Affichage des articles dont le libellé est Rome. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Rome. Afficher tous les articles

dimanche 16 avril 2023

La Route des Rutènes (archive)

Note d'ordre : Ceci est le résultat d'un travail personnel de longue haleine et sans intérêt public mais accessible à tous. Il est sauvegardé sur ce blogue par commodité et susceptible d'augmentations/corrections. On n'y trouvera pas de carte détaillée de toutes les voies romaines du Midi, ni les modes et techniques précises de construction standardisée de ces routes, juste une évocation ; de nombreux ouvrages spécialisés en parlent d'abondance pour qu'il ne soit pas nécessaire de mimer l'érudit. Ce n'est donc pas une "thèse de dynamique spatiale" comme on appelle aujourd'hui les monographies de transport.


chaussée sur un pont romain sans doute repavée

Dans une vie antérieure, j'ai appris qu'un consul romain décréta la construction d'une Via Rutenorum de Nîmes à Rodez à travers une contrée coupée en tous sens de montagnes et de cours d'eau parfois encaissés (Vidourle, Rieutord, Hérault, (Arre) Vis, Tarn, Viaur, Aveyron), avec de grandes déclivités (accès au plateau du Larzac). Je la date du IIè siècle post-Christum et on la retrouve dans l'histoire régionale sous différents noms en sus du précité, selon les tronçons : Cami Romieu, Cami Farrat, Route des Rutènes, Chemin Royal, Chemin Vieux, Grand Chemin. A noter que la section Larzac-Nîmes n'est pas sur la Table de Peutinger, ni sur l'Itinéraire d'Antonin (guide du routard du IVè s.). Elle est notée comme "diverticula" par l'archéologue Louis Bousquet.
Des géographes donnent pour acquis que cette "route" est un tronçon d'une voie romaine transversale qui allait de Arles à Saintes en bifurquant de la voie domitienne à Nîmes pour franchir les Cévennes. Elle se continue après Rodez vers Cahors etc... En fait, le même service est aujourd'hui rendu par l'aboutement d'est en ouest des routes D999 (de Nîmes à La Cavalerie du Larzac), N9 (de La Cavalerie à Millau) et D911 (de Millau à La Primaube - Aveyron) puis la N88 (de La Primaube à Rodez).

Quelle pouvait être l'intention du consul romain à lancer pareils travaux en Narbonnaise ?

Il a toujours existé un chemin à travers les basses Cévennes reliant les Volques aux Rutènes. A l'époque gallo-romaine, Segodunum ("le piton des plus forts"), bien qu'excentrée, était une ville relativement plus importante qu'aujourd'hui, capitale d'un pays riche tant en mines, cultures qu'en industries, et gouvernée par des élites éduquées qui n'eurent aucun mal à prendre en charge l'administration impériale à leur compte après la Conquête. S'il reste très peu de vestiges romains sur l'oppidum de Rodez (planchers carrelés de villas, mosaïques, hypocauste, amphithéâtre, fondations du grand forum, acqueduc, cloaque voûté), plusieurs voies romaines importantes en rayonnaient avant la construction de la Via Rutenorum, qui permettaient déjà l'accès à Toulouse par Gaillac et Rabastens, à l'Aquitaine par Cahors, à la Narbonaise maritime par Clermont l'Hérault et à Lyon par Javols. Il aurait existé aussi une voie Nîmes-Lodève (par Sommières, St Martin-de-Londres (départementale D1) et continuant sous la Séranne par La Vacquerie (-St Martin de Castries) permettant d'éviter le chaos du piémont de l'Aigoual (Lingas) et d'attraper à Soubès la pénétrante sud-nord vers Millau en direction du nord et la Domitienne en direction du sud. Mais sur le Larzac, notre route est identifiée comme différente de celle de Lodève qu'elle rejoindrait à hauteur de La Cavalerie (?!). Quand on connaît le territoire traversé entre Le Vigan et La Cavalerie, on élimine tout intérêt fiscal voire même administratif. Par contre, connaissant les têtes dures des Cévennes et les caboches du Rouergue, il est pensable que la voie facilitait les opérations de police de l'empire, la circulation des ordres impériaux et du courrier.
On ne doit pas négliger les motifs économiques d'échanges interprovinces et au-delà. Nîmes est à cette époque le pôle le plus attractif du Midi et une bourgeoisie d'affaires y est très influente. Descendent du Massif Central, des minerais triviaux et précieux, des articles métalliques, de la poix, de la vaisselle en quantité industrielle (céramique sigillée de la Gaufresenque près Millau), des bœufs (salers rouges), des moutons, de la laine, du drap et des fromages ; proviennent d'Aquitaine et d'Espagne, ânes et chevaux, des peaux tanées, des fourrures, des fruits secs, des minerais raffinés ; d'Italie, de l'huile (d'olive), des produits de l'agriculture élaborée, du vin ; et importés par le port de Narbonne, arrivent des épices, des herbes de sacrifice (myrrhe, encens), des parfums (musc), de la soie, de l'ivoire provenant de Méditerranée orientale (Alexandrie et les échelles du Levant) ; sans oublier le trafic du sel de mer indispensable aux salaisons.
Reste l'hypothèse d'une voie de recul stratégique permettant de faire marcher des légions depuis Arles vers le bassin fluvial de la Garonne sans passer par les voies littorales faciles à conquérir pour l'ennemi du moment. A ce sujet, il faut rappeler que la voie ferrée Tournemire-Le Vigan par le Larzac (1879-1971), tronçon d'un Rodez-Lunel, répondait aussi au défi stratégique de basculer en sûreté des moyens entre les bassins du Rhône et de la Garonne. Mais plus probablement tous ces motifs se sont rejoints pour ouvrir une voie coûteuse entre la capitale économique du pays et l'oppidum ruthénois d'où repartaient d'autres voies vers l'ouest et le nord.

