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lundi 19 mars 2012

Autopsie d'une candidature royaliste


Le retrait forcé du candidat de l'Alliance Royale à la présidentielle est à mettre au compte de l'obstacle légal des cinq cents parrainages publics de la procédure électorale. La question de l'ancrage territorial ouvrant le champ des parrainages est un défi qui a déjà été traité sur ce blogue (clic) et l'insuccès de M. de Villepin, vêtu pourtant de la meilleure tunique à l'emploi mais méprisant ouvertement la classe politique élue, en est la confirmation. Avant de continuer, par delà l'amertume des circonstances, est venu le jour de féliciter chaleureusement notre candidat, M. le comte de Villenoisy, d'avoir osé !

« Toutes les fois qu'on attend le retour de l'ordre,
on ne peut se tromper que sur la date »

(Louis de Bonald)

Hormis le blocage procédural, l'offre politique spécifique à l'Alliance royale n'a pas percuté. il y a plusieurs raisons à cela dont la première est de n'avoir pas tiré conséquences du précédent de 2007, quand M. Adeline se donna corps et âme à une précampagne de terrain, à peu d'effets au final. En novembre 2008, il disait à Christophe Geffroy de La Nef (N°198) :

« Pendant ma campagne présidentielle en 2007, un sondage France Soir-BVA révélait que 17 % des Français aspiraient à la royauté, et même que 20 % voteraient volontiers pour un candidat royaliste. Cela signifie que le royalisme n'est pas mort, mais les royalistes eux-mêmes sont-ils prêts à soutenir une action politique royaliste? Chez beaucoup d'entre eux, leur royalisme n'est qu'une attitude esthétique sans conséquence ». Il en avait conclu que les royalistes n'avaient pas voulu suivre sa démarche et il démissionna de la présidence du parti pour se consacrer à ses devoirs d'état. Ses successeurs n'ont apparemment pas tiré une analyse suffisamment poussée de cette tentative.

La démarche électorale de M. Adeline se résumait toute dans la promotion du roi comme régime politique de rechange au régime républicain parvenu au bout de sa caricature, du moins le croyait-on alors sans savoir encore que le quinquennat en jeu ajouterait une vulgarité rare à ce niveau. Même si le terme peut choquer, l'approche de 2007 relevait du pur marketing. Et le marketing est une science, molle certes, mais qui s'apprend.
L'étude de marché avait été faite par BVA, mais gravement infirmée par le défaut de parrainages. La première chose utile eut été de trouver le moyen de sauter l'obstacle en 2012 ; le vecteur de l'ANF n'était pas un mauvais choix a priori. La seconde, exigeait de passer en mode "blitzkrieg" dès la déclaration de candidature pour palier le risque du blocage procédural et donc, sans attendre, de promouvoir le roi quand même, par tous moyens, surtout médiatiques, au sein d'un faisceau de propositions captivant de l'audience. Même bloquée au 16 mars, la démarche de propagande de l'offre politique royaliste aurait été faite, ce qui en soi était suffisant puisqu'il ne s'agissait pas d'accéder au second tour de l'élection, mais de se faire connaître. Comment ?

Franchir le mur du silence oblige à dérouler un programme, attractif et copieux.
C'est vraiment un gros travail qui demande une production d'idées adaptées à l'enjeu, une direction de campagne motivée - on me dit dans l'oreillette qu'il y avait du tirage - et un dircom professionnel ayant ses accès.
Personne n'est intéressé plus que dix secondes au retour du roi comme un cheveu sur la soupe, sauf dans certains cas pour se moquer d'une idée saugrenue. Se voir classé (Nord Eclair du 5.02.2012) dans la catégorie "hurluberlus" entre le parti de l'Amour de Cindy Lee et la candidature de Rasta-Président du Mouvement raélien fait mal, aux militants d'abord, aux sympathisants aussi, mais d'abord au candidat lui-même qui encaisse directement les coups. Il faut donc un bombardement en tapis d'idées crédibles et amener le roi à la fin. Il n'y a pas eu de bombardement !


