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mardi 2 août 2022

Les Ninja de Langley

Ayman Mohammed al-Zawahiri est mort de neurasthénie sur son balcon de Kaboul où il prenait le frais en attendant le châtiment divin. Car on ne peut raisonnablement croire que le "penseur" d'al-Qaïda, celui qui a monté tous les gros coups, à commencer par l'attaque des tours jumelles de New-York et du Pentagone de Washington, n'ait pas anticipé pendant une seconde de temps le repérage satellitaire américain de la CIA qu'il avait aux trousses depuis 2002.

drone Reaper

Les circonstances de la liquidation du chef suprême dans sa villa sécurisée d'Abbottabad en 2011 ne laissaient aucun doute sur les capacités de l'agence à acquérir ses cibles. L'homme le plus prudent et le plus informé de la sphère terroriste ne pouvait l'ignorer. C'est ainsi qu'il avait pris l'habitude de sortir fumer une clope (ndlr) sur le balcon quand la brise de l'aurore descendait sur la ville à ses pieds. Qui attendait-il à 6h15 du matin ?

On saluera le luxe de précautions limitant les dommages collatéraux à rien ou epsilon, en remplaçant le combo "lumière et chaleur" par deux Flying Ginsu amenés à portée par un drone Reaper, les lames hachant menu tout ce qu'elles rencontrent en bas. Les fondamentalistes afghans ont trahi leur promesse de lutter contre le terrorisme international, promesse signée le 29 février 2020 à Doha (Qatar), en hébergeant à Kaboul dans une "villa sûre" le leader le plus corrosif du même terrorisme international. Nul doute que leurs réclamations sur tel ou tel point des accords de paix ne soient jamais prises en considération par les Etats-Unis ni par leurs alliés dans la cagade afghane. Quoique, à voir tout ce que perd la société afghane depuis la Libération, nous pouvons croire que nous avions quand même apporté quelque chose à ces peuples. S'il y eut de nombreux conflits entre tradition et développement - BREAKING : je m'interromps cinq minutes pour regarder sur CTi Taïwan le C-40C de Nancy Pelosi (82 ans) atterrir à Taïpei (02.08.2022-22:45 heure locale) ; un doigt d'honneur dans le cul de Xi Jinping - Oui... les avancées sociales en Afghanistan ?

Elles concernent surtout le développement de base par la réhabilitation des services publics avec les infrastructures idoines (écoles, postes, gares, banques, aéroports, rails, routes), l'électrification et le déploiement d'une administration sur le territoire au plus loin possible en profondeur (c'est elle qui pliera en premier sous la poussée des talibans). Mais c'est la libération du sexe jadis faible qui en sera l'emblème dans tous les pays du monde, même et surtout là où les femmes musulmanes sont opprimées.

Les filles feront des études, qu'elle pourront pousser jusqu'au troisième cycle ; et les garçons aussi, qui rencontreront des professeurs de meilleure valeur. Les femmes iront travailler le matin dans toutes sortes de services et guichets comme chez nous, et même comme pilote d'avion de ligne ou de liaison (Top Gun). Les clubs de sport se multiplieront (boxe féminine aussi) et des emplois en tout genre seront offerts par les administrations renaissantes et l'économie ragaillardie. On comprend la stupeur et la douleur d'une population ramenée brusquement à l'âge du bronze.

Certains petits reporters, comme Geoffroy Antoine chez Bld Voltaire qui passe sur CNews, se vautrent dans l'antiaméricanisme primaire en ne voyant d'autre issue à l'intervention occidentale en Afghanistan que le retour des talibans aux affaires et leur réarmement. Mais ce sont avant tous, les politiciens afghans désignés par la Loya Jirga et la hiérarchie militaire afghane qui ont trahi leurs peuples en détournant les moyens de défense du pays à leur profit, moyens considérables mis à disposition de l'ANA par les Occidentaux. Oui, cela nous a coûté très cher, mais il est minable de soutenir que c'était en pure perte. La mission civilisatrice était largement acceptée dans les couches pacifiques de la population. L'erreur - parce qu'il y a bien une couille dans le potage quelque part - est de n'avoir pas su instrumentaliser la dynastie des Mohammedzaï (Barakzaï), dont le dernier roi, Zaher Shah, était très respecté ; auquel on substitua le gauleiter Hamid Karzaï, un Popalzaï de la tribu pachtoune d’Ahmed Shah Dourrani (1722-1772), fondateur de l’Afghanistan. S'il avait des références, il n'avait pas l'aura qui en impose jusqu'au fond des montagnes.

Faute de vouloir en dire plus, le nez dans son parjure, le pouvoir à Kaboul dénonce l'intrusion d'un drone et in petto la pratique de l'assassinat ciblé qui menace ses chefs. Certains qui se croient plus forts que nous peuvent maintenant mesurer la valeur de la signature afghane à l'aune de la preuve, et accessoirement la furtivité de la menace qui "plane". Les Chinois s'inquiètent déjà de la merde islamiste qui risquent de remonter le corridor du Wahkan s'ils y passent une route de la soie comme c'était prévu au moment des effusions sino-afghane, quand Pékin prit le départ cahotique américain pour une victoire chinoise. Ils vont déchanter et réduire les transferts. A quoi sert-il d'acheter à prix d'or des gens sans aveu ?