Il est quasiment certain que les ingénieurs de l'empire ont suivi le plus souvent possible les drayes à bétail ou les chemins gaulois que l'on nous dit nombreux. Ainsi parle-t-on souvent de voies "gallo-romaines". Pour terminer ce paragraphe, il faut souligner qu'avant la Conquête, il existait des voies gauloises empierrées dites charretières, capables de trafic à grand débit. César en fera bon usage pour faire marcher ses légions, comme plus tard les hordes barbares feront leur profit des belles voies romaines comme autant d'axes de pénétration rapide de leur cavalerie et de leur charroi.
Nous allons donc nous limiter à sa description et oublier son intention initiale. Le contrôle de l'itinéraire est fait sur la carte Michelin n°80 au 200.000ème (éd.1990 d'avant l'autoroute A75). Pour mémoire, les Ponts & Chaussées romains ont construit plus de 320.000 kilomètres de routes ! Elles furent la première armature impériale et à ce titre, il semblerait que ces constructions ne cessèrent pas tant que l'Etat prévalut jusqu'au IVè siècle.

Itinéraire
La Route des Rutènes "Nîmes-Millau-Rodez" commence dans le bassin drainant du Vidourle (fuseau de la départementale D999 du Gard) jusqu'à Moulès (près de Ganges). Elle franchit à sec le torrent du Rieutord pour remonter vers Sumène* et bascule à Cap-de-Coste dans le bassin drainant de l'Hérault qu'elle franchit à Pont-d'Hérault. Elle évite les emportements de l'Arre en passant par Bréau et le col de Mouzoulès et par Aumessas rejoint Alzon où elle franchit la Vis, puis se hisse par le causse de Campestre sur le plateau du Larzac au col de la Barrière près de Sauclières (frontière gauloise entre Volques et Rutènes), vers Saint-Martin du Vican. Soit elle rejoint à l'Hospitalet du Larzac ou à La Cavalerie la voie Cessero-Luteva-Condatomagos-Segodunum qui remonte de Saint Thibéry depuis la Voie domitienne vers Rodez, mais plus probablement elle tire droit à travers le camp militaire jusqu'à l'est de Creissels d'où elle tombe sur le Tarn qu'elle passe à gué. A noter l'alignement SE-NO de St Martin du Vican, Les Liquisses, Les Agastous, La Blaquière et St Michel.
*une option intéressante à vérifier serait le chemin en hauteur Ganges-Cap-de-Coste qui suit la ligne de partage des eaux entre Rieutord et Hérault et qui évite les crues du torrent. Il s'embranche en continuation du Chemin des Cades à Ganges et vers le nord devient le GR 60. C'est dans l'autre sens une large piste forestière desservant les Jumeaux de Sumène. Cet itinéraire évite la côte si raide qui, passant de Sumène à Pont-d'Hérault, fit tant parler d'elle sous l'Ancien régime.


