolk n'est pas à débiner. Certes ce n'est pas l'ancien empereur de l'océan SACLANT, mais le NATO Allied Command Transformation est un gros think tank de recherche appliquée dédié à la mutation nécessaire des forces atlantiques pour affronter des menaces globalisées. Ses synthèses ont créé la Force Otan de réaction rapide (NRF) et travaillent à l'efficacité des procédures de préparation tactique.
L'ACT dispose de commandements subordonnés en Norvège, Pologne, Allemagne, Italie et Portugal. Il coordonne le travail de 17 poles d'excellence (COE) dont 10 lui sont subordonnés. Les domaines étudiés vont de la guerre en eaux froides (Stavanger-NO), la simulation de guerre aérienne (Taverny-FR), la guerre cybernétique (Tallin-ES), à la guerre NBC ( Vyškov-CZ), etc.
Si la France prend en même temps le commandement naval de la NRF d'Oeiras (Lisbonne), on ne peut pas dire qu'elle soit débitrice, ce que d'ailleurs M. Myard ne dit pas.

la NFR en Adriatique


3- Sur le plan de l’armement
La France est le seul pays européen capable de développer pratiquement toute la gamme des armements, à condition d’avoir la volonté de les financer, alors que nos partenaires européens ont financé la recherche du développement des matériels américains, comme c’est notamment le cas dans l’avion de combat futur ACF. Le risque est donc grand qu’au nom d’économies, on fasse pression sur le France pour adopter des matériels nord-américains au nom de l’interopérabilité et de la comptabilité.


RA 3 : Je ne comprends pas que des observateurs aussi responsables que M. Myard (du Quai d'Orsay) tombent dans le panneau de la préconisation forcée. Elle n'est nulle part visible. Faut-il énumérer les matériels mis en ligne par les trois partenaires majeurs de l'OTAN (hors France) pour s'en convaincre ? Dès lors que tous les navires sont "nationaux" ainsi que le charroi, on va prendre les chars, les hélicoptères, les avions de chasse et les missiles tactiques :

Allemagne : chars allemand Léopard ; Eurocopters EADS; bombardiers germano-européens Tornado et Eurofighters Typhoon ; missile suédois Taurus.
Grande-Bretagne : chars Challengers ; hélicos Sikorsky (US), Puma(FR), Augusta(IT) et Chinook américains ; chasseurs Harrier et Typhoon, plus tard s'il tombe un jour des chaînes Lockheed, le JSF américain ; missiles Scalp français modifiés.
Italie : chars italiens Ariete ; hélicos italiens Augusta-Westland ; avions européens Tornado et Eurofighters Typhoon ; missiles du programme franco-italien SAMP.
Quand on croise du matériel américain sous cocarde européenne, il y a de fortes chances qu'il ait été meilleur que ses concurrents au moment du choix.

char Ariete

4- Le rôle de l’OTAN ?
Nous sommes entrés de plain-pied dans l’ère des puissances relatives. Il ne s’agit plus de combattre blocs à blocs mais de contrer des menaces transnationales multiples comme le terrorisme. Est-il, dès lors, opportun de reconstituer un bloc euro-atlantique, un Occident croisé pour porter le fer sur toute la planète ?


RA 4 : M. Myard aurait pu faire l'économie de ce paragraphe littéraire. L'ère des puissances relatives ? Les menaces transnationales multiples ?
Le "bloc" existe avec ou sans nous. Il n'est question que d'y prendre toute notre juste part. Mais si nous pensons infléchir la stratégie américaine avec ce qui nous reste de petits bras musclés, je lui accorde que nous n'y parviendrons pas en l'état, quoiqu'il ne soit pas impossible pour nous d'ouvrir certaines fenêtres au profit de tout le monde ; l'ère de l'obstination Cheney-Bush-Wolfowitz est finie.


5- Que reste-t-il de la défense européenne ?
Il nous est dit:
a) Nous sommes pour la Défense européenne
b) Nos partenaires européens sont dans l’OTAN et pour l’OTAN
c) Nous rallions l’OTAN pour rallier nos partenaires à la Défense européenne. Sic !
Ce syllogisme ne manque pas de sel et se révèle totalement illusoire puisque tous nos partenaires ont clairement indiqué dans le Traité de Lisbonne – article 42-7 – que leurs engagements, en matière de sécurité, « demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’OTAN, qui reste, pour les Etats qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de leur mise en œuvre ». cela réduit à néant toute idée de défense européenne.