Ce soir, champagne pour fêter la dispersion d'al-Zawahiri le funeste, mais surtout pour féliciter Mme Pelosi de n'avoir pas écouté les sirènes du sans-couillisme et les menaces en papier mâché de Pékin. On lui savait de la pugnacité. Ceux qui l'ont connue ou ceux qui la suivent savent qu'elle n'a pas un tempérament à avoir peur du bruit.

l'avion de Pelosi se pose à Taïpei

jeudi 30 décembre 2021

Le râle afghan

De tous côtés montent les malédictions qu'adressent aux Occidentaux les rationnaires de la conscience universelle. La disette afghane tourne à la famine ; l'incurie des barbares au front de taureau qui ont repris pied à Kaboul et dans les capitales régionales empêche de nourrir une population en grand danger depuis qu'on a détruit ses moyens de subsistance et le tissu économique du pays.

Route de Kandahar

On savait Allah absent de ces séquences de malheur, on savait les Talibans incapables d'autre chose que de se battre contre tout ce qui n'est pas eux ! On sait aujourd'hui qu'ils prennent en otage tout un peuple pour attendrir les cœurs d'occident et faire débonder les subsides internationaux qu'ils sauront "gérer".

Vingt ans d'occupation furent vingt ans de progrès, quoiqu'en disent certains laboratoires d'analyses géopolitiques qui nous sont systématiquement hostiles. Tous les témoignages concordent pour une fois. Avant sa submersion par la crasse islamiste, le pays, certes abonné aux agences de développement, arrivait à joindre les deux bouts et les gens mangeaient, se vêtaient, étudiaient, travaillaient. Il y avait un "projet". Il n'y a plus de projet, que la misère déjà et la mort derrière !

L'affaire va-t-elle être portée devant le Conseil de Sécurité des Nations-Unies ? Il serait temps que les deux membres permanents ayant ouvert des relations amicales avec l'Emirat islamique d'Afghanistan dévoilent maintenant la position des trains de vivres russes et chinois qui se dirigent vers Kaboul. Sans doute aussi que l'Organisation de Coopération Islamique qui s'est réunie à Islamabad le 20 décembre, saura mettre un peu de coercition dans son programme d'incitations pacifiques ? Finalement non. Les participants se sont séparés sur un accord de mobilisation des finances internationales qui évitera à chacun d'en mettre un peu plus de sa poche. Peut-être devrions-nous passer par les idiots utiles Fillon, Mélenchon, Depardieu et les sino-béats décorés comme JP. Raffarin, pour débloquer les convois humanitaires stoppés aux postes frontières ? Parce que nul ne doute que les empires émergents ont déjà déstocké le blé dont leurs clients ont aujourd'hui besoin !!!

rue de Kaboul en 1970
Jours tranquilles à Kaboul dans les années 70

dimanche 19 septembre 2021

Existent-elles encore ?

actrice afghane
Après le lâcher de belphégors devant l'université de Kaboul, tout le monde a noté que les premières mesures du nouveau pouvoir afghan, avant même l'installation de son gouvernement provisoire, a été de confiner les femmes chez elles, comme si tout son combat idéologique trouvait là son aboutissement. Cette sociopathie est plus ou moins prononcée selon les provinces, et Kaboul tente de la freiner en attendant l'ouverture des vannes à cash des institutions internationales. Avant pas longtemps, des ONG proches du pouvoir nous adresseront des reportages sur la famine en campagne qui touche les enfants afghans (comme au Biafra) afin de débloquer l'aide étrangère, même si les libertés individuelles des femmes restent niées. Elles méritent que l'on tienne bon en serrant le volant des vannes. Pour le moment elles ont quitté les rues où on les bat, et se sont réfugiées sur les réseaux sociaux tant que les talibans n'en comprennent pas la gestion. Espérons que la Chine ne va pas les y aider. Quand même pas !

Ce billet bizarre - vous avez dit bizarre ? est donc un hommage aux femmes admirables d'Afghanistan que j'ai vues dans ma lucarne bleue provoquer les mollahs pipi-de-chat dans les rues des grandes villes, avec un courage d'approche qui force le respect. Jusqu'à hier, elles avaient pratiqué la boxe, le criquet, le football, la scène et même le charme. Elles sont les vraies féministes, qui déclassent au rang d'hystériques nos remèdes à l'amour hurlant ici sur les plateaux télévisés pour défendre des femmes qui ne veulent pas d'elles et préfèrent... les hommes.
Tiens, les avez-vous entendues cette fois nos hures en cartons bouillis défendre les Afghanes menacées par la barbarie islamique ? C'est compliqué, chère Médème, il ne faut pas désespérer le peuple en cave des cités et finir lapidées. Non mais, quand même ! Et que dirait Tariq, le grand urinateur, et tous les autres de l'intersectionnalité décoloniale ?

Pour marquer le coup sur le terrain des libertés du second sexe, plutôt que du catch féminin, trop brutal, voici un quintet qui a largement débordé la parité pour notre plus grand bonheur. Kitty, Daisy & Lewis (merci, mon filleul), ce groupe anglais a défoncé les charts ! Comme quoi l'inclusion a du bon, même si le guitariste reste hors-concours. Ils ont tous les trois les mêmes dents parce qu'ils sont frère et sœurs. Et jouent de n'importe quel instrument, à tel point qu'on ne sait jamais qui va faire quoi dans le morceau d'après. La prise la plus improbable est celle de Say You'll Be Mine dans le dress-code des années 50. Je suppose que les renforts à la guitare-basse et à la contrebasse sont les parents. Notez que la voix acide de Lewis arrive à s'extraire du souffle puissant de ses sœurs. Sinon, l'escale de Kaboul a été retirée de leur tournée 2022 en Asie. La bio du groupe est en pied de page (original anglais seulement, désolé). Allez-y au casque, elles le méritent !




