Affichage des articles dont le libellé est Septimanie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Septimanie. Afficher tous les articles

vendredi 3 février 2023

De l'ascendance davidique des rois [1/2]

Spécial royco
Temps de lecture avec les liens : deux jours.

Avant-propos
La Charte de Fontevrault* ayant rallumé la légende des origines davidiques des rois, nous avons pris le band-wagon des saints et des anges.
Le résumé ci-dessous de l'étude des ascendances davidiques des rois de France propose un autre cathéter d'injection davidienne que l'intervention légendaire de Jude, fils de Jacques le mineur, convoyé en Gaule par le non moins légendaire Joseph d'Arimathie, voire par l'arrivée de Marie de Magdala, épouse du Nazaréen, en Provence. Cette troisième voie d'accès est documentée à partir de la dynastie des exilarques juifs d'Irak au VIIIè siècle. Il est établi que depuis la déportation à Babylone, la souche est davidienne. Il est établi aussi qu'un scion de cette lignée a fait souche en Septimanie. Et tous les généalogistes convergent sur le fait qu'elle est entrée dans la maison des pippinides en épousant une fille de Charles Martel, Alda de Francie**. Nous avons choisi délibérement pour pivot entre ascendance et descendance un personnage indiscutable qui est Guilhem de Gellone (755-812) lequel, outre sa geste de preux et sa présence dans toutes les annales du temps, a laissé témoignage de son importance en l'abbaye de Gellone in eremo à Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault) où il se retira.
** Toutes les chroniques la citent sous ce nom ou sous celui d'Aude


Sceau juif de Narbonne
ASCENDANCE
L'ascendance de Guilhem de Gellone remonte en ligne directe aux exilarques juifs d'Irak, succédant par le sang aux exilarques de Babylone lesquels procèdent par le sang toujours des exilarques de Jérusalem dont le second, Salathiel ben Jechaniah (597AC/540AC) est le fils du 22ème roi de Juda, Jéchonias de Judée mort libre en 562AC, de la dynastie de David. Selon la Bible, il y a 18 ou 19 rois entre ce dernier et le roi David (1040AC/962AC).

C'est donc le fils du 2è exilarque juif d'Irak, fils lui-même du 34è et dernier exilarque de Babylone, qui débarque à Narbonne. Il s'appelle Natronaï David (672-739). Que vient-il y faire ?
Il est appelé par les bourgeois juifs de la ville à la direction de la forte communauté israélite de Narbonne qui rayonne sur toute la Méditerranée occidentale par le commerce, les arts et les sciences. Une thèse de 400 pages plus 30 p. d'appareil critique, somme éditée par l'Université de Columbia sous la plume d'Arthur Zuckerman en 1972 (bon courage !) tend à prouver que des domaines le long du fleuve Atax (jusqu'à l'oppidum de Rennes-le-Château ?) auraient été donnés aux Juifs de Narbonne par Pépin le Bref en rémunération de leur concours à la guerre des Francs, formant une principauté dans l'empire naissant. Les historiens admettent que cette entrée du sang de David dans la maison usurpatrice compense son défaut de légitimité hématique malgré leur souci d'épouser les femmes mérovingiennes disponibles. Ces possessions juives devaient être organisées autour d'un exilarque (roi en exil) du meilleur sang. D'où l'appel à Bagdad. Zuckerman l'appelle Makhir, patronyme hébreu de Natronaï en aramaïque. Mais l'important n'est pas tant le motif bien embrouillé que la suite donnée.

plan du quartier juif de la Narbonne médiavale
La juiverie archiépiscopale narbonnaise s'étendait de part et d'autre de l'ensemble cathédrale, cloître, ancien archevêché. Il n'en reste aucun témoignage visible. Elle comprenanit la rue Diderot, la rue Rouget-de-Lisle, la rue Armand-Gauthier, rue de l'Ancienne-Porte-Neuve, longeait la rue Jean-Jaurès. Deux haltes dans cette route juive : la salle au Pilier accessible par le passage de l'Ancre abrite une pierre provenant de l'ancien cimetière juif de Narbonne et dont l'épitaphe latine remonte au VII° siècle. Juste à côté la "Pierre aux Symboles" trouvée dans l'ancienne église Sainte-Marie-La-Major présente des signes ésotériques dont le pentacle ou Maguen David et deux oreilles que l'imagination n'interdit pas d'interpréter comme symbolisant le Shéma (Ecoute), prière imprécative et profession de foi fondamentale du judaïsme. Quant à la juiverie vicomtale, elle était délimitée par les actuelles rue Droite et Viollet-le-Duc au nord, à l'est la Place de Verdun, au sud le Boulevard Gambetta ; la partie à l'ouest donnait sur l'actuel canal de la Robine et remontait par le rue Marcellin Coural qui aboutit rue de l'Ancien Courrier (source wiki-narbonne)