La bonne volonté et l'improvisation même réussie ne font pas de bonne politique politicienne, à peine un feu de camp. L'auditoire agressé par une campagne présidentielle attend de la politique pure, du sociétal, de l'économique, de la finance, voire si ça chauffe dehors, des positions diplomatiques. Les autocollants ci-contre ne répondent pas à l'actualité de la campagne, ils sont des passe-partout.
De la déclaration de campagne le 17 septembre 2011 jusqu'à aujourd'hui, ni Google ni Yahoo ni MSN ne m'ont interpelé avec une proposition-choc de l'Alliance royale. Et pourtant quand il n'y a aucun risque de devoir les mettre en pratique, il est facile de débiter des propositions au mètre.
Les "artilleurs" ont lu le Nonagone du 14 février dernier qui était plus qu'un exercice de style ; j'y aurais ajouté pour faire le poids à dix, le "branchage" des députés votant le budget 2013 en déficit. Croyez-vous que cette provocation franchirait le mur de l'indifférence ? Qu'à cela ne tienne !
On tire 577 plaques ovales en clinquant laiton de 8x5cm avec 577 noms de députés gravés laser puis on va les coller à deux mètres de hauteur sur les lampadaires des Champs-Elysées, par deux pour faire bonne balance, et on tweete l'affaire. En voulez-vous dix autres ?
... on y passerait la nuit. De toutes façons, c'est trop tard, le train de l'Alliance est maintenant dans le tunnel des législatives.

Reste la question qu'affronta chaque jour Yves-Marie Adeline : l'anonymat du sauveur.
Nous savons que promouvoir une monarchie anonyme est bien trop intellectuel par rapport au segment de marché visé par la propagande électorale. Le royalisme étant pour moitié au moins fondé sur l'affect populaire, la présentation du prince à régner dans le projet est indispensable.
L'Alliance royale fera ce choix ou disparaîtra, ce qu'à Dieu ne plaise.






Avant de fermer le ban, 
un grand merci à Patrick de Villenoisy.




Postscriptum du 12 avril 2012 : ce texte a été repris en éditorial du Bulletin Périodique Officiel n°68 de l'Alliance Royale (mars-avril 2012)
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14 commentaires:

  1. Communiqué de presse clôturant la campagne du candidat de l'Alliance royale en cliquant ici.

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  2. Oui il faut d'abord remercier Monsieur de Villenoisy d'avoir été au "casse-pipe" si je puis dire.
    Les royalistes ont un problème avec le système parlementaire depuis la mort du comte de Chambord qui a réduit à néant leurs espérances.
    Il n'est pas facile dans un monde dominé par l'image et les phrases-choc de faire passer notre message.
    Il eut fallu peut-être commencer petit par les municipales, les législatives avant que de s'attaquer à la présidentielle ?

    Au risque de me répéter, je crois que le roi ne viendra que lorsque le pays sera au fond du gouffre. Il ne peut en être autrement les français ne sont pas encore prêts. Il leur faut mordre davantage la poussière.

    Comme vous le dites aussi à la fin de votre billet, l'inconvénient du principal parti royaliste est de ne pas choisir son poulain. Chaque parti a son (sa) candidat(e) et la royauté est un régime par essence incarné.
    Il faudra bien un jour que l'un des "prétendants" sorte du lot et prendre enfin son destin et celui de la France, en main.

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  3. Ce débat existe au sein de l'Alliance, mais l'ADN du parti est dans le non-choix, comme celui de la Charte de Fontevrault. Je ne pense pas que ce soit tenable.
    Le parti a déjà onze ans et les résultats ne sont pas là. Je pense que le concept "intellectuel" du régime n'est pas adapté au marché politique.
    Ils ne sont pas les seuls à planer :)

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    1. Votre analyse est bonne et excellente pour ceux qui choisiraient l'attaque ! Les membres de l'AR ne peuvent, par nature, le comprendre... Sauf peut-être, justement, leur candidat.

      Il existe un nombre incroyable de marches à franchir, car il faudrait déjà que l'AR soit reconnue par le plus grand nombre des royalistes.

      Je ne détaillerai pas ici les erreurs reprochables en général à l'AR, en dehors de cette campagne. Mais je pense, même si pour ma part ses positions sont aux antipodes des miennes, que cette présidentielle peut être considérée comme une première marche pour déboucher sur quelque chose.

      Qu'il faille comme vous le dites, une figure, comme prétendant, est indispensable pour réussir en général. Mais en choisir une dessinerait une faille mortelle dans le principal royaliste. Donc le blocage est insurmontable, pour l'instant.