De Millau vers Rodez on la suit sur le fuseau de la D911 (Millau-Villefranche de Rouergue) jusqu'à la tour d'Azinières, puis vers Comberoumal, les Vernhes (lac de Pareloup), Camboulas, la Baraque du Pouget, Viel-Vayssac, Briane, Hyars, La Vayssière et par la D62 au Monastère sous Rodez pour franchir l'Aveyron et monter à l'assaut du piton jusqu'à la porte Sainte-Catherine. Les passages attestés existent** mais sont peu nombreux. Une pratique des travaux publics permettrait de diriger aujourd'hui la voie entre les côtes montueuses, les gués et les toponymes romains comme Lestrade. Combien de "baraques" dans les deux fuseaux successivement considérés ! Mais sur notre itinéraire, il ne reste aucun pont romain franchissant les fleuves et rivières précités. De Rodez le réseau continue vers Cahors, vers Toulouse d'une part, et vers Javols (et Lyon) d'autre part. Pour mémoire, des drayes destinées à la transhumance, qu'il ne faut pas confondre avec des voies romaines, sillonnent le territoire et peuvent prêter à confusion.

Technique des chaussées
Le tracé privilégié par les ingénieurs impériaux est la géodésique s'affranchissant des déclivités par le déblai-remblai du sol primaire. Si le souci de la pente est présent, celui de la ligne droite l'est tout autant et l'on s'étonne de trouver des pentes raides qui convoquaient parfois un renfort d'attelage pour franchir le col.

Nous confions ce paragraphe à l'érudition des grands anciens qui savaient tout sur la voie romaine standard (avec beaucoup d'exceptions): 22 pieds romains de large, bordés de 2x14 pieds non edificandi (50 pieds d'emprise totale), chaussée perméable sur ballast, parfois bombée, parfois non, dégorgeant dans des fossés ou drains d'évacuation. Les voies qui nous occupent en pays rutène n'étaient pas pavées comme les voies prestigieuses de la plaine de Languedoc, mais empierrées et sablées (viae glarea stratae), donc plus difficiles à détecter de nos jours, même si parfois sous la terre arable rapportée par le vent, on retrouve l'ouvrage multi-couches presque intact, avec son profil légèrement convexe.

Bornes milliaires :
Les distances que l'on trouve sur les bornes kilométriques rescapées de l'antiquariat se comptent en lieues gauloises romanisées ou en milles romains. Après d'épiques empoignements au millimètre près entre sociétés savantes, l'académie s'est accordée sur les valeurs suivantes :
La grande lieue gauloise (7500 pieds) vaudrait 2468 mètres d'aujourd'hui et le mille romain 1481 mètres (1000 double-pas).
Le pied romain dont on connaît des étalons vaut 0,296 mètre ce qui porte l'emprise inaliénable de la voie standard à 15 mètres et la largeur carrossable de la chaussée à presque 6 mètres. Sur le camp militaire du Larzac, on a fouillé un tronçon à grand débit qui faisaient 7,40 mètres de large.

**Passages attestés :
Le Monastère et Layoule pour l'Aveyron (2 bretelles inexplicables d'accès à la ville mais déjà constatées ailleurs en Rhénanie, se rejoignant à la Baraque du Pouget-D911)
Mas Marcou (Flavin)
Hyars (Flavin)
Camboulas (pour le Viaur)
Crespiaguet
Canet de Salars
Les Vernhes (Pareloup)
Curan
Comberoumal (vallon romain)
Azinières
Les Aumières (GR62)
Millau (Condatomagos = place de marché du confluent)
Gué de Saint-Thomas (Tarn)
Route de Brunas (lacets)
(on n'a pas retrouvé l'embranchement des deux voies du Larzac entre L'Hospitalet et La Cavalerie, mais les bâtiments romains de services aux voyageurs sont peut-être sous les villages bâtis)
Sauclières
Col de la Barrière (D999 x D273)
Alzon (pour la Vis)
Mouzoulès (col de) du taillable de Mars (le chemin des Rutènes signalé en surplomb de la vallée de l'Arre ressemble plus à un chemin gaulois empierré qu'à une voie romaine)
Le Vigan (Avicantus - chant d'oiseau)
Le Rey (pour l'Arboux) Pont-d'Hérault (pour l'Hérault)
Sumène
Gué de Ganges (Aganticum) (pour le Rieutord)
Mandiargues
Sauve (pour le Vidourle)
Quissac (Quintiacum)
Montpezat
Chemin vieux de Sauve (Porte de S. à Nîmes)