DESCENDANCE
Sous la férule de Charles Martel, le premier exilarque de Narbonne est marié en 705 à une noble franque, Chrodelinde d'Austrasie (678-740), de laquelle il a un fils unique, Thierri d'Autun*** (705-762) lequel épousera Rolinde d'Aquitaine avec laquelle il aura un fils, Théodoric le Pieux (730-793) lequel épousera une fille de Charles Martel, Alda ou Aude de Francie (722-795) qui lui donnera 5 enfants "davidiens" au sein de la maison des Pippinides. Parmi eux, Guilhem de Gellone, mais aussi :

1/ Sigisbert ou Gilbert de ROUERGUE (750-820)
3/ Thierri II d'AUTUN (755-804)
4/ Adalelme d'AUTUN (760-803)
5/ Aube d'AUTUN (770-)
Pour savoir si l'injection a abouti à un roi de France, il convient d'explorer toute la descendance de ces cinq enfants injectés. Ce que nous ne faisons qu'amorcer...

Note*** : si on veut attaquer la thèse narbonnaise, c'est à cette charnière ; mais il faudra contrer Zuckerman qui s'est farci moult censiers, terriers et cartulaires de l'époque considérée. La critique littéraire la plus serrée fut celle de Gérard Nahon dans Le Annales en 1975, que l'on peut lire dans Persée ici.


(1) Sigisbert de Rouergue donne la lignée des Raimon de Toulouse jusqu'à la dernière fille de la ligne directe Jeanne de Toulouse mariée par traité au frère de Louis IX, Alphonse de Poitiers. L'injection davidienne pénètre alors la maison royale de France mais le couple occupé à la croisade mourra sans enfants en 1271 en Italie.

(2) Guilhem de Gellone engendre Héribert de Gellone (comte de Toulouse) dont les filles épouseront des Pepinnides d'Italie. Cause perdue !
Puis remarié, il engendre Thierri III d'Autun (790-826) qui engendre avec Emma de Bavière une fille unique, Endelberge d'Autun (825-900) laquelle épouse Louis II des Carolingiens, fils de Lothaire Ier. Bingo, l'injection davidienne entre dans la maison royale.
Le couple n'a qu'une fille, Ermengarde que l'on mariera au roi de Bourgogne, Boson V de Provence. Ils auront, après trois filles, Louis III de Provence, dit l'aveugle, empereur d'Occident. La deuxième race de rois est injectée. Etude des Guilhermides à faire.

(3) Thierry II d'Autun engendre une fille unique, Alba qui engendre Bernard Ier, comte d'Auvergne et Théodoric, comte de Châlon s/Saone. A explorer...
(4) Adalelme d'Autun ouvrira la maison de Poitiers qui se répandra au sud jusqu'en Catalogne. Cause perdue !

(5) Aube d'Atun n'aura pas d'enfant.

Place maintenant aux généalogistes distingués qui nous prouveront que l'injection davidienne a touché Hugues le Grand voire son fils, le premier des capétiens. Ou plus tardivement peut-être quelque scion de la race des rois, comme on l'a vu presque arriver avec Alphonse de Poitiers. Quid de Henri IV de France, descendant de Bernard VI d'Armagnac, sire d'Albret, et de Cécile de Rodez (1278-1312) injectée par son ascendance des comtes de Rodez ? Il s'agit de douzaines de descendances à explorer, bien au-dessus de mes forces, mais à le faire au plus court, je me concentrerais sur le Vert-Galant, parce qu'il fut un grand... "disséminateur" ! Autre conséquence : connaissant la forte impatience des nobles de ce temps à se reproduire, il n'est pas douteux que des milliers ou des dizaines de milliers de Français d'aujourd'hui soient d'ascendance davidique, sans passer par les marranes d'Espagne, réfugiés chez nous, voie dont Roger Peyreffitte recensait les avatars contemporains. Quand on aura fini ce travail, on s'attellera à la circoncision des fils de la dynastie anglaise qui veut confirmer l'ascendance davidique du trône britannique par la maison de Hanovre.


