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vendredi 23 novembre 2012

Le Czar au pied petit

la lippe du tyran ?
A l'occasion du billet sur le rapport OTAN d'Hubert Védrine, a été abordée en commentaires la sympathie d'une frange intellectuelle française pour le pouvoir russe, dans le cadre plus vaste de l'Eurasisme prôné par Alexandre Douguine en Russie et sous couvert d'anti-américanisme par Alain de Benoist chez nous, entre autres. Etait évoquée la théorie de l'encerclement qu'un lecteur a réfutée. Pourtant, les relations que j'ai pu entretenir avec les Russes au zinc des lounges ont souvent fait apparaître leur crainte de voir leur pays menacé, dépossédé de quelque chose. N'ayant pas une impatience particulière pour démontrer l'encerclement, les choses en seraient restées là quand surgit samedi soir sur mon desk Simon Shuster, correspondant de Time Magazine à Moscou. Il est d'accord. Puis à l'inverse lundi dernier, Bertrand Renouvin (NAr) dénonçait l'occidentalisme de Védrine après sa supposée apostasie. Qu'en est-il finalement du nouveau czar de toutes les Russies ?


Dans un speech délivré à la Douma le 12 septembre dernier, Vladimir Poutine argumenta l'encerclement en affirmant que la Russie menait ouvertement bataille contre des pouvoirs étrangers pour les valeurs morales et spirituelles de la nation. Les armes utilisées étaient une propagande bien orchestrée depuis l'extérieur, qui, si elle n'était pas contrée, pouvait conduire le pays au collapsus, à la perte de souveraineté et aux guerres civiles "frères contre frères". C'était à l'occasion du vote de l'amendement soupçonnant tout contact entre un Russe et un étranger d'être une éventuelle trahison. Désolés, chers lecteurs, mais le Kremlin est réellement mû par une paranoïa aggravée. Parce que ses acteurs en vivent, as usual. Les Russes, pas de chance !

Avec un président issu des cadres subalternes du KGB, promu par son avatar démocratique le FSB, et entouré majoritairement de conseillers issus des "organes" (80% sont passés par le KGB, le FSB, le GRU ou le SVR), la Russie a renouée avec la Tcheka de sinistre mémoire, et ce ne sont pas que les opposants au régime qui l'affirment, mais tous ceux qui ont bien voulu dessiller leurs yeux. Carl Bildt, ministre suédois des Affaires étrangères, se dit épié, enregistré partout dès qu'il sort. A tel point que l'audiotape d'une conversation à table avec un opposant, Alexei Navalny, a été passée aux tabloïds russes pour l'enfoncer, dévoilant l'intrusion de l'appareil d'Etat dans une affaire somme toute privée, et signalant aux autres diplomates que les "organes" n'avaient cure qu'on le sache. Tout citoyen de la Fédération de Russie est désormais ouvertement "surveillable" puisque l'amendement est passé à l'unanimité des voix à la Douma le 24 octobre. Alexei Kudrin, ancien ministre des Finances admet que la Russie retourne à ses démons, la répression.
Dormez, je le veux !
Il est jugé par tous que l'expulsion de l'agence USAID, après plus de deux milliards d'euros de dons en vingt ans, est une insulte ad hominem de Poutine à Obama. N'a-t-on pas entendu Poutine dénoncer Hilary Clinton dans le timing du déclenchement des manifestations contre lui pendant la campagne électorale ?
L'ambassadeur américain Michael McFault dit savoir qu'on lit ses emails et qu'on écoute son téléphone puisque les autorités réagissent immédiatement. Un autre leader de l'opposition, Sergei Udaltsov, a pu voir sur son écran télé une réunion de travail avec ses camarades filmée par les services et entendre la voix-off du reportage le soupçonner de monter un attentat ! Et puis c'est un syndicaliste de la patrie des travailleurs, Leonid Razvozzhayev, qui sentant la chaleur de la rafle, s'enfuit à Kiev pour se réfugier dans une agence de l'ONU. Sauvé, croit-il, sort dehors fumer un clop. Enlevé par quatre agents à la barbe des passants puis renaissant trois jours plus tard à la prison de Lefortovo à Moscou tenant sa confession à la main. Il a sauvé sa femme et sa fille d'un passage clouté. Vous connaissez Vladimir Ryzhkov ? Pas moi. Ancien législateur et politicien de métier, il est passé à l'opposition l'hiver dernier. Une réunion avec un autre opposant, Gennady Gudkov, a été filmée dans un café où ils s'étaient donné rendez-vous juste une demi-heure auparavant, preuve qu'ils étaient sur écoute d'une part, et qu'il existe des équipes mobiles prêtes partout à capter des images à la commande. Bien que les interceptions de données soient soumises à la loi en théorie, le système d'écoute baptisé SORM travaille en dehors d'elle, de l'aveu même d'un Lt-colonel du FSB. Ils ont même filmé les valseuses de l'oligarque Alexander Lebedev en train de sauter deux radeuses à l'hôtel Ukraina de Kiev et l'ont diffusé sur Internet ! Il a depuis liquidé toutes ses positions en Russie et est parti loin.