Biographie de Kitty, Daisy & Lewis mise en ligne sur Musicianbio.org:

Three siblings from North London, Kitty, Daisy & Lewis possess set the UK roots rock scene on its ear using their infectious energy and authentic method of rockabilly, vintage country, and first-generation rhythm & blues — not forgetting the fact how the youngest person in the trio hadn’t yet reached her teens if they released their first single in 2005. Kitty Durham, Lewis Durham, and Daisy Durham had been born right into a musical family members — their dad, Graeme Durham, can be a guitarist who’s also a high engineer at among London’s leading record learning services, The Exchange, while their mom, Ingrid Weiss, performed drums using the pioneering post-punk music group The Raincoats. In 2002, while going to a day rockabilly gig hosted by Big Steve as well as the Arlenes using their parents, Lewis was asked to sit along with the music group on banjo, while Kitty hopped behind the drum package and kept period. Next time Big Steve performed in the Durhams’ regional pub, Lewis and Kitty had been once again raised to the level, while Daisy became a member of in on accordion, and the youngsters decided it had been time to create a music group of their personal. Wanting to complete their audio, Graeme was drafted being a tempo guitarist and Ingrid used upright bass to become listed on the family members combo. As the children started displaying a larger range of skill — Lewis has guitar, lap metal, and piano combined with the banjo, while Kitty holders percussion, harmonica, ukulele, and electric guitar and Daisy sings and has piano aswell as drums — they truly became an act to view over the U.K. Americana circuit, and started recording their very own material. Lewis come up with a makeshift studio room in their house using classic analog recording equipment, and in 2005, the youngsters released their initial one, “Honolulu Rock and roll” with Kitty 12 years, Lewis 14, and Daisy the oldest at 16. Another one, “Mean Son of the Gun” strike shops a calendar year later ; it had been released being a 7″45rpm and in a limited-edition 10″78rpm pressing. In 2008, Kitty, Daisy & Lewis released their eponymous full-length debut record, featuring the one “INCREASING the United States”. The trio’s sophomore work, "Smoking cigarettes in Heaven" (preceded with the one “I’m Therefore Sorry”/”I Am Going Back again”), was slated for discharge in-may of 2011. In 2015, the trio came back with Kitty, Daisy & Lewis the 3rd featuring production in the Clash’s Mick Jones (19.09.2020).

Ils ont un site web, misérable, mais bon, ça les vend (clic) ! Cadeau Bonux : du rock-garage à trois fois rien sauf une grosse bague, pris avec les moyens du bord : Polly Put The Kettle On.

Y a plus qu'à mourir en rêvant aux belles Afghanes qui rêvent de scène, de podium, de gaîté, de bonheur, qui rêvent de nous !

samedi 11 septembre 2021

Business as usual

PM afghan
La conscience internationale se réveille en même temps que s'installent aux commandes les talibans. Et de constater que les portefeuilles du gouvernement provisoire de Kaboul sont confiés à des Pachtounes ayant dirigé le pays jusqu'en 2001, avec une mention spéciale pour celui de l'Intérieur qui est donné au chef du réseau indépendant Haqqani, lequel est considéré comme un fondé de pouvoir d'al-Qaïda. Le Premier ministre Akhund (en image), qui était déjà conseiller politique de Mollah Omar dans le premier gouvernement de 1996, dispose d'une légitimité religieuse ancrée au berceau taliban de Kandahar mais d'aucun emploi à la guerre (source), ce qui ne fait pas d'ombre aux commandants provinciaux. Il se trouve être le plus petit commun dénominateur des diverses factions qui s'observent à la Rehbar-e-Shura (conseil de surveillance). S'ils sont malins, et rien encore ne permet d'en douter, les dirigeants devraient convoquer une Loya Jirga qui approuverait un gouvernement d'union nationale (ou presque) incluant les ethnies non-pachtounes afin de demander à l'ONU sa reconnaissance. Alors tourneront les robinets de l'aide internationale qui jusqu'ici couvrait 40% des dépenses publiques du pays. Et le tour sera joué. Pour le dire quand même, un rétablissement de la monarchie pachtoune (elle a un héritier) serait un atout considérable sur la scène internationale, mais c'est plutôt le modèle iranien de théocratie hégémonique qui semble avoir les faveurs des vainqueurs.

D'aucun s'offusquent que ce gouvernement transitoire édicte déjà des instructions bridant la liberté comme l'autorisation préalable de manifester dans la rue. C'est ignorer les lois françaises. D'autres dénoncent des morts dans pareilles manifestations non autorisées. Il nous faut leur fournir des LBD40 ! Les derniers observateurs sont attentifs au décrets à venir réinstituant la charia dans tous les domaines de la société. Mais c'est le programme annoncé par les Talibans depuis vingt-cinq ans (prise de Kaboul le 27 septembre 1996), qui ne semble pas avoir levé de fortes oppositions dans le peuple majoritaire pachtoune, à voir la rapidité de contrôle du pays. Il n'y a de fait aucune surprise ! Elle viendrait plutôt du côté de la Coalition pour son défaut d'anticipation. Mais nous en avons déjà parlé.

