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vendredi 23 décembre 2011

Le silence des altesses

 

 


Que vivons-nous pendant le trêve des confiseurs ? Une crise quadruple. Celle du capitalisme financier perverti par les jeux de casino, celle de l'Etat-providence à crédit, celle de l'expression démocratique de aspirations populaires et la pire, celle de la morale naturelle contrée par l'existentialisme athée.
A bien tendre l'oreille, je ne perçois d'avis voire de propositions parfois, que sur la quatrième crise. Les trois autres semblent dépasser nos princes qui, s'ils en parlent, font dans le trivial, le lieu commun. Dire que l'on est pour la moralisation des banques, ou la réduction de la Dette publique a autant d'effet que de prôner l'eau de pluie pour le pastis. On attend de l'excellence de nos excellences, à défaut de quoi il vaudrait mieux pour eux de changer de "métier".

Quand le prince Jean d'Orléans proclame pour la millième fois qu'il pense en prince chrétien et agit en prince français, on a envie de lui répondre : "Super ! Monseigneur, et alors". Héritier des Quarante Rois ? A quoi cela sert-il d'asséner cette état du fond de son voltaire. La revendication historique est lourde et porte à conséquence.
Mais son alter ego Louis de Bourbon a appris de ses courtisans qu'il n'a nul besoin de prétendre puisqu'il est LE légataire universel ! Même question, on fait quoi après ? Se tenir prêt ? Nous en sommes loin.

Jusqu'ici nos altesses investissent leur temps libre dans le mémoriel et le patrimonial, parfois dans le compassionnel, ça ne chauffe pas les synapses. Toutes distractions de cadets sans pouvoir. Ce que nous évoquons à la première ligne de ce billet n'est pas la fuite des toits du château d'Amboise, la ruine du donjon de Calmont d'Olt (rassurez-vous ils ont coulé la dalle technique) ou l'affluence à la messe annuelle des Invalides. Non ! La convergence des crises annonce la ruine d'un Etat pachydermique en temps de paix, vautré dans des déficits de temps de guerre, écrasant une nation émasculée par cent ans de République, qui, faisant tout, peut emporter tout dans son effondrement. C'est grave, messeigneurs. Dans notre camp, les pythies suggèrent pour le temps qui court une analogie avec 1788. Je pencherai plutôt pour 1944. C'est la reconstruction le vrai défi. Il y faut des solutions articulées entre elles et jeter les principes d'une nouvelle société. Ah bon !

Même dans le domaine de la morale, le plus facile d'accès, j'attends encore les indignations princières à l'endroit des pièces de théâtre blasphématoires qui ont agrémenté la fin de cette année morte.

Au minimum pourraient-ils investir le champ du débat institutionnel puisque c'est leur "job", en travaillant la question du meilleur régime possible pour la France du XXI° siècle, un peu plus profondément qu'une courte déclaration à Paris-Match. Le déficit démocratique est une bombe du même tonnage que celles qui ont pété dans l'arc de crise arabe. C'est une occasion en or pour faire du neuf avec du vieux et de pousser les feux de l'alternative en concourant aux efforts de promotion des chapelles intéressées, ou mieux encore en indiquant leur propre voie. Faut-il encore que celles-là se mettent à jour et piquent dans les vessies du XIX° siècle qui encombrent leur réflexion. Les moyens médiatiques et leurs carences sont aussi un défi que les princes doivent affronter.

Louis de Bourbon, banquier, n'a jamais abordé publiquement les motifs de la crise du capitalisme financier ni suggéré des réformes. Mais Jean d'Orléans, qui a lancé un site de propagande (au sens noble - on y vend des souvenirs) et qui fut employé de banque jadis, n'a pas non plus d'idée arrêtée publiquement sur la question. Il faut dire que tout son temps est pris par le passé et ses monuments historiques, ce qui est une saine occupation, mais la serrurerie n'est pas condamnable non plus, sauf pour un "roi" quand la nation est en péril.

On me rétorquera que c'est plus facile d'écrire un billet abrasif sur les princes que d'en être un. Bien sûr, mais s'imaginer en légataire des 40 rois et faire le bourgeois gentilhomme dénote une piètre idée de la référence. Eh oui, messeigneurs, la naissance ne pourvoit pas au poids écrasant de la charge acceptée, et il faut investir beaucoup d'efforts pour se maintenir au niveau, si tant est qu'on y ait accédé vraiment. A défaut, passer la main ! Senlis 987. Les ruptures dynastiques comme les sollicitations abusives des lois anciennes signalent que le destin de la nation prime le confort juridique du prince.

Pour finir, lequel fera-t-il un geste de sympathie sonnante et trébuchante à l'endroit de l'Alliance Royale qui use son énergie à promouvoir l'idée monarchique dans la campagne présidentielle ? La dernière fois, une médaille dans les tuyaux avait forcé au soutien du candidat majoritaire.
Chers princes, n'attendez pas du pays une "convocation" à le sauver, ce qui reste du vieux fonds gaulois appellera un "homme en armes". Chaussez-vous.


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