jeudi 15 octobre 2009

La machine à laver démocratique

De la souveraineté du Peuple... à la concussion légale.
BernardiniL'affaire Sarkojano a remis en haut de l'affiche la primauté de l'élu et sa première conséquence, l'absolution des péchés par le suffrage universel. L'élu est roi. La Justice serait donc à la merci de ce grand tribunal populaire qu'est l'élection. Que le péché soit politique, on peut comprendre que le verdict du souverain le soit. Les exemples abondent. Les forfaitures gaulliennes ont toutes été exécutées par référendum. Il n'en va pas de même quand le "péché" est traîné devant une cour correctionnelle, ce qui le qualifie déjà de judiciaire et lui ôte son attribut politique. Faire passer l'élection au-dessus des lois est fort de café. Le démocraciste du Poitou n'a-t-il pas dit chez Apathie, après avoir fustigé la votation citoyenne pour la Poste dont le résultat ne lui convenait pas : « L'élection est la plus haute dignité de la République ». On ne lui demande pas pourquoi a-t-il soigneusement évité ces suffrages magiques lors de son parachutage dans la Vienne à la sortie de Matignon. Il a choisi le vote "notable" des renvois d'ascenseur pour aller becqueter au Sénat. Ça pose un homme, le Sénat, quels que soient ses rares talents ; et les banquettes y sont plus molles.

harlem désirAinsi voit-on l'ombre portée de ce dogme quand les défenseurs du conseiller général Sarkozy arguent de son élection aux cantonales de 2008 pour légitimer son ambition à La Défense, l'élection primant par essence. Mais ce n'est pas le sujet du jour. Nous parlons de la machine à laver démocratique qui vous rend plus neuf que vieux. Quelques-uns des plus connus :
Guy Drut (Coulommiers) 15 mois, Jean-Paul Alduy (Perpignan) invalidé, Patrick Balkany (Levallois) 15 mois, François Bernardini (Istres) 18 mois, Christian Cuvilliez (Dieppe) 12 mois, Harlem Désir (Région IDF) 18 mois, Xavier Dugoin (Mennecy) 18 mois, Henri Emmanuelli (affaire Urba) 18 mois, Alain Juppé (Bordeaux) 14 mois, Jean-François Mancel (Oise) 18 mois ; [source majoritaire L'Express]
bédier...et on laissera de côté Pierre Bédier (Mantes) 18 mois, et son compère Masdeu-Arus (Poissy) 2 ans, virés du Conseil général des Yvelines, qui attendent leur ré-éligibilité pour s'y remettre. Seul homme politique emprisonné, Alain Carignon (Grenoble) 5 ans dont 4 fermes, ratera son retour malgré son art consommé des magouilles au sein de l'UMP de l'Isère. ll jouait aussi le blanchiment démocratique, mais apparemment quatre ans n'ont pas suffi pour sa "réinsertion".

masdeu arusSi les parlementaires ou hauts fonctionnaires sont rares à la Santé, c'est donc qu'à une exception près de ces cinquante dernières années (Carignon), ils bénéficient, quand ils sont condamnés, du sursis, même si les concussions sont élevées (523 897€ pour Balkany qui deviendraient un million si on avait levé la prescription).
Bien que la surpopulation carcérale soit une épine douloureuse, je suggère que l'inégalité de traitement des parlementaires¹ soit équilibrée par une inégalité devant la loi, et que punis es qualité, ils ne puissent voir leur peine assortie du sursis. Leur statut de dignité obtenu par le divin suffrage universel les y oblige. Pour les non-parlementaires, élus locaux parfois chargés d'opprobre sans bénéfices, la question serait tranchée cas par cas, c'est-à-dire qu'on ne changerait rien, sauf cette détestable habitude des tribunaux de donner du sursis automatique.

balkanyC'est bien exactement l'inverse que la République organise pour les bénéficiaires de ses largesses : l'amnistie périodique. Il y a de quoi s'inquiéter de l'étendue du foutage de gueule dans une époque où on resserre le flicage et où les peines sont durcies pour contenir les impatiences populaires.

Villepin qui n'est pas élu pourrait bien servir de contre-exemple et prendre de la prison ferme. On sent d'ailleurs ses soutiens mollir depuis les assertions règlementaires du graphomane Rondot. Ah, la force de l'écrit en France !

Ce billet participe-t-il de l'antiparlementarisme primaire ?
Carrément. Il suffit de se coller devant le poste pour assister aux séances de la Chambre qui dépasse effectivement le niveau de chahut d'une école primaire.

Note (1): outre des émoluments de vizir, nos députés voient leurs 5 ans comptés pour 40 en pension de retraite, et quand ils sont battus, ils sont assurés contre le "chômage" pendant 60 mois.



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1 commentaire:

  1. J'ai toujours autant de plaisir à vous lire, vivement la suite, bonne continuation

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