mercredi 18 novembre 2009

Métropoles territoriales

fillonLa réforme territoriale sera parmi les plus éprouvantes pour la Nation gauloise où pullulent les présidents d'agglo, de conseil, de cercle, de club de boules ou de foot-à-sept, ou de pédalage... Pensez que le noir Fillon va détruire le bonheur de vivre de trois mille propriétaires de fiefs en les rayant du cadastre politique. On a bien radié les chômeurs par centaines de mille, direz-vous, mais le petit reître s'attaque là au coeur de meule du gruyère républicain, à la base de toute la nomenklatura qui, même médiocre, caresse l'espoir d'un tour de piste au Sénat de la République. Combien connaissez-vous de sénateurs ? faites le test.
L'Express a fait une synthèse utile. On y accède par ici ; conseillers territoriaux, compétences générales ou spécialisées, statut de métropole, intercommunalité et taxe Chirac professionnelle, tout est évoqué.
Que leur reproche le pouvoir ?

La guerre de tranchées. Comme à l'époque du Haut Moyen Âge, chaque baron "bétonne" sa position, barre les routes budgétaires de l'adversaire, prélève l'octroi sur services rendus, actionne son pouvoir de nuisance, fragmente les décisions collectives, et délibérément encrasse les rouages de l'Etat en ses territoires, espérant comme les escargots, mourir debout au rempart. Les réactions des maires sont significatives d'une colère de propriétaires que l'on exproprierait pour faire passer une autoroute sur leurs terres. Or ces gens-là, tous sympathiques, n'ont jamais nulle part acquit leur charge par acte notarié moyennant quelque prix que ce soit à régler. Même s'il est très difficile de leur faire comprendre que leur circonscription électorale ou leur mairie ne leur appartient pas, leurs électeurs n'ont pas besoin d'études fouillées pour comprendre que le mille-feuille territorial leur coûte la peau des fesses, dans la redondance des bâtiments, secrétariats, services d'assemblée, parcs à voitures, fêtes promotionnelles en tout genre, revues périodiques coûteuses et gratuites, et surtout disputes d'ego et entraves en tout genre. Entre l'Etat central de Paris et la commune de tradition (agglomérée ou pas) il n'est besoin que d'une seule structure de cohérence budgétaire. On peut l'appeler "région".

La défense de Paris
Chacun des édiles est braqué sur le scrutin "territorialisé" en n'y cherchant jamais la représentation de la vérité - elle n'existe pas dans le corps électoral - mais seulement ses chances d'en être. La tentative de fraction des hémicycles à la proportionnelle pour représenter tout le monde est très mal vécue par les élus enracinés, parce qu'elle diminue les postes nominatifs au profits des sièges de liste, parachutables par les partis. Dans les mois qui viennent on s'amusera de voir que toute l'affaire est menée politiquement sur ce volet électoral. Du reste, nos prébendaires n'ont rien à faire vraiment. Ceux qui paient le cirque actuel paieront le cirque futur. Il est néanmoins une mesure que je voudrais détailler : la création de métropoles.

La France n'a que deux "grandes villes" de taille très différente d'ailleurs, Paris et Lyon. D'expérience, on sait que le développement économique se fait dans une certaine émulation entre tous les acteurs, à commencer par les unités de recherche et la symbiose des facteurs de production. C'est pourquoi on parle souvent de pôles. Mais à l'échelle du Village Global on raisonne en puissance des villes. Les grandes métropoles qui font l'économie et quelque part aussi l'Histoire, sont peu nombreuses. Il ne s'agit pas que d'être très peuplée ; c'est pourquoi je ne retiens pas Marseille et sa misère. Ces villes les voici : New York, Tokyo, Pékin, Shanghaï, Londres, Hong Kong, Paris et Francfort. Deux métropoles pourraient rejoindre ce groupe à terme, Moscou et Milan. On n'a utilisé que les doigts des deux mains.

Lyon
Même s'il est exclu que Lyon rejoigne à son tour le peloton de tête - nos taux de croissance sont trop faibles et pour longtemps - il est de l'intérêt du pays que les interlocuteurs "publics" français soient recalibrés en crédibilité et capacité de conclure. Demain plus qu'aujourd'hui, nous aurons des échanges avec les ressortissants des grandes métropoles étrangères et il faut grossir (en muscle pas en graisse). Reste à se disputer sur la toise, les périmètres et les diamètres. Pour le moment, les huit métropoles territoriales seraient, après Paris dans le périmètre de l'ancienne Seine : Lyon, Lille, Marseille, Bordeaux, Nantes, Nice, Strasbourg et Toulouse. Elles apparaissent définies en termes démographiques, ce qui voile la roue de la fortune. Je ne pense pas que les trois dernières aboutissent à plus loin que la création de postes administratifs en nombre et juteux. Toulouse n'a pas d'hinterland ; Strasbourg est coincée entre le pôle de Bâle et la future connurbation Nancy-Metz-Epinal ; Nice devrait s'allier à Gênes - son grand port naturel - pour produire un certain effet, mais Gênes est "gouvernée" par Milan.

