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dimanche 18 septembre 2011

Utrecht, 299 jaar oud binnenkort !

On se souvient que la précampagne d'Yves-Marie Adeline pour la présidentielle de 2007 avait été polluée par une question récurrente que lui posaient les passants auxquels il annonçait l'offre politique royaliste et que l'on compacterait comme ça : "Pour quel prince roulez-vous ?". La réponse esquivait la Querelle d'un "je ne sais pas au moment, mais les princes de la maison de Bourbon sont bien assez nombreux".
« Quid de la question d'une restauration, se demandait au mois d'août dernier Gérard de Villèle, dans le numéro 40 du Lien Légitimiste. Elle pourrait, suggérait-il, se poser à tous si l'Alliance Royale réussit à présenter un candidat aux prochaines présidentielles, candidat qui avancera l'idée référendaire pour ré-instaurer la royauté en France... Espérance !». Cet envoi de Villèle conclut une page très intéressante sur les conséquences dynastiques de la paix d'Utrecht vues sous un angle inédit.
Pour la candidature, on y est, le candidat de l'AR s'est déclaré hier à la Biennale Blanche de Paris. C'est donc M. le comte Patrick Cosseron de Villenoisy qui défendra les couleurs royalistes dans ce tournoi sans règles ni morale, autres que celle sélectionnant les candidats par le barrage des parrainages dans le vivier des sortants. Signe distinctif : porte une épée en épingle de cravate à défaut de lui battre la cuisse. Ça ne se fait plus certes - pour le moment - mais signale un candidat offensif qui exaltera et les règles et la morale et le roi. Royal-Artillerie fera campagne, SDLPV.
Revenons à Utrecht si donc la même question est de nouveau posée par les piétons qui passent.

Utrecht 1713 ! La paix d'Utrecht est considérée comme le début de la diplomatie moderne. Ces traités marquent la fin de presque deux siècles de guerres et conflits religieux en Europe. En 1713, la richesse de la vie culturelle de la ville d'Utrecht participa à l'empathie des différentes cultures apportées par les délégations étrangères, qui ne manqua pas de rapprocher les points de vue. Les préliminaires aux articles négociés donnent le ton de l'enthousiasme de commande qui ouvre une période de paix perpétuelle.
(Voir pour comprendre la version française du traité franco-anglais du 11 avril 1713).
Est-ce le dernier traité international d'importance rédigé en original latin ? Il mettait fin à la guerre de succession d'Espagne (Charles II de Habsbourg était mort à Madrid sans enfants) au bénéfice de l'Angleterre, du Saint-Empire et des Pays-Bas et au détriment de l'Espagne et de la France, alliées par un pacte de famille depuis que le fils du Grand Dauphin régnait à Madrid.
Le fait majeur pour la suite fut d'élever l'Electeur de Brandebourg au titre de Roi de Prusse. A part ça, il ne reste de ce traité que le transfert à la couronne britannique des possessions françaises du Canada oriental, la frontière franco-italienne en Savoie et l'annexion de Gibraltar. Un site canadien explore le volet américain de ce traité dans un dossier très bien fait que l'on consultera en cliquant ici.

Mais au Roycoland la paix d'Utrecht est restée comme la Durandal plantée à Roncevaux qui partagerait les couronnes de France et d'Espagne en interdisant toute réunification des royaumes voisins. Ce que Napoléon parviendra malgré tout à réaliser dans son plan de guerre contre l'Angleterre, mais de manière éphémère, jusqu'à Trafalgar. Si le royaume castillan existe toujours, son cousin français a disparu corps et biens dans les remous révolutionnaires du XIX° siècle, ce qui paradoxalement a nourri la Querelle dynastique franco-française au motif qu'on ne se dispute jamais aussi bien que sur des espérances.
Utrecht est le brevet d'hispanité des Bourbons d'Espagne promouvant symétriquement l'exclusivité des Orléans à la couronne de France par défaut d'héritier direct de la branche Bourbon de France (le petit-fils de Charles X est mort sans enfants). Du moins sont-ce les seconds qui s'en prévalent, et les premiers qui drosophilent.

