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mercredi 4 avril 2012

Paysannerie, des projets à taille humaine


Le congrès d'Aicirits n'a certainement pas convaincu la gent paysanne que sa situation empirera plus avec tel candidat qu'avec tel autre, puisqu'elle empirera de toute façon. La PAC de Bruxelles coûte cher à certains pays qui ne font pas de l'agriculture une priorité. Pensons à l'Angleterre mais elle n'est pas la seule. On peut dire aussi que la mise à niveau du secteur primaire des pays de l'Est après celle des pays du Sud a englouti beaucoup d'argent et les aides européennes faibliront indubitablement. La paysannerie française n'a plus grand chose à attendre de Paris dès lors que la politique agricole et le développement qui l'encadre sont une affaire euro-régionale, voire transrégionale. D'où le désenchantement palpable et cette vague de suicides des petits cultivateurs ou éleveurs.
Le congrès de la FNSEA a montré aussi que les gros bataillons de la profession sont peu à peu remplacés par les gros paysans tout court qui ont acquis une vision industrielle de leurs métiers, à faire rire les vrais, où il en reste. Ainsi comme chaque année depuis dix ans, on ouvre le bal par l'histoire d'eau. Les pissenlits sortent plus tôt car ils vont chercher plus profond leur nourriture. Les blés seront plus courts de vingt centimètres et les tiges secondaires végèteront sans épis. La luzerne s'en tirera com'dhab mais c'est moins sûr pour la fétuque rouge. Quant au maïs, n'en parlons même pas ; plante des tropiques humides elle ne peut passer sa vie au désert. Les sondes des nappes phréatiques sont basses, les rivières à l'étiage déjà, les puits sonnent secs, on entend bourdonner la... solidarité nationale. Mais la solidarité avec qui, la solidarité avec quoi. L'impôt sécheresse de saint Raymond (1976), s'il fit des fortunes chez les gros consommateurs d'eau - certains purent acquérir des hectares au Canada pour valoriser à l'année leur chef de culture - a laissé le souvenir d'une solidarité lourde, ciblée sur une catégorie sociale généralement détaxée soutenue par la classe imposable. Pas terrible.

La profession a globalement les moyens de parer au stress hydrique en développant un réseau de retenues collinaires et d'étangs déviés des rivières l'hiver. Le premier problème est bien sûr d'accepter un bon chef d'orchestre par bassin hydrologique, le deuxième de s'affranchir de certaines règles environnementales édictées par les contemplatifs de la nature qui s'approprient le choix des procédés d'exploitation sans jamais passer au cul de la charrue, le troisième, l'argent, le plus simple à régler : "y en a pas" ! Ne restent que les idées, le pétrole de la France. A défaut, ce sera la réserve d'indiens avec les musées cantonaux des arts tout du cru. Les cars de Chinois, les guides-interprètes slaves quadrilingues, les globes à neige dans la vitrine des Gifts-Souvenirs, les zizigougous made in Bengladesh, partout des tours Eiffel en fer blanc doré ! Et trois pastourelles bosniaques chaque jour sur les coups folkloriques de six heures avant l'apéro.

Allons bon ! Je crois plus en la Confédération, même si je hais Zappatoc¹ qu'en la FNSEA devenue pépinière politique. Ils tiennent en plus les écologues par les joyeuses. Partir des fondamentaux peut-être. Avoir la foi. Ne pas tout attendre des politiques. Mesurer la zone d'effort en fonction des atouts recensés et non pas sur un découpage administratif devenu burlesque ; travailler par pays.

Fondamentaux
Chaque "pays" de France a son histoire, son(ses) terroir(s), ses traditions de culture et de bouche, ses races d'élevage et parfois même un artisanat spécifique, comme le couteau de Laguiole sur l'Aubrac. Il faut construire sur ces bases en ne perdant jamais de vue qu'il doit y avoir un marché derrière toute activité et qu'à l'heure de la mondialisation, ce marché est illimité. La France des terroirs c'est mondialement de la bonne qualité à son juste prix, et une variété inconnue partout ailleurs, ce sont aussi des productions de luxe. Les labels d'origine sont primordiaux.

La foi dans l'entreprise
Un consensus local est la clé de contact de tout projet rural ; et une fois le projet défini, les étapes comprises par tous les participants, il ne faut plus mesurer sa contribution, encore moins n'apporter qu'autant l'arbre va faire de fruits. Il faut y aller de bon coeur et pousser à la roue.

Les politiques, oui mais pas qu'eux
Les conseillers généraux des cantons ruraux sont le plus souvent impliqués et moins influencés par l'opinion informelle ou la rumeur que leurs collègues de la ville. Néanmoins ils participent de majorités de gouvernement territorial et sont parfois "contraints". Ausi est-il judicieux de trouver sur la zone d'effort le coordinateur pour se passer de leur leadership, mais assez talentueux quand même pour être le porte-parole du projet auprès des politiques concernés. Même s'ils ne sont pas utiles, leur pouvoir de nuisance ne doit jamais être oublié.

La zone d'effort dans les frontières du vrai "pays"
Les découpages administratifs sont complètement dépassés. Ils ne subsistent que comme cisconscription électorale. Les ruraux connaissent très bien les limites géographiques de leur pays qui le plus souvent épousent les contours du bassin drainant. On doit considérer aussi que le développement d'un atout puisse déborder naturellement le dit-pays.

Un exemple mieux qu'un plus long discours : l'Aubrac justement dans son canton occidental.


Trois atouts : la production laitière de la blonde d'Aubrac aux yeux faits, le couteau de Laguiole, une race d'habitants "durs à cuire". Trois leaders, André Valladier inventeur de l'AOC Laguiole pour le fromage - rien à voir avec le cantal de la salers rouge - qui a poussé la coopérative Jeune Montagne à bien rémunérer les producteurs primaires pour monter en qualité et pouvoir décliner en gamme les sous-produits réclamés par la capitale, comme la tome fraîche d'aligot ; Thierry Moysset qui a lancé la Forge de Laguiole en démécanisant les postes de travail de façon à sortir un produit inimitable "fait-main" mais à prix correct ; Michel Bras et son restaurant étoilé à 65 salariés qui fait un appel d'air pour attirer sur le canton une clientèle sans soucis (?!) irrigant tous les services offerts.
Le maire de Laguiole, Vincent Alazard, accompagne le travail de son bassin d'emploi et fait le relais au département et à la région. Résultat, chômage zéro, immigrés zéro, clochards zéro, criminalité zéro. Ni Rolls en ville certes, ni misère non plus. On vit bien, sur des acquits solides, comme de vrais paysans de l'Aubrac.
Que pourriez-vous faire par chez vous ? Chiche !

(1) Zappatoc : Joseph Bové, l'agriculteur larzacois pour de rire, ainsi tagué par le brûlot tartare Steppique Hebdo.
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