mercredi 11 juillet 2012

Le Métronome de Deutsch


Métronome de Lorànt Deutsch sera-t-il traduit en anglais, japonais et allemand est la seule question qui vaille au début de l'été.
Excellent livre de promenade dans le Paris historique, le petit bouquin d'un amoureux de la capitale a fait grincer des dents les grincheux du parti jurassique au Conseil municipal, qui n'aiment pas qu'on fasse de l'histoire sans eux. Dès fois qu'il en sortirait des vérités bonnes à taire, comme le bonheur sous la Révolution française ou les bisounours de la Commune. A quoi l'auteur depuis sa maison de l'île de Ré a répondu :
« Je ne suis ni un idéologue ni un faussaire historique, mais un amoureux de l'histoire, avec toutes ses cicatrices, et ce sont ces élus du Front de Gauche qui ont une vision terriblement orientée. Moi, je respecte leur éclairage. Qu'ils respectent le mien ».

On peut suivre la dispute sur Newsring



Trois versions :
Métronome, l'histoire de France au rythme du métro parisien, 379p. en 24x16cm, 579g chez M. Lafon, 17€
Métronome illustré, 239p. en 28x23cm, 1143g chez Michel Lafon, 24€
Le double DVD de 4 épisodes de 52 minutes, illustrés de séquences 3D, 15€90 sur Amazon


La chaîne de télévision France5 a réalisé un remarquable site interactif chronologique, adossé à la série Métronome qu'elle produit. On ne peut faire autrement que d'y passer voir.


Achetez Métronome et Métronome illustré !
La meilleure façon de foutre l'ulcère aux trotskars


mardi 10 juillet 2012

Eurobreak®


La rupture de l'Union européenne est-elle si loin ? C'est compliqué nous dit-on mais nécessité fait loi et la nécessité se chiffre en trillions ! Mazette, on a passé les milliards d'euros, chère médème (c'est combien en anciens francs? 600 fois pire). Les dettes souveraines ne sont plus seules en cause, on y agglomère les passifs bancaires de bilans opaques. Aucun ne sait jusqu'à combien de profondeur il peut lui-même couler. La Finlande crie qu'elle va couper le filin du corps mort, les Pays-Bas émergent du coma où les a plongés le dernier Conseil européen et ne veulent plus mourir pour les rastacouères prodigues quand ils sont eux si économes. Mais c'est d'Allemagne que monte la bronca contre le "Sud". Lui soutenir que la prospérité revenue de ses clients latins fera du bien à la Deutschland AG ne la déride pas, rien n'y fait ! Les montagnes d'euros dus que constitue le risque latin-grec annihilent tout raisonnement. Est-ce si grave, docteur ?
Que la CSU menace de briser la coalition à Berlin tient de l'ordinaire bavarois, que les libéraux s'y mettent, juste pour ne pas disparaître des colonnes de la presse teutonne, passe inaperçu, mais que les écologistes s'en inquiètent autant laisse accroire que l'opinion allemande est terriblement remontée contre nous. Contre nous, parce que chacun sait désormais que la rupture de la digue italo-espagnole va submerger la France, un pays qui n'a pas avancé d'un pouce dans la résolution de son désordre depuis l'entrée en campagne des partis il y a un an. Cette campagne politique ne semble toujours pas finie, à preuve la grand messe sociale du palais d'Iéna, tenue dans l'enceinte de l'assemblée la plus inutile de la République, le Conseil économique et social. Si l'idée n'est pas critiquable en soi, elle laisse percer une tendance à l'embobinage que les syndicats ont déjà détectée. Regretteront-ils un jour le hussard Sarkozy qui ne les mouillait pas dans les décisions impopulaires ? On verra ça plus tard.

Les symptômes de l'eurobreak® ? Ils sont visibles et déniés. L'argent commence à sortir des caisses des banques du Sud et quitte la zone euro ; les banques sont fragilisées par un recours excessif au leverage ; les contreparties opérationnelles sont plus difficiles à tel point que la BCE repousse les dépôts vers le marché pour tenter une fois encore de le fluidifier ; le mismatch est la règle ; le service de la dette mange partout le disponible que ne laisse même plus la récession généralisée ; la France s'enorgueillit d'acheter (jusqu'ici) des fonds à 2.5% d'intérêts mais l'Allemagne le fait entre zéro et 1,4% et les latins dépassent 6%.

