jeudi 23 septembre 2010

Sinbad de la Hanse

- Motoryacht Nobiskrug 68 -
Ce billet est paru dans l'Action Française 2000 datée du 16 septembre 2010. Il entre en archives RA.
Le consortium Abu Dhabi MAR, constructeur de super-yachts en France, en Allemagne et aux Emirats, vient d'entrer dans la cour des grands en rachetant les activités civiles de ThyssenKrupp dans les deux chantiers historiques que sont Blohm+Voss (Bismark, Seydlitz...) et surtout Howaldt (U-Boot).
Le groupe arabe est déjà propriétaire des Constructions Mécaniques de Normandie à Cherbourg célèbres pour leurs vedettes, du chantier Nobiskrug avec une cale sèche de 227 mètres à Kiel, et bien sûr de son chantier de construction intégrale aux Emirats, qui sort des yachts de 140 mètres équipage compris. Abu Dhabi MAR Group est une holding contrôlée par le franco-libanais Safa (Privinvest) à 30 % et à 70% par Al Ain International qui est dans la mouvance du fonds souverain Emirates Investment Authority.
En outre le groupe est sur le point de reprendre les grands chantiers grecs Hellenic Shipyards de Skaramangas, également à ThyssenKrupp qui, empêtré dans un contrat de sous-marins, solderait l'affaire à un bon prix. Ces chantiers grecs ont les plus grandes cales sèches de méditerranée orientale et savent faire aussi des sous-marins.
En quoi cela nous intéresse-t-il ? Dans le paquet négocié et approuvé par la Direction de la Concurrence de la Commission européenne, il y a la promesse de collaboration future dans les domaines militaires, et les chantiers Howaldt savent tout faire en conventionnel. Leurs derniers sous-marins sont équipés de piles à combustible. Or la France est sur les mêmes créneaux avec Thalès et la DCN à tel point qu'il fut un temps envisagé de s'associer avec Howaldt dans quelque sorte d'EADS navale. Trop tard. Les Emirats investissent massivement dans l'industrie allemande qui leur inspire confiance, surtout depuis qu'ils ont vu des banques s'évaporer en l'espace d'un week-end. Il est probable qu'Iskandar Safa¹ accèdera un jour au marché militaire européen et sera notre concurrent direct, car les fonds arabes ne misent plus au casino mais pèsent sur les leviers du développement industriel. A preuve et pour l'exemple la construction d'une usine de camions en Algérie par le fonds Aabar qui contrôle MAN Ferrostaal, chef de file d'un projet unissant Daimler, Rheinmetall et les motoristes Deutz et MTU. La prise d'intérêts initiale s'est transformée en ingénierie.

On comprend mieux l'émoi de la classe dirigeante et surtout celui du grand capital allemand, à l'écho des "dénonciations" de Thilo Sarrazin sur l'impossible intégration des musulmans. L'imprécateur n'est-il pas directeur à la Bundesbank ? Aussitôt la Chancelière coincée entre l'empathie historique de la Prusse avec le monde musulman et les turqueries d'Erdogan qui nie l'assimilation comme un crime culturel (discours de Cologne le 10/2/08), se voit-elle obligée de faire taire le vociférateur car il brouille sa diplomatie déjà compliquée, mais surtout parce que l'industrie veut capturer les fonds arabes pour en priver ses concurrents. L'Allemagne libérée de ses démons est une économie extravertie à l'écoute du monde. Elle n'a pas d'ennemis, que des clients. Thilo Sarrazin², même porté par 95% de l'opinion, est imprudent de n'en point tenir compte.

Note (1): un long entretien avec M. Safa a été publié par BOAT International. On peut le télécharger ici.
Postscriptum du 17 septembre sur le forum Vive Le Roi :
Dans l'article sur Abou Dhabi (p.9) on parle de M. Iskandar Safa patron du groupe naval AD MAR qui détient les CMN de Cherbourg et acquiert le chantier Howaldt. Le manque d'espace prive le lecteur du CV de l'impétrant, proche jadis des "services" français. On peut mieux le connaître sur Wikimanche. La question qui trotte est de savoir s'il peut construire des bateaux militaires en Europe occidentale, corvettes à Cherbourg, frégates à Hambourg, où s'il va pomper le savoir-faire vers des chantiers grecs voire du Golfe persique. La commande en cours aux CMN de 6 corvettes s'exécute pour une unité à Cherbourg et les cinq autres chez Abu Dhabi Ship Yard.
Note (2): Herr Sarrazin a présenté sa démission du directoire de la Bundesbank à la Présidence de la République fédérale le 10 septembre 2010.

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