Le doute qui persiste sur certains tronçons de la voie pourrait être levé en faisant une randonnée à cheval (avec quelques instruments de géodésique) et en se mettant dans la peau de l'ingénieur romain, sachant qu'il privilégiait la ligne droite ou les larges courbes prenant en écharpe la déclivité plutôt que des lacets moins abrupts, pour des considérations économiques et de visibilité du trafic. Le territoire n'a pas été bouleversé, on est dans les conditions d'époque. En selle !

borne milliaire à Rodez
borne milliaire à Rodez

Sources :
  • https://www.nationalgeographic.fr/histoire/les-voies-romaines-reseau-routier-dun-empire
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Voies_romaines_en_Gaule (dont Arles-Saintes en Charente maritime)
  • https://fr.taylrrenee.com/obrazovanie/85077-rimskaya-doroga-opisanie-istoriya-osobennosti-i-interesnye-fakty.html
  • https://aquitania.u-bordeaux-montaigne.fr/_jumi/pdf/1385.pdf (p.333 et s. - voies et chemins en Rouergue)
  • http://www.nemausensis.com/Gard/TopoGard.htm
  • http://www.lesportesdutemps.com/archives/2019/08/01/37536008.html (distances)
  • https://www.st-jacques-aveyron.com/ititour/objects/poi/documents/E01-livre-sur-voie-romaine-Lestrade.pdf
  • http://www.nemausensis.com/Nimes/ViaDomitia/MilliairesVoieDomitiene.pdf (bornes milliaires)
  • https://www.persee.fr/doc/galia_0016-4119_1999_num_56_1_3011 (lieue gauloise)
  • http://voiesromaines35.e-monsite.com/pages/elements-de-toponymie.html
  • https://journals.openedition.org/gallia/596 (St Thibéry-Rodez)
  • https://issuu.com/loubatieres/docs/9782862666280 (itinéraire en Basses Cévennes)
  • https://www.archeo-rome.com/voies/voies05.html (centuriation pratique)
  • https://www.jstor.org/stable/44744702 (relais routiers romains entre St Thibéry et Rodez)
  • https://www.persee.fr/doc/sracf_1159-7151_2009_act_35_1_1422 (vestiges romains de Rodez et de Millau)
  • https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96163310/f1.item (Le Gautier de la construction des chemins - 1755)
  • https://www.journaldemillau.fr/2023/11/28/histoire-et-patrimoine-a-la-decouverte-de-la-voie-antique-entre-millau-et-nimes-12-11608508.php (page 1 sur 2)
  • https://www.journaldemillau.fr/2023/11/29/histoire-et-patrimoine-a-la-decouverte-de-la-voie-antique-entre-millau-et-nimes-22-11608553.php (page 2 sur 2)
  • https://www.jstor.org/stable/41643360 (Les Rutènes d'Alexandre Albenque - recension par Marcel Renard)
  • https://archives.musee-archeologienationale.fr/index.php/notes-sur-les-voie-romaines-qui-ont-travers-le-pays-des-ruth-nes - Notes sur les voie romaines qui ont traversé le pays des Ruthènes (9.02.1860 pour la Commission de topographie des Gaules du Ministère)


Commentaires ? Les corrections étayées sont bienvenues.