Sauf tuerie de masse dans une province hors d'atteinte des dirigeants de Kaboul, et sous condition de reconnaissance du prochain gouvernement afghan (inclusif comme disait Yves Le Drian) avec deux femmes âgées dans des postes de secrétaires d'Etat, les affaires vont reprendre entre la communauté internationale, Etats-Unis compris, et l'Emirat islamique d'Afghanistan, quoiqu'en dise ce pauvre Josep Borrell qui enfile les éléments de langage comme des perles de culture. Mais pourquoi avoir choisi ce con au poste diplomatique européen ? A dire vrai, en ce vingtième anniversaire des attaques séoudiennes sur New-York, nous sommes au seuil d'une collaboration entre les services de renseignement afghans et américains pour confiner al-Qaïda et détruire l'Etat islamique Khorasan. Rien ne dit d'ailleurs que l'ISI pakistanaise ne soit pas déjà entrée dans cette coalition de l'ombre, car l'effervescence nouvelle dans les FATAs et les camps de réfugiés afghans archi-pleins commencent à déstabiliser le pouvoir à Islamabad.

Restera ensuite la façon talibane d'appliquer en toute hypocrisie les directives gouvernementales aux provinces, ce qui dans le système fédératif afghan n'est pas donné d'avance. On l'a déjà vu à Hérat. Mais nécessité faisant loi, les besoins dramatiques de fonds étrangers pour nourrir une population à moitié dénutrie et relancer les utilités de base avant l'hiver primeront les considérations coraniques. C'est le seul levier dont dispose la communauté internationale pour relativement protéger la population d'exactions révolutionnaires. Espérons que la Chine populaire ne le bloquera pas, pour le simple plaisir d'exposer son incontournable pouvoir de nuisance et affirmer sa suzeraineté sur un pays prometteur.

Entretemps, sauvons les femmes afghanes et les lévriers !

jeudi 9 septembre 2021

Rappel

NYC's WTC Ground Zero

Je ne regarderai pas les cérémonies du Onze-Septembre à New York sur CNN parce que je ne suis pas d'humeur à écouter les allocutions de morale hypocrite et sirop démocrate d'un système politique en net débit de confiance après le mismanagement des représailles occidentales à l'attaque des tours jumelles et du Pentagone. Nous savons maintenant (nous nous en doutions aussi) que l'axe d'effort américain n'avait cessé de se dégrader au vu et su des décideurs, comme le révèlent les Afghanistan Papers. L'évacuation piteuse des alliés par un pont aérien au départ d'un aéroport bouclé, mais pas non plus assiégé, en sera le point d'orgue. L'Occident, derrière les Américains qui avaient pris les choses en main, toutes les choses, n'a pas été capable de créer une aire de sûreté débordant le périmètre de la ville de Kaboul et les couloirs d'accès sécurisés y menant, afin de sortir les harkis de la Coalition. Bien sûr il aurait fallu se battre, mais contre des pouilleux en tongues pas capables de former la horde, et même réarmés par la capture des dotations afghanes, ce n'était pas insurmontable.
NB : Les cours de tactique sont payants désormais.

De partout nous entendons les cassandres prédire l'avalanche des malheurs promis par al-Qaïda, bientôt rétablie sur ses bases à la faveur de la guerre civile qui vient, quand ce ne sont pas les attaques-suicides de l'Etat islamique toujours en avance d'une lâcheté. Il est probable que les franchises extérieures de ces mouvements terroristes aient à cœur de fêter à grand bruit la défaite américaine, en oubliant que les Etats-Unis, cette fois non plus, n'ont pas été battus ! Ils sont juste rentrés chez eux, littéralement écœurés. Sans gloire certes, mais en face c'est pareil ! Les premiers à s'en rendre compte seront les freux du califat qui vont expérimenter l'équation Lumière&Chaleur de leur détection par satellite, comme les deux peintres à barbe qui ont pris l'auto de nuit au Nangarhar, trente-six heures après le double attentat de l'Abbey Gate à l'aéroport de Kaboul. On me dit dans l'oreillette que l'Etat islamique-Khorasan a déjà expérimenté un bombe à effet de souffle de dix tonnes en 2017 dans cette même province, qui lui aurait coûté plus d'une centaine de combattants en planque dans les grottes de Tora Bora. Nul doute que pour laver l'affront, le Pentagone sera spécialement vigilant (clic).

lumignons

Deux trillions de dollars plus tard, il nous reste à aligner les bougies au bord des bassins de Ground Zero. Nous mettons la nôtre, en hommage aux deux mille neuf cent soixante dix-sept victimes newyorkaises de la haine islamique à laquelle nous avons su répondre non par la nôtre mais par le fer et le feu, en quoi nous leur restons foutrement supérieurs ! Quant aux trois mille six cent treize boys perdus dans l'aventure afghane, qu'ils acceptent, d'où qu'ils nous voient, l'hommage des survivants un peu gênés que nous sommes. Joignons-y, à la louche, cent mille Afghans innocents qui ne sont même pas des statistiques. Les autres ont perdu l'enchère, mais ils se retrouvent tous au bord des fontaines murmurantes au parfum de jasmin du paradis des croyants. Le nôtre n'en a pas !

Amen



Bassins de Ground Zero





Postscriptum: Pour qui souhaite une dernière synthèse sur l'affaire afghane, je conseille l'analyse prospective de Jean-Noël Ferrié parue sur Telos sous le titre : Trois leçons de l'Afghanistan. Il fut en poste à l'ambassade de France à Kaboul au temps de la Coalition.

mardi 31 août 2021

Kaboul - Bamako

Clap de fin à l'aéroport de Kaboul. Dans dix jours, le vingtième anniversaire des Twin Towers sera carrément raté depuis que les ennemis de l'Occident ont repris tout le terrain conquis en représailles de l'attaque du Onze-Septembre. Une messe de requiem à Saint-Patrick devrait suffire. Mais à cette heure, nul ne sait le programme des commémorations ni la qualité des participants officiels. Des quatre présidents qui ont suivi l'affaire sans jamais être en capacité de la boucler, c'est le dernier qui porte la charge écrasante de la honte, et en second, Obama, qui a versé l'aventure au fossé dès les Nine Surges. Et Joe Biden fut son vice-président ! Nul besoin de raconter à nouveau l'histoire de la prise de Kaboul ou d'évaluer une alternative (cf. Jim Webb/NI - il y a tout) mais comme le disait tantôt l'intuitif prédécesseur au chien de prairie mort sur la tête, il valait mieux sortir civils et matériels avant les militaires que l'inverse. En quoi il est difficile de lui donner tort.

