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lundi 21 janvier 2013

Et Malthus fut naturalisé allemand !

Tout à l'heure à Berlin, les autorités allemandes et françaises célébreront le cinquantenaire du Traité de l'Elysée et en creux le triomphe dérangeant du IV° Reich. Un article est paru dans l'Action Française 2000 du 17 janvier dernier sous le même titre, n°2855 p.8) mais pas avec ce chapeau spécifique "blogue". Il entre en archives RA. Le voici pour les abonnés absents.

Dans Le Figaro de dimanche, Valéry Giscard d'Estaing déplorait l'absence de projet européen franco-allemand. Il milite pour une fédération Europe-Unie des pays de l'Eurogroupe qui achèverait l'harmonisation monétaire, budgétaire et fiscale. La procédure qu'il retient serait de travailler au projet déjà entre Paris et Berlin, puis de partir le vendre de capitale en capitale. Il oublie de demander l'adoubement populaire d'une évolution institutionnelle décisive, même si l'identité nationale resterait intacte à son avis, après que ces domaines auraient été dévolus à Bruxelles, puisqu'elle participe de souverainetés plus subtiles, comme le mode de vie, l'organisation sociétale (éducation, santé, protection sociale), le droit des personnes, domaines qui, eux, resteraient la propriété insaisissable des nations. Il minimise aussi la divergence d'axes et cet agacement réciproque qui affleure parfois. L'Allemagne a "son" projet, la France prend le train, descend du train, remonte dans le train mais ne conduit aucun train (20.01.12).






Allons-nous vers une rivalité démographique des grands pays d'Europe occidentale ? Le croisement des courbes nationales de natalité donnent à l'horizon 2050 la République fédérale ex-aequo avec le Royaume-Uni à 74 millions d'habitants, suivis de la France à 71 millions. Malgré la continence allemande, ce bloc des trois "grands" fera 43% de l'Union européenne actuelle et écrasera littéralement le reste, l'Italie stagnant à 61 millions. Les projections au-delà ne sont pas vraiment sérieuses. Il est probable que le sous-continent sera gouverné par ce triumvirat qui agrégera quelques "clients" pour s'imposer en toutes circonstances aux autres partenaires et aux débris de la Commission européenne. Reste le dosage.

Le Traité de l'Elysée, dont nous fêtons dans six jours le jubilé, organisait une collaboration franco-allemande dans les domaines culturel et politique dont il ne subsiste que le décor et des sourires forcés. L'époque était au miracle économique d'un nain politique coupé en trois par les hasards de la victoire alliée, miracle que récompensait la grande puissance morale du monde en lui octroyant la parité sur le pavois des chefs. C'était avant le Mur ou plus précisément avant le chancelier Kohl. Avec un sens aigu de la manoeuvre qui, disait Napoléon, est un art tout d'exécution, le chancelier peu disert fit l'anschluss de sa soeur orientale à la barbe des alliés, se transporta à Berlin, et mit quelques semaines à formuler une garantie sur la frontière Oder-Neisse qui le séparait de l'ex-Prusse orientale. Le nain était mort. Nous étions en 1990, Mitterrand régnant, la France ne savait comment accepter cette surprenante émancipation ; outre-Manche, Margaret Thatcher y était carrément hostile. Pour le bien de l'Alliance, avant que la nouvelle République fédérale ne poursuive sa marche au soleil levant, les occidentaux sauvèrent les apparences en se retirant de Berlin et les Soviétiques acceptèrent une montagne de deutschemarks pour se taire. Le Traité de l'Elysée entrait au musée des traités.

Une nation pacifiste qui règle ses problèmes chez elle

Malgré l'illusion d'une collaboration renouvelée en façade à chaque alternance politique qui aurait dû faire s'interpénétrer les deux peuples, les Français jugent mal l'Allemagne actuelle, qui, il est vrai, n'est pas leur destination favorite de vacances. L'ogre menaçant dont les chars marchaient à l'eau du robinet n'existe pas, le pays s'est transformé. Rentré en lui-même, libéré de toute diplomatie, il s'inscrit dans une problématique mondiale où son industrie excelle mais qui lui dicte beaucoup de préventions quant au destin d'une planète finie surexploitée. Aussi l'Allemand ne fait-il pas d'enfants. La «contrainte morale» exprimée par Malthus d'un juste apportionnement des ressources et des besoins obtenu par la continence maritale des défavorisés est généralisée à tous dans l'Allemagne actuelle : quel avenir pour nos enfants sur une planète surpeuplée en proie aux guerres asymétriques et aux revanches de tous ordres, et lourdement pénalisée par le réchauffement climatique que nous avons provoqué ? A vue d'homme, aucun !

