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mardi 7 février 2012

Du bon sens (capétien)



S'il ne fallait retenir qu'une seule raison de rappeler le roi, la disparition de la "campagne" obscène qui se déroule sous nos yeux afin de pourvoir à la fonction de chef d'Etat, serait suffisante. Il faut partir quinze jours à l'autre bout du monde ou en Lozère et revenir, effaré, pour goûter en fond de gorge le reflux œsophagique de cet écœurement.
Les Français, enfin une bonne moitié, sont totalement addictés au spectacle du cirque présidentiel et 16 millions de badauds ont écouté le 29 janvier le nouveau Janus au nez de Pinocchio, président jusqu'au bout et candidat dès maintenant à sa propre succession dont il critique le bilan de clôture. Ce dimanche-là, on se serait cru à Pyongyang sans la neige, six chaînes majeures étaient convoquées à l'oracle que les autres commentaient en boucle, et la nuit passa en "réactions". Il ne ne restait d'épargné que Gulli !
Ne voulant participer à l'étripage convenu d'une nomenklatura connivente, Royal-Artillerie ne va pas fracasser les propositions des uns sur les propositions des autres, et pas non plus altérer les programmes ronflants des capacités de l'impétrant à les mettre en oeuvre. Le niveau de la classe politique s'est de beaucoup affaissé comparativement à ce qu'il était il y a trente ans, du fait d'un recrutement de fond de panier, l'excellence ayant de meilleurs plans dans le cadre de la globalisation. L'ami des pauvres est le plus thuné du manège mais compte sur sa bouille de clerc pour enfoncer les autres, l'expérience est soutane jetée aux orties. Seule vaut la gouaille au pupitre, le bruit des incantations, et ne pas se rater au baisser de rideau comme éviter la pantalonnade, ce qui est pareil.

Notre beau pays - on finira par se le faire voler à force - se ruine en temps de paix dans les déficits en tous genres et surtout celui d'intelligence. Aucun des intervenants au pupitre de la démocratie d'opinion ne remet en cause le modèle soviétique révisé qui persiste à casser nos valeurs, nos atouts, notre génie national. Comment expliquer le maintien sous perfusion d'un modèle social en banqueroute, dont aucun de nos voisins ne voudrait (sauf les Belges wallons peut-être), sinon par le poids écrasant d'une idéologie égalitaire qui veut tout répartir au motif des principes d'équité de la Révolution française. Deux siècles ont montré que ces beaux principes étaient pervers d'application, car les hommes qui les exercent sont "étonnamment" imparfaits. Dans cette veine il n'est aucun salut. Un seul axe vaut, celui du bon sens, et disons-le tout net, du bon sens capétien : pas de paperasse, réfléchir, agir ! Faut-il encore avoir avoir reçu l'éducation idoine. Les grands dirigeants de notre république plumitive sont des ratiocineurs de complexités, pas des esprits clairs.

Du bon sens en gestion
Il serait temps de faire plus simple pour relever le pays. Est-il par exemple scabreux, injuste ou ridicule d'établir la nécessaire providence de l'Etat à l'endroit des citoyens sur les moyens que lui procure concrètement la nation ? Le Pib étant mesuré à tel niveau, la république se voit allouer un budget de tant pour couvrir ses fonctions régaliennes et de secours, moyens qu'elle sera autorisée à lever par l'impôt. Le budget annuel serait bien évidemment voté en équilibre, même si son exécution pouvait ultérieurement dégager un bénéfice ou montrer un déficit. Nous faisons tout l'inverse, on reporte les besoins d'une année à l'autre, on les chiffre et on emprunte près du tiers¹ du montant trouvé pour le financer, oui 30,61% en 2010 ! Aucune entreprise humaine ne peut résister à ça et son patron va en prison. La compta publique c'est par ici, et le travail de Bercy est très lisible. Ce chiffre de 30% est soigneusement caché au grand public dont on enfume le jugement avec le petit chiffre du pourcentage de déficit rapporté à la richesse nationale, le Pib. Un petit 5%, puis un petit 3% d'objectif de perte. On ose continuer à perdre avec une dette monstrueuse que l'on creuse encore, et la ministre du Budget fait sa mijorée à l'annonce des mauvaises notes des agences. Cela pourrait bien finir au tribunal après cataclysme économique.