L'administration Biden semble avoir été surprise par l'effondrement des armées afghanes et la disparition du gouvernement de Kaboul. Pourtant nous savons aujourd'hui que le renseignement américain savait la précarité d'une situation inextricable au fond, et moins peut-être le pourcentage de forces fantômes du pouvoir local. Malgré les préventions déclarées par d'anciens chefs militaires sur zone contre une évacuation hâtée, il y eut obstination de l'Administration à poursuivre coûte que coûte un schéma de retrait peaufiné sur des hypothèses bureaucratiques construites sur du vent. Parfois les états-majors s'arcboutent sur les décisions obtenues laborieusement à l'issue de synthèses compliquées. C'est Gamelin en 40 ! Nous n'en concluerons pas que la puissance des Etats-Unis appartient désormais au passé, mais qu'assurément le système politique est spécialement déficient pour aller jusqu'à promouvoir un géronte (et celui-ci autoritaire et affaissé tout à la fois) aux commandes d'un régime présidentiel qui, par définition, convoque le chef d'Etat chaque matin sur la passerelle. Normalement, la chaîne de commandement, qui part du secrétaire d'Etat à la Défense Lloyd Austin et va jusqu'au chef d'état-major concerné au Pentagone, devrait maintenant sauter. Tony Blinken du Département d'Etat qui s'est très investi dzns l'affaire, devrait dégager lui-aussi. Mais il est courant chez les vieillards de changer le moins possible leur environnement pour s'y retrouver en confiance à leur réveil. Donc quelques chefs de service devraient faire l'affaire.

Kabul airlift by night


A la place des éternels contempteurs de l'Amérique, j'y réfléchirais néanmoins à deux fois avant de tester la subite impuissance de l'Oncle Sam, que ce soit en Ukraine, aux pays Baltes, à Taïwan ou en Corée. La Corée du Nord vient de redémarrer son réacteur à plutonium (AIEA). Un sanglier blessé est redoutable, et plus tard, la cicatrice lui servira d'utile rappel. Mais profitons de l'occasion pour regarder plutôt nos affaires extérieures françaises. Nous sommes engagés sur trois théâtres chauds que sont le Sahel, le Liban (FINUL) et l'Irak. Nous occupons d'autres bases, froides encore, à commencer par celle de Djibouti en face du Yemen et la BA-104 d'Abou Dhabi face à l'Iran. Les trois points d'appuis logistiques de Dakar, Abidjan et Libreville ne sont pas comptés. C'est l'Irak qui pose problème : nous déployons six à sept cents hommes (dont des forces spéciales) au nord, en soutien du gouvernement central, et M. Macron a déclaré s'y maintenir après le retrait américain qui va intervenir d'ici la Noël. Notre légitimité tient à la reconquête de Mossoul sur l'Etat islamique où nous avons apporté nos talents d'artilleurs et notre adresse à la chasse aux freux. Nous cherchions surtout à neutraliser les combattants français pour diminuer le stock terroriste d'après-guerre. Mais l'Irak est instable et tenu par des dizaines de milices patriotiques dont on ne sait la patrie. La guerre civile est latente et le dernier sommet de Bagdad du 28 août ne l'a pas éloignée. Normalement nous devrions renforcer le Kurdistan irakien en cas de déflagration, face à la Turquie qui a créé sa propre zone d'occupation au sud de sa frontière. Comme on se retrouve ! Rien ne dit que nous n'aurons pas besoin de renforcer les effectifs pour obtenir la masse critique de sûreté, surtout dans le cas d'un désengagement ultérieur. Lors de son voyage en Irak, M. Macron est monté à Erbil saluer les unités françaises et sans doute parler de ça avec les autorités kurdes. Mais ce à quoi vous pensez c'est le Sahel.

hélicoptères français


Ce brave M. Hollande n'a pas osé faire rentrer nos soldats après avoir libéré Tombouctou et bloqué la marche des émirs vers Bamako. Cette "occupation temporaire" était justifiée dès lors que des négociations sérieuses s'ouvraient entre les adversaires, du moins ceux qui ressortissaient aux territoires contestés, ce qui fut le cas à Alger en 2015. Les Accords d'Alger une fois signés, la procédure normale aurait été de ramener une partie du corps expéditionnaire sur nos bases permanentes africaines et le reste en métropole, et de laisser les Nations Unies reconstruire l'Etat malien dans ce cadre contractuel. Or on sait que le pouvoir à Bamako a tout fait pour ne pas honorer les accords tandis qu'il se goinfrait de corruption sur l'aide étrangère. Au lieu de créer l'improbable G5-Sahel où seuls deux pays savent se battre (Mauritanie et Tchad), M. Macron aurait mieux fait d'avertir ses homologues maliens que nous n'avions pas vocation à pacifier le monde en lieu et place des Nations Unies, et de partir. Mais, comme souvent, les synthèses savantes des états-majors qui trouvent toujours un avantage dans les missions extérieures, ont fait l'éblouissante démonstration de leur succès promis à la caisse à sable. Ça a merdé, tout autant que pour l'US Army en Afghanistan, mais le rapport d'échelle masque encore la vérité : l'impéritie des gouvernements sahéliens alimente la ressource en rebelles quel que soit le taux d'attrition provoqué chez les djihadistes par les raids de Barkhane. Sans règlement du conflit de l'Asawad d'où tout est parti, il n'y aura pas d'issue.