Aparté : la maison rouergate d'Arpajon procède d'Hugues Ier de Rodez (†1159). Cette prestigieuse maison comtale est injectée par les femmes Guilhermides de la maison de Narbonne. Il est possible que la harpe d'Arpajon soit une souvenance de leur origine davidienne lointaine. Mais cela n'est pas mon domaine.

Note sûre : la distance Bagdad-Narbonne n'était pas un obstacle. La diplomatie de Charlemagne avait envoyé le Franc juif Isaac le Radhanite (https://fr.wikipedia.org/wiki/Radhanites) au calife abbasside de Bagdad en 797 pour l'aider dans l'affaire d'Espagne. La route partait du port de Narbonne jusqu'à Antioche, puis par caravanne jusqu'à Bagdad. Il y resta trois ans et rentra.

Note presque sûre : Il est question plusieurs fois dans les textes d'un roi des juifs de Narbonne ou de Septimanie, et aussi d'une reine des Juifs de Narbonne. Les témoignages d'une communauté israélite organisée et souveraine en justice dans la capitale de Septimanie sont nombreux. Mais on ne trouve pas de "royaume" de Narbonne ou de Septimanie, ne fut-il que juif. Il n'est pas douteux que le carolingien (et même déjà le sage Pépin le Bref) ait reculé à l'idée de circonscrire des possessions juives dans un vrai royaume étranger enchâssé dans l'empire aux portes de la marche d'Espagne toujours contestée ; mais l'usage d'appeler "rex" qu'en firent les Juifs de leur exilarque ressortit plutôt à celui qu'on emploierait pour la "Reine des Gitans". Ca fait plaisir et n'emporte pas conséquences.


Masse des liens utilisés en clair :
  • Généalogie des exilarques de Babylone :
    https://www.genealoj.org/fr/famille-dautun-origine-juive-ha-david
  • Généalogie de Bustanaï ben Haninaï David (34è exilarque de abylone et 1er exilarque d'Irak):
    https://gw.geneanet.org/arnac?lang=fr&pz=mado&nz=boudet&p=bustanai+ben+haninai&n=david
  • Généalogie de Nehemiah Ben Haninaï David (2è exilarque d'Irak):
    https://gw.geneanet.org/arnac?lang=fr&pz=mado&nz=boudet&p=nehemiah+ben+haninai&n=david
  • Généalogie de Natronaï David (1er exilarque de Narbonne):
    https://gw.geneanet.org/arnac?lang=fr&pz=mado&nz=boudet&p=natronai&n=david&oc=1
  • Généalogie de Yehudaï Habibaï ben Natronaï David son fils :
    https://gw.geneanet.org/arnac?lang=fr&n=david&oc=0&p=yehudai+habibai+ben+natronai
  • Généalogie de Theodoric :
    https://gw.geneanet.org/pautrat?lang=fr&pz=regis+vincent&nz=pautrat&p=thierry+theodoric+habibai+ben+natronai+david&n=de+vienne+d+autun
  • Theodoric (d'Autun) :
    https://gw.geneanet.org/citron06?lang=fr&n=d+autun&oc=0&p=theodoric+i
  • Généalogie de Guilhem de Gellone :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9ribert_(fils_de_Guillaume_de_Gellone)
  • Une généalogie des Guilhelmides :
    http://thierryhelene.bianco.free.fr/drupal/?q=node/59
  • Makhir de Narbonne :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Makhir_de_Narbonne
  • Les juifs du languedoc :
    https://www.jecpj-france.com/wp-content/uploads/2021/08/les-juifs-du-languedoc-Roussillon1.pdf
  • Colonies juives en Languedoc :
    https://jguideeurope.org/fr/region/france/languedoc/
  • Narbonne dans la Jewish Encyclopedia :
    https://jewishencyclopedia.com/articles/11323-narbonne
  • Le roi juif de Narbonne :
    https://www.persee.fr/doc/anami_0003-4398_1997_num_109_218_3784
  • Juifs de Narbonne :
    http://www.corbieres-matin.fr/index.php/les-juifs-de-narbonne-suite/
  • Chronique des juifs du Languedoc :
    https://dis-leur.fr/chronique-lhistoire-oubliee-des-juifs-du-languedoc/
  • Une principauté juive du Midi :
    https://www.persee.fr/doc/anami_0003-4398_1973_num_85_112_4805
  • la base Zuckerman :
    https://en.wikipedia.org/wiki/A_Jewish_Princedom_in_Feudal_France
  • Censiers et terriers :
    https://www.persee.fr/doc/efr_0000-0000_1977_act_31_1_2249
  • Comtes de Rouergue et de Rodez :
    http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Rouergue-Rodez.pdf
  • Page 207-210 du Princedom :
    https://www.jstor.org/stable/599021
  • Recension du bouquin de Zuckerman par Patric Choffrut - Royaume/principauté juive de Septimanie :
    https://acjp.fr/uploads/articles/bba31ad3e51a5d5d368a9c17a8ffba38.pdf
  • Communauté juive narbonnaise :
    http://www.wiki-narbonne.fr/index.php?title=La_Communaut%C3%A9_Juive_sous_le_r%C3%A8gne_des_Vicomtes
  • Deux critiques du bouquin de Zuckerman :
    https://acjp.fr/uploads/articles/bba31ad3e51a5d5d368a9c17a8ffba38.pdf
    https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1975_num_30_2_293610_t1_0363_0000_001
  • Le bouquin en cause chez Amazon :
    https://www.amazon.fr/Jewish-Princedom-Feudal-France-768-900/dp/0231032986 à 508,77 euros
  • Ambassade carolingienne à Bagdad - Isaac le rhadanite que Charlemagne dépêcha à Bagdad en qualité d'ambassadeur :
    http://www.wiki-narbonne.fr/index.php?title=Judith_reine_de_Narbonne
  • Evangélisation des Gaules :
    https://www.lavie.fr/idees/histoire/levangelisation-des-gaules-une-voie-singuliere-8702.php

