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dimanche 21 octobre 2012

La république des profs

Quel plus beau métier que celui de professeur ? Instruire nos chères têtes blondes et frisées, tant des rudiments de la connaissance du monde que de ceux du vivre ensemble. Transmettre le "savoir", en insistant souvent pour que "ça rentre" dans la caboche des poulbots plus attirés par la vie des fenêtres de la classe que par celle du tableau noir (vert). Récompenser les meilleurs, encourager les moins bons ; au seuil du sacerdoce, la fonction sociale de professeur mérite le plus profond respect. Qu'il ne soit jamais admis qu'on les batte, à tel effet que le sursis devrait être exclu des condamnations pour violence envers le corps professoral, voire la peine de mort appliquée comme on devrait le faire des meurtres de policiers, avec exposition du pendu bien sec à la grille du bahut. Non mais des fois !
Hélas, il est une imperfection dirimante du "grand oeuvre" : le lamentable classement des enfants de ce pays comparés à tous leurs voisins. On accuse les méthodes, le pédagogisme, le laisser-faire général de l'institution, la faible résilience des maîtres en ambiance de combat, toutes choses qui s'aggravent d'une résistance bizarre au changement, au bouleversement plutôt, tellement le mammouth pue les gaz. Mais je ne suis pas venu aujourd'hui réformer l'Education nationale !

Qu'est-ce qu'un enseignant ? Quelqu'un qui est entré à l'école vers trois ans et n'en est ressorti qu'à 60 ! S'il connaît à fond son sujet, il est court d'expérience du monde extérieur et s'en fait une idée en étudiant les idées des autres. Mais ne pratique pas ! Comment ce régime politique at-il dérivé jusqu'à mettre aux commandes de l'Etat d'éternels apprentis ? Et cette castration économique (indolore) des titulaires de postes de la fonction publique est évidente chez la plupart des responsables politiques, surtout de gauche. Le pire est que ces professions de l'esprit sont sûres de leur compétence universelle. Prenez monsieur Montebourg. Il vante la marinière française à 49 euros pièce. Le défi français n'est pas de fabriquer en France ce qui se vend en France, mais de vendre à l'étranger de nouveaux produits français en quantité suffisante pour couvrir ceux que nous importons. Libérons donc la créativité et le capital-risque ! C'est si dur à comprendre ?

Louis Gallois
L'opposition explicite entre le gouvernement Ayrault et tout le monde de l'entreprise, petites et grandes, révèle l'affrontement de deux mondes quasiment impénétrables, celui du rêve et celui des réalités, chacun entendant imposer, qui sa philosophie, qui sa pratique, à l'autre. La lettre ouverte d'un vigneron à Pierre Moscovici, ministre des Finances, déroule d'abord les motifs d'incompréhension qui tiennent avant tout à un choix de vie bien différent, le risque d'un côté, la rente des concours de l'autre, mais débouche sur des propositions concrètes d'amélioration des conditions d'exercice de son métier, conditions nécessaires à tirer la croissance réclamée par tous, mais qui se heurteront à une idéologie archaïsante que nous sommes les seuls à défendre encore ! On peut lire cette longue lettre ouverte par ici.

Ce qu'il y a de plus agaçant est cette inclination des profs à donner des leçons sur des sujets qu'ils ne maîtrisent pas : l'entreprise c'est du finno-ougrien pour eux. Même des économistes distingués, appelés à donner des conférences par le grand monde, brossent leur vanité de macro-économie mais n'entendent rien à l'entreprise, au charbon, au cambouis dont ils se méfient mais voudraient bien en être. Dominique Strauss-Kahn en est le prototype : les 35 heures sont une faute inexcusable et il n'a cessé de faire la danse du ventre dans les clubs d'entrepreneurs à jouer au "patron".