N'en déplaise à MM. Kouchner et Lévy, l'époque de l'ingérence est terminée. Des casuistes épilés viennent au micro expliquer que contrairement à l'Afghanistan, à la Libye, la Syrie ou l'Irak, c'est le gouvernement de Bamako qui nous a supplié d'intervenir en 2013 et que le "délit" d'ingérence ne nous est pas opposable. Sauf que, le gouvernement de Bamako de jadis a disparu corps et biens, et que nous nous adossons maintenant à une junte militaire qui préfère ses bureaux rafraîchis au bivouac en savane ! M. Macron va-t-il évacuer le Sahel pendant sa campagne électorale en risquant la diffusion d'images terribles des exactions djihadistes sur les populations locales, ou pire, celle de sévères déboires de nos unités de terrain ? Je ne le crois pas. Mais je mise sur ce retrait en bon ordre après sa réélection du mois de mai 2022 pour faire de la place aux Casques Bleus dont c'est le domaine classique d'inaction.

Touaregs



Pour compléter cet article en bonne compagnie, on peut lire deux contributions en français, l'une de François Danjou sur Question Chine et l'autre de Rama Yade (directrice de l'Africa Center Atlantic Council) sur Jeune Afrique.

jeudi 26 août 2021

La pente isolationniste américaine

W.J. Burns
Haut fonctionnaire et diplomate William J. Burns, directeur de la CIA

Lors du G7 virtuel de mardi dernier convoqué par Boris Johnson, le président Joe Biden a campé sur son agenda qui prévoit de sortir d'Afghanistan les dernières troupes américaines au 31 août 2021, soit mardi prochain minuit EST. Il argue d'un accord passé avec le pouvoir taliban de Kaboul pour maintenir un couloir humanitaire sûr vers les deux aéroports jusqu'à cette date, accord sans doute obtenu sur place par William Burns, le Directeur de la CIA (30 ans de diplomatie). Il est moins question dans ses propos actuels du sort des collaborateurs afghans, pour ne pas braquer le pouvoir local qui demande que le pays ne soit pas vidés de ses experts car il en aura besoin pour remonter la pente. Même si la noria occidentale pompe beaucoup d'eau, il n'est pas à exclure que les ressortissants de l'ex-coalition puissent quitter le pays par d'autres voies que Kaboul, par voie terrestre avec une sécurité assurée par les talibans en province et en frontière. Par contre pour les autres, la chose est entendue.
Le Congrès est hostile à cet entêtement sur la date du 31 août mais, apparemment, le président Biden entend rompre avec la tentation du "toujours plus", plus d'hommes, plus de temps, plus d'argent, qui a guidé dans le passé les opérations extérieures vers le fiasco. D'autres moyens sont possibles, même s'il ne semble pas connaître lesquels.

Ce qui est plus net est son refus d'entendre les supplications de ses alliés britanniques, italiens, allemands et français qui sont également empêtrés dans les procédures d'évacuation. Le motif invoqué par les services est que l'Etat islamique en Afghanistan - ennemi juré des talibans - serait en approche des pistes d'envol pour faire un carton spectaculaire avant le départ des Américains. Il est illusoire de pouvoir les détecter et les contenir sans l'appui attentif des talibans du district de Kaboul. Derrière cet écran d'ordinateur, il serait forfanterie d'indiquer un dispositif de sûreté possible. Reste qu'aucun compromis n'a été essayé par la Maison Blanche pour tenir compte des difficultés de ses alliés et que désormais se pose la question de la fiabilité du couplage atlantique.

Marc Fiorentino
Justement, dans sa lettre numérique quotidienne, Marc Fiorentino qu'on ne présente plus, donnait une synthèse très pertinente de ses considérations sur le futur isolé des Etats-Unis revenus d'un siècle de déboires diplomatiques. La voici telle qu'elle fut reçue le 23 août 2021 :

LES ÉTATS-UNIS...
...ne veulent plus être les gendarmes du monde.
Ils ne veulent plus sacrifier une seule vie américaine à des milliers de kilomètres de la mère patrie. Et, ce qui est nouveau, et qui change totalement la donne, ils n'ont plus besoin d'être les gendarmes du monde. Pour une raison simple : ils sont devenus autonomes.

AUTONOMES...
...pour l'énergie.
Ils n'ont donc plus besoin du Moyen-Orient.Autonomes pour l'alimentation. Autonomes pour la tech, à un détail près, on en reparlera. Certes leur balance commerciale est encore largement déficitaire mais pour une masse de produits non stratégiques. Les États-Unis peuvent fonctionner seuls. En toute autonomie. Plus aucune raison d'intervenir au-delà de leurs frontières.

LES ALLIÉS TRADITIONNELS...
...des États-Unis ont du souci à se faire.
Et ils s'en font. Ils doivent tous réévaluer la situation à l'aune de ce nouveau paradigme. L'Arabie Saoudite, les autres pays du Golfe ou encore Israël vont devoir apprendre à se défendre seuls. L'Europe va devoir apprendre à se défendre seule. Et Taïwan a compris cette semaine qu'aucun Américain ne mourra pour empêcher la Chine de l'annexer.