      Je pense que l'émergence de dynamiques séparées est nécessaire, car un mouvement déjà constitué et identifié n'est pas réformable en y entrant.

      Je crois que se consacrer à l'offre, telle que vous l'avez présentée déjà, est l'étape essentielle à franchir pour le royalisme. Elle doit exister sans se référer aux mouvements constitués, chapelles, etc, qui sont au moins le pire boulet.

      Et effectuer une coupure visible avec certains, qui placardent sans arrêt leur pessimisme pour dégoûter ceux qui veulent faire ou dire quelque chose. Ceux qui se justifient dans les pantoufles bénites ne doivent plus être écoutés.

      Les moyens que chacun peut choisir, sont tous bons : prière, ou action. Mais sans que les uns critiquent les autres, surtout en public.

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    2. La critique interne la plus soutenue vient des rangs très minoritaires des ultra-légitimistes qui se croient investis de la garde du temple et de ses codes, alors qu'ils n'ont été adoubés que par eux-mêmes. Les princes s'en défient comme de la peste noire.
      Ils sont dans une démarche de momification qui, si elle accédait à la lumière, serait très dommageable pour tout essai métapolitique. Ils doivent être combattus avec énergie, comme j'ai dû me résoudre à le faire quand je fus traîné devant leur misérable tribunal inquisitoire, heureusement virtuel. S'ils aiment les bûchers de l'histoire, qu'on les y incinèrent !

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  4. Je crois qu'il n'est près de cesser.
    Le destin ou la Providence a voulu que la branche aînée s'éteigne en la personne du comte de Chambord.

    Les princes Louis et Jean ont chacun leurs qualités, mais le principal est de savoir qui au regard du droit est l'héritier? Les deux thèses se tiennent. Je crois que celui qui saura tirer son épingle du jeu, sera celui qui s’asseoira sur le trône de ses pères.

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    1. Je n'ose répéter que les contingences feront le roi. Pas à Reims, à Paris. Celui-là dira le droit.

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  5. Monsieur de Villenoisy s'est dévoué pour nous tous. Nous lui devons des remerciements.

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  6. Un lecteur m'a appris que Carl Lang avait récolté 447 signatures !

    Peut-être y-a-t-il matière à réflexion en ce 600 ème anniversaire de Jeanne d'Arc que chacun veut célébrer ?

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    1. Si Marine Le Pen est passée de justesse, je ne vois pas comment Carl Lang aurait fait le compte. Quant à Jeanne d'Arc, je doute qu'elle s'intéresse à ces histoires à la noix.

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  7. Je souhaite que les royalistes s'efforcent d'obtenir des mandats aux prochaines municipales. A la campagne, là où ça n'apporte que des ennuis. Mais c'est une source de signatures.

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    1. L'ancrage territorial est la seule voie pour bâtir une structure politique. Toutes les constructions éthérées au mieux végètent ; territorialisées, elles reprennent à la racine en cas de grand gel, comme l'a démontré le parti communiste, laminé au plan national, still going strong en bourgs et villages.

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  8. Cher Catonéo, puis-je me permettre de réagir à votre analyse ci-dessous reproduite:
    "mais l'ADN du parti est dans le non-choix, comme celui de la Charte de Fontevrault. Je ne pense pas que ce soit tenable"

    La Charte de Fontevrault n'est pas dans la posture du "non-choix", son ADN , à elle, est trés clairement dans la soumission au choix que fera Dieu pour être Son Lieutenant sur le trône de France... Et du fait que Dieu ne s'est pas encore prononcé, ne découle absolument pas - du moins pour les Providentialistes- la crainte qu'il ne se prononcera jamais.

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    1. Cher Monsieur Tixier,

      Si vous êtes suspendus au choix de la Providence pour choisir le prince accédant (ce qui est parfaitement honorable), vous décidez en même temps que la dynastie jadis régnante est consommée. Vous devriez alors couper les ponts avec les thuriféraires des branches revendiquant la couronne future, afin de laisser à Dieu le soin de dessiner l'épure de la Charte et ne pas être influencés par leur "vaine" agitation. Vous seriez alors dans une logique sédévacantiste tout à fait raccord avec la situation concrète.
      Ceci dit en toute amitié.

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