Dans ce 40ème numéro du Lien Légitimiste¹ paru le 25 août dernier, Gérard de Villèle, faisant la critique du nouvel ouvrage de Daniel de Montplaisir « Louis XX petit-fils du Roi-Soleil », évoquait donc la clause dynastique d'Utrecht à la lumière des attendus de la Cour internationale de Justice de La Haye consultée par l'auteur en la personne de son ancien président Gérard Guillaume. Cette exégèse de la Paix d'Utrecht conduite sur de nombreuses pages justifie à elle-seule l'achat du bouquin que l'on qualifie partout d'utile, ce qui n'est pas un mince compliment dans la sphère royaliste où les hagiographies pompeuses sont la règle. Il ressort de la discussion que la clause d'ordre public rebus sic stantibus ouvrirait le chemin des constatations que les deux couronnes sont définitivement séparées depuis 1975 (avènement de Juan-Carlos Ier) et que, s'il en était besoin, la chose pourrait être actée dans un addendum, le traité restant en vigueur pour préserver ses clauses territoriales.

Est-ce si simple ? Si ce n'est l'un c'est l'autre ? Des esprits dérageants refusent de s'en tenir aux Capétiens directs et contestent que la restauration de la monarchie ne puisse être que la renaissance du royaume disparu et la résurgence de ses lois. Ça se discute, même entre amis.
L'histoire de France est celle des surprises, des aubaines et fatalement des "usurpations". Les ruptures dynastiques furent nombreuses et celle que nous endurons a déjà 141, 163 ou 181 ans selon l'année zéro du temps décompté². Qui interdirait une restauration qui n'en soit pas une ? Je ne devine aucune force en capacité de l'imposer, et même si un courant carolingien se mêlait à la dispute dans le cadre élargi d'une Europe occidentale vouée à se confédérer comme au temps du Saint-Empire pour survivre au choc des empires orientaux renaissants, il ferait du chiffre. Et le retour des Carolingiens annulerait l'usurpation de 987. Ça vous la coupe.

Utrecht 2013 ? Trois cents ans auront passé. La République en banqueroute, ayant achevé la confiscation de l'épargne des ménages pour survivre dans ses "valeurs" et ses prébendes, s'effondre. Hier soir, les ministres se sont réfugiés chez leur maman comme en 68, les ministères ont fermé leurs lourds portails que personne ne garde plus. Les arsenaux, les paieries générales sont barricadées et les agences de la banque de France aussi. On ne trouve plus de piles pour la radio, ni de bougies. Les députés se terrent en province comme des proscrits, Marseille vient de s'ériger en émirat, l'Aquitaine, la baronnie de Laàs et le Pays Basque ont proclamé leur sécession, le maire de Paris porte un casque à plume rose pour gambader sur le balcon de l'Hôtel de Ville cherchant d'un oeil la caméra de CNN, et le préfet de police de Paris attend des ordres d'où qu'ils viennent. Les régiments sont consignés dans leurs quartiers et leurs armureries gardées par des adjudants.
Le président du Conseil Constitutionnel, capturé sur la route d'Evreux, proclame à l'enseigne du sphynx dans le micro d'Al-Jaezira que la République est abolie et que les décombres de l'Etat sont remis au ci-devant Prince de X..., seul présent debout au milieu des ruines.
Qui va franchir le cordon de la garde du prince débarqué au Palais-Bourbon, en brandissant l'exemplaire original du traité d'Utrecht pour l'adouber dans sa future fonction, ou la lui interdire ? Le maître du moment ne sera pas celui des Lois, en ces heures tumultueuses le maître est le Chaos. Vaincra celui qui le sert pour le tuer après. A l'intention des musaraignes du Renseignement Intérieur, je signale que c'est de la fiction pour un prochain film ukrainien.