La suite 2/2 par ici

samedi 5 juillet 2014

Mgr Dillon va aux États

Ceci est la relation abrégée d'un voyage en grand équipage du président-né des Etats de Languedoc à la veille de la Révolution française, comme nous la donna Lucy Dillon, sa nièce, future marquise de La Tour du Pin. L'archevêque irlandais de Narbonne, Arthur-Richard Dillon (1721-1806), était une "nature", passionné par l'administration de son fief en laquelle il brilla, bien plus que des choses surnaturelles qu'il jugeait sans doute impalpables, comparées à un canal, une route ou une faculté de sciences. Le Ciel ne lui en tint pas rigueur, qui déplaça en 2007 le cardinal Lustiger en grande pourpre à la translation de ses cendres de Saint-Pancras (Londres) à Narbonne. La notice de la Wikipedia donne l'essentiel et un peu plus. On en fera son profit.

De 1783 à 1786, Henriette Lucy Dillon suit sa grand mère aux Etats dans le train de son oncle l'archevêque. Elle a autour de 15 ans. Passionnée de chevaux dès son plus jeune âge - elle en sera plus experte pour monter une écurie que bien des maîtres de maison - elle décrit le système de transport de Paris à Montpellier. Dans son journal, elle explique par exemple que l'affaire de Varennes n'aurait peut-être pas si mal fini, si au lieu de chevaux d'escadron on avait confié la famille royale à des chevaux de poste et à des postillons habitués à mener grand train sans les fatiguer. Bon, c'est à elle maintenant :

