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lundi 1 février 2016

En France, le roi peut mourir


On dit partout que SAR le prince Sixte-Henri de Bourbon Parme aurait claqué la porte de la messe de requiem pour Louis XVI à la basilique de Saint-Denis le 21 janvier dernier. Qu'a-t-il entendu qui le fasse sortir de ses gonds ? Une déclaration du prince Louis de Bourbon absent, lue par un diacre en préambule de l'homélie du Père Pic : dans la déclaration, le prince Louis s'annonce "duc d'Anjou" et "successeur légitime des Rois de France". Le régent de la Communion carliste qui lui dénie tout avenir, a failli faire une attaque et a quitté la nef par l'allée centrale (outrage pour les croyants). Le microcosme est aux cent coups ! On trouvera la relation de ce scandale dans le bulletin climatique du Conseil dans l'espérance du roi en date du 25.01.2016 sous la plume de Franz de Burgos.

Rappelons l'esclandre du prince au barbecue bourbonnien organisé l'an dernier par le prince Charles-Henri de Lobkowicz au château de Bostz, au motif de la présence de l'usurpateur isabélitain Luis-Alfonso de Borbon à l'ascendance de qui il impute les 400000 morts des guerres carlistes (faut jamais mollir). Sa déclaration incendiaire lui avait valu les remontrances acides des docteurs de la Loi.
Ce qu'il supportait jadis dans sa navigation du mouvement royaliste, lui apparaît-il aujourd'hui insupportable ? Ses préférences marquées pour la branche d'Orléans et le mouvement d'Action française s'accommodent-elles de la thèse interruptive qu'il promeut contre les Bourbons d'Espagne ?
Après tout, la Monarchie de Juillet n'a-t-elle pas sombré comme sa sœur aînée laissant la famille en déshérence si « le Roi ne meurt pas en France »?

Sixte-Henri de Bourbon Parme est le champion de la thèse interruptive, qui fonde sa conviction sur la devise percutante de la succession capétienne : « Le Mort saisit le Vif » : si la main du mort ne trouve que le vide, les compteurs sont remis à zéro. Dans un entretien donné il y a treize ans au Libre Journal de la France Courtoise (n°283 du 17.01.2003 - clic - merci Vexilla Regis), il développait cette rupture dynastique. Mais il y a deux ans, à Var Matin, le prince élaborait les conditions de ses propres prétentions à régner :

Il remonte le principe de non-interruptibilité aux rois carolingiens. On comprend bien qu'à sa mort, le décès sans héritier du roi carolingien permettait d'ouvrir le champ des possibles et qu'une lignée nouvelle était choisie sur des critères multiples de naissance, de position sur l'échelle féodale, de possessions foncières et de forces disponibles. L'écho le plus récent de cette coutume disruptive est l'élection d'Hugues Capet à Senlis en 987 à la couronne des Francs. Naîtront alors, au fil des questions dynastiques, les lois de dévolution de la couronne de France pour préserver la lignée capétienne tout en évitant les désordres successoraux. Ces lois formeront plus tard un corpus constitutionnel appelé "Lois Fondamentales du Royaume De France". Les amateurs pressés peuvent cliquer ici.

Mgr Sixte-Henri part du principe que le royaume de France a disparu corps et biens et qu'on efface l'ardoise. Il n'y a pas de rois souterrains. Mort, c'est mort. Prétend-il n'est pas sûr et certain, d'autant que célibataire sans enfants, il ne pourrait réparer une interruption que pour en créer une autre quelques temps plus tard. Mais quand on lui demande où se situe-t-il sur l'échiquier politique, il répond sans ambages : Les rois sous l'Ancien régime n'ont jamais été de droite ou de gauche.
Le prétendant pointe l'oreille, à moins que nous ne soyons dans la posture d'un vieux monsieur solitaire qui s'ennuie.