Les gesticulations du Conseil européenn affairé à brosser son image vis à vis des opinions nationales plus qu'à prendre des décisions exécutables au moment, la stérilité de la bureaucratie européenne qui découvre le vide sous ses pieds, l'opposition ouverte des deux poids lourds continentaux que sont la France et l'Allemagne, tout ceci laisse augurer d'une rupture de la zone euro.
Comment s'y préparer ? Savoir. Allons à Whitehall écouter le scénario diffusé par les autorités monétaires britanniques :
Les pays rejetés de l'Eurozone convertiront instantanément tous les dépôts bancaires sur leur sol en devises nationales, même les dépôts en devises étrangères, même les dépôts non-résidents. Un contrôle des changes très strict sera appliqué dès la première minute, quitte à être assoupli par la suite. A midi (façon de parler) les cambistes fixeront les valeurs respectives des monnaies et le soir, les bilans des sociétés exposées seront considérés comme infectés et leurs actions, toxiques, dévaluées en vue de la séance en bourse du lendemain. A partir de ce moment tous les investisseurs internationaux gèleront leurs décisions sur l'Eurozone et reporteront leurs disponibilités hors d'Europe, si ce n'est pas hors marché des capitaux tant la contagion mondiale est redoutée. On achètera des bananes.
Que faire alors ?
Tout dépend de votre exposition au danger. Réfléchissez-y déjà, ce blogue est gratuit et n'a pas la prétention de lancer des bouées de sauvetage. Mais vous pouvez téléphoner à Nanterre (c'est une taquinerie).

Notre handicap est que les socialistes sont des hommes de réunions, de motions, de congrès, incapables de prendre la vraie décision dans le secret de leur cabinet. Ils ne sont en plus pas taillés pour. Des fonctionnaristes, des apparatchiks, pas vraiment des guerriers !

Pour ceux qui aiment les cartes, voici celle de la fragmentation de la banquise UE :
Si on observe la ligne de fracture, elle laisse hors de l'épure l'Irlande, la Grèce et Chypre. La Grèce qui demande un moratoire de deux ans pour payer sortira la première. Le Royaume-Uni a réussi son coup, mais en ruinant son marché de proximité. Les trois pays scandinaves libres maintiendront leur couronne nationale (sur lesquelles il n'y a pas d'échanges significatifs) et les PECO ne s'agrègeront pas à l'euromark pour ne pas perdre le peu de compétitivité qu'il leur reste. La Finlande décidera du sort de l'Estonie cousine, mais il n'est pas dit qu'elle reste dans la zone euromark. La comptabilité lui dira quoi faire. Les deux pays baltes observeront la Pologne qui a aussi un problème de compétitivité avec les productions hors-union.



Autant dire que l'Union européenne dans son ensemble redeviendra un simple marché commun, une zone de libre-échange. Combien de temps la bureaucratie bruxelloise s'agrippera-telle à ses directives européennes d'acharnement thérapeutique est un pari qui tire des larmes... de joie. Que fera l'Allemagne ? On peut raisonnablement penser qu'elle partira vers l'Est où tout reste à faire et où gisent les matières premières.

Une réunion de l'Eurogroupe est prévue le 20 juillet. Sauvés !
En fait.... nous ne nous en relèverons pas.
Un gouvernement de coiffeurs.


Note ® : la locution eurobreak est une registered mark déposée en application de la loi européenne ACTA qui protège l'élucubritude et la néologitude


lundi 9 juillet 2012

Vers la Libye libre


On ne conforme pas des bédouins à la démocratie représentative par décret, surtout après quarante ans de dictature élémentaire comme celle du regretté colonel Kadhafi. C'est pourquoi l'organisation et le déroulement des élections lybiennes mouchent les détracteurs du renversement de la famille régnante au nom de la liberté de chacun d'en prendre à son aise à l'intérieur de frontières sûres et reconnues. Les mêmes défendent Bachar et Asma el-Assad au motif qu'ils contiennent les sunnites sanguinaires, par des moyens certes criticables mais on ne fait pas d'omelette et caetera. Des pleutres !
Contrairement à l'avis des pythies, le Conseil national de transition, ami de la France et de Bernard-Henri Lévy (c'est dur à accepter, mais bon !), est en tête, ce que reconnaissent les partis islamiques. La route est longue vers la paix civile mais rien ne permet de dire que les étapes à suivre, rédaction d'une constitution et son vote par l'assemblée nouvellement élue, ne seront pas franchies, avec quelques cahots sans doute, mais franchies.