- Berline -
Nos préparatifs de voyage, les achats, les emballages, étaient déjà pour moi une occupation et un plaisir dont j'ai eu le temps de me lasser dans la suite de ma vie agitée. Nous partions dans une grande berline à six chevaux : mon oncle et ma grand'mère assis dans le fond, moi sur le devant avec un ecclésiastique attaché à mon oncle ou un secrétaire, et deux domestiques sur le siège de devant. Ces derniers se trouvaient plus fatigués en arrivant que ceux qui allaient à cheval, car alors les sièges, au lieu de être suspendus sur les ressorts, reposaient sur deux montants en bois s'appuyant sur le lisoir (ndlr : pièce de bois transversale, qui est au-dessus de l'essieu d'un carrosse, et qui en porte les ressorts), et étaient par conséquent aussi durs qu'une charrette.
Une seconde berline, également attelée de six chevaux, contenait la femme de chambre de ma grand'mère et la mienne, Miss Beck, deux valets de chambre et, sur le siège, deux domestiques.
Une chaise de poste emmenait le maître d'hôtel et le chef de cuisine.
Il y avait aussi trois courriers, dont un en avant d'une demi-heure et les deux autres avec les voitures.
M. Combes, mon instituteur, partait quelques jours avant nous par la diligence, nommée alors la Turgotine, ou par la malle. Celle-ci ne prenait qu'un seul voyageur. C'était une sorte de charrette longue, sur brancards.
[... digression étrangère au grand équipage et conditions de route ...]

- malle-poste -
Nous courions à dix-huit chevaux, et l'ordre de l'administration des postes nous précédait de quelques jours pour que les chevaux fussent prêts. Nous faisions de longues journées. Partis à 4 heures du matin (ndlr : 6 heures en heure d'été actuelle), nous nous arrêtions pour dîner (ndlr : à midi). la chaise de poste et le premier courrier nous devançaient d'une heure (ndlr : eux démarraient donc à trois heures) . Cela permettait de trouver la table prête, le feu allumé, et quelques bons plats préparés ou améliorés par notre cuisinier. Il emportait de Paris, dans sa voiture, des bouteilles de coulis, de sauces toutes préparées, tout ce qu'il fallait pour obvier aux mauvais dîners d'auberge. La chaise de poste et le premier courrier repartaient dès que nous arrivions, et lorsque nous faisions halte pour la nuit, nous trouvions, comme le matin, tous les préparatifs terminés.
[...]
Après avoir parcouru 160 lieues (690 kilomètres) de chemins détestables et défoncés, après avoir traversé des torrents sans ponts où l'on courait risque de la vie*, on entrait, une fois le Rhône franchi, sur une route aussi belle que celle du jardin le mieux entretenu. On passait sur de superbes ponts parfaitement construits ; on traversait des villes où florissait l'industrie la plus active, des campagnes bien cultivées. Le contraste était frappant, même pour des yeux de quinze ans.
Le beau Languedoc atteint, nous arrêtons là le récit de Lucy Dillon.
Voilà la vérité de l'innocence, la description du pays et celle de la période des Etats est un régal pour le "patriote" (Chapitre III du Journal d'une femme de cinquante ans, Chapelot Paris, 1913 en ligne sur Gallica).



* ils passaient les gués de France, portes de voiture grandes ouvertes, afin que le flot la traversât sans la renverser !

jeudi 21 juin 2012

Faire évoluer la corrida


Demain c'est la feria de Saint-Gilles (salut André, mais je ne viendrai pas cette fois), l'occasion de revenir sur un débat sanglant qui eut lieu au mois de mai chez Newsring. Le piéton y a contribué dans les limites de son équanimité, à preuve la contribution rapportée ici et augmentée d'une proposition œcuménique (per un còp !):

« La façon dont les diverses cultures taurines prennent formes et significations les unes par rapport aux autres permet d’identifier, de délimiter et de différencier une aire culturelle sous influence hispanique. Cette approche s’inscrit pleinement dans une réflexion plus générale sur la territorialité » (Jean-Baptiste Maudet).

Sans aller jusqu'au Mexique, nous observons que le taureau est un marqueur puissant de territoires contigus allant du Rhône au Cap Saint-Vincent (Algarve). La décision de la Catalogne d'effacer cette empreinte ne brise pas l'arc taurin qui passe au-dessus par l'Aragon et la Navarre. Si ces "pays" ne peuvent être définis entièrement par leur participation à la tauromachie, ils s'y reconnaissent ensemble et cette occupation fait lien entre eux.
Le lobbying d'abolition des corridas y est perçu comme une intrusion dans leurs moeurs quelle que soit la pertinence ou l'ancienneté de leurs traditions. Et cette intrusion est partout celle du Nord. Sans remonter à la Croisade, on voit que la pression du Nord a été continue sur les modes de vie du Sud et les faiseurs d'opinion d'aujourd'hui parlent aux méridionaux comme à des enfants incorrigibles. Tout ce qui naît au Sud est risible, inconséquent, futile ou éphémère, d'ailleurs le Sud n'a pas de prix Nobel (ndlr: cette affirmation est un argument du lobby pour diminuer le niveau intellectuel de l'hispanité) !