Ph.I des Francs
Dans le même entretien à Var Matin, il signale vivre dans son château de Lignières, à défaut de pouvoir vivre à Chambord (sic) après la captation de l'héritage des Parme organisée par l'Etat français. Je ne sais comment il aurait pu entretenir Chambord quand on sait l'état du château actuel, paumé au fin fond du Berry. Contrairement à ses concurrents, il proclame donc l'ancrage foncier des vieux féodaux, et les renforts de la Communion carliste.
Nous abordons là aux rivages du rêve éveillé, et sans doute n'y croit-il pas plus que ça. Mais en cas d'ouverture de la fenêtre d'opportunité, le principe de non-interruptibilité sera invoqué par le plus motivé des outsiders prétendant accéder : le Roi est mort de si longtemps, le Roi c'est moi ! Finalement, qui s'opposerait à Pharamond II de Lorraine-Habsbourg s'il apparaissait à Reims avec l'ADN des Troyens, puisqu'il est de la famille de Priam à la mode de Bretagne ? Un vieux prince de Parme irritable et malpoli ? Et pourquoi pas moi, se sont dit tant de cadres du mouvement royaliste un jour, au second armagnac du soir.

Il me plairait bien ce Mérovingien caché qui réglerait une bonne fois pour toutes cette Querelle dynastique qui nous empoisonne tant.


Postscriptum du lundi soir : Communiqué Duc d'Anjou qui a mis le feu aux poudres à Saint-Denis :
« Monseigneur le duc d’Anjou, Chef de la Maison de Bourbon, successeur légitime des Rois de France, s’associe à la prière des membres de sa famille, du Président et des membres du Comité du Mémorial de France à Saint-Denys comme de tous ceux qui sont venus assister à cette messe célébrée à la Mémoire du Roi Louis XVI en ce jour anniversaire de sa mort. Puisse le Roi-Martyr intercéder pour la France ! »

Le début du texte me signale une fabrication, même si on se doute que le prince Louis ne rédige pas d'habitude ses communiqués lui-même. Celui-ci nous rappelle l'époque du secrétaire Bureau qui ne manquait pas une occasion de proclamer les droits imprescriptibles de son maître. Le prince arrivant à Paris le dimanche suivant pour la messe de la Chapelle Expiatoire organisée elle-aussi par l'IMB des Beauffremont, le communiqué du jeudi était inutile, surtout en ces termes grandiloquents. Quelqu'un avait-il intérêt à cette "provocation" après avoir invité le doyen de Parme au sang chaud, Mgr Sixte-Henri ? Le trouver expliquerait tout.


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5 commentaires:

  1. Mon père avait allumé il y a quelques années une cigarette dans l'allée latérale d'une vaste église, où on ne le voyait pas trop, pendant une cérémonie un peu trop "atelier moderne" pour son goût...

    Certes, une cérémonie où sont présents des princes ou princesses de branches rivales et prétendantes, doit s'arranger pour trouver le ton juste et oecuménique qu'il convient... On peut trouver de toutes façons les raisons de l'âge et de sa santé, et car après tout une messe donnée en mémoire ne doit pas servir à des manifestes "politiques"...

    La doctrine du Prince Sixte « Le Mort saisit le Vif » que vous avez raison d'expliquer correspond à un point que je partage : mais il ne faut pas s'enfermer dans une lecture unique. Il est légitime de se demander dans quelle mesure une famille qui a échoué (quatre fois en un siècle disiez-vous) peut revendiquer, et seule, un héritage dont la forme n'habite que la pensée ?

    Mais il est possible de trouver une formule qui conserve les bases fondamentales des aînés (Bourbons, Louis), et des visions qui peuvent ou doivent enrichir cette plateforme de réflexion qu'il est indispensable, il est vrai, de mettre maintenant en action, et pour laquelle le Prince Sixte, avec d'autres, aura certainement quelque chose à apporter.

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    1. Merci d'abord pour votre commentaire éclairé par l'incandescence d'une cigarette. Votre père avait du "caractère" et pour une fois au moins, Dieu qui surveillait l'office n'eut d'yeux que pour lui :)

      On sait Mgr Sixte-Henri chaud comme la braise dans ces questions dynastiques et son tempérament soupe-au-lait le provoque lui-même. Mais à tout prendre je préfère un "soldat" qu'un pénitent blanc.
      Sauf que sa prétention n'est en rien construite pour aboutir et qu'on ne le connaît que par ses frasques, alors qu'il est un homme de grand savoir. Sans doute, sa solitude relative dans un château humide et un âge perturbé par les séquelles de son accident automobile le privent-ils d'un certain quant-à-soi qui le détacherait des joutes misérables de la Querelle dynastique.