Les problèmes ethniques mêlés à l'effervescence intégriste encombreront encore longtemps le terrain, à la réserve près que la Libye utile fonctionnera de plus en plus normalement en convertissant sa rente pétrolière en développement. L'érection mentale des primitifs du désert sera traitée après - le sud libyen est un sas de décompression de la grande criminalité nomade - à moins que la pacification en préparation au Sahara ne s'enclenche plus tôt que prévu, réduisant en charbon de bois les colonnes alqaïdistes et leurs affidés (cf. Le Mamouth).
Il faudra d'ici là que l'armée libyenne ait été remise en capacité de combattre afin de tenir le front du sud-ouest jusqu'ici très poreux, à moins que le gouvernement de Tripoli ne sous-traite une partie de ce travail d'endiguement aux tribus touboues qui se sont installées comme autant d'octrois en frontière.

On passe à la question de Seif al-islam. Otage d'une tribu qui veut bien le vendre aux autorités légales, il est le bâton merdeux de l'ère post-dictatoriale. Plus belle serait la vie sans le procès qui se profile, réveillant toutes les rancoeurs et le non-dit glissé sous le tapis de haute laine. Que va-t-on lui reprocher ? Des déclarations ? D'avoir défendu les intérêts de sa famille les armes à la main ? En pays bédouin c'est plutôt rémunérateur en terme d'estime et de virilité. Le clan Kadhafi avait pris l'habitude de régner et la Libye était devenue sa chose. La résistance de la famille attaquée est donc "explicable" et le déferrement du prévenu à La Haye pour un jugement sur critères occidentaux n'emporte pas l'unanimité.
Les "infidèles" devraient faire profil bas et encaisser les bénéfices de l'exploitation pétrolière sans chercher à contrôler l'évolution politique libyenne qui de toute façon les déroutera.

Reste l'attitude du prince héritier qui a montré le bout de l'oreille quand sont sortis les premiers drapeaux de l'ancienne monarchie frappés de l'étoile et du croissant des sénoussis (primitivement les emblèmes de la Cyrénaïque). Le dernier message diffusé du prince Mohammed el-Senoussi date du 16 août 2011, mais rien ne dit que ses fidèles ne participent pas à la rédaction de la future constitution. Quoiqu'il advienne dans la nouvelle arhitecture institutionnelle, le prince sera toujours en position d'infériorité par rapport à ceux qui se sont battus dans le pays même. Tout le monde n'est pas De Gaulle !





Apostille de midi :
Les Libyens sont le troisième peuple arabe à aller aux urnes, après les Tunisiens et les Egyptiens, leurs deux voisins. Ils ont eu le temps d'observer comment se faire voler une révolution par un parti islamique modéré, qui s'allie à un autre parti moins modéré, pour finalement agréger un parti intégriste afin de conforter une majorité, et lâcher ensuite la police islamique dans les rues. Pas fous les Libyens. Les Syriens en prendront de la graine.


dimanche 8 juillet 2012

De l'Usage d'un roi


Sur les fora à la romaine on entendait tout et son contraire, surtout le contraire, le forum ayant été la place dédiée aux récriminations et aux exaltations. Ces espaces polémiques de plein vent ont disparu de nos cités. L'époque électronique les a remplacés par des espaces virtuels protégés de la tramontane. Comme à l'ancienne on y dit tout et son contraire, souvent sans talent, planqué derrière son clavier, mais parfois l'articulation de l'argument est imparable. C'est sur le dernier forum royaliste "Vive Le Roi" que fut donnée récemment l'excellente définition du roi par un de ses participants répondant au pseudonyme konradien de Lorenz.
S'y affrontent régulièrement les "définitions" du roi à la mode de chacun, du roi de vitrail caché au delà des mers en passant par le Grand Monarque, du roi maître absolu des reins et des coeurs jusqu'à la potiche constitutionnalisée mais révérée des monarchies boréales. La pire image étant sans doute celle du roi magique, résolvant tous nos problèmes par l'enchantement merlinesque de sa simple apparition. C'est contre ces illuminations que s'élève Lorenz : à quoi "sert" donc un roi ?


Que les choses soient claires, la monarchie n'est pas un distributeur automatique de solutions, ni une institution susceptible de fournir un remède qui nous convient.
Le roi, c'est comme le médecin. Parfois, vous croyez que vous êtes malade et vous n'avez rien, parfois il vous donne un traitement amer et vous allez devoir l'avaler, parfois vous refusez le traitement donné et vous devrez vous soumettre à pire, et parfois il se trompe et vous en subissez les conséquences ! Mais il est le médecin, il sait et vous, non !
La monarchie, c'est pareil ! Vous vous soumettez à une autorité parce que vous pensez par principe qu'elle détient des solutions, solutions qui vous agréent ou ne vous agréent pas, que vous trouvez amères ou pas... Parfois aussi, vous ne voulez pas vous y soumettre, et dans ce cas, c'est la Guerre folle, la Jacquerie, la Fronde, mais en aucun cas ce n'est la Révolution !

