samedi 25 juillet 2009

Georgie : Obama relance

Saakachvili qui implorait le grand frère russe de ne pas taper si fort en août 2008, «Je vous demande, une fois que vos forces armées auront quitté le territoire géorgien, de commencer à penser et débattre sérieusement de nouvelles négociations, de nouvelles façons de gérer les relations afin de ne pas semer la discorde pour de bon entre nos pays... Ne semons pas la discorde pour les générations futures », le même s'est refait une santé après la visite du vice-président Joe Biden à Tbilissi : des canons avant le pain !
L'atlantisation de la Géorgie serait donc revenue dans les cartons de l'Administration Obama qui ouvre - dit-on, mais est-ce si sûr ? - les vannes d'un réarmement de l'armée nationale dans le droit fil de l'accord de coopération bilatérale signé fin 2008 par Georges W. Bush pour concrétiser l'alliance GUAM¹ de 1997. Ces accords avaient pour but louable de protéger les intérêts anglo-américains autour de la Caspienne et de sécuriser les itinéraires des oléoducs vers l'Ouest². Les mauvaises langues disent que le but caché de ces accords était de "foutre le bordel" au Caucase pour y engluer et y faire battre l'armée fédérale russe, démocratiquement recomposée donc affaiblie. La gaîté avec laquelle le 58° corps d'armée alcoolique de Russie a laminé les vaillantes batteries d'artilleurs géorgiens semble leur donner tort.

Contrairement à beaucoup de nos confrères blogueurs, j'estime inutile de chercher les racines historiques du conflit encore moins d'y voir la réponse du berger à la bergère kosovare. L'Abkhazie et l'Ossétie du Sud ne sont que des boules rouges sur le tapis de billard. Il y a cinq acteurs, pas un de plus. Désolé pour M. Sakozy qui n'apparaît pas sur l'épure ! Israël, la Turquie, les Etats-Unis, La Russie et le lobby pétrolier anglais.

chars russes1.- L'acteur non-caucasien dont on ne parle pas mais que l'on trouve partout, c'est Israël. Il est impliqué énergétiquement et militairement. Avec la Turquie, qui représente toujours son espace aérien de profondeur, il négocie la construction de conduites sous-marines destinées à transporter vers Israël de l’eau, de l’électricité, du gaz naturel, en plus d’un oléoduc qui s'embrancherait sur le BCT depuis Ceyhan jusqu’au port israélien d’Ashkelon. Au-delà le produit pourrait emprunter la ”Tipline" israélienne jusqu’au port d’Eïlat sur la Mer Rouge, l’intention étant d’exporter ensuite par bateau une partie de ce pétrole vers les marchés gourmands.
Sur le plan stratégique, Israël voudrait utiliser l'espace aérien géorgien pour revenir d'Iran quand il lui faudra traiter les installations nucléaires chiites. Ces différents projets ont impliqué directement les conseillers israéliens dans la formation des armées géorgiennes ; en pure perte jusqu'ici, puisque lors du déclenchement de l'attaque de l'Ossétie du Sud, Tbilissi eut recours aux bonnes vieilles orgues de Staline pour bombarder en aveugle les villages ossètes !

VTT géorgiens2.- La Turquie, qui avec son frère azéri tient les deux bouts du BTC, découvre à son tour les vertus du chantage qu'elle organise autour du projet Nabucco³ en faisant comprendre qu'une fois devenue un puissant fournisseur de gaz aux Européens, il ne serait pas sage de la laisser à la porte de l'Union. A noter que le "chapitre Energie" n'est pas encore ouvert dans les négociations d'adhésion en cours à Bruxelles. Il le sera donc obligatoirement quoiqu'en pensent les turcophobes.
Mais on observe que malgré son poids économique et stratégique la Turquie n'est pas un grand pays puisqu'elle est en remorque d'intérêts étrangers et n'est pas parvenue à aspirer les états turcophones dans sa sphère d'influence. Sa dernière arme stratégique est l'eau abondante des montagnes kurdes qu'elle mesure à la Syrie et à l'Irak (voir le très bon article des Manants).

3.- On aurait pu penser que la nouvelle administration américaine aurait restreint le champ de ses interventions pour en terminer avec les plus dispendieuses (Afghanistan et Irak) et pour se concentrer sur ses intérêts directs de la zone pacifique. Pas du tout. L'accord de réarmement apporté à Tbilissi par Joe Biden indique que les Etats-Unis ne reconnaissent aucune sphère d'influence à la Fédération de Russie et ne se laissent pas impressionner. La Géorgie est-elle le poste avancé du Pentagone au flanc sud du Caucase et au nord de l'Iran ? Pour le second on devine les intentions quasiment affichées de vitrification du pays de tous les dangers, mais pour le premier, on est bien obligé de convenir que les Américains ont un agenda caucasien. Obama a-t-il compris déjà que la politique des bisounours du discours du Caire avait dépassé ses limites ? Mon petit doigt et la carte ci-dessous me disent qu'il va se planter ... à nos frais.
carte Caucase ethnique
4.- Reste l'Ours russe, cette Haute Volga dotée de missiles balistiques qui peine à désafricaniser son économie et qui retrouve une certaine sérénité par la reprise des cours des matières premières pour relancer son programme de mise à niveau militaire. Ça tombe bien justement ! Saakachvili, le Chavez yankee qui s'est converti à l'eau gazeuse, veut leur mettre la pâtée à la fonte des neiges !

Ce n'était pas une si mauvaise idée finalement que de monter une cheminée à feu de bois dans ma maison.


Note (1): Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie. Alliance de carton-pâte préfigurant le front méridional de l'OTAN comme aimaient en conclure les Américains après la chute du Mur. L'Azerbaïdjan a renoué des relations correctes avec la Russie, l'Ukraine a observé la correction donnée à Tbilissi.
Note (2): les pipelines Bakou-Supsa (Georgie), le BTC - Bakou-Tbilissi-Ceyhan (Turquie) de la British Petroleum et le gazoduc BTE - Baku-Tbilissi-Erzerum, bypassent le territoire de la Fédération de Russie en empruntant le piémont méridional du Caucase et diminuent d'autant l'efficacité d'un chantage russe récurrent.
Note (3): gazoduc tirant le gaz d'Asie centrale vers la Grèce et l'Italie en empruntant le sud du Caucase et la Turquie.




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