Mais s'il plaît aux méridionaux de vivre tels qu'ils sont, à quel motif légitime des étrangers venus d'on se sait z'où, auraient compétence à réviser leurs moeurs pour leur dicter le bon comportement, leurs saines distractions, même leurs croyances acceptables ? Les abolitionnistes peuvent-ils comprendre qu'ils poussent le monde à l'uniformisation où toute différence culturelle finira écrasée par un Code moral universel. Qui montera au Sinaï le chercher ? Le peuple élu ?
La diversité n'est acceptable à leurs yeux que s'ils la contrôlent eux-mêmes.
Sur ce fil (ndlr: Newsring) nous observons la dictature des végétariens ! Et le Sud pouffe !
(fin de la contribution NWSRG)


Le jacobinisme à l'oeuvre chasse en meute, il suffit de s'intéresser cinq minutes à leurs blogues et réseaux sociaux caporalisés par deux ou trois grandes gueules pour le savoir. Il était inutile dès lors d'affronter sur Newsring les autistes de la bronca occitane Benchetrit-Szala-Altmeyer-Brocéliande (c'est une blague, il y a aussi Brizard, Rossi et Bassignani) et j'ai choisi de développer l'argument sur Royal-Artillerie, non pour soutenir l'afición qui se porte bien sans nous, mais pour explorer voies et moyens de vivre ensemble dans l'arc taurin. Peut-on vaincre la Mort sans tuer ? Telle est la question fondamentale.

Pour y parvenir il faut changer les codes et d'abord bien séparer les spectacles taurins participatifs comme la course landaise et les corridas professionnelles. C'est de celles-là dont nous parlons maintenant.
D'entrée, il n'y pas de demi-mesures ni de faux-fuyants, le combat reste un combat et l'animal doit être apte autant que le torero. Exit les corridas au rabais où, faute d'argent, on convoque des "amateurs" pour affronter des taurillons qui vont se faire littéralement massacrer. Quand une corne traverse l'un de ces gangsters, mon oeil brille d'intérêt. Un torero vise au surhomme, les miquets ne sont pas convoqués.
C'est d'abord la mise à mort qui hérisse les consciences progressistes et le sang versé à la pique. C'est aussi la confrontation terrible du cheval monté enfermé dans l'arène et du taureau quasi-sauvage qui fait plus que son poids.
Toute la beauté du combat est dans les passes de cape et la pose des banderilles. Ce n'est pas simplement une chorégraphie brillante et courageuse ; c'est une "lecture" de l'animal mais également de l'homme par les aficionados. Disons qu'il faut être formé pour y comprendre quelque chose, comme au criquet - un vrai sport de végétarien. Allons à la fin, à la faena. Quand le taureau est-il battu ? Lorsque il ne charge plus l'homme qui lui tourne le dos et s'éloigne en traînant la muleta derrière lui. Le combat est à mon sens terminé. La suite n'est pas utile même si le sacrifice participe du rituel, car elle convoque par moment des pulsions qu'on n'aime pas voir. Supprimons la mise à mort, après avoir supprimé le tercio de piques du début. Je pense qu'à ce compte un public averti pourra continuer à venir aux arènes sans exciter l'ire des défenseurs des animaux. Il y aura d'autres réglages à faire et une pédagogie de l'exercice à mettre en place. Les taureaux seront dans la force de l'âge provenant d'élevage réputés et les toreros certifiés d'expérience. Terminé les novilladas. Alors on aura transcendé le mythe en substituant à sa "réalisation" les signes du sacrifice, et seulement les signes.
Restera à éduquer les foules, en commençant à l'école primaire.
Les profs devront-ils avoir pratiqué ? C'est tout ce qui restera du débat.





