lundi 15 mai 2017

Macron royaliste ?

Emmanuel Macron n'est pas royaliste mais il n'a pas la haine des rois comme on la croise souvent dans la mouvance de gauche. Par trois fois, il a inscrit son action politique dans une continuité que tous ses prédécesseurs limitaient au quatorze juillet 1789.

saint Louis IX
Dans le droit fil d'une idée exprimée jadis par Jack Lang qui n'objectait pas à l'incarnation de l'Etat par un roi au lieu d'un président élu, Emmanuel Macron relevait en juillet 2015 dans un entretien au journal d'Eric Fottorino et Henry Hermand, Le 1, l'absence du roi en des termes explicites :
« La démocratie comporte toujours une forme d'incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n'est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d'y placer d'autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l'espace. On le voit bien avec l'interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique. Pourtant, ce qu'on attend du président de la République, c'est qu'il occupe cette fonction. Tout s'est construit sur ce malentendu.»

Quant à savoir, comme il le suggère, si les Français ne voulait pas décapiter le roi Louis XVI, c'est une toute autre affaire. Le Piéton du roi ose imaginer que l'exercice fut autant de "tuer Dieu et ses prêtres" que de raccourcir son lieutenant sur terre, d'où la damnation qui semble nous poursuivre éternellement (cf. Léon Bloy). L'histoire a jugé que le peuple français sidéré ne s'était pas soulevé au lendemain du 21 janvier 1793, acceptant que le sang du roi retombe sur sa tête.


La deuxième fois est relatée dans Challenges par Bruno Roger-Petit :

« Après sa déclaration de candidature, de retour vers Paris, Emmanuel Macron a fait une halte là où les pierres parlent. Loin des caméras et des micros, le néo-candidat à l'élection présidentielle s'est arrêté en la Basilique de Saint-Denis, tombeau des Rois de France. Seul en son destin face aux Transis. Qu'est-il venu chercher là, dans ce grand silence de marbre où dort l'âme de la France ? Conviction. Onction. Transmission. Inscription. Tout cela à la fois sans doute. Les voies qui mènent aux Forces de l'esprit sont impénétrables. Le geste de Macron rappelle qu'il est deux catégories de candidat à l'élection présidentielle: ceux qui hantent les lieux de mémoire, en quête d'encens, et ceux qui occupent les plateaux de télévision, en perte de sens.» (BRP)


La troisième fois se situe dimanche 7 mai à la grande cour (Napoléon) du Louvre dans le discours du nouveau président aux électeurs. Le Louvre de Paris est un peu la Cité interdite française, le cœur du pouvoir royal dans sa phase de construction patiente, Versailles étant la jouissance du projet accompli. Nul à gauche ni à droite n'aurait osé inclure le nom du passé tabou dans son allocution officielle. Les "vieux rois" dont parlait Sarkozy sans trop les connaître, ne furent jamais invités au banquet républicain où l'on célèbre les hommes de la Liberté, entendez les Révolutionnaires de 89. Avant la prise de la Bastille, la France vivait dans la nuit. Voici le passage que nous avons relevé et qu'aucun média ne reprend d'ailleurs dans ce qu'il faut retenir du discours d'Emmanuel Macron :

« ...ce soir, il n'y a que les Françaises et les Français, le peuple de France réuni, et ce que vous représentez ce soir ici au Louvre, c'est une ferveur, un enthousiasme, c'est l'énergie du peuple de France, et ce lieu dans lequel nous nous retrouvons dit cela, il est parcouru par notre histoire, de l'Ancien régime à la Libération de Paris, de la Révolution française à l'audace de cette pyramide, c'est le lieu de tous les Français, de toutes les France, ce lieu c'est celui de la France que le monde regarde.......»

Pyramide Pingeot

Alors quoi ?

Rattacher la fonction présidentielle à l'histoire des rois de France augure une certaine retenue dans l'exercice de la fonction, une dignité retrouvée, sans doute plus de classe que chez les deux derniers titulaires, mais Macron n'est pas Monck ! Même s'il a pu s'abandonner un jour à une évaluation des compétences actuelles des princes disponibles, il en conclu apparemment que lui-même porterait plus efficacement le combat de rénovation du vieux pays et le gagnerait. Il n'est pas désobligeant de voir aussi qu'il a la gnaque et l'audace alexandrine à saisir l'impossible que nos princes n'ont pas, se satisfaisant, eux, de la rente dynastique et des révérences mondaines qui vont avec.

Certaines officines royalistes déversent une haine incompréhensible contre Emmanuel Macron au seul motif qu'il aurait barré la route à la candidate de la régénérescence, Marine Le Pen. C'est vite oublier que les mots ne suffisent pas à guérir et que la candidate parvenue au sommet de la démagogie n'avait pas sa place dans le fauteuil du débat d'entre-deux-tours où elle a suicidé sa démarche personnelle en direct.

Sur les sites royalistes anti-Macron (ils se reconnaîtront), il est affligeant de constater que le matériau critique est arraché aux intentions supposées du démon-président - tous les verbes sont conjugués au futur - et que si peu concerne le vécu, le palmarès, ni le score des 2/3 (et 89,68% à Paris); le passé concret est avalé en bloc à la sauce mélenchonnienne jusqu'à reprendre les slogans éculés du marxisme de trottoir ! Quelle misère intellectuelle d'en arriver là ! Une fois encore la roycosphère s'abandonne au pilonnage du produit républicain sans voir cette fois qu'il ne lui est pas hostile. Demander à Philippe de Villiers pour s'en convaincre. C'est très contre-productif pour diffuser l'offre monarchiste, mais compréhensible chez des emmurés.