jeudi 30 août 2018

Un pape aux abois


L'archevêque Viganò
Ras la mitre, ce pape est un bouffon ! C'est en ces quelques mots qu'on peut résumer le cri de colère de l'archevêque lombard Carlo Maria Viganò. Mais déjà la presse catholique progressiste voit dans les accusations du nonce émérite contre Sa Sainteté François dans le scandale McCarrick un complot conservateur visant à briser le réformisme du pape argentin. A ses yeux, les réseaux homosexuels, les réseaux pédophiles, les nombreux crimes et péchés individuels sont affaires courantes et parfois anciennes qu'il faut traiter en temps et heure, dans la honte, la pénitence, la prière et tout le diable son train, peut-être même en déférant, contraint et forcé, les délinquants à la Justice du territoire ayant abrité ces "horreurs", à défaut, les couvrir jusqu'au bout pour sauver le bizness. Et les chargés de propagande de la presse mainstream de dénigrer déjà le lanceur d'alerte comme un prélat cupide et ambitieux.

L'exclamation du jésuite américain James Martin tombe à point pour résumer la situation de corruption morale du clergé de son pays : « L’idée d’une épuration des prêtres gays est aussi ridicule que dangereuse. Une telle épuration viderait les paroisses et les ordres religieux de milliers de prêtres et d’évêques qui mènent une vie saine de service et qui restent fidèles à leur célibat ».
A tomber de l'armoire ! Ils couchent urbi et orbi mais ne se marient pas, donc le vœu est sauf. Je m'amuse à l'idée d'une détection des gays. Doit-on mettre la fille cachée de Naomie Campbell dans le lit de l'éprouvé pour s'assurer de sa saine réaction ?

Et il en va autant (Yves Daoudal dixit) au Chili, et même en Uruguay. Faut-il cacher les orgies romaines des monsignores de la jaquette qui auraient pu choquer à mort le pape Benoît XVI, lequel déplorait la pourriture (sic) de l'Eglise dans son homélie du pallium d'investiture ? Ne parlons pas des quatorze mille enfants irlandais élargis par le clergé, là c'est trop !
Mais Bergoglio, s'il est touché gravement, semble vouloir négocier dans le marigot du Vatican plutôt que de trancher définitivement le nœud gordien à la hache ! Il se trompe lourdement, le vent a tourné, la tradition revient vent arrière en Europe et aux Etats-Unis. Un tout petit signe ? les dominicaines de Fanjeaux ont remis l'uniforme et jeté le fichu "femme-de-ménage" aux orties. L'Eglise a besoin de sérieux et d'autorité. La bronca des épiscopes américains qui soutiennent le nonce dénonciateur signale que Sa Sainteté n'en a plus !

Que l'Eglise catholique s'effondre en France ne serait pas un drame si grand, la nature a horreur du vide et des alternatives prendraient sa succession. Ses préceptes (sauf contre l'avortement) défendent des principes qui nous affaiblissent, nous moutonnisent. Au cœur de métier, les messes sont de moins en moins courues, sans doute parce que les gens ont fait leur deuil des promesses de vie éternelle et s'appliquent à profiter de leur vie terrestre sous la devise "mieux vaut tenir qu'espérer". La morale naturelle à l'espèce humaine remplacera partout la DSE (doctrine sociale de l'Eglise). Les diocèses, tous en péril, se sont déjà reconvertis dans le caritatif (comme les protestants), laissant l'eschatologie de base aux religions exotiques. Pour y aider, on peut relire Frédéric Nietzsche dans sa Critique des valeurs supérieures (livre deuxième de La Volonté de puissance) ; c'est définitif ! Et désespérant.


Iconographie populaire des Bons Chrétiens sur le chemin de Compostelle


Le christianisme est un message universel de paix et d'égalité entre les hommes autant que la promesse de lendemains cachés qui chanteront. Et justement, dans le droit fil des évangiles, nos ancêtres cathares déployaient leur doctrine sur le "Sermon de la montagne" et refusaient le logiciel binaire développé par les Pères de l'Eglise pour antagoniser le bien et le mal au sein de la même Création. Pour les Cathares, Dieu l'Eternel était étranger au Néant originel qui pouvait aspirer les âmes comme le trou noir de Hawkings. Dieu est le principe de l'invisible qui n'a fait que les esprits, entités impossibles à corrompre ou détruire. Le visible est une illusion qui procède d'un autre principe étranger à Dieu et venant du Néant. Ciel et terre, tunique de peau (prison charnelle), tout le visible est corruptible, destiné à pourrir et disparaître à la fin des temps. Les affaires de mœurs qui minent l'Eglise aujourd'hui comme hier sont plein cadre. L'Eglise se vautre dans l'illusoire éphémère et délaisse l'éternel essentiel ! On comprend que les Cathares aient fortement déplu dans une métaphysique aussi puissante (*)