- Il existe peu de littérature taurine ou tauromachique mais les Editions Verdier ont créé une collection spécialisée que vous pouvez découvrir en cliquant ici.
- Pour l'édification des adversaires de la tauromachie, le mot-clé "corrida" en moteur de recherche présente beaucoup de photos de toreros embrochés. Qu'ils soient rassurés, le Minotaure sait punir.
- Royal-Artillerie avait publié en 2010 un long article sur la tauromachie qui a été repris par extrait sur Newsring au mois de mai, déclenchant la fureur des végétariennes.

lundi 30 avril 2012

Depuis le bord de mer

Le cycle Pescaïre du dimanche continue. La pêche du bord s'appelle aujourd'hui surfcasting puisqu'on prend le poisson sur la crête de la vague quand il fait l'hawaien ! Elle se pratique en général les jours de gros temps, et en Méditerranée, quand la mer "ramène" si le vent est tombé. Le ciel est généralement gris de plomb, mais on peut toujours faire le coquet par beau temps pour engager la conversation avec les oiseux qui passent, sauf qu'en ce cas on passe chez le poissonnier en rentrant.


Il est toujours impressionnant de se voir lancer la ligne à près de cent mètres. On ressent sous le grain un sentiment de puissance face aux éléments. J'ai vu sortir un dauphin au Grau du Roi, et des thons plus longs qu'un homme est haut à Palavas. Mais l'ordinaire peut heureusement entrer dans la poêle ovale : daurade, loup, marbré, sole et parfois un congre perdu qu'il est sympa de remettre à l'eau.

Outre l'aisance d'un lancer énergique qui réclame une certaine force, il sied de connaître un minimum de technique. C'est en bout de ligne que ça se passe et Royal-Artillerie se décarcasse pour que vous prépariez votre journée de surfcasting sur la plage du Grand Travers dimanche prochain.
Oublions pour aujourd'hui d'insister sur la fraîcheur renouvelée en continu des appâts, c'est au vif qu'on prendra plus gros, et étudions les empiles. Il y a 19 montages différents (©Christophe Leroux)) d'après le Conseil d'Etat ; nous en choisissons quatre, du plus simple au plus sophistiqué :


Le flapper


Le trainard bas suspendu


Le téléphérique


Le pulley rig auto-ferrant


Avant de passer aux 15 autres configurations, vous devinez déjà que vous n'aurez jamais le temps de lire les promesses électorales qui n'engagent que vous, puis d'aller éliminer celui des deux qui vous convient le moins. On n'a qu'une vie, ne la perdez pas dans les isoloirs. Bonne pêche !


Même début mai, il faut s'habiler chaudement pour surfcaster car le mauvais temps est votre allié.


samedi 5 décembre 2009

Ça mousse en Septimanie

Frêche et GayssotGeorges Premier de Septimanie est un monarque indétrônable parce qu'il a sû capter l'affect populaire. Les stratèges en cabines de la rue Solférino ont voulu lancer le croiseur PS Canal-Dogmatique à l'assaut du vieux vaisseau de la gauche plurielle qui tient la région Languedoc-Catalogne de pied ferme. Macaboudeu ! Quand on a ouvert les portes de la cale sèche, il n'est pas entré un mètre d'eau. Frêche avait tout bu.
Avec plus de quatrevingt pour cent des voix militantes de la région, la liste socialiste Frêche & consorts coule bas la liste des socialistes notabilisés. Le chef des miquets parisiens, oubliant que le roi fut viré du parti pour racisme prouvé, va au rallye en exaltant le souverain juge, le peuple militant. C'est faire bon marché des caciques locaux en devenir, obéissants, C6 cuir et tout et tout, mais monter contre Frêche et perdre à Montpellier, c'est simplement mourir. Ton boucher ne te sert plus. Quels étaient donc ces jeunes présomptueux ?

maire de montpellierLe docteur Hélène Mandroux, maire de Montpellier et affublée de l'attribut "conne" par le président de l'Agglomération, Frêche. André Vézinhet, nomenklaturiste, ruthénois d'origine mais hors-garantie aujourd'hui, député-président du Conseil général de l'Hérault qui fut adjoint de Frêche à la mairie de Montpellier. Kléber Mesquida, député localier du PS sans avenir. Le professeur de Droit Paul Alliès, passionné de science politique théorique, simple conseiller régional de l'ancienne liste Frêche, s'est essayé à la pratique en tentant de faire endosser le putsch par Solférino. Pierre Bouldoire, socialiste lambda+, maire de Frontignan et conseiller général. On ne retrouve aucune "pointure" dans la Fronde. Elles serrent le vent et sont toutes venues chez Frêche.

