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jeudi 19 février 2015

La Chèvre de Monsieur Xi

Nous sommes entrés dans l'année chinoise de la Chèvre, sans doute mais plus sûrement dans celle du prince rouge Xi Jinping. Le nouvel empereur du Cathay attire sur lui le respect de tous les dirigeants étrangers, non tant par son entregent naturel et son intelligence des situations que par la force de son gouvernement. Il est vrai que l'ancien gouverneur de la province industrielle du Zhejiang ne peut se comparer en rien à notre Bonhomme de Tulle. Les historiens nous diront plus tard que c'est par le choix de médiocrité que la France a définitivement décroché du Top-10 au XXI° siècle.

Qu'on ne se rassure pas, Xi Jinping n'est pas le haut dirigeant occidentalisé dans ses moeurs et ses réflexions que d'aucuns attendaient après l'épuisement du concept "playmobil" sous le règne de Hu Jintao. C'est un marxiste-léniniste "mis-à-jour" et qui fait attention à la couleur du chat de Deng Xiaoping. La course effrénée à l'argent déclenchée en 1980 peut précipiter un empire d'un milliard et trois cent millions de gens dans le chaos, autant dire que c'est la planète entière qui y verserait. L'État revient donc, partout, et son outil d'analyse échappe à Berkeley ou Princeton, c'est le "matérialisme dialectique".

Ceux qui des groupuscules croupions du capitalisme parlementaire se réjouiraient de voir revenir sur scène les vieilles lunes communistes seront déçus. Xi Jinping n'est pas Chavez conseillé par Sapir mais un vrai empereur, nous allons voir comment.

Pour cerner le personnage, il faut savoir déjà que son apparition sur la scène nationale comme Secrétaire du parti du Zhejiang en 2002 ne s'est pas acompagnée de libations et turpitudes mais de la production d'un corpus doctrinal ramassé à la fin en deux livres :
- S'appliquer au réel, aller au premier rang en décembre 2006 [Gan Zai Shichu Zou Zai Qianli]
- Nouvelles idées du Yantsé en août 2007 [Zhijiang Xinyu]
Non content de publier ces ouvrages politiques, il s'est investi à fond dans leur défense par moult débats et conférences au sein du Parti. L'apothéose fut l'endossement officiel du livre américain The Chinese Dream de Helen Wang qui devint la feuille de route du pouvoir dès l'accession de Xi et que l'on résumerait à surmonter les affres de la modernisation par l'exaltations des valeurs traditionnelles impériales. En quelque sorte une version sinisée du fameux "Rêve américain".

En quoi tout ceci va-t-il se traduire ?

(A) Par le retour de l'État en économie, imagé dans la théorie des deux mains - les Chinois raffolent de slogans - la main visible publique et la main invisible des marchés. L'effroyable anarchie économique qui conduit les fils du Ciel à ne le plus voir que gris ne sera réparée que par l'action réciproque de ces deux mains comme l'explique Adam Smith dans La Richesse des Nations. Xi Jinping est un fervent partisan de l'économie mixte.

(B) Dans un autre domaine, interne au Parti celui-là, il a revigoré le concept maoïste de la Mass Line créatrice et détentrice de la Vérité, avec un seul outil d'analyse : l'autocritique. Le premier objectif est de reconnecter cadres du Parti et population active. Le premier effet est d'extirper avec une efficacité sans frein la corruption endémique à l'État communiste chinois, à un point tel qu'on tremble de voir se contracter le PIB du pays.

(C) Ayant développé le Zhejiang jadis sur une ligne d'intérêts délibérément priorisés sur le peuple, il s'applique à étendre ce choix dans toutes les autres provinces jusqu'à évidemment heurter des intérêts particuliers ou catégoriels qui sont réduits par tout moyen détourné s'ils ne rompent pas immédiatement. La théorie d'enrichir un peu tout le monde au lieu de ne jouer que sur l'effet d'entraînement des super-riches est une rupture avec la doctrine Deng. Mais il n'est pas exagéré de dire que le pari n'est pas gagné, l'ADN du peuple chinois inlassablement laborieux, inventif, intelligent, est dédié au fric. Peut-il obtenir une conversion des âmes ? Pour ma part, j'en doute.

(D) Xi Jinping n'est pas un homme de cabinets, un dialecticien en chambre. C'est un homme de Pow-Wow ou de Loya Jirga, un rassembleur. Attaché à convaincre le plus largement possible, il maîtrise complètement son sujet et suscite l'admiration des jeunes et vieux caciques du Parti qui le trouvent "génial". Enfin quelqu'un qui a du fonds et qui en articule tous les paramètres de manière compréhensible. Cela n'a pas de prix quand il s'agit de mouvoir une machine aussi énorme que la Parti communiste chinois. Il suffit ensuite de réussir les premiers pas, puis les seconds, pour emporter l'appui d'indécis maintenant convaincus. C'est ce qu'il fait.



Finalement, et ce sera notre conclusion ; le Rêve de Xi Jinping est de revenir aux frontières mentales et physiques de l'ancient empire des Grands Tsings en usant de l'apport du marxisme dialectique. Il sera difficile à son premier contempteur de le confiner dans des limites plus étroites ou d'appeler à la libéralisation des marchés et des moeurs politiques comme s'y emploie le Sénat républicain. Cina farà da sè !

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