Tout comme vous n'arrachez pas son diplôme à votre médecin, vous ne retirez pas au Roi sa charge, parce que vous ne pouvez pas et parce que vous ne voulez pas !
Cela n'a rien à voir avec la République : en fin de compte, c'est lui qui décide, pas vous ! La seule chose que vous savez, c'est que lui, comme représentant suprême de l'Etat, et vous, comme simple citoyen, avez les mêmes intérêts à long terme (sauf le cas où vous voulez prendre sa place, et là, ça barde !) et donc il y a une alliance entre vous et lui pour votre Bien commun.

Il y manque néanmoins une fonction que nous rappelons souvent sur ce blogue, c'est l'affection populaire à l'endroit de la maison régnante, affection qui aplanit bien des souffrances sociales dès qu'on se sait aimé - que ce ne soit vrai n'est pas si important - et qui calme bien des angoisses sur l'avenir des cités du royaume en période de gros temps, puisque le roi incarne le projet de la Nation au-dessus des péripéties. Faut-il quand même qu'elle ait un projet ! Les codes sociaux qui règlent la vie des gens sont dès lors moins importants comme nous le montrent les "libertés scandinaves", et Lorenz de le préciser :
Pour ce qui est du Front national (ndlr: beaucoup de royalistes votent Fn par dépit), du libéralisme, de la religion, ce sont des questions mineures, mais si vous entrez dans le royalisme avec des "je veux un roi comme ceci et pas comme cela, pro-ci et contre-ça", vous finirez républicain.

Ainsi se trouve clairement tracée la frontière entre l'autorité continue de l'Etat dans ses fonctions régaliennes et la complète liberté d'organisation des affaires publiques entre les mains du peuple et de ses représentants s'il en souhaite. Il est donc extravagant d'agréger le roi à la lutte contre l'avortement, contre l'euthanasie, pour la prééminence de l'Eglise catholique, contre le mariage des paires ou l'adoption d'enfants par n'importe qui, contre l'islamisation, les normes européennes du camembert ou pour le cannabis médicinal. C'est à la société de choisir ses cadres, le roi a d'autres soucis, dont le premier est de pérenniser son royaume pour le bien de tous et la gloire de son héritier.
Mais si la Nation choisit de s'auto-détruire, comme en ce moment, qui peut l'en empêcher ? Si elle feint d'ignorer sa décadence comme les Romains du Bas-Empire, si elle proclame urbi et orbi sa dévirilisation comme un progrès, si elle s'abandonne aux démagogues omnipotents, qui pis est les sachant tels, si elle dévore le capital de ses propres enfants pour sa jouissance égoïste, si elle se vautre dans son indignité au regard des choses de la vie, qui lui accordera le privilège de continuer ? C'est la question non posée que nous résumerions d'une formule lapidaire : "A quoi servirait-il de vouloir sauver un peuple de veaux ?"
Le roi n'est pas une garantie de survie.

Laissons Lorenz enfoncer le clou à ras la planche :
Dans la monarchie, c'est le roi qui décide en dernier ressort. Après, si la politique -- entendue dans le sens de gouvernement de la cité, et non comme le cirque médiatique actuel visant à obtenir des suffrages -- vous intéresse, rien ne vous empêche de proposer vos services au roi, qui les acceptera... ou pas !



Le royaliste ne peut choisir de régner
comme l'athlète de lutter
comme le géomètre de prouver
comme le joueur de jouer
son âme doit choisir de servir



