lundi 9 novembre 2009

999 - jour de mémoire

carrote de buraliste françaisNeuf novembre 2009. Vingt ans plus tard que la chute du Mur de Berlin, ce jour restera celui de la dernière augmentation du prix des cigarettes, car la traite des blondes aura eu raison de l'Imperial Tobacco en France. Jusqu'à dimanche dernier, un quart des clopes fumées en métropole provenaient de la contrebande. Outremer, pas la moitié. On peut raisonnablement tabler sur un tiers à échéance de trois mois. On s'arrache déjà les 20-pieds bruns.
Mathématiquement, la consommation n'ayant jamais plus baissé depuis 2005 - on a atteint le stock de fumeurs endurcis -, la vente taxée se ratatine, privant le Trésor Public de juteuses recettes pour un dommage sanitaire de niveau constant. Déjà dans les soupentes, des gnomes en charge de notre "liberté" - ils s'en grillent quelques-unes dans l'effort - phosphorent sur le moyen de faire entrer du cash pour sauver les incurables et le budget du bon monsieur Fillon.

Plus six pour cent ! C'est qu'il a fallu contenter tout le monde et son chien, ménager les buralistes, plaire à Bercy et entendre Bachelot. Gouvernement du consensus... on attend le prochain sondage pour savoir si l'on a eu raison d'augmenter ; le seul "verdict" est la popularité.

Les tarifs ont été publiés au Journal Officiel de la République française : Cliquez ici sans attendre. Mercredi sera publié celui des pâtes fraîches au blé dur.
Aucun paquet ne vaut moins de 5,10€ et le Caporal à rouler dit "gros-cul" est à 6,90€ le cube de 40g.
Mais de quoi est donc fait le prix d'une clope ? La Douane qui sait tout nous fait le décompte sur 5 euros :
- On va d'abord donner 40¢ au buraliste, qui va financer son stock et l'assurance de son stock.
- Le Trésor Public va prendre 3,20€ de droit de consommer¹ (et il en reste qui fustigent la gabelle de l'Ancien régime).
- Le Trésor va se taxer lui-même et appliquer une TVA de 16,3856% sur le prix de vente officiel (TTC) au détail, soit 82¢.
- Restent 58¢ à Imperial Tobacco pour apporter le paquet au bureau de tabac, fabriquer les vingt cigarettes, acheter les feuilles au planteur et les tirer vers la manufacture.

Votre bonheur est donc apprécié à 80% de la valeur d'un bien de consommation courante. Vous êtes en pays socialiste ; la chute du Mur, c'était un hologramme pour les benêts.

fumeuse nue © François CaillonLa culpabilisation des fumeurs qui accompagne la campagne de désintoxication - vaine à ce jour en terme de consommation - pourrait nous faire croire que l'Etat n'est pas à sa place dans cette invasion des comportements privés. Mais que si ! Dès que vous vous abonnez à la solidarité nationale, vous cessez la privatisation de vos comportements et moeurs et n'est-il pas normal que la société compte ses sous et le coût de nos extravagances ? Le spéléologue, l'alpiniste, n'ont pas à convoquer en garantie la solidarité nationale s'il ne cotisent pas spécifiquement à cette assurance collective, onéreuse pour tous.
Finalement, nous beuglons contre la plantation de bornes à notre liberté de faire, de dire et même de croire, mais nous nous sommes jetés nous-mêmes sous le joug du contrat social qui dispose de ce qui est bon pour tous. La République raisonne par grandes masses et soumet l'intérêt général à la loi du Nombre. Il serait mieux que le régime qui lui succèdera, s'intéresse d'abord à chacun des hommes composant cette société et, en matière de santé, range les cas à risque volontairement assumé dans la sphère des assurances privées.

Fumez tant qu'il vous plaira - mais sans ennuyer votre prochain - vous n'aurez pas de couverture sociale publique. En attendant que le consommateur mûrisse, vive la tradition des gabelous et des Mandrins, sel ou tabac, il n'y a pas mort d'homme... en dévalant du col.

2 malboro
PS : en ramassant mes souvenirs, je n'ai pas celui d'avoir "sorti" de France une cartouche en douce.

Note (1): Destination des sommes collectées sur le droit de consommation :
*Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés : 32,46 % fumeurs et non-fumeurs ;
*Fonds de financement des prestations sociales des non-salariés agricoles : 52,36 %, planteurs inclus ;
*Fonds de cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante : 0,31 % (fumer en travaillant sur l'air des Sept Nains de Blanche Neige)
*Fonds de financement de la protection maladie complémentaire de la couverture universelle du risque maladie : 1,88 % (?!)
*Fonds national d'aide au logement : 1,48 % (?!)
*Budget général : 11,51 % dans le trou noir.



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