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mardi 4 septembre 2012

Le bruit du microcosme

Les universités d'été royalistes ont fermé leurs lourdes portes de fer. Comme chaque année, elles furent passionnantes pour les "étudiants" qui s'y pressèrent. Mais hormis ceux-là et quelques-uns qui en furent prévenus, qui le sait ?
N'ayant pas vocation aux débats partisans du régime, même si elles investissent le champ sociétal à la carte, les chapelles ne résonnent pas des grandes disputes du jour. Elles "réagissent" aux déboires de notre société et en analysent les causes, mais elles ne sont pas à l'initiative. Ainsi n'apparaissent-elles pas dans les nouvelles colportées par la presse qui fait son miel de proclamations définitives en bras de chemise sur la promenade de la plage, voire de provocations intellectuelles qui risqueraient de durer plus longtemps qu'un collage nocturne. Le bon peuple, celui que craint un peu le royaliste de cocktail, saura-t-il un jour qu'il est dans ce beau pays une alternative construite et éprouvée au désordre actuel des moeurs politiques ? Le Roi. Pas encore ! Le diamant de la monarchie est sous le boisseau, des fois qu'il ne s'use du seul plaisir des yeux.

La flûte de champagne "entre-soi" aux Invalides à quarante euros le pied (ne pensez pas aux quarante voleurs) avait provoqué une ruade sévère de Gérard de Villèle dans la 45ème livraison du Lien légitimiste ¹. La 46ème n'est pas piquée des hannetons et ceux qui ne sont pas encore abonnés auront raté le bombardement en réplique des piliers du régime disparu. Le fondateur de la revue, M. Jacques Rolain, y va de son accès de tachycardie dans un billet d'altitude où la "hauteur de vue" n'est pas mesurable, du moins rapportée à la réalité des choses royalistes pieds au sol. Chromos, litanies, pélerinages et fidélité sans murmures au prince porteront-ils au succès la cause légitimiste ? La foi est étanche à la raison et aux expériences, lesquelles sont réservées aux "autonomes" qui osent penser et voir outre-dogme par eux-mêmes. Maintenir l'héritage de siècle en siècle est un grand oeuvre, même et surtout s'il est muséifié. Foin de tout aggiornamento, stratifions, dit le commandeur du fond de son placard.

Ce n'est pas non plus du côté des princes que nous reconnaîtrons les lumières du progrès. Traditions, héritage, patrimoine sont au menu, et c'est bien mais c'est tout ! Leur attitude laisse accroire qu'ils vivent comme une rente la position sociale que leur confère leur naissance. En ce sens ils apparaissent plus enclins à régner qu'à gouverner, ce pour quoi d'ailleurs aucun n'a de capacités certifiées, ce qui les obligent à se tenir à distance des grands débats du jour, pour cerner quelques valeurs fondamentales comme la famille, la vie, la foi. Et pourtant les questions vont devenir terribles chez notre bel occident. Parlons-en un peu :
  • La rupture de l'Etat-providence, consubstantiel à la social-démocratie européenne, ouvre des perpectives de réformes inouïes en libérant les potentialités individuelles confisquées par la solidarité obligatoire à compte d'autrui. C'est tout le modèle social qui va être reconstruit par la banqueroute systémique.
  • Le retour stratégique des vieux empires ultra-puissants déclasse les pays européens et entame gravement leur souveraineté, les obligeant à réinventer l'optimisation de leurs dépendances plutôt qu'à chercher une indépendance pour toujours disparue. Quelle est notre contribution à ce défi qui met à mal le concept de monarchie ?
  • La guerre que mène les banques d'affaires aux Etats pour l'asservissement général des peuples à leurs résultats financiers ouvrant droit à des émoluments mirobolants sera-t-elle analysée froidement ou bien se complaira-t-on dans des modifications cosmétiques des règles du jeu comme la réactivation du Glass-Steagall Act pour apaiser les benêts ? Qu'en dit le vice-président international du Banco occidental de Descuento ?
  • La course aux matières premières - l'eau est la vraie première - sur une planète finie est-elle gérable efficacement par un bureau mondial des ressources comme le réclament certains dont Jacques Attali ou Charles-Philippe d'Orléans, plutôt par des accords paritaires continentaux, sinon par les lois du marché débarrassées des manipulations étatiques qui faussent les compteurs ? C'est plus important que le mariage des vierges folles ou les tests de trisomie.