La construction hiérarchique de l'Eglise qui a suivi l'épopée christique a transformé patiemment le message de Jésus (jamais écrit de sa main, notez bien) tel que l'ont relayé les évangélistes et ses apôtres dans leurs Actes, en un instrument de pouvoir séculier, jusqu'à l'asservissement légal des âmes et leur mise en culture. D'où l'apparition de contestations successives provoquées le plus souvent par la corruption et les privilèges des hiérarques, contestations déclarées comme hérésies par le pouvoir dominant menacé. L'oppression culminera au sac de Béziers mené en 1209 sous l'autorité du légat pontifical, mais il y eut d'autres pics ensuite jusqu'au XVIIIè siècle, jusqu'à ce que les sociétés civiles mettent le hola à la prédation cléricale par la libération des consciences.

Que l'Eglise ne veuille pas marier ses prêtres pour cent fausses raisons, ni ordonner des femmes qui restent pour elle une sous-espèce humaine corvéable à merci, ni chasser les pervers, ni condamner à la clôture en Pologne ceux des satanistes qui réclameront l'absolution, n'a plus d'intérêt.
Il existera toujours par ci par là des curés d'Ars qui soulageront les souffrances mentales des gens en recherche vitale d'affection. Ces abbés suffiront à pérenniser le message christique original qui offre aux âmes errantes qui l'entendent l'apaisement d'une angoisse de la fin de notre vie. Pour ceux qui savent ces choses, c'était le prêche des Bons Hommes que l'Eglise romaine fit brûler jadis comme du papier parce qu'ils l'accusaient de manipulation et de détournement du projet christique original. Leurs prédicateurs qui couraient châteaux et marchés, étaient instruits et convaincants, aucun n'en réchappa.

Ces évènements (la croisade des Albigeois) et les guerres de religion qui éclatèrent plus tard en France au XVIè siècle pour que la papauté sauve les meubles, ont laissé de profondes traces dans le Midi. D'aucuns de l'Eglise actuelle s'en moquent comme de vieilles lunes dépassées mais si on leur disait de mettre à la benne tous les conciles de la même époque et d'avant comme de vieux trucs dépassés, ils hurleraient au charron contre les contempteurs de la doctrine infaillible. En fait seule l'histoire les emmerde ! Et l'actualité plus encore !


Il va falloir parler pour dire quelque chose de crédible enfin !



Nota (*) Celui qui veut creuser la métaphysique cathare, qui reprend des tours à mesure que s'effondre la prégnance catholique conciliaire, peut chercher le bouquin d'Anne Brenon "Le vrai visage du catharisme" (Loubatières), un livre bien écrit et documenté. Aller plus avant convoque des pointures médiévistes comme Christine Thouzellier (1902-1982), Jean Duvernoy (1917-2010) et surtout René Nelli (1906-1982) qui a traduit du vieux languedocien tous les textes cathares rescapés de la Sainte Inquisition. Par contre se méfier des "vulgarisateurs" qui romantisent la vie des Cathares.


lundi 14 septembre 2015

L'Église roule la pente

Ce sera sans doute le billet le plus corrosif de la série. Il parle du flux migratoire poussé vers nous par tous les pouvoirs.

Jorge Bergoglio, SJ, S.S. François
Pourquoi le pape noir François 1er et beaucoup d'évêques européens, à la notable exception de quelques prélats d'Europe de l'Est¹, poussent-ils à l'accueil de cohortes musulmanes provenant du Levant et de Mésopotamie au sein d'une Europe fondamentalement chrétienne, même si la pratique de la religion y est en veilleuse ? Le motif de charité théologale écrase ici le concept de bon sens. La Conférence des évêques de France prévient qu'il n’est pas acceptable de faire un tri qui viserait à en accueillir certains seulement. On doit tout prendre ! Or la nature a ses lois : les territoires s'organisent pour leur mise en valeur par leurs propres habitants selon les codes sociaux qu'ils y ont établis. L'espace peut être clos ou ouvert et l'étranger accueilli à la simple condition de respecter us et coutumes du pays. On sait d'expérience que les musulmans, une fois installés dans l'assurance d'une résidence stable, se forment en communautés spéciales et visibles qui vont revendiquer une partie de l'espace public afin de "défendre" leurs mœurs coraniques d'abord, puis de les promouvoir par tous moyens licites. Même si une partie d'entre eux s'assimile en oubliant les rites désuets du désert originel, les autres s'enkystent.