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    2. Merci Pour votre article très intéressant. Avec spontaneité, je dirais que :Le Roi, c'est celui qui sait se faire entendre, celui qui unit. Tous ces gens ne pensent pas du tout à la royauté ni à la France. S'ils croyaient vraiment en leur légitimité, ils seraient un exemple d'entente et de concorde. Mais voilà, la république a bien verrouillé les choses et ils n'ont pas pris le temps de relire autrement et plus intelligemment leur Histoire. Alors il s'occupe de quelques châteaux quand ils en ont encore, se satisfont de leur "appartenance à l'élite". Le mythe troyen est un bon rappel justement pour remettre en exergue le fait que le mythe a accompagné la construction historique et s'est retourné contre ceux qui l'ont promu. Quand on est un "élu" on ne doit pas mentir, envier, jalouser. Ils ne sont pas capable de s'entendre donc ils ne sont pas capables de regarder la France en face. Il existe sur terre et non loin des dynasties royales bien plus anciennes, beaucoup plus anciennes et la plupart ont sombré dans l'oubli. Ils devraient s'estimer heureux de pouvoir se reunir, jouir si ce n'est que de leur nom, avoir pu garder une mémoire; mais ils ne savent pas regarder ailleurs, ils sont focalisés sur eux-mêmes. Cela relève tout simplement de la plus pure médiocrité. Ils devraient être fiers que parmi les leurs certains veuillent redevenir roi et ils devraient dialoguer d'une manière autre et nouvelle. qu'ils s'inspirent de l'intelligence au lieu de triturer les "lois fondamentales du royaume", elles ont été écrites par des hommes et ne sont pas d'origine divine. Il y a des lois qui découlent de l'opportunisme...à l'origine, même les filles pouvaient hériter de la couronne. Combien d'enfants , de nourrissons, de prétendants ont ils été tués, évincés avant même Philippe le Bel ? Alors, s'ils souhaitent savoir qui et s'ils souhaitent être honnêtes et droits jusqu'au bout, qu'ils reprennent tout en cherchant le vrai, le juste car le navire est entrain de couler depuis bien longtemps et tout le monde est perdant ! Je suis d'accord avec le fait qu'il n'y ait ni droite ni gauche en France, tout cela c'est de la division insensée et on voit aujourd hui le résultat. J'ajouterai que les aristocrates et familles princières en particulier se sont desinteressés de l'Histoire de France , s'ils s'y été intéressés ils auraient écrits des livres, rétabli des vérités sur Louis XVI, COndorcet, Lavoisier, et sur des milliers de choses qui prouvent que Louis XVI a subi un véritable coup d 'état, pour ne pas dire complot. Je vais rester correcte mais je suis écoeurée par leur attitude, vraiment déçue. ils font honte et la FRance est abandonnée et seule. Droit divin avait on dit. n'est ce pas ?

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    3. Pourquoi sont ils contre les prétentions de Mgr Sixte-Henri s'ils estiment que celui-ci n'ayant pas de descendance "remettra les compteurs à zero de toute manière". Si pour eux cela ne changera rien et ne fera que reporter le problème, et sachant qu'en attendant ils ne font rien, pourquoi n'acceptent ils pas ce que leur aîné leur propose ?!!!!!! qu'ils accèdent à sa demande, au moins il y aura entente et harmonie, une image forte d'unité, la preuve qu'ils sont capables de s'entendre. ces gens devraient penser au regard de toute la nation et non aux leurs qui sont en vase clos, biaisés et coupés du reste. Qu'ils accèdent, mettent tous de l'eau dans leur vieux cidre et montrent qu'ils sont capable de penser au besoin du pays, par étapes ! ils n'essaient même pas et se dénigrent entre eux, certains se sentent même détachés et ça c'est très grave. Si Mgr Sixte-Henri éclate c'est peut être par ce qu'il a l'impression d'être entouré de somnambules et d'endormis capricieux et egoistes qui se contentent de ce qu'ils "ont" et de ce qu'ils croient devoir être. Je trouve les propos de Catoneo très hostiles, méprisants, médisants et calomniateurs. c'est une très très mauvaise image.vraiment. rien de sacré ni de respectueux dans ce déballage plein de médisance et de mépris.

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    4. Mgr Sixte-Henri est le chef d'une obédience des Carlistes espagnols. C'est à ce titre qu'il conteste la légitimité de la dynastie isabélitaine, et ce depuis longtemps. Il aura suffi d'un qualificatif déplacé à ses yeux pour qu'il explose en pleine messe des morts à Saint-Denis.
      Ses activités sont suivies sur ce site : Comunión tradicionalista.

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