vendredi 6 juillet 2012

Milliards, princes et chapelles


 - 1 milliard de dollars en coupures de 100 -
Cinquante milliards de dollars¹ à l'échéance d'un an, c'est ce que l'Etat doit extraire de la société française pour continuer à parler à la table européenne. Le chiffre magique est entré dans la caboche des marchés : 50 et 12 mois. A défaut, nous serons autorisés à nous taire et faire où la Prusse nous dira de faire. Il ne s'agit plus d'économies à débusquer ci et là, nous sommes venus au jour où il faut sabrer dans la dépense publique. Autant dire appliquer à la classe politique en charge des affaires la saignée des médicastres de Molière ; la dépense publique est leur sang. Le parti socialiste, grand vainqueur toutes catégories, se trouve désormais dans la situation ubuesque de devoir sacrifier ses propres positions pour que le pays lui survive. L'heure est grave et la météo économique peu engageante. Fondées sur des taux de croissance de 0,4 et 1,0% l'an prochain, les prescriptions de la Cour des Comptes sont ajustables des dérives constatées et rien ne permet de penser que les surprises à cet égard seront bonnes. Nous entrons à reculons dans le tunnel de l'austérité réglée par la rigueur germanique que M. Hollande a acceptée le 29 juin au Conseil européen de Bruxelles, en laissant croire le contraire.

Tout le long discours de politique générale du Premier ministre au parlement visait à engourdir les intelligences, il n'a aucun outil dans les mains qui dure, les assiettes fiscales sur lesquelles il fond comme la buse pourraient avoir disparu dans les sables de l'exil l'an prochain². Taxer, taxer, dans un pays surtaxé ne mène pas loin, façon de parler. On peut même partir en train tant il est mieux d'être ailleurs juste à côté, dès qu'on a fait sa pelote. Quand le gouvernement de M. Ayrault aura chipoté avec les ministères, sa politique de coiffeur cessera et il devra attaquer les grandes masses que sont la protection sanitaire, la formation professionnelle, les subventions aux bas salaires et les budgets miroirs de la fonction territoriale. Puis viendront les grilles des fonctionnaires, les subsides publics et les retraites... comme chez nos sœurs latines et grecque.

Sans être désespérée, la situation est la plus grave depuis bien longtemps en temps de paix. Mais je suis royaliste et ne m'inquiètes de rien, le prince est mon berger ; il me suffit de suivre son étoile. J'écarquille les yeux, j'éteins la lumière du balcon, scrute la nuit, pas d'étoile. Enfin pas celle que je cherche. Rien, nada ! Dans le 45ème Lien légitimiste qui vient de paraître - seize pages indispensables comme d'habitude - je perçois chez ces messieurs de la Légitimité le soupçon du begnin neglect de nos princes qui ne s'aventurent en politique que par beau temps. Le grand enfoncement de portes ouvertes des uns et des autres ne suffit plus, il faut redessiner l'épure institutionnelle, choisir un modèle social enfin viable et faire valoir le tout. Nous avons déjà parlé de cet échec ici. La béance d'idées est manifeste au niveau de l'Opinion : les princes ? connais pas. Les chapelles y suppléent-elles ? Pas vraiment. La distance qu'ils maintiennent avec les organisations royalistes, mêmes avec celles qui se réclament d'eux, est un problème, détecté par Gérard de Villèle dans ce numéro 45, qui brise l'élan des plus vaillants. Mais cette distance est réciproque, les chapelles n'obéissent pas ; nous sommes en Gaule ! Justement, reste le désordre :

La NAr veut revivifier le Conseil de la Résistance, celui-là même qui a soviétisé en 1945 les mœurs de ce pays, le parti de l'Alliance royale se cherche un repreneur, l'Action française penche vers une agit'prop au plus près du terrain avec des effectifs qui ne peuvent pas la soutenir, les cercles légitimistes sont immergés dans la commémoration et la philosophie sans risque dans une posture esthétique. Nos organisations royalistes demeurent dans le fantasme de doctrines déjà obsolètes, non par défaut de fabrication - là dessus elles sont toutes impeccables - mais du fait de leur inapplicabilité au vrai pays réel (pas au pays slogan).
Exemple : quand Portemont met à nu les vices de la démocratie chez le Conseil dans l'Espérance du Roi , il me plaît beaucoup, j'en redemande, mais je sais aussi que la démocratie est imparable³. Qu'on la réforme, la torde, la trompe, l'adapte, elle sera toujours une référence, certes abusive, de la liberté des peuples mais en même temps une mythologie avec laquelle il faut faire avec, comme le paysan des saisons. Elle est inséparable du projet royaliste.

Au moment où la solution monarchiste est la meilleure solution par temps d'orage, et au bout du compte la plus simple, nous n'avons aucun véhicule pour la promouvoir aussi largement que nécessaire à l'imposer. La faute à pas de chance sans doute, même si on y réfléchit depuis cinquante ou cent ans. La cohésion des princes et des chapelles est-elle en question ? Je dis ça, je dis rien.