TR Malthus
D'où l'intérêt de l'Allemand pour les prescriptions malthusiennes du Club de Rome (Halte à la croissance !), pour réduire l'empreinte carbone dès le niveau individuel (succès des Grünen), pour ne pas sur-peupler son morceau de Terre, en contrepartie de quoi les activités maintenues doivent viser en tout l'excellence des procédés, seule garantie écologique à la fin. Et se croisent ici les deux théories, malthusienne et darwiniste : l'avenir est limité aux meilleurs, les autres disparaissent. Le chancelier Gerhard Schröder était exactement sur cet axe quand il lança son Agenda 2010 qui rehaussait le niveau qualitatif des productions allemandes à moindre coût (en libérant les salaires et en délocalisant sur ses marches orientales les opérations élémentaires) sans hésiter à couper dans la dépense publique affectée au confort social pour dégager de la finance. Ceci fut fait en droite ligne de la critique malthusienne des Poor Laws anglaises : « Un homme qui est né dans un monde déjà possédé, s'il ne peut obtenir de ses parents la subsistance qu'il peut justement leur demander, et si la société n'a pas besoin de son travail, n'a aucun droit de réclamer la plus petite portion de nourriture, et en fait il est de trop. Au grand banquet de la nature, il n'y a pas de couvert vacant pour lui. Elle lui commande de s'en aller, et elle mettra elle-même promptement ses ordres à exécution.» (TR Malthus, Essai sur le principe de population, 1798). Travailler pour manger, on dit les pauvres plus malheureux aujourd'hui en Allemagne qu'en France. Les variations dans la perception du non-bonheur rendent la comparaison difficile, mais il est paradoxalement vrai aussi que le chancelier actuel, Angela Merkel, brille au firmament des sondages de popularité, ce qui laisse accroire que l'apportionnement des ressources précité est accepté à l'aune des disponibilités acquises plus qu’à celles présagées par la démagogie. Le piteux état des finances latines ne pousse pas les classes pauvres à la revendication irresponsable. C'est sans doute cette conscience civique qui est la plus large fracture entre nos deux pays. Il reste une dignité à l'Allemand que nous avons perdue dans le moulinage continu de nos revendications sociales à compte d’autrui.

Un déclassement durable du partenaire français, égal au départ

Coupé Maybach
Il est bien fini le temps de nos objurgations, déjà vaines jadis. Nous sommes devenus "La Grande Nation" dans l'opinion publique qui se rit de voir annuler un contrat d'armement franco-saoudien par Daimler-Benz, propriétaire des châssis ! Dans aucun domaine, l'Allemagne ne nous fait de "cadeau" et sa concurrence fut rude, parfois à la limite de la déloyauté lorsque, par exemple, Siemens donna la technologie TGV de première génération aux Chinois pour contrer Alsthom en Chine où la firme française disposait de positions trop solides à son goût. De même voit-on l'Etat allemand pénétrer les conseils d'administration du groupe EADS pour casser le monopole aéronautique toulousain. Et la liste s'allonge.
Que subsiste-t-il du concept originel au jubilé du traité de l'Elysée ? Cette visite obligée à la belle-mère chaque année dont il ne sort rien que des communiqués rédigés par avance que personne ne lit, et du champagne pour tout le monde. Le Traité de l'Elysée fut signé par le président Charles de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer le 22 janvier 1963 à Paris. Cette réconciliation formelle fut préparée dès le retour au pouvoir du général de Gaulle, alors que les deux économies étaient comparables et que le nouveau franc français, issu de la dévaluation de décembre 1958, valait 0,855 mark allemand (l'ancien franc était pratiquement à la parité de cent pour un). L'année 1960 sera le point d’origine de toutes les comparaisons franco-allemandes. Cinquante ans plus tard le franc vaut 0,298 marks (-65%) et on le dit surévalué ; le retard de notre PIB est de 30%. L'Allemagne a reconstruit son économie à la taille qu'elle avait à la Belle Epoque relativement aux autres, et elle a rénové tous les länder orientaux récupérés en ruines en 1990. Ses comptes sont aujourd'hui à l'équilibre avec un commerce extérieur "triomphant". A l'inverse, nous subissons les trois déficits majeurs (budgétaire, commercial et social) écrasés que nous sommes par un Léviathan étatique qui saigne le pays comme les médicastres de Molière leur patient ! Les comparaisons seraient cruelles et déplacées lors de la célébration du cinquantenaire, mardi prochain à Berlin. On s'y taira.
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