Ceci pour suggérer aux tuteurs de rois, docteurs de la monarchie, qui tranchent et coupent dans le vide d'un royaume aboli, que le prince en situation peut ne pas être désigné par les anciennes lois mais par les circonstances, et que nous le prendrons tel qu'il vient. Il n'y aura pas de "rectification" ultérieure, de querelle dynastique lancée à la face de la Nation par les Planqués de la lutte quand l'écume des désordres sera retombée.
Il n'y a pas de premier à Reims, et peut-être même pas de sacre du premier impétrant. Il y a un homme debout, seul au moment avec lui-même, entouré de fidèles qui l'observent ; il y a un jour, un seul jour ! Peut-on dès lors rédiger un programme ? La seule loi sera celle de la nécessité, on ne refera pas le faux coup de Chambord (merci M. Guillotel - LLL40°- d'avoir désiller nos yeux). On ne loupera pas une restauration sur un principe.

Nous avons la chance d'avoir deux champions en santé, bien mariés, volontaires désignés par leurs troupes certes, mais qui vont finir par y croire. Ils sont imprégnés des prémices d'un destin qui les dépasse ; il faut être un peu impressionné soi-même pour paraître grand sous la charge. Sans préjuger de leur résilience ni de leurs chances, j'ai le pressentiment qu'ils se battront l'un comme l'autre, avec leur intelligence et leurs soutiens.
Pour expliquer la suite au monde ébahi - sacrés Français quand même - le plus simple serait bien sûr d'avoir à montrer au balcon du Ministère de la Marine³ l'héritier présomptif de Louis XIV et Grand-croix d'honneur et dévotion de l'Ordre souverain de Malte ! Mais les Pays-Bas réarmeront, me dit-on dans l'oreillette ! Alors on prendra qui veut.


Note (1): bimestriel sur abonnement à souscrire chez :
Le Lien Légitmiste, Petit-Prix, 37240 La Chapelle-Blanche Saint-Martin
pour 10€/an en version électronique. On peut obtenir le n°40 pour 4€.
Note (2): 1830, 1848 ou 1870
Note (3): ... que l'on sauverait des griffes mercantiles et qui ferait un palais royal plus convenable que la bonbonnière à pouffiasses de l'Elysée
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7 commentaires:

  1. Puisqu'un gentilhomme s'est dévoué, on ne peut que lui souhaiter bon courage. Les 500 signatures fatidiques sont le premier obstacle à surmonter.

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  2. Bonsoir Cato.
    Je pensais que l'AR ne proposerait pas de candidat cette fois-ci, je croyais même que c'était sa position. Mais peu importe. Si la vision de l'AR n'est pas exactement la mienne, je dois lui reconnaître une démarche de réflexion, autour de son projet, et le mérite de la transcrire en s'approchant de diverses consultations.

    La vision carolingienne se tient dans une démarche élargie notamment à l'Europe, et porte une vision propre mais elle ne se situe pas dans une opposition de principe aux Capétiens. Au contraire elle se prête même à la superposition de principes qui ont chacun leur nécessité et leur vision.
    Ensuite, mais plus bas, ce sont les approches qui divergent.


    Cet article se tient dans la continuité des espoirs qui avancent !

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  3. Acceptons-en l'augure.
    Pour le moins, l'AR affronte l'opinion à découvert dans une démarche pacifique, ce qui doit être salué.

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  4. J'ai fait écho à votre sypathique mention de la BIennale Blanche et de l'annonce de l'AR qui y a été faite dpar le biais du blog de la Charte de Fontevrault.

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  5. Je vous renouvelle mes regrets de n'avoir pu venir. C'est une excellente chose pour votre initiative que l'Alliance Royale ait décidé d'y annoncer sa démarche politique.
    La nouvelle a fusé par tout le Roycoland.

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  6. Réaction de Stéphane Piolenc aux critiques récurrentes des royalistes stoppés sur place par l'histoire, sur RFR (29.09.11) par ici.

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  7. Pas de temps à perdre en récriminations.
    L'Alliance Royale serait bien inspirée de construire sa propagande éphémère afin qu'elle percute réellement.
    Avec nos modestes moyens, nous viendrons sur cet axe.
    Et surtout, ne pas se tromper de sujet. Les heures passées par YMA à combattre le système de parrainage ont pompé de l'énergie à nul effet (on s'en doutait) au lieu de marteler le choix du roi..., le pourquoi du roi, l'avantage du roi.

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