(1) 7Mds€ pour 2011, 33Mds€ en 2012, au taux de 1,25$/€.
(2) Voir l'arrogance minable des rameurs socialistes à l'égard de Gérard Depardieu (clic).
(3) Sur l'argument de base de l'article nous ne sommes pas d'accord quand il affirme : « Le roi est tout et rien à la fois. Il est tout s’il règne et gouverne [...] il n’est que rien s’il règne sans gouverner ». Régner n'est pas rien et les lecteurs de ce blogue le savent. C'est peut-être même plus difficile que de gouverner, surtout en pays latin où la finesse des réglages institutionnels est enrayée par le mythe du Bateau Blanc comme chez les Papous : sur l'horizon, l'homme providentiel qui va sauver les veaux des eaux.


mercredi 4 juillet 2012

Tombouctou


Quand le commandant Joseph Joffre prit Tombouctou le 12 février 1894, une des premières mesures administratives fut de fermer les usines à castrats. En effet, la cité mythique ne prospérait plus que sur la traite arabo-islamique dont elle était pour ses clients la porte du Sud. Les jeunes eunnuques étaient très prisés des familles nobles du Maghreb et le taux de rebut de 40% largement compensé par la prime à la revente. Une conséquence indirecte du procédé est qu'il ne subsiste pas de communautés issues de la traite négrière sur la rive sud de la Méditerrannée puisqu'elles ne pouvaient pas croître comme elles le firent dans la traite atlantique, ensemencement des harems mis à part. Mais le sujet n'est pas la légitimité de la castration islamique mais la ruine de la légende.

Après le lent déclin de la "ville interdite" à partir du XVII° siècle et le tunnel de la colonisation, Tombouctou avait repris des couleurs après l'indépendance en valorisant son capital touristique : la ville aux 333 saints écrasée de chaleur mais à portée du grand fleuve avait quelque chose des mille-et-une nuits sahariennes. Inscrite au patrimoine de l'humanité en 1988, elle offre le dépaysement total et a concouru au titre de "merveille du monde moderne" en 2007. Las, le désert avance malgré l'endiguement des dunes, et avec lui les problèmes.
Les purs esprits de l'islam incandescent invités par la fuite des forces maliennes, veulent aujourd'hui détruire les superstitions populaires néfastes à la gloire d'Allah. Bon ! Ils font peu de cas de la fonction apaisante du paganisme de proximité chez les âmes simples et se fourent le doigt dans l'oeil s'ils pensent intellectualiser les croyances qu'ils imaginent contrôler. Mais après tout ce n'est pas le but de l'invasion. Ces gens visent la constitution d'un émirat sahélien qui sera comme un pieu planté dans le coeur du vampire africain, rigolard et peu dévot. Si le saccage immobilier est de tous les temps, celui des consciences est plus rare : « Cette purification relève de la mentalité maladive commune aux monothéismes ; l’impossibilité de rien laisser vivre en dehors de ce que l’on est, la volonté de tout réduire à soi, jugé étalon du Bien et du Beau, une tendance ethnocidaire étendue à tout (Madiran c/o Ivane)». Le polythéisme, l'animisme, le scepticisme ont laissé partout fleurir leur contraire, mais où il a vaincu il les a dévorés. Ne nous émouvons pas de l'Inquisition islamique qui répète un peu la nôtre, les dieux n'ont pas de temps, et regardons sans sourire la liberté de croire des pays asiatiques qui se sont toujours méfiés de nos simplifications.


Revenons aux tacticals.
L'armée Ansar Dine est un gros bataillon de 500 hommes lourdement armé et marchant à l'essence. Qu'on ne me dise pas qu'un bataillon va plier l'Afrique de l'ouest en trois coups de tromblons russes ! A entendre les appels à l'aide des dirigeants de la région, il semblerait bien que si. Certains en appellent déjà à l'ONU, préalablement à un engagement des forces aériennes atlantiques sans doute. D'autres s'affairent depuis trois mois à constituer une réplique, comme nous l'explique la CEDEAO incapable de mobiliser ses armées-troncs (sans bras ni jambes). Quand donc les gouvernements d'Afrique se sortiront-ils les doigts de la boîte à loukoums et règleront ces questions entre eux sans éprouver le besoin de mendier à l'international ? Les communiqués de l'Union africaine sont édifiants et le dernier sorti un chef d'oeuvre bureaucratique. Mais la posture de la CEDEAO n'est pas mal non plus : Les pays d'Afrique de l'Ouest vont organiser samedi un "mini-sommet" à Ouagadougou pour tenter de former un gouvernement fort à Bamako et discuter de l'éventuel envoi d'une force militaire dans le Nord du Mali. Le président Alpha Condé disait hier sur France24 que les Américains exigeaient un gouvernement stable à Bamako pour ouvrir le dossier (ndlr: et la soute à bombes). Le traitement de la rebellion de l'Azawad requiert d'après lui, un triple appui : renseignement, aérien, logistique. Que feront-ils quand ils l'auront ?