Un candidat honnête devrait annoncer un retour aux équilibres le plus rapide possible quoi qu'il en coûte... à L'ETAT ! Pas à la nation ! A l'Etat ! Et au-delà de cet objectif primordial, un programme de réduction de la dette publique, sur deux décennies par exemple, financé par un excédent budgétaire à rechercher, comme le font des pays sérieux du Nord de l'Europe. A ce jour, nous n'avons entendu aucun des candidats sur cette ligne. Ils jouent à cache-cache avec la réalité, invoque la complexité, poussent devant eux les experts. Mais la cible n'est pas compliquée, seul le chemin pour y parvenir est semé d'embûches et convoque l'art politique. S'ils n'y connaissent rien, qu'ils restent donc chez eux !

Du bon sens au négoce
La ponction moins grande de l'Etat sur la nation ravivera l'économie - il pompe aujourd'hui 56% de la richesse produite chaque année - mais l'équilibre de notre commerce extérieur n'en sera pas pour autant atteint. Appliquons là-aussi le bon sens sans s'éblouir de notre orgueil national. Notre industrie est malade. Il est convenu de montrer du doigt les PME, pas assez aidées par les grandes, pas assez offensives, en délicatesse avec leur banque. On oublie dans la liste des causes leurs patrons, qui ont pour certains la fâcheuse habitude d'assécher les trésoreries pour humer le fumet d'une vie de riche, qui se contentent des positions acquises un oeil sur le cours de bourse, et ce n'est rien dire encore des héritiers. Avant de partir pour le crématorium, derrière l'Hispano-Suiza du mort aurait dit Barenton², on cherche le fonds de pension américain qui va vous débarrasser des soucis d'entrepreneurs et vous permettre de vous recycler gavé dans le foncier à Ibiza. Il en est aussi de formidables, passionnés jusqu'au bout, qui n'ont pas le bagout nécessaire pour capter l'attention, qui sont la chaîne du tissu industriel français. Désabusés on ne les entend pas. Mais à l'inventaire de nos insuffisances, on exonère les grosses entreprises des causes du désastre.
Le bon sens du poisson qui pourrit par la tête nous indique que l'attention devrait se porter sur le haut management. C'est tabou. Peut-on mettre en doute l'excellence managériale des X-Mines et Ponts, des Centraliens, des Supelec et même des HEC ? La classe dirigeante accepte qu'on critique la cooptation endogamique des conseils d'administration, sans doute pour signaler en creux qu'il n'y a pas de places libres, mais pas le génie universel de nos grandes écoles. Certes, ils ont concouru et les meilleurs "polars" ont gagné ; mais les managers de même niveau, sortis des universités étrangères, leur mangent la soupe sur la tête. Il y a un truc ! En plus d'une suffisance congénitale - voir la liste des contrats internationaux perdus par vanité - on décèle les défauts dont le plus courant est celui la compétence en équipe occultant une moindre valeur individuelle dans le travail personnel. C'est le propre de la filière prépa-grande école de former des bêtes à concours à la tête moins bien faite. Au contraire de quoi, l'université, après un sévère écrémage, que des andouilles lui reprochent, produit des compétences automotrices, capables de s'investir à fond dans des projets et ne craignant pas la solitude de la réflexion poussée.

Le bon sens, encore lui, voudrait que l'on réserve la filière grande école à pourvoir l'Etat, ses arsenaux et ses armées, et rien d'autre, comme l'avait senti Napoléon. Et que l'on ouvre les directions générales du CAC40 à des docteurs de la filière universitaire. Sans sacrifier à la mode nouvelle de Montoire, signalons que bien des patrons de la Deutschland AG ont commencé leur cursus par l'apprentissage et l'ont achevé par un doctorat. Passons voir la mise à jour et fermons la parenthèse.

Je vais regarder ma télé ce soir au cas où une de ces idées y serait promue. Sait-on jamais, les miracles existent, la meilleure preuve n'en est-elle pas l'Euromillion ?.


(1) Sans pouvoir démonter la créativité comptable des services de Bercy, ils disent avoir dépensé 365,9 milliards d'euros et encaissé 253,9 Md€ en 2010. Pour 2011 ils "font" les chiffres.
(2) Propos d'un confiseur d'Auguste Detœuf
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