Passons voir PI (Politique internationale) un think-tank tout ce qu'il y a de sérieux. On y appprend qu'une théorie très populaire est celle de l'« eau morte », inventée dans les années 1990 par des militaires. Selon cette théorie, dans l'Antiquité, la civilisation judéo-chrétienne s'est emparée de la Russie par la ruse. La Russie doit se réveiller, rejeter le joug judéo-chrétien et revenir à ses racines païennes. Pour cela, il lui faut utiliser l'« eau morte » (un motif récurrent des contes russes) et se débarrasser du « prêcheur satanique », un centre situé aux États-Unis qui décide de l'avenir de la Russie. Cette vision du monde semble délirante ? Eh bien, figurez-vous que sur Youtube on peut trouver l'enregistrement d'une conférence sur la « conception de l'eau morte » donnée à la très officielle académie du FSB de Saint-Petersbourg ! Pour les officiers de rang inférieur ou moyen, cette théorie explique pourquoi la Russie, entourée d'ennemis, doit résister à toute influence extérieure. Dans la Russie profonde, des théories encore plus saugrenues et plus mystiques ont cours. Parmi les officiers du FSB des rumeurs insistantes affirment que l'ancien patron du Service, Nikolaï Patrouchev, aurait participé à une ascension de l'Elbrouz (le principal sommet du Caucase) en suivant exactement le chemin des détachements SS d'Hitler qui y avaient cherché des connaissances secrètes...


Certains beaux esprits de notre Petite Union soviétique, libres dans leur tête mais fortement intoxiqués par le marxisme organisateur de leur jeunesse, argueront qu'un Etat doit se défendre par tous moyens. Ils ont raison et tort. Ce n'est pas l'Etat que Poutine et ses flics à épaulettes défendent, il n'est d'ailleurs pas attaqué, l'Etat russe est en complète capilotade hors des grandes villes. L'enjeu est un pouvoir pour le plaisir de soumettre autrui à sa loi, quelque choses d'apparenté à une tyrannie. Il n'est pas dès lors surprenant que le Kremlin suive d'un oeil amusé la résistance de Bachar el-Assad au prix de la destruction de villes entières. Ils ont déjà rasé Grosny et n'ont jamais mieux dormi.
Qui veut s'allier avec ces gens ?
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5 commentaires:

  1. Réponses
    1. C'est aussi un culturiste, un judoka, un motard et un pilote d'ULM... les femmes russes en sont folles, la preuve.

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  2. Article complètement à côté de la plaque et par trop pro-atlantiste. Que des jugements purement émotionnels en guise de preuves, souvent sous-tendus par l'idéologie de l'ex-Urss. En fait, pour vous, Assad est un tyran, les Us des gentils tout plein, Poutine un stalinien convaincu, et bien sur, grand ami de Mao - qui, j'ose vous le rappeler, on ne sait jamais, est mort depuis quelques années -
    J'espère que vous êtes allez manifester votre sympathie pour les Pussy et autres Femen, grassement payées par un milliardaire russe - opposé à

    Poutine -

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    Réponses
    1. Aucun jugement, des faits, le nom des cibles.
      Bachar el-Assad est apparu comme un esprit ouvert quand il était à Londres, et a cru sincèrement pouvoir moderniser son pays archaïque mais il a été bouffé par le système de terreur "Assad". Il a choisi le pouvoir de la brute, accessoirement tyrannique. Il est maintenant condamné à ce rôle jusqu'à la fin du régime alaouite.

      Poutine est un employé à la basse police parvenu à l'occasion du chaos. A l'effondrement de l'URSS, certains ont fait oligarques, d'autres qui n'avaient pas le génie des affaires, autocrates. Cela concerne les Russes d'abord. Mais aussi quelques Français béats devant le mirage de l'alliance franco-russe qui fut toujours un fruit sec.

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    2. Alliance :
      L'alliance franco-russe a permis la Marnes.

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