Bernard Lugan, pontife diplomatique qui fait sur l'Afrique le pendant d'Alexandre Adler sur la zone russe, recommande d'enrôler les Touaregs du MLNA comme la mâchoire nord de l'étau dans lequel la CEDEAO enfermerait et briserait les djihadistes, en les rémunérant d'une quasi-indépendance de l'Azawad. je n'y crois pas, parce que je ne crois pas aux Touaregs. C'est un des plus beaux peuples de roman exotique mais ça s'arrête là. Ils sont incapables de construire un Etat, et les colonnes islamistes les perceront ou les achèteront. Les seules puissances en capacité de réduire la question à sa plus simple expression sont le Maroc et l'Algérie qui disposent de la logistique et de l'aviation, et qui seront aidés sans restrictions par le dispositif AFRICOM américain pour le renseignement. Il serait assez urgent que ces puissances régionales se bougent depuis que tout le sud de la Libye est tombé aux mains des tribus toubous, capables de s'aggréger à l'émirat en projet pour peu qu'on les intéresse.
On fait quoi ?


lundi 2 juillet 2012

Kick starter !


À l'heure des contacts de guidon qui utilise encore un kick à pied pour démarrer sa moto ? C'est pourtant le nom choisi par un site de jeunes pousses qui aide quiconque à lancer une affaire, une idée, un truc ! Jiminy le grillon qui chuchote à l'oreille des blogueurs m'a suggéré de monter "mon" Agence royaliste de Paris chez Kick Starter, c'est le nom du site. Le principe de départ est que la rentabilité d'une affaire est la garantie de sa durabilité et que seul un format économique commercial est viable.
Comment ça marche, déjà ?

Tu présentes le projet et chiffres tes besoins. Les internautes souscrivent des parts (à partir d'un dollar) et si ton projet réussit, ils sont récompensés de leur mise matériellement, soit en gagnant une ou plusieurs unités produites ou d'autre lots. Ainsi sont créées des strates de mise à 1, 5, 20, 50, 100, 200, 500 dollars. L'appel à miser est mondial. Presque tous les secteurs sont couverts ; allez-y voir : Kickstarter.com
Bien sûr, le site est américain, un pays où l'on ne vous demande que des idées, pas des autorisations !
J'ai souscrit à la farine de sauterelle (cricket flour), l'idée est géniale et le mec sympa.

Donc je ramasse les arguments pour l'Agence royaliste et dispense le distingué lectorat d'un paragraphe re-mouliné en adressant les nouveaux venus au site ad hoc du Million du Roi, où tout ce que vous vouliez savoir sur la communication royaliste sans jamais oser le demander, est là. J'emprunte aussi abondamment à la page Royalisme de la Wikipedia, et quand tout est prêt, je demande 1.250.000 dollars ! Mais par quels retours sur investissement ai-je pu intéresser les internautes (du moins je l'espère) ?

  1. - un fil de réinformation inédit publiant aux abonnés le non-dit des familles royales ? Non ! Trop banal.
  2. - un coupe-file pour le cocktail de jumeaux princiers aux salons du gouverneur des Invalides ? Non ! Les Qataris ne les connaissent pas. Les Sud-coréens ?... non plus.
  3. - un abonnement d'un an à l'édition internationale de Politique Magazine ? Il faut y réfléchir plus tard. Non pour l'instant !
  4. - un blason personnalisé. Pourquoi pas ? Mais qui connaît le mien ?
  5. - un titre de noblesse trié par strate de mises, avec ou sans épée ?
  6. - un titre de chevalerie ? Ce n'est pas cher et ça plairait aux digital natives qui connaissent Final Fantasy.
Finalement rien de décisif pour faire cliquer l'internaute sur le bouton "j'achète".




