lundi 25 mai 2009

Boom Boom

SolanaJ'apprends au saut du lit que M. Javier Solana a fait des remontrances au gouvernement nord-coréen pour avoir détonné une bombe atomique sans sa permission. Si quelques-uns d'entre vous connaissent de vue cet ancien secrétaire général de l'OTAN muté à la Commission de Bruxelles pour y faire le diplomate en attendant un vrai ministère des affaires étrangères européen, il est sûr que cet apparatchik est le parfait inconnu à Pyongyang. La junte Kim connaît Ban Ki-moon le sudcoréen patron de l'ONU, Li Zhaoxing qui organise les trains de riz hebdomadaires, Hillary Clinton le cerveau diplomatique d'Obama et sans doute Bernard Kouchner car il est très divertissant dans ses effervescences jusqu'à le passer en boucle à la télé. Mais Solana ? What else ?

Le Quai sachant cela s'est fendu d'un communiqué lourd de sens dont l'amorce est intrépide :
"La France condamne fermement l’essai nucléaire effectué par la Corée du Nord et appelle celle-ci à s’abstenir de toute nouvelle provocation". Ce qui à destination va se traduire par : "ce n'est pas bien du tout, les mecs, tâchez de ne pas recommencer !" et Dear Leader de s'étrangler de rire dans son poumon d'acier !

Lee myung bakPassons dans la cour des grands. Pour tous les observateurs, c'est clairement Obama qui est testé par le test. L'ancienne équipe Clinton n'avait eu de cesse de critiquer l'approche brutalisante de l'Administration Bush-Cheney en lui opposant les résultats prometteurs que les missions antérieures¹ (James Kelly, Jimmy Carter) avaient obtenues à peu de frais, sauf d'intelligence. L'explosion atomique de cette nuit après le tir de missile à longue portée du 5 avril laisse comprendre que le gouvernement militaire de Pyongyang s'en tient à son calendrier de menace directe de l'Alaska pour blinder sa propre sécurité et marchander l'aide alimentaire. Ni les réunions du sextet (US,RU,CN,NK,SK,JP) en Extrême Orient, ni les rodomontades au pupitre onusien ne l'en feront dévier. Dissuasion classique du faible au fort qui ne peut jouer que dans la complicité de la Chine et de la Russie. L'une nourrissant le peuple, affamé par la recherche nucléaire et la surmilitarisation du pays, l'autre en tenant à distance l'établissement de bases américaines à l'ouest des Aléoutiennes et surveillant l'espace aérien critique. La guerre de Corée n'aura pas lieu malgré l'érection mentale qui saisit le gouvernement de Lee Myung-bak à Séoul, un faucon excédé par la danse du ventre américaine.

Kim Jong-ilObama est ainsi nargué par la "connerie en bottes de fer", et par quelque bout qu'il veuille saisir le dossier, il se retrouve à la merci de Pékin puisque la seule clé qui tourne dans serrure est pendue au trousseau de Hu Jintao : diminuer le nombre de convois alimentaires, corrompre des généraux, fomenter des troubles populaires et masser des troupes en frontière pour contenir les réfugiés, et briser la noix. Mais si Pyongyang utilise sans finesse le chantage à la vitrification du Sud ou du Japon, Pékin n'en fait pas moins en utilisant ce chantage à son propre bénéfice pour neutraliser un futur concurrent de poids que serait une péninsule coréenne réunifiée.

Dans cette affaire, nous avons trois modèles de régime qui s'affrontent. Les régimes de temps long (Chine et Corée du nord), les régimes calés sur un axe patriotique permanent malgré les alternances (Japon et Russie) et les régimes fondés sur la démocratie d'opinions qui changent de cheval à tout moment (Etats-Unis et Corée du Sud). Les régimes de temps long ont la main.

taro aso Il reste à souhaiter que les Chinois gardent un oeil éveillé sur l'échiquier et ne laisse pas passer un coup décisif dans un moment d'inattention car la course à la bombe serait lancée. Les Japonais peuvent en sortir une en moins d'un an et les deux ennemis héréditaires se retrouveraient dans la position de l'Inde et du Pakistan. Ça ferait beaucoup pour Javier Solana, d'ici là devenu Talleyrand de Berlaymont.

Note (1): http://archive.newsmax.com/archives/articles/2006/10/9/132140.shtml




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5 commentaires:

  1. Normalement ce serait au ministre tchèque des affaires étrangères, Jan Kohout, de déclarer sa réprobation, mais pas Solana qui ne représente que les intérêts de la bureaucratie européenne, sans mandat ni pouvoir.

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  2. Solana essaie d'exister car le nouveau parlement européen aura son mot à dire sur son maintien, et la place excite les convoitises.

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  3. Si le Japon brise le tabou nucléaire, toutes les options sont ouvertes parce que il déclassera la Chine en termes de terreur.

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  4. Si la négligence de l'ère Bill Clinton (j'ai lu le lien en note) conduit à la fin par le réaemement nippon, on peut dire que les Américains se seront conduits comme des amateurs.
    Ils sont nuls en anticipation, ce qui les projette dans des situations de guerre. Que vont-ils faire en Iran maintenant qu'ils ont la preuve que les discussions sans but atteint sont périlleuses ? Je crois qu'ils vont donner le feu vert aux Israéliens pour bombarder les usines atomiques.

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  5. Bien vu. Ce pas en avant vers la guerre en Iran pourrait attendrir l'intransigeance de la République islamique qui risque de tout perdre parce qu'elle n'a pas encore son "deterrent".

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