mercredi 1 avril 2009

Le ridicule nous tuera-t-il ?

Sarkozy au salon MuratCe matin donc, M. le président de la République française a convoqué au salon Murat le micro de M. Elkabbach pour lire ensemble les entrailles du poulet. Sans doute a-t-il fait l'effort de se mettre à la portée intellectuelle de son auditoire - c'est celui d'Europe 1 - mais l'argumentaire et le phrasé plébéien du livreur m'ont fait penser au ton de campagne du regretté Guillaume Peltier qui par sa philosophie de zinc avait coulé les chances de Le Jolis de Villiers de Saintignon.
Bien qu'il les paie très cher, M. Sarkozy a choisi des conseillers un peu justes pour qu'ils ne lui fassent pas d'ombre, mis a part le crypto-maurrassien Guaino qui personnellement m'enchante...

Attaquer l'explication en revendicant l'accouchement au forceps du G20 et reprocher plus loin aux "invités" de refuser les fourches caudines, est se mordre la queue. Déjà l'Américain qui vient n'est pas celui dont on a forcé la main en novembre 2008 à Washington. D'après Paul Krugman, économiste distingué et barbu, l'équipe Obama couche à la "banque" et l'empathie osmotique de la politique et du fric promet d'après lui une issue terrible à la Grande Nation.

KrugmanChacun sait sauf M. Sarkozy, et les banquiers anglo-saxons n'ont de cesse de l'expliquer, que ce n'est pas l'amoralité du capitalisme financier qui a provoqué la crise, mais les tripatouillages étatiques des administrations Clinton et Bush, renforcées d'un président de la FED à l'ego démesuré - 6 cms au moins sur l'échelle à bite de Soral - qui, mettant à la disposition de la consommation un argent très bon marché, ont créé la superbulle immobilière de primo-accédants à la propriété impécunieux. D'accord, c'est bien la City de Londres qui a inventé le mécanisme des subprimes et l'effet de levier très rémunérateur d'un risque jugé faible ; mais cette fluidification des flux n'était pas répréhensible en soi puisque la fonction de la finance internationale est de fluidifier l'argent depuis les grosses artères jusqu'au plus petit des derniers vaisseaux. Si le sang est pourri, elle peut ne le voir que trop tard. La toxicité des actifs, masquée par l'autorité quasi-étatique des institutions de refinancement était peu mesurée par les experts(?) des agences de notation.

Pour mémoire, Fannie Mae (Federal National Mortgage Association) et Freddie Mac (Federal Home Loan Mortgage Corporation), les deux chaudières hypothécaires¹ qui ont explosé en septembre 2008, sont des créations gouvernementales et pas des chaudrons zurichois ; elles furent poussées par Clinton à fermer les yeux sur la solvabilité des prêts hypothécaires de particuliers qu'elles refinancaient. Tout part de là : contrarier le marché naturel pour avantager des catégories défavorisées ; salaud de pauvres !

brown et obama
Si vous avez compris, sachez que vous pouvez prétendre à la candidature suprême, car le locataire actuel du salon Murat n'a pas compris (ou fait semblant).

Subjugué par le capitalisme de la Rhur dès lors qu'il n'avance rien dans son discours de crise sans signaler le plein accord du chancelier allemand sur ses thèses, M. Sarkozy a abandonné la refonte du capitalisme mondial qu'il n'a pu assimiler, et l'a échangé contre le populisme de mesures simples et visibles comme la mise en quarantaine des paradis fiscaux, la soviétisation des rémunérations de pdg et la généralisation au monde entier des règles légales euro-continentales d'exercice de la profession de banquier. Malgré la posture gallinacée de président de l'Europe qu'il n'est plus, il n'impressionne personne. La Chine n'achète pas ! Les Etats-Unis, non plus ; et la Grande Bretagne pas mieux. Le Japon n'a rien dit. Qu'à cela ne tienne, le président de la République française plombée de déficits dans tous les compartiments du jeu, se déclare ouvertement capable de claquer la porte du sommet londonnien, à quoi la presse d'outremanche répond en français d'un mot : « ridicule ! ».

A supposer que le petit reître veuille marquer son temps par un éclat international, il est à prévoir que seuls les Français en seront informés ; les autres s'en foutent ! Observons les rapports de force européens : le président Barroso est en fin de carrière puisqu'il ne sera pas reconduit (place à M. Fillon) ; le président du Conseil européen Topolanek, censuré par la Chambre basse de Prague, a perdu toute autorité et reste très handicapé d'un président tchèque à l'euroscepticisme bruyant ; le président de l'Eurogroupe Juncker subit en tant que premier ministre du Grand Duché l'assaut des normateurs de l'OCDE contre les paradis fiscaux ; le chef de la diplomatie Solana ne sert à rien, as usual. La France quittant le sommet sous les flashes de la presse française, c'est le taulier naturel de la maison Europe qui fait son coup d'Etat :
Kanzlerin Merkel va parler et signer en notre nom ... une sorte de statu quo.

Angela Merkel chez Opel
Comme elle n'est pas très affutée en économie financière, elle se laissera guider par son ministre des finances socialiste Steinbrück qui veut pulvériser les trois pays alpins dans un anschluss financier, et par les agents d'influence de la Deutschland AG intéressés tout à l'opposé à la plus grande liberté des échanges. Au fait, Obama vient d'acquérir une certaine influence sur la General Motors ... qui détient Opel à Rüsselsheim. Au fait bis, vous aviez oublié qu'Angela Merkel et Gordon Brown sont fille et fils de pasteur. Ça rapproche.

A la fin du cirque, c'est toujours l'Angleterre qui gagne. Le G20 finira en G3 autour d'un flacon de Máotái : Etats-Unis, Chine et Grande Bretagne.


PS: comme c'est nous qui trinqueront quand l'ex-président Sarkozy se sera retiré en Toscane avec sa dame aphone, souhaitons qu'il se retienne de faire à Londres un esclandre.


Note (1): Fannie et Freddie sont des institutions nationales de droit privé. Les titres qu'elles prennent en portefeuille ne sont des bons d'Etat. La banque publique hypothécaire est Ginnie Mae qui elle, brasse des titres adossés à l'Etat.




maotai
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3 commentaires:

  1. Depuis la rédaction du billet, on a appris que le Japon par la voix du premier ministre Aso se rangeait du côté américain de la relance à tout crin, en critiquant l'Allemagne trop timorée sur ce point.

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  2. Lagarde a parlé de claquer la porte ! On se pousse du col ?

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  3. Les premiers compte-rendu indiquent que la France a marqué des points à la marge mais pas sur l'essentiel de ses revendications (malgré l'appui allemand).
    Cela n'empêche pas votre petit reitre de claironner partout que le résultat s'avère inespéré !!!
    Il est en pleine propagande à la Goebbels.

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