Moscou

Comme toujours dans un régime "clients" la décision technique doit faire plaisir à tout le monde, et dans trente ans nous subirons le même différentiel de taille et d'influence économique qu'aujourd'hui. Mais, comme on dira alors, "sorry, ce ne fut pas faute d'avoir essayé". On aurait pu se limiter à Lyon, Lille et Bordeaux.


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7 commentaires:

  1. Au dela de toutes ideologies, je pense que c'est la mort programmée des communes qui est dans la ligne de mire!

    Depuis la loi de 99 (Chevenement) ou nos enarques sont tous tombés d'accord pour considérer qu'il y avait trop de communes en France (36 000 pour 3000 en Italie) les incitations "volontaires" n'ont fait qu'augmenter les echelons supplementaires.... Peu d'elus furent tentés par les bonifications des dotations globales de fonctionnement, recompensant le volontariat....

    Aussi est on passé à la vitesse superieur! Le maire tel que nous le connaissons va disparaitre, il sera au mieux agent d'etat civil!

    Au fait pourquoi?

    -Pour que l'etat se desengage un peu plus.

    Un exemple: la reforme (non dite ) de la securité publique: le demantelement de la gendarmerie sera payé par les "collectivités territoriales". Or les polices municipales ne permettent pas une telle absorption (peu de coherences d'une commune à l'autre, absence de strategie commune, refus de mutualisation des moyens, statuts non adaptés, etc etc) . Vous verrez que les "polices territoriales" vont sortir du cadre municipal, absorber le trop plein de gendarmes et transferer au local (sous controle strict de l'etat, bien sur, on est dans le pays du centralisme!) la police de voie publique! Une charge financiere de moins pour l'etat!

    Ce qui est valable pour la police le sera pour un tas d'autres domaines........

    Bref, les petits satrapes ont du soucis à se faire: le "dedoublement fonctionnel " veut que le maire soit "executif de la collectivité territoriale" et "agent de l'etat"

    Il ne gardera bientot que cette seconde casquette......

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  2. C'est la faute à Louis XIV.
    Ce n'est une blague qu'à moitié.

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  3. En effet, par l'édit royal de 1692 sont supprimés les magistrats élus et, dans toutes les villes, sont créés un office de maire et des offices d'assesseurs, en remplacement des syndics choisis par les assemblées d'habitants. La vente des nouveaux offices permet de renflouer les caisses de l'Etat. (source wiki)

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  4. Vous avez dit:

    Nice devrait s'allier à Gênes - son grand port naturel - pour produire un certain effet, mais Gênes est "gouvernée" par Milan.

    C'est exact, mais celui qui dit:

    "Nice est le debouché naturel et historique de Turin" a parfaitement raison aussi!

    La liaison Nice -Turin est l'objet de toutes les attentions de la part des autorités piemontaises (on avait meme envisagé le percement d'un tunnel sous le massif du mercantour)..... au grand dam des marseillais qui font du lobbying actif contre....

    Pauvres marseillais qui s'imaginent être des acteurs d'importance et n'ont qu'une peur : perdre un leadership qu'il ne possedent pas, si ce n'est sur le conseil regional PACA!

    Perdre Nice c'est se priver d'une source importante de recette fiscale.....

    (petite erreur de manip: il est possible que deux messages similaires s'affichent)

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  5. Nice est une grande ville internationale, mais n'a pas le port qui conviendrait à son reclassement en métropole, pour une raison purement géographique, et on ne va pas dévaster la rade de Villefranche pour y suppléer.
    Turin débouche aussi sur Gênes pour la même raison. Il suffit de prendre l'autoroute Gênes-Turin.
    Je pense que Nice n'a pas besoin du dispositif "Sakozy-métropoles" pour tirer son épingle du jeu. Simplement, elle ne sera jamais un centre de décision international. Marseille non plus.

    Son cas est plus grave. D'abord la ville tourne mentalement le dos au pays et à son propre hinterland (assez maigrichon) qui ne l'intéresse pas. Il faut dire que sa population allogène y contribue. Deusio, elle a laissé capter son seul capital économique par une clique syndicale qui est devenu propriétaire-exploitant du port autonome et demeure incapable d'influencer son tissu industriel. Les édiles marseillais sont complètement à la remorque des queqlues industriels qui se maintiennent dans l'agglomération. Les pétroliers de Berre ou de Fos, la CGM-CMA, la sidérurgie, vivent comme dans les colonies en maîtres absolus, car ils n'ont pas d'interlocuteurs crédibles.

    L'autre pôle d'attraction serait Bordeaux. Mais à l'échelle mondiale ??? je ne vois pas où et sur quoi se développer.

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    1. Nice, grande vill intrnationnale ?! Vous planez. C n'est qu'une grande ville de France mais rien de plus.

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    2. Les radeuses y sont trilingues, doit bien y avoir une raison :)

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