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vendredi 29 juin 2012

D'un bouffon l'autre


L'ancien président a été rejeté par son électorat pour manquements graves à la distinction de la fonction ; les Français, plus cruels que d'autres peuples quand il s'agit de rire d'autrui, ne supportaient pas la vulgarité du roi élu. Tout était devenu annonces, "com", slogans, médias, clichés, caméras, mauvais maintien et mauvais caractère, soit la définition du Français moyen, râleur, hableur, moqueur et démuni. Justement, le peuple d'instinct savait que ça ne collait pas. Et pourtant ils l'ont élu ce Français moyen cette fois, du moins beaucoup disent et je le partage, qu'ils ont sorti l'autre en prenant le nouveau comme chasse-clou.
A la fin, ils ont le même, en plus menteur !
Passons sur les frasques de ce ménage à trois plus sept qui nous rapproche de la Sublime Porte - Mme de Maintenant tombera-t-elle enceinte à l'Elysée pour finir Mme d'Avant-Hier ? - et allons à l'apparatchik : Fraise des bois, Flanby, Guimauve le Conquérant, Flagada Fraise, Mr Petites-Blagues, toutes gentillesses débitées au mètre par son propre camp, s'avèrent mal fondées. La manipulateur de couloir, concentrant ses talents sur la "motion de synthèse" du congrès en cours, s'est imaginé commander à la table du monde en usant de même. A cinq heures du matin, ce vendredi 29 juin, il avait plié la chancelière allemande dans la complexité de mesures croisées en tous sens à dessein, oubliant un peu vite que marquer le but en première période n'augure pas du match qui en comporte deux, et en politique internationale, trois ou quatre. Mme Merkel est vilipendée ce matin par la presse fédérale qui l'accuse d'avoir accepté tout le contraire de ce qu'elle affirmait chez elle depuis dix jours, on se souvient du « Moi, vivante...», sans comprendre qu'elle a été saoulée par un expert du shaker et de la dialectique ! "Magistral" a dit quelqu'un dans la salle de réunion. Mais un alqua-seltzer et ça repart.

Qu'on se le dise, le "Pacte de croissance" est une motion d'enfumage à destination des marchés et des opinions publiques latines et d'abord française. Le "Pacte budgétaire de Merkozy" est désormais ratifiable sans retard et intégralement (dixit M. Hollande) après avoir été suspendu pour "renégociation". Gag ! Rien n'a changé sur le plan de l'orthodoxie (supervision des budgets et règle d'or) et tant pis si les cent vingt milliards d'euros doivent arroser un jour tous les 27 pays de l'Union ; l'important n'était-il pas d'en parler devant la presse ? L'engagement des cinquante premiers milliards est faisable d'ici un an puisqu'il s'agit de crédits structurels inutilisés au niveau de la Commission européenne, par contre le solde (levier de la BEI et project bonds dédiés) mettra du temps pour se transformer en réalités, d'autant que les destinataires de ces faveurs seront soumis préalablement à un audit de la "troïka" comme demandé in extremis par Mme Merkel avant coma. D'ici là, l'eau aura coulé sous les ponts et le discours présidentiel s'adaptera. C'était la méthode Sarkozy.

Les marchés sont-ils enfumables ? Ses acteurs n'ont pas toujours le temps de conduire des analyses fouillées et se fient aux avis et notations de leur environnement professionnel. Déjà, ils ne sont pas bons puisque l'Europe cherche une fois encore de la croissance dans de la dette ! Pourtant les marchés réagissent bien, mais pas à la question posée, à la question ancillaire incorporée de force par Mario Monti dans le schmilblick nocturnal. Les dirigeants de l'Eurogroupe ont acté le principe d'une instance unique de supervision de leurs banques et ont convenu qu'elles pourraient être recapitalisées directement par le Mécanisme européen de stabilité financière (MES). Sera ainsi coupé le lien de "consanguinité" entre les banques et les émetteurs souverains ; et si les fonds alloués sont suffisants, une barrière sera dressée entre les difficultés bancaires et les déséquilibres budgétaires d'un pays, exactement ce que les marchés attendaient : pas de billard à trois bandes entre les divers véhicules de prêts. Mais à la croissance en Europe, ils ne croient pas.

L'INSEE vient de confirmer le "zéro" du premier trimestre, à lire la presse économique et l'humeur des entrepreneurs et commerçants, on se demande où serait l'epsilon du second. Par ailleurs, après avoir juré ses grands dieux la semaine dernière qu'il ne savait rien des réductions d'effectifs dans la fonction publique, il admet le cadrage aujourd'hui en minimisant sa portée dans des formules ampoulées dont il a le secret. Cette menterie cache-t-elle un enfumage des partenaires européens qui ont vu surgir les lettres de cadrage de M. Ayrault en plein milieu du Sommet ? On verra si le gouvernment se bat pour les faire voter ou s'il laisse noyer sa rigueur mussolinienne sous le flot des amendements corporatistes : les quatre cinquièmes de l'hémicycle sont des fonctionnaires.
Le programme électoral hollandais prévoyait une hausse annuelle des dépenses publiques de 1% l'an, les réductions demandées par les lettres de cadrage de Matignon couvrent donc de nouveaux engagements budgétaires, ce qui va à contre-courant de toute la zone euro. Les marchés le voient.

D'ici là, Mme Merkel s'est réveillée. Elle connaissait le jeu précédent qui consistait pour le président Zébulon à s'agiter en tout sens et parler fort avant de signer à la fin le projet allemand, elle découvre aujourd'hui le maquignonnage. Pas sûr que ça nous rapporte.
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