LE CAS DE TAIWAN...
...est intéressant.
Les États-Unis sont dans une course contre la montre. Taïwan a encore un intérêt stratégique: les semi-conducteurs. Les États-Unis espèrent que la Chine ne lancera pas l'inéluctable annexion avant qu'ils ne deviennent autonomes en semi-conducteurs. Mais dès qu'ils le seront, dans quelques années, Taïwan sera livrée à elle-même avant d'être livrée à la Chine.

APRES PLUS D'UN SIECLE D'INTERVENTIONISME...
...pour des raisons purement économiques, et idéologiques, la lutte contre le communisme, une page se tourne.
Les États-Unis reviennent à un isolationnisme qui leur est cher. Et cela change la face du monde. Du monde politique. Et du monde économique.
[fin de la synthèse fiorentina]


Et lui de conclure sur l'Afghanistan :
« Si les Talibans ne font pas l'erreur d'être les complices d'un attentat sur le territoire américain ou sur des personnes de nationalité américaine, ils pourront tranquillement faire régner la terreur chez eux. La realpolitik version 21ème siècle.»

Président Monroe
Le bonheur des peuples est de rester chez eux comme y obligeait la doctrine Monroe (5è président de l'Union) dans un discours resté fameux et prononcé devant le Congrès des Etats-Unis le 2 décembre 1823. Elle est restée la fréquence porteuse de toute la diplomatie étasunienne jusqu'à l'engagement des Sammies dans la Grande Guerre en Europe. Le président Wilson prit fait et cause pour les démocraties et formula sa doctrine à lui dans un discours pas moins fameux délivré devant le Congrès des Etats-Unis le 8 janvier 1918 en prélude au traité de Versailles et à la création de la Société des Nations. Ce sont les Quatorze Points de l'idéal wilsonien. Qui sont refutés aujourd'hui, selon l'axe d'approche de Marc Fiorentino. Ce nouveau défi qui bouleverserait les relations internationales en profondeur s'ajoute au défi climatique qui n'est pas affronté sérieusement par les grandes nations. Si Marc Fiorentino a une perception extra-sensorielle du futur, nul doute qu'au spectacle du chaos afghan, les think tanks américains qui font la diplomatie du pays auront la même, et que l'analyse fouillée d'un futur probable est déjà lancée. Il nous suffit d'attendre pour la lire.

Postscriptum du 27 août 2021:
Dans son allocution d'hier à la Maison Blanche, Joe Biden est apparu comme un homme fatigué, presque un vieillard. Nul doute qu'il cherchera à venger l'insulte de l'Etat islamique au Khorasan, mais il aurait pu marquer le coup plus brutalement, en décidant d'un périmètre de sûreté au delà de l'enceinte aéroportuaire, par exemple. Après avoir vu le porte-parole du Pentagone lire son prompteur pour nous parler des attentats de Kaboul, on a l'impression que la communication politique à usage intérieur a pris le pas sur l'action. Après le bon vieux clown de la téléréalité, le système démocratique américain a sélectionné un sénateur en fin de vie. Le quarante-sixième président des Etats-unis passera-t-il l'hiver ?

dimanche 22 août 2021

Nouvelles d'orient compliquées

Les murs s'élèvent entre l'Europe et l'Asie dans le même temps où l'Occident retourne sur ses terres historiques. Sous le Caucase peu hospitalier et sans parler de la steppe kazakhe, la route des migrations passe par la Turquie qui a deux frontières terrestres critiques, l'une de cinq cents kilomètres entre les lacs Van et Ourmia qui la sépare de l'Iran ; l'autre à l'opposé, de même longueur, sépare la Thrace de la Grèce (200km) et de la Bulgarie (240km). Le sas turc ainsi défendu vise à contenir l'invasion migratoire déclenchée par les trois guerres civiles de la région, en Syrie, en Irak et en Afghanistan. Combien de temps l'Etat turc perclus de dettes et sans monnaie solide tiendra-t-il ce défi, est une autre histoire.

Dans l'esprit de certains, et dans le droit fil de la propagande soviétique d'antan, l'Occident étant la cause de tous les dysfonctionnements de la planète, il n'est que justice qu'il en subisse les pires inconvénients. Auxquels on a envie de dire, comme au communiste Pierre Jacquemain (Regards) qui s'épanchait chez Arte28 sur les malheurs annoncés à compte d'autrui : va manger tes morts et laisse-nous entre hommes !
De fait, c'est avec une certaine gourmandise qu'on soulève le voile des hésitations régionales à reconnaître comme partenaire fiable l'Emirat islamique des fiers talibans. S'il est exclu qu'aucun accord de partenariat soit conclu ces temps-ci avec les trois républiques soviétisées du Turkménistan, d'Ouzbékistan et du Tadjikistan, on peut douter de l'entrain des mollahs de Qom à couver les œufs de serpent de ceux qui connaissent et puis tuent par plaisir les jeunes Hazaras chiites, à un jet de pierre de la frontière iranienne. Tout en face, le Pakistan utile, celui du bassin de l'Indus, redoute que la victoire des fondamentalistes à Kaboul ne lève un enthousiasme démesuré chez les vociférateurs déments des FATAs, bien encadrés par l'ISI. Le pays fait déjà des procès de blasphème à des gosses, n'est-ce pas suffisant comme marche à l'enfer ? Mais le plus gros morceau d'inquiétude est coincé dans la gorge de la Chine populaire, derrière le corridor du Wakhan qui tient la porte du Xinkiang, anciennement dit Turkestan oriental en Asie centrale, et pour lequel le roi des Afghans se battit avant-guerre contre le Kuomintang.

