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samedi 28 juillet 2012

Françafrique hollandienne


"Un nègre à la traverse", disait-on en sifflant l'anisette. Le chemin de fer Congo-Océan consomma vingt mille travailleurs contraints, mais la ligne existe toujours sur les cinq cents kilomètres du parcours. Albert Londres et André Gide firent des relations saisissantes de ce chantier adjugé aux Constructions des Batignolles, la même société qui avait fait le chemin de fer vertigineux du Yunnan, de Lao-Kay à Yunnanfou. Si l'on consomma également du coolie au Tonkin, on le soldait en piastres au régime de 14 tonnes métalliques par mois et on occupait 8000 bêtes de somme sur le chantier doté d'engins, ce qui ne fut jamais le cas au Congo où c'était le bagne, à se demander si le noir avait une âme en plus de ses bras et jambes ! Il faudra attendre l'après-guerre pour que la rafle de main d'oeuvre gratuite soit interdite aux colonies du temps béni. En souvenir des tirailleurs sans doute. C'était mon introduction.

Notre nouveau président veut se défaire de la Françafrique, un peu forcé par l'idéologie socialiste du moment qui est de prendre le contrepied du pouvoir sortant et aussi par les nécessités géopolitiques, les pays africains aimant à diriger le continent entre eux, sans y parvenir vraiment, mais ce n'est pas le principal. Leur prise en compte des crises en cours fait pitié, que ce soit le Nord-Mali, le Nord-Kivu, le Sud-Soudan, le Sahara atlantique ou la Somalie, et si vous en voulez plus, ajoutez l'Erythrée, l'Ouganda, la Côte d'Ivoire et même la Libye. Mais bon, ils jouent à faire l'ONU entre eux, se passant des mémoires, rapports et minutes, et des photos de groupe comme les grands. Bien sûr, tellement qu'on on a la Chine au cul (dirait Lenain) qu'on n'ose pas le dire, des fois qu'ils nous fassent péter un contrat vital chez eux. Que gouverne-t-on finalement au-delà du Perthus ? Rien ! Et monsieur Fabius a beaucoup de mérite à faire semblant.

Alors nous existons par gestes. Nous remettons des dettes à des pays incapables de nous rembourser, nous faisons des réunions à Paris avec des distractions huppées et éternellement blondes, et des photos devant la Garde, beaucoup de photos, nous envoyons même mademoiselle Royal au pays natal, revoir sa nounou ! Non pas à Dakar, mais au Cap : "Je pars le 23 août pour le Cap en Afrique du Sud préparer, en tant que vice-présidente de l'Internationale socialiste, le congrès de cette organisation", écrit-elle, nous précisant le scoop de l'année (pour une photo encore) : "j'ai demandé à rencontrer Nelson Mendela si son état de santé le permet". On serait morts de l'ignorer. Si Nelson est mort d'ici là, au moins pourra-telle rencontrer le brillant président de l'Internationale, Georges Papandréou, celui qui a pu enfumer les experts allemands pendant un an. Un crack, ça la changera.

Au 2 rue de l'Elysée, le chargé d'affaires "Afrique" de M. Normal est une dame cette fois, Hélène Le Gal, ce qui devrait rompre avec la tradition des "exécuteurs" ou des idiots. Contrairement à ce que sa nature plus qu'avenante laisserait supposer, Mme Le Gal a été initiée très tôt aux "mystères du bois sacré" pour avoir commencé sa carrière au ministère des Affaires étrangères par deux années à l'ambassade de France à Ouagadougou. Elle est retournée se remettre à niveau à la direction Afrique de Paris, puis fut nommée conseillère pour les questions de défense à la représentation de la France auprès de l'Union Européenne, ce qui l'a propulsée à la sous-direction Afrique centrale et orientale du Quai jusqu'en 2009. Nommée ensuite consul général de France au Québec, elle fait son chemin et renoue maintenant avec ses premières amours africaines. Elle n'aura pas de ministre de la Coopération dans les pattes.

L’Afrique doit-elle être traitée comme n’importe quel autre continent, tel l’Asie ou l’Amérique latine ? Si seulement ! Aucun des présidents de la décolonisation n'y est parvenu. Même le plus réticent à la canonnière, François Mitterrand, s'est laissé tenter de nommer son fils proconsul du Cameroun ! François Hollande proclame les bondieuseries d'usage : dialogue exigeant sur les questions de gouvernance, lutte contre la corruption, souci du pluralisme démocratique ; mais les intérêts économiques français sont autres et nombreux, et la pierre de touche de l'implication française va être l'Azawad.
Quand le Premier ministre assure la représentation nationale de sa "détermination totale à empêcher Al-Qaïda au Maghreb islamique de constituer au Nord-Mali des bastions du terrorisme international", on s'incline et attend. Le temps de faire rentrer les spécialistes et les drones d'Afghanistan ? Gao ou Tombouctou, c'est Kolwezi en plus simple.

Un mars et ça repart



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