Toutes ces questions ouvrent la porte à de copieuses thèses qui formeraient substrat d’une « politique » royaliste actualisée. La monarchie en devenir doit être claire sur ces sujets et tant qu'elle bénéficie du privilège de simple contempteur, elle a tout loisir d'élaborer sa doctrine sur chacun, en se pressant un peu quand même avant qu'ils n'explosent.

Jusqu'ici, comme dirait l'astronome, je n'entends que du "bruit", la révélation d'un désordre de fonds dans le microcosme. Les princes l'entendent-ils aussi même s'ils n'en disent rien ? Pour de nombreux royalistes, le parti-pris de recul de nos altesses à l'endroit des effets mauvais du Système ouaté dans lequel elles évoluent avec grâce et insouciance, commence à entamer sérieusement l'enthousiasme militant à l'ouvrage. L'heure n'est pas aux dentelles, aux bulles de connivence et aux incantations surannées, mais à la politique au sens noble. Thermidor est encore loin ! Action !


- Villars à Denain 1712 -


(1) Le Lien Légitimiste
Petit-Prix
37240 La Chapelle Blanche Saint Martin


Postcriptum :
Je signale la publication des textes de l'Université Saint-Louis 2012 mis en pages dans une brochure diffusée au format pdf par le site érudit ViveLeRoy.

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6 commentaires:

  1. Article très intéressant qui pointe, à propos, les faiblesses médiatiques et politiques de la sphère royaliste, même si je modèrerais l'avis concernant le CMRDS de cette année qui commence à prendre une bonne voie politique et médiatique (le chemin reste toutefois long).

    Votre article prend tout son sens dès lors que l'on veuille lire les imperméables livrets de l'Université Saint Louis 2012... Faisons fi des délocalisations, du chômage, de la compétitivité industrielle et de l'homoparentalité : l'ennemi est maurrassien !

    On en rirait si ce n'était aussi pathétique...

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    1. J'entends dire du bien du CMRDS 2012 autour de moi. Si j'ai noté le carnet de l'USL 2012 en fin de billet, c'est pour donner l'idée au CRAF de faire le sien.
      Par son contenu, il est par contre imbuvable, personne n'ayant envie de se "taper" cette logorrhée analytique sur la partie la plus datée du maurrassisme. Ils pourraient autant faire cent pages sur Raël pour améliorer l'audience. Les petits maîtres du site VLR tournent de plus en plus à la Sainte Inquisition Revenue. Mais bon, ce n'est pas d'aujourd'hui...

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    2. Le CRAF devrait en effet essayer de tirer davantage de bénéfices de ses activités et de ses formations. Peut être l'année prochaine ?

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  2. Vos quatre exemples de défis majeurs nous disent que les maîtres de chapelle ne sont pas au niveau des problèmes posés. On fait tourner le moulin des vieilles critiques de la République quand celle-ci est déjà dépassée par la marche du monde. En fait, les royalistes attaquent un mort !
    Merci pour ce billet de cadrage.

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    1. OK, mais le mort bouge encore et chaque jour il prend des décisions qui influencent la vie des gens.

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    2. Je comprends bien mais c'est du domaine "sociétal". Les axes politiques ne sont plus gérés à Paris. Il n'y a plus ni indépendance ni souveraineté réelle. Le combat que vous menez est comme un combat de rue alors que vous avez une menace "Hiroshima" sur votre tête. Même courageuse, la réplique est inadaptée.

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