RA 5 : Aucun pays européen n'achète aujourd'hui le concept de défense européenne indépendante parce qu'aucun ne croit à son efficacité et n'est disposé à payer plus cher tant que les Américains restent dans le schmilblick. La défense européenne est un vieux concept français enterré avec la CED de 1952. Les gaullistes, après que Jacques Chirac ait fait chou blanc dans son deal présomptueux "Naples pour Canossa", veulent aujourd'hui la rescuciter. Bizarre !


6- Sur le plan diplomatique
La France bénéficie, depuis plus de 50 ans maintenant, d’une indépendance de jugement et d’un regard sui generis apprécié sur toute la planète. Il n’est pas exagéré de dire qu’il y a attente de France partout dans le monde. Rallier l’OTAN donne un très mauvais signal à tous les Etats et à tous les peuples qui ne se reconnaissent pas dans une vision euro- atlantique manifeste. C’est une faute, à un moment où les défis mondiaux vont aller grandissant.


RA 6 : Que notre jugement soit apprécié sur toute la planète nous rassurerait plus si c'était vraiment le cas. Que nous ayons une approche originale des problèmes avec une propension quasi-maladive à l'équidistance est sûr. Mais quand ça pète, on ne nous attend plus, depuis 1940.

Dans l'affaire d'Irak, nous avons été applaudis à l'ONU par toute l'assemblée pour avoir mouché notre seul allié traditionnel de référence, mais cette avanie fut connotée "trahison" par beaucoup qui nous observaient alors, et notre prestige n'a pas été grandi sauf dans certains pays arabes qui nous aiment bien voir casser de l'Occident à leur place, tout en recevant par derrière les crédits de développement américains. Etre loués par les "towelheads" est-ce notre ambition ?

Si les défis mondiaux grandissent, il est raisonnable pour une "puissance relative" de s'installer en vraie grandeur dans son propre camp.

chasseur bombardier Tornado


7- L’OTAN, une machine culturelle nord- américaine
Au-delà de la fonction proprement militaire, l’OTAN concourt directement à la stratégie d’influence des Etats-Unis sur le plan linguistique et sur le plan culturel. Le sabir nord-américain tient lieu de langue de travail exclusive et, par mimétisme, il est édifiant de constater que, par exemple, la force de gendarmerie « européenne » entre l’Italie, l’Espagne et la France n’emploie que l’anglais comme langue de travail. Tout cela, en raison de l’osmose de nos partenaires avec la machine OTAN auquel nous acquiesçons.
Pour toutes ces raisons, je ne peux soutenir une décision qui a toutes les caractéristiques d’un abandon.


RA 7 : l'usage d'une langue est la résultante d'une convergence de paramètres dont la puissance économique est le premier. Le régime politique social-démocrate français concourt chaque jour un peu plus à notre affaissement économique tant il bride, règle, bloque et surtout dévore d'énergies. Nous n'avons pas le pouvoir suffisant ni l'influence reconnue pour demander aux pays étrangers d'user du français dans leurs échanges. C'est sans doute dommage, mais vingt ans de gaullisme et trente ans de socialisme nous ont décroché de la locomotive. Nous avons perdu un demi-siècle à aspirer comme la grenouille de la fable.
Quant au sabir ! Il est des auteurs américains très agréables à lire, si on connaît assez bien leur langue.

Myard
Vous pouvez retrouver Jacques Myard sur le site du Cercle Nation & République dont il est le président.


Note pour les royalistes :
Le retour dans les commandements intégrés atlantiques n'est en rien incompatible avec la souveraineté d'un monarque dès lors qu'il est tenu d'adopter le schéma de défense de la nation le plus crédible en préparation de temps de paix et le plus efficace en cas de guerre. La sécurité des peuples prime le concept du prince qui n'a aucune légitimité per se sauf celle de les servir.




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1 commentaire:

  1. Je viens de lire dans l'Action française 2000 du 19 mars que l'Allemagne, inféodée à l'empire américain qui lui dit "où elle doit faire", vient de signer un accord nucléaire avec les Russes, sans limites de fourniture sur la filière industrielle.
    Et la radio m'apprend que la France bientôt réotanisée à fond vient de faire signer l'Irak pour 24 Eurocopters. C'est vrai que depuis que les amis de Saddam Hussein ne sont plus aux affaires en France, on risque de vendre ...

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