Terminons sur un clin d'œil. Lors d'un entretien dans une émission littéraire à l'occasion de la sortie de son roman Soumission, Michel Houellebecq, au critique qui lui demandait quelle époque de l'histoire il préférait, répondit : « l'Ancien régime ; je me sentirais bien vivre sous l'Ancien régime !».

Tous les royalistes ne sont pas chez les royalistes. Sans doute là, naît l'espérance.


Le président Macron remonte les Champs en ALM

7 commentaires:

  1. Je dois vous dire mon cher Catoneo, que je suis d'accord avec votre analyse. Bien sûr, notre nouveau président, comme vous le dite, ne rétablira pas la monarchie au profit de princes qui n'en veulent pas.
    Je dois également être un des rares royalistes à n'être pas un anti-macron primaire. Laissons lui le bénéfice du doute. Quant à Marine Le Pen, elle a ruiné ses chances par un débat désastreux en ne connaissant pas ses dossiers. Voulait-elle finalement le pouvoir. J'en doute.
    Quand je vois l'émiettement des forces de droite (FN(?), DLF, SIEL et compagnie)cela vérifie que nous avons bien la droite la plus bête du monde.
    Pour en revenir à Macron et à la forme de cette journée, il semble donner un style plus solennel à la magistrature suprême. Il semble vouloir conserver pour lui le domaine régalien et laisser le gouvernement, gouverner. Encore une fois, laissons l'avenir nous le dire et ne tombant pas dans la caricature et le négatif à tout prix.
    Un royaliste qui se sent un peu seul.

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    1. Ne vous croyez pas seul. Nombreux nous sommes fatigués de la doxa des ronchons qui ne conduit nulle part.
      Merci de votre commentaire rassurant.

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    2. Je ne sais si vous vous rappelez de moi mais j'ai tenu plusieurs blogs dont celui qui portait le nom de "Café Royal". Depuis j'ai évolué et je dirais que je suis royaliste et démocrate. Je pense qu'il n'y a pas d'autre chemin. Le roi s'il y a restauration, ne devra son accession du peuple.Il est vain de vouloir restaurer une monarchie de droit divin dans un pays multi-religieux et qui plus est, est totalement déchristianisé.
      Alors, après, comment faire connaître à nos concitoyens cette grande idée qu'est la royauté, débarrassée des scories passéistes ?
      Je ne me reconnais pas dans aucun des mouvements royalistes à l'heure actuelle, ni dans aucun mouvement de droite "patriote et souverainiste". Je crois également que le problème n'est pas de sortir ou non de l'euro et de l'Europe, mais la priorité c'est l'emploi et la sécurité. En tout cas, c'est mon humble avis.
      Je crois que notre rôle est peut-être de faire de l'entrisme dans les partis du moment. Je ne vois pas d'incompatibilité entre être royaliste et adhérer ou soutenir un parti.
      J'aurais envie de recréer un blog pour y défendre mes idées.Mais nous verrons.

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    3. Je n'arrive pas à comprendre comment on peut être royaliste et soutenir le parti de Marine Le Pen qui est avec celui de Mélenchon le fidèle héritier des sans culottes. j'ai par contre beaucoup apprécié la première visite du nouveau président auprès de soldats blessés!

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    4. A Jean-François M.

      Je me souviens parfaitement de vous et de Café Royal. Il y a longtemps que pour ma part j'ai limité une restauration monarchique au domaine strictement régalien laissant tout le "domaine public" à la dispute démocratique. Il y a beaucoup de billets sur cet axe dans Royal-Artillerie.

      La tendance de Macron est de remonter sa fonction au niveau régalien stricto sensu et de laisser le quotidien à son premier ministre. On verra si le vacarme politique lui laisse faire comme il l'entend. De toute façon, il faut commencer sans doute par incinérer tous les routards des assemblées, les parasites politiques de la société. Il est trop tôt pour être rassuré, mais Macron et Philippe vont dans ce sens.
      Autour de moi, plusieurs personnes ont décidé de donner sa chance au jeune président en votant LREM le 11 juin.

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    5. Cher Camisard,

      Votre commentaire eut été mieux placé sous le billet consacré à Marion. Héritiers des sans-culottes assurément mais surtout de la Connerie en bottes de fer. Le programme vénézuélien de Mélenchon (lui, il dit Bolivarien au grand dam de Corbière) est d'une stupidité insondable et sa VI° République un foutoir impossible.
      Mais tout à côté (au bout du cercle des partis les extrêmes se touchent) les constructions branlantes des Philippot Brothers ne sont pas mieux. Les patriotes ne comprendront jamais ce qu'est le Front national. Un bizness familial qui rapporte gros, les trois soeurs y sont comme dans une indivision successorale (avec les conjoints et copains). Sauf que le Menhir, même assis, n'est pas encore un dolmen !

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    6. A Camisard. Je suis bien d'accord avec vous. Le Front National est un parti jacobin et celui de Mélenchon, de sans-culotte.
      Je ne sais ce que sera la présidence de Mr Macron, mais sur la forme, pour ma part, il débute bien. Je suis conscient par ailleurs, que la forme ne suffit pas et que le fond est très important. Attendons de voir si au niveau économique et social, il tiendra ses promesses. Je crois beaucoup en la "flex-sécurité".

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