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dimanche 8 juillet 2012

De l'Usage d'un roi


Sur les fora à la romaine on entendait tout et son contraire, surtout le contraire, le forum ayant été la place dédiée aux récriminations et aux exaltations. Ces espaces polémiques de plein vent ont disparu de nos cités. L'époque électronique les a remplacés par des espaces virtuels protégés de la tramontane. Comme à l'ancienne on y dit tout et son contraire, souvent sans talent, planqué derrière son clavier, mais parfois l'articulation de l'argument est imparable. C'est sur le dernier forum royaliste "Vive Le Roi" que fut donnée récemment l'excellente définition du roi par un de ses participants répondant au pseudonyme konradien de Lorenz.
S'y affrontent régulièrement les "définitions" du roi à la mode de chacun, du roi de vitrail caché au delà des mers en passant par le Grand Monarque, du roi maître absolu des reins et des coeurs jusqu'à la potiche constitutionnalisée mais révérée des monarchies boréales. La pire image étant sans doute celle du roi magique, résolvant tous nos problèmes par l'enchantement merlinesque de sa simple apparition. C'est contre ces illuminations que s'élève Lorenz : à quoi "sert" donc un roi ?


Que les choses soient claires, la monarchie n'est pas un distributeur automatique de solutions, ni une institution susceptible de fournir un remède qui nous convient.
Le roi, c'est comme le médecin. Parfois, vous croyez que vous êtes malade et vous n'avez rien, parfois il vous donne un traitement amer et vous allez devoir l'avaler, parfois vous refusez le traitement donné et vous devrez vous soumettre à pire, et parfois il se trompe et vous en subissez les conséquences ! Mais il est le médecin, il sait et vous, non !
La monarchie, c'est pareil ! Vous vous soumettez à une autorité parce que vous pensez par principe qu'elle détient des solutions, solutions qui vous agréent ou ne vous agréent pas, que vous trouvez amères ou pas... Parfois aussi, vous ne voulez pas vous y soumettre, et dans ce cas, c'est la Guerre folle, la Jacquerie, la Fronde, mais en aucun cas ce n'est la Révolution !

Tout comme vous n'arrachez pas son diplôme à votre médecin, vous ne retirez pas au Roi sa charge, parce que vous ne pouvez pas et parce que vous ne voulez pas !
Cela n'a rien à voir avec la République : en fin de compte, c'est lui qui décide, pas vous ! La seule chose que vous savez, c'est que lui, comme représentant suprême de l'Etat, et vous, comme simple citoyen, avez les mêmes intérêts à long terme (sauf le cas où vous voulez prendre sa place, et là, ça barde !) et donc il y a une alliance entre vous et lui pour votre Bien commun.

Il y manque néanmoins une fonction que nous rappelons souvent sur ce blogue, c'est l'affection populaire à l'endroit de la maison régnante, affection qui aplanit bien des souffrances sociales dès qu'on se sait aimé - que ce ne soit vrai n'est pas si important - et qui calme bien des angoisses sur l'avenir des cités du royaume en période de gros temps, puisque le roi incarne le projet de la Nation au-dessus des péripéties. Faut-il quand même qu'elle ait un projet ! Les codes sociaux qui règlent la vie des gens sont dès lors moins importants comme nous le montrent les "libertés scandinaves", et Lorenz de le préciser :
Pour ce qui est du Front national (ndlr: beaucoup de royalistes votent Fn par dépit), du libéralisme, de la religion, ce sont des questions mineures, mais si vous entrez dans le royalisme avec des "je veux un roi comme ceci et pas comme cela, pro-ci et contre-ça", vous finirez républicain.

Ainsi se trouve clairement tracée la frontière entre l'autorité continue de l'Etat dans ses fonctions régaliennes et la complète liberté d'organisation des affaires publiques entre les mains du peuple et de ses représentants s'il en souhaite. Il est donc extravagant d'agréger le roi à la lutte contre l'avortement, contre l'euthanasie, pour la prééminence de l'Eglise catholique, contre le mariage des paires ou l'adoption d'enfants par n'importe qui, contre l'islamisation, les normes européennes du camembert ou pour le cannabis médicinal. C'est à la société de choisir ses cadres, le roi a d'autres soucis, dont le premier est de pérenniser son royaume pour le bien de tous et la gloire de son héritier.
Mais si la Nation choisit de s'auto-détruire, comme en ce moment, qui peut l'en empêcher ? Si elle feint d'ignorer sa décadence comme les Romains du Bas-Empire, si elle proclame urbi et orbi sa dévirilisation comme un progrès, si elle s'abandonne aux démagogues omnipotents, qui pis est les sachant tels, si elle dévore le capital de ses propres enfants pour sa jouissance égoïste, si elle se vautre dans son indignité au regard des choses de la vie, qui lui accordera le privilège de continuer ? C'est la question non posée que nous résumerions d'une formule lapidaire : "A quoi servirait-il de vouloir sauver un peuple de veaux ?"
Le roi n'est pas une garantie de survie.

Laissons Lorenz enfoncer le clou à ras la planche :
Dans la monarchie, c'est le roi qui décide en dernier ressort. Après, si la politique -- entendue dans le sens de gouvernement de la cité, et non comme le cirque médiatique actuel visant à obtenir des suffrages -- vous intéresse, rien ne vous empêche de proposer vos services au roi, qui les acceptera... ou pas !



Le royaliste ne peut choisir de régner
comme l'athlète de lutter
comme le géomètre de prouver
comme le joueur de jouer
son âme doit choisir de servir



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