route du Wakhan


Profitant de la pax americana, la Chine populaire a cherché à développer ses investissements miniers (cuivre, autres non-ferreux et terres rares) mais les déclarations ronflantes pour la galerie ont eu du mal à se concrétiser. Les deux échecs ou semi-échecs sont la mine de cuivre de Mes Aynak et un permis de recherche pétrolière dans la vallée de l'Amou-Daria. Le départ de la coalition sécuritaire lui complique les choses, d'autant que si les cadres talibans ont toujours été choyés (et stipendiés) par Pékin pour compliquer la tâche aux Américains, la sinophilie des cadres et des soldats de base est loin d'être acquise, puisque les Chinois ont la très fâcheuse habitude d'importer le travail de chez eux, ne laissant quasiment rien aux oisifs chez qui ils viennent creuser. L'exemple le plus proche de nous fut la construction de l'autoroute algérienne. Les développeurs chinois vont connaître le prix des choses avant de lancer l'autoroute du Xinkiang à l'Océan indien. (source 1)

L'intérêt de la Chine pour l'Afghanistan est dirigé vers le Pakistan où elle construit une route de la soie très ambitieuse et coûteuse appelée China-Pakistan Economic Corridor. L'Afghanistan doit être un pays de flanc-garde garantissant la stabilité de son voisin pakistanais déjà menacé par l'Inde. C'est pourquoi la pire dictature islamiste les effrayera d'autant moins que le territoire sera tenu d'une main de fer depuis Kaboul. Ce qui, avec la mentalité locale où chaque seigneur de guerre est empereur en son district, n'est pas garanti. La preuve vient de tomber au Balouchistan voisin.

Les pêcheurs du port stratégique de Gwadar, que les Chinois ont capté par une concession de quarante ans donnée par l'Etat pakistanais, viennent de se révolter en attaquant les intérêts chinois. Motif ? Les Chinois paradent comme en terrain conquis, prennent les Baloutches pour des natives, et leurs chalutiers pillent les eaux de Gwadar en emportant le poisson jusqu'en Chine. Les Chinois ont grassement payé les décideurs de Karachi et d'Islamabad, ils ont oublié le gouverneur du Balouchistan qui aurait été de bon conseil. Dans le paysage s'agite la BLA. C'est la Balushistan Liberation Army, tout un programme, surtout après les attaques ciblées commises par elle contre des Chinois traversant la province. On compte des morts quand même ! (source 2)

Si Gwadar est très excentré à l'ouest de l'axe Cachemire-Karachi, c'est justement cette position qui fait son intérêt : le port en eau profonde est en Mer d'Arabie à proximité de la Mer d'Oman où débouche le Golfe persique. Avec un terminal pétrolier et des quais de manutention, le site est transformable en base navale sans frais, au cœur même de la zone de frictions qu'un "empire mondial" comme la Chine populaire ne peut éviter. Gwadar est aussi le point d'entrée du couloir d'énergie chinois pour le brut iranien voisin, à raffiner chez la Khalifa Coastal Refinery qu'Abou Dhabi va réactiver au Balouchistan, avant de pousser le produit vers Kashgar au Xinkiang, en sautant la passe de Khunjerab à 4700m ! La station de pompage méritera le détour. (source 3)

Gwadar CY

Pour la petite histoire, la première concession portuaire fut donnée en 2007 à la Port Of Singapore Authority, qui a bientôt jeté l'éponge à divers motifs dont la corruption et l'insécurité n'étaient pas absentes, mais dont le premier était le report incessant des infrastructures promises par Islamabad pour créer un hinterland. Le port étant dès l'origine partie prenante de la route de la soie AFPAK, Pékin a repris le projet en 2013 avec la China Overseas Ports Holding Co.Ltd de Hong Kong.


Finalement, toute la région regrette les idées simples de l'Amérique qui permettaient sur un espace tranquille de vaquer à tous crimes ou juteux délits qui gonflaient les comptes à numéros. Et ces cowboys avaient créé des centaines de milliers d'emplois bien payés, avec une liberté de dire et de faire inconnue depuis la chute du roi Shah. Comment soixante ou quatre-vingt mille talibans vont-ils pouvoir tenir un pays aujourd'hui développé et par endroit moderne, un pays aussi vaste, montagnard et compliqué ? Une population désabrutie par la fréquentation des étrangers ? C'est la gageure du siècle, surtout depuis que fut démontré en 2001 qu'ils n'étaient pas invincibles. Le Panshir s'agite déjà et dans l'est, la population a montré à Jalalabad qu'elle n'avait pas peur des freux du calife. Ceux des pays qui, comme la Russie ou la Chine, ont misé sur une pacification inquisitoriale de leur zone d'intérêts pour les voir croître, risquent bien d'en attendre longtemps les bénéfices si la guerre civile se rallume. Les Américains ont laissé beaucoup d'armes en Afghanistan. Les clans s'y sont jetés dessus, au cas où, va savoir, on en viendrait à... s'emmerder !

Notes :
- Source 1 : Universe Wide Coverage
- Source 2 : The Guardian
- Source 3 : Gwadar And CPEC

mercredi 18 août 2021

L'Occident sort du tombeau afghan

La chute de Kaboul n'est pas à mettre au débit des armées occidentales qui ont été rapatriées depuis bien longtemps, mais elle illustre presque parfaitement le jeu de poker menteur entre les admnistrations militaires et civiles. Le Pentagone a fourni à la Maison Blanche le tableau des effectifs et des dotations les plus modernes de l'Armée nationale afghane lui assurant une supériorité imparable ; trois cent mille soldats appuyés par l'artