lundi 26 octobre 2009

L'ASEAN va précipiter

dieu chinoisSeize pays parlent entre eux sur la base d'un postulat japonais : le Monde sera guidé par l'Asie du Sud-Est. Mazette ! Ils ne connaissent pas Obama ! On me dit dans l'oreillette que c'est une affaire trop sérieuse pour être américaine. D'accord, je n'ai rien dit.
A l'échéance de cinq ans, les dix pays de l'ASEAN¹ réunis à Hua Hin (royaume de Thaïlande) auront créé leur Marché Commun de 600 millions de consommateurs. Si l'architecture institutionnelle n'intéresse personne ici - nous sommes hors-zone cartésienne - les étapes d'intégration économique sont bien identifiées par les promoteurs du projet. Elles sont calquées sur la progression européenne vers une zone de libre-échange sans entraves. On va donc tout simplement désarmer les droits et procédures en frontières, et passer au tarif douanier unique, au fur et à mesure des résultats des études d'impact.
Cela changera-t-il quelque chose pour nous ?

Oui, en mieux, s'ils mettent en place la "libre pratique" permettant de dédouaner de la marchandise une première et seule fois à l'entrée du premier pays atteint.
Oui, en pire, car toutes représailles douanières à nos propres protections actionneront dix pays au lieu d'un seul. Exemple, si l'ébénisterie indonésienne est limitée chez nous par quotas d'importation pour une raison quelconque (dumping,...), Djakarta actionnera le tarif commun et fera taxer par dix pays l'orge à bière provenant d'Europe de 20, 50 ou 100%.

Singapour by nightL'intention ouverte, au-delà d'une accélération du développement économique de la zone ASEAN, est de peser en bloc dans les négociations internationales de l'OMC. Les BRIC* deviennent BRICA.
*Brésil, Russie, Inde, Chine
Il y a quatre gros pays², extérieurs au projet ASEAN mais explicitement conviés, qui sont la Chine, le Japon, la Corée du Sud et l'Australie.
Kevin Ruud, le premier australien, et Yukio Hatoyama, le premier nippon, ont clairement souhaité à Hua Hin que le bloc des Dix vienne à terme (avant 2030) dans un ensemble plus large, doté de pouvoirs politiques dans les affaires étrangères à la Zone Asie du SE-Pacifique. Il ne s'agirait pour y parvenir que de préférer les convergences aux divergences dans toutes affaires "entre nous".
Contrairement aux attentes, ce discours fédérateur a reçu un accueil très intéressé des Dix, qui ont mesuré l'inconfort du "backyard" dans les enceintes décisionnaires. Dans ce monde de monstres, les intérêts propres à un pays donné seront, de leur point de vue, mieux défendus sur la scène internationale par un monstre de la taille des autres que par lui-même. Le déclin relatif de l'Occident aide un peu à cette prise de conscience. Si on connaît l'Asie, on sait déjà que les disputes économiques seront rares car il y a unité d'intentions de prières vers Mammon...

Seules des questions politiques pourraient entraver ou ralentir la marche vers une confédération Asie-Pacifique mais elles resteront toujours subordonnées aux exigences du dieu précité. Voir le processus de fusion à Taïwan pour s'en convaincre.
carte Mer de Chine
La Chine n'a apparemment rien dit sur ce sujet à Hua Hin. Dossier non préparé. Elle est pourtant la première mise en cause par le projet, puisqu'elle revendique la souveraineté de toute la Mer de Chine du Sud jusqu'aux Îles Natuna (Indonésie) et y croise en escadre. Par conséquent (voir la carte) elle contrôle l'espace d'échanges économiques de ses riverains que sont le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et Bruneï. Elle est aussi la seule puissance nucléaire de la région.
Son souci est simple : que l'ASEAN n'élève pas de barrières à ses exportations. Elle prendra les moyens pour que cela n'arrive pas et paiera ce qu'il faut, car le marché commun en devenir fait déjà la moitié du sien et devrait croître plus vite.
La Corée du Sud se précipitera sur toute solution quelle qu'elle soit, car elle ne veut pas être isolée dans son tête à tête national.
La question à un dollar est déjà posée par les petits pays qui souffrent de leurs piastres nationales pour aller au bordel : la monnaie unique, c'est pour quand ?
Question subsidiaire : y aura-t-il référendum ?


Note (1): Birmanie, Bruneï, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam.
Note (2): Deux pays extérieurs à la zone sont des habitués des réunions de l'ASEAN sans pouvoir y peser, ce sont l'Inde et la Nouvelle Zélande. Leur intérêts économiques les obligeront à se lier à une confédération Asie du SE-Pacifique sous une forme à inventer.



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