Bon, ne comptons donc pas trouver seul comment susciter l'intérêt pour notre cause et passons voir les universitaires. Voici la liste des thèmes retenus pour les trois universités d'été royalistes 2012 :

  • Aperçu sur l’histoire de la langue française
  • Aperçu sur les origines occultistes de la Révolution
  • Ce que la Civilisation française doit aux Rois
  • Culture et contre-culture
  • L'Histoire politique de nos courants de pensée
  • Les Idées reçues à propos de la royauté
  • L'Identité de la France que j'aime
  • Le Nationalisme, une ambiguïté qui perdure
  • L'Œuvre de Maurras à l'épreuve de la crise
  • La Révolution ou le mythe du Graal
  • Le Roi mécène au service du royaume
  • Le Royalisme de Christine de Pisan au temps de Charles VI
  • Les Sociétés de pensées : de l’idéologie des Lumières au totalitarisme jacobin

Bon (bis), je n'ai rien trouvé sur les nanotechnologies qui m'intriguent, non plus sur une nouvelle forme de gouvernement des hommes qui pourrait rallier largement nos concitoyens. Je crois bien que je vais suivre une idée exotique garée au plus profond de mon futur mental. Faire un camion-saucisses. Avec Kick Starter, ça va de soi. Je verrai du monde, surtout des jeunes pour le refaire et un vieux ci et là pour le défaire.

Ça marche !




samedi 30 juin 2012

Pourquoi "Piéton du roi" ?


Personne ne m'a posé cette question au fond de la salle aujourd'hui. Mais il est arrivé quelquefois qu'on m'interroge sur le piéton du roi. D'autant que le blogue porte en titre l'artillerie de campagne et que la chevalerie y est parfois exaltée. "Piéton du roi" évoque un ralliement et une force, nous l'allons montrer tout à l'heure.
C'est à la bataille de Bouvines (27 juillet 1214) que l'Ost fut renforcé des milices bourgeoises n'appartenant pas à la pyramide féodale mais dont les carrés étaient commandés par des capitaines nobles. Pour la première fois depuis la Gaule antique, ce qui allait devenir la Nation faisait corps avec la Force juste du roi pour défendre le pays et les intérêts catégoriels qui y cohabitaient.
Ces milices étaient constituées de combattants à pied et formaient une infanterie autonome capable de manoeuvrer sur le champ de bataille quand la valetaille de la chevalerie utilisée jusque-là n'avait qu'une mission ancillaire.
Bouvines fut la révélation des piétons. Ceux des impériaux bousculèrent la maison du roi de France et celui-ci fut remonté in extremis par Tristan d'Estaing à qui il dut la vie ; les sept cents miliciens brabançons de Renaud de Dammartin sauvèrent l'honneur de la coalition impériale en refusant la reddition pour soutenir jusqu'au dernier l'assaut de la cavalerie française.
La bataille de Bouvines partagea la gloire entre la chevalerie féodale et le nouvel ordre des municipalités (qu'on appelait autrement). Cette évolution était au coeur du projet capétien, qui libérait le chef de l'Etat naissant des grand feudataires pour négocier une protection réciproque des bourgeois et du roi.
"Piéton du roi" est donc un clin d'oeil, une évocation du lien qui ne peut être rompu entre le peuple et son souverain. CQFD.




Pour terminer par un sourire cette grandiose évocation, voici la relation d'une conscription de piétons en pays d'Hierle en 1793 :
« Au mois de mars, tous les hommes de 18 à 60 ans de Sumène au nombre de 186 durent fournir un contingent de 30 soldats pour l'Armée du Var. On les réunit le 15 mars pour savoir s'ils voulaient désigner les partants au scrutin où s'ils préfèraient le sort. Le scrutin fut adopté par 123 voix contre 63. Alors commença une séance permanente du Conseil de la commune qui dura 40 jours jusqu'au 25 avril !
Les "123" avaient pour conseil Ménard, notaire, auquel un certificat de civisme avait été refusé à quatre reprises et qui réclamait toujours. Ils apportèrent tous un bulletin uniforme condamnant au départ les trente meilleurs patriotes ou protestants. La Municipalité cassa le scrutin, les bulletins devant être écrits ou dictés séance tenante sur le bureau.
Les "123" apprirent leur liste par coeur et le résultat fut le même. Fureur des patriotes, menaces du procureur de la commune. Le [directeur du] district [du Vigan] se transporta à Sumène et Tarteron (c'est son nom) s'épuisa à haranguer ses concitoyens qui persistèrent. Le directeur du district constata le vote.
Enfin, les représentants du peuple Bonnier et Voulland cassèrent le vote et l'on tira au sort. Ces soldats devaient être équipés par des réquisitions » (ce qui ne fut pas triste non plus, ndlr). La relation de cette affaire est tirée de Boiffils de Massanne.



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