président du CG de l'HéraultLes alliés naturels de la liste du roi sont les communistes emmenés par l'inénarable nullissimus Gayssot de Béziers (le seul que la Sainte Inquisition ait loupé après le Sac) et les radicaux de gauche, mais ceux-ci seraient, dit-on dans les cercles de crapette, traversés par un courant réformateur contempteur de l'ébranleur d'opinion, Baylet, la grosse saucisse de Toulouse. Frêche entend-il les remplacer par les Chasseurs & Traditions avec qui il a naturellement une conversation facile ? Extrait : « Il y a des tas de nullards qui ont la carte du Parti socialiste. Les "dirigeants" du PS feraient mieux de s’occuper un peu de toutes les régions où il y a des mecs qui piquent de l’argent. C’est marrant, ça n’a pas l’air de les gêner. Aubry, d’ailleurs, ne me connaît pas bien. Je crois qu’elle a de moi une fausse idée ».
Et dans un amphi aujourd'hui célèbre : « Les gens, ils ne fonctionnent pas avec leur tête, ils fonctionnent avec leurs tripes. La politique c’est une affaire de tripes, c’est pas une affaire de tête, c’est pour ça que moi quand je fais une campagne, je ne la fais jamais pour les gens intelligents. Des gens intelligents, il y en a 5 à 6 %, il y en a 3 % avec moi et 3 % contre, je change rien du tout. Donc je fais campagne auprès des cons et là je ramasse des voix en masse » [la totale ici].

Bon courage à ceux qui veulent encore lui passer sur le ventre. Il lui faudra quand même compter sur les mélenchonistes du Parti de Gauche qui peuvent lui pomper les purs. Il en reste là-bas, autant que de culs blancs vignerons.

manif viticole
Première région française pour la consommation de pétards, la Septimanie est aussi leader pour le pinard et queue de liste pour l'alcoolisme, on ne peut pas emporter tous les premiers prix. Par contre ses viticulteurs sont redoutables à jeun, et craints par les CRS qui leur ont abandonné jadis¹ un mort. Il ne suffira pas d'être "grande gueule" pour les faire retourner aux chais. C'est le grand défi de Frêche s'il réussit à conserver sa région, car l'Etat se désengagera d'un contentieux dangereux pour l'ordre public et pour "l'identité nationale". Les 24000 vignerons languedociens, renforcés peut-être de leurs confrères catalans, peuvent faire précipiter tous les mécontentements qui sont nombreux, dans une région plus revendicative [archives de la grande révolte de 1907] que laborieuse. Quoique ! Dans la viticulture, les efforts coûteux de la profession pour monter en qualité ont été récompensés par l'invasion de piquettes industrielles de l'hémisphère sud que l'on oublie trop souvent d'analyser avant la mise en libre pratique sur le marché unique. Heureusement que la sécheresse australienne détruit en ce moment leurs fermes à vin.
On lira avec intérêt le rapport très documenté (et bien écrit) des députés Philippe-Armand Martin et Gérard Voisin, publié par l'Assemblée nationale sous la cote 3545.

Pour participer au cirque électoral des régionales, en Septimanie ou ailleurs - chaque région a sa sciure - veillez à être inscrit sur les listes ad hoc de votre commune avant le 31 décembre.

Note (1): A Montredon le 4 mars 1976, les CAV (comité d'action viticole) ouvrent le feu sur les CRS et tuent le commandant Joël Le Goff ; la riposte tuera un vigneron, Emile Pouytès. [source]. La CEE entend la colère, ouvrent les vannes des subventions et les modérés reprennent la main sur le terrain, mais il était plus que temps. En juin 2008, deux véhicules de gendarmerie ont été incendiés à Montagnac par les fils des CAV. La situation de la viticulture est pire aujourd'hui.



Une faute d'orthographe, de grammaire, une erreur à signaler ? Contactez le piéton du roi à l'adresse donnée en bas de page et proposez votre correction en indiquant le titre ou l'url du billet incriminé. Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

Articles les plus consultés