Leur sont soumises aujourd'hui les conclusions du travail de Louis Gallois¹. C'est, à la louche, un desserrement de l'étreinte fiscale par transfert des coûts du modèle-social-que-le-monde-nous-envie sur les ménages, et réduction drastique de la dépense publique qui gangrène tout. Si M. Gallois ne le dit pas, il le pense, ce sont deux millions de fonctionnaires qu'il faut virer, comme l'ont fait les Allemands et bien d'autres. Qu'en faire ? les donne-t-on à l'Afrique noire qui est sous-administrée ? Sinon ne soyons pas si fiers, copions la procédure suédoise ou canadienne, danoise ou allemande... ils ont réussi l'impensable ; avant d'étudier de plus près la réforme italienne de M. Monti.

Choiseul, "vice-roi"
A chacun son métier. C'est le vieux principe de la monarchie. Les clercs sont écoutés après le thé de cinq heures mais n'entrent pas au Conseil. Les canons étaient faits par des ingénieurs (Gribeauval) qui tiraient avec, les navires de guerre construits par des ingénieurs (Sané) qui naviguaient dessus, et la bataille menée par des états-majors couverts de boue. Le reste est du Barry Lindon, le morne Ayrault est au final un simple prof licencié d'allemand, l'autre un polar de concours. Nous n'irons pas loin avec des gens aussi justes en taille. Leurs homologues ne s'y sont pas trompés qui les traitent par-dessus la jambe. Le hall de l'ONU était aux deux-tiers vide le 25 septembre lors du discours à la planète de M. Hollande. Ses exhortations sont toutes restées lettres mortes ; le Rwanda de Paul Kagamé, à juste titre dénoncé deux fois par la France à New York et à Kinshasa, fait son entrée au Conseil de Sécurité. La Syrie détonne ses bombes au Liban et nous y provoque ; Walid Joumblatt nous traite de salauds de laisser faire ça sans armer l'insurrection ! Nous parlons, nous n'imaginons rien.

L'imagination au pouvoir ? Le terme d'apparatchik n'a jamais été aussi vrai qu'au début de ce quinquennat hollandien, avec les centres décisifs staffés de fonctionnaires créant en continu des groupes d'études ou réflexion pour palier leur incapacité à comprendre. Cette situation n'est pas que la vanité des incapables mais aussi le fruit du parlementarisme. Le parlementarisme pervertit la démocratie en ce sens qu'il sélectionne les plus malins à brasser de l'air sur la base d'émotions de leur électorat sans tenir compte des compétences à gérer. Un Raymond Barre s'est planté à l'élection présidentielle par défaut de charisme démagogique alors qu'il était la solution aux déboires économiques du pays. Le système de choix pousse aux commandes le plus grand commun dénominateur de chaque parti politique, le meilleur au mafiatage des congrès, forcément un politicard. Et s'il n'a pas l'expérience personnelle des défis économiques - quand donc l'aurait-il accumulée ? - son habileté à passer devant à l'échelle de coupée ne nous sera pas d'un grand secours, nous le voyons bien aujourd'hui.
Que les fonctionnaires retournent à leur bureau, que les profs rentrent à l'école. Dans l'état de déshérence où elle erre, l'école a vraiment besoin d'eux, ils y sont à leur place et carrément irremplaçables. Au gouvernement, non ! Il y faut des pros !


(1) Postscriptum du 22.10.12
Pendant plusieurs semaines, dès que l’on parlait compétitivité, le gouvernement répondait : attendez le rapport Gallois ; depuis quelques jours, il répond : oui, bon, d’accord, mais il n’y a pas que le rapport Gallois dans la vie. En réalité, il se passe simplement ce qui se passe depuis toujours en France avec les rapports ! C’est-à-dire que le rapport Gallois ne dit pas ce que voudrait entendre le gouvernement ; et donc minimisons le rapport Gallois (Dominique Seux aux Echos sur la rapportite).

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1 commentaire:

  1. Le rapport Gallois est en cours de rédaction depuis... des semaines. Nous mesurerons au nombre de pages publiées la masse du travail de réécriture. (A rire...)

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