Qui pourra endiguer et refouler l'islamisation de l'Europe occidentale ? L'Eglise ? Jean Sobieski ? Il s'agit de notre mode de vie, de notre civilisation même. Peut-être, comme le dit Michel Houellebecq dans Soumission, en avons-nous assez de cette molle décadence d'un Occident putréfié jusqu'à appeler à sa régénérescence une règle de fer forgée ailleurs.

L'histoire a prouvé que les divers monothéismes ne sont pas miscibles. Fondamentalement antagonistes, totalitaires par essence, ils sont en guerre entre eux, larvée aujourd'hui jusqu'à une paix hypocrite, sinon en guerre ouverte au prétexte que "mon Dieu est plus grand que le tien et le seul vrai". Si le catholicisme a prohibé les conversions militaires, l'islam est revenu sur une trajectoire de conquête sous divers visages, il faut être demeuré pour ne pas s'en apercevoir.

Mgr Fonlupt, évêque de Rodez²
Le pape et ses évêques semblent complètement branchés sur l'émotionnel comme n'importe quelle ligue pleureuse. Ils abandonnent l'essence même de la religion qui est de s'occuper des âmes ; des corps, il y a pléthore de soignants en concurrence féroce qui se disputent la manne publique et internationale pour faire carrière dans le charity bizness. Quand une religion abandonne l'eschatologie pour se complaire dans l'enrobage des mœurs civiles, son esprit meurt à petit feu. Et les hiérarques de se transformer en télévangélistes ou en père Fonlupt (photo) puisqu'il faut bien sauver les talents ! Pourtant, on ne croit pas en Dieu pour distribuer des pains au chocolat sur le quai des gares mais parce que nous sommes mortels et génétiquement angoissés par une fin certaine. Il semble que depuis longtemps cela n'intéresse plus la Sainte Calotte qui se vautre dans l'humanitaire, dans la communication permanentée, et qui ne va pas gâter l'ambiance en parlant de la mort ! Le porte-à-faux est manifeste.

Laissons pour une fois la parole à Ernest Renan qui, dans Patrice (à Rome, 1849), charge à fond la catholicité pour son déni des lois naturelles de bon sens et bonheur :

Si nous avions été païens, ou moins profondément imbus de christianisme, notre vie se fût écoulée normale et vulgaire. Si à cette époque nous eussions habité l'Italie, si j'eusse compris l'antiquité comme je la comprends maintenant, je n'eusse pas quitté les sentiers doux et faciles de la plaine pour les pics aigus et romantiques de la montagne. Je manquais radicalement à cette époque de cette mesure, de ce modus optimus qu'enseigne si bien cette terre classique. Apollon, Castor et Pollux, Diane, Minerve, Vénus me paraissaient insipides, parce qu'ils représentent la nature saine et normale. Je leur préférais une Vierge mère de Dieu, et la maigre image d'un Dieu tiraillé par des clous. Préférence donnée à l'anormal, à l'exceptionnel, au maladif, voilà l'esthétique chrétienne ; voilà les idées qui nous ont perdus. Maintenant je comprends à merveille que le beau n'est que dans le simple, dans le naturel, dans le vulgaire ennobli ; j'ai fait justice de ce prétendu attirail de finesse et de profondeurs, au moyen duquel on arrive à prouver que le laid, c'est le beau, que la pâle et hystérique sainte Thérèse est plus belle que Sapho. A cette étrange doctrine qui a bouleversé toutes nos idées sur le beau et le bien, je préfère la droiture antique ; à cette paradoxale théorie : Heureux ceux qui pleurent ! Heureux ceux qui ont faim ! Heureux ceux qui se privent ! Je préfère la prière de Solon :
« Charmants enfants de Mnémosyne et de Jupiter Olympien, muses qui habitez le Piérion, écoutez ma prière ! Obtenez-moi des dieux le bonheur et d'avoir toujours une bonne réputation aux yeux des hommes. D'être doux à mes amis et amer à mes ennemis, aimable pour ceux-là, terrible pour ceux-ci. Je souhaite d'avoir des richesses, je ne veux pas souffrir d'injustice...».
Voilà le vrai, le simple, le naturel. Voilà ce que le christianisme a profondément interverti par son surnaturalisme, en prêchant sans cesse le renoncement, le combat contre la nature, en subtilisant à l'infini sur le bien moral et le bonheur. Il nous a accoutumés à chercher les choses dans leur contraire, à chercher bien loin ce qui est tout près. Toutes les idées fausses qui sont dans le monde en fait de morale sont venues du christianisme. La Grèce, avec un tact divin, avait saisi la parfaite mesure, fugitive et insaisissable nuance qu'on entrevoit sans raisonnement par l'instinctive finesse de sa nature, mais où l'on ne peut se maintenir. La mesure d'ailleurs paraît froide et insipide à la longue ; on se fatigue de la proportion et du bon goût ; on en vient à préférer l'étrange, l'anormal.
(Fragments intimes, Calmann-Lévy, Paris 1914)

Nous y sommes en plein ! L'anormalité islamique fascine nos épiscopes. L'étrangeté d'une religion de chameliers jaillie de rien la leur coupe ! L'Eglise, qui jusqu'à hier structurait nos sociétés dans ses codes d'ordre, aspire aujourd'hui ses propres ennemis sur son territoire historique sans se préoccuper, semble-t-il, du devenir de ses "ouailles" promises un jour à la dhimmitude, comme c'est parti. Dans certains discours, nous avons la désagréable impression d'être devenus pour elle des obstacles à l'entropie universelle qu'elle promeut ! Les derniers Mohicans bas du front et vieux-jeu, nous gâchons l'enthousiasme des associations de secours exotiques. Nous ne comprenons pas "le" message.

L'Eglise du rempart de Charles Maurras s'est évanouie et sa justification structurelle disparaît. On fait place au culte de la sensiblerie, renouant avec les origines bitumineuses, gémissantes et carrément socialistes de son Chemin de Paradis. Qu'aurait-on pensé au tournant de la Seconde Guerre mondiale si l'on avait prédit que l'Eglise catholique pouvait représenter un jour un danger civilisationnel en s'associant au déclin de l'Occident chrétien ?






Qu'il soit bien clair que Royal-Artillerie milite pour l'accueil des Chrétiens d'Orient sans mesurer leurs effectifs. Incapables que nous sommes de les défendre chez eux, nous, en France, avons en conséquence le devoir de leur faire leur place ici. Ces gens sont les Chrétiens aborigènes des origines. Nous devons les respecter pour eux-mêmes et pour l'histoire qu'ils nous enseignent. Aparté : ils sont bien plus réalistes sur le dessein islamique que les monsignori du Vatican et leurs relais humanitaires, véritables chevaux de Troie.


(1) Mgr Henryk Hoser (Pologne) et Mgr Laszlo Kiss-Rigó (Hongrie)

(2) L'évêque de Rodez est l'héritier des Cardaillac, de François d'Estaing, de Georges d'Armagnac, de Colbert Seignelay de Castlehill et bien d'autres puissances en Languedoc, qui ne s'inclinaient que devant le pape ou le roi, et plus proche de nous, de Jean Ménard, dynamiteur de l'extension du camp du Larzac. La moustache rigolarde de Mgr Fonlupt fait bon marché des anciens titulaires ; il quitte le palais épiscopal qu'il ne peut plus chauffer pour un petit couvent de ville qui l'accueillera, lui et sa maigre escorte. Paix à son âme de liquidateur.


Postscriptum : Sur la question d'immigration elle-même, on peut se reporter au billet RA sur la thèse du Pr Hans Hermann Hoppe : La démocratie sociale force l'intégration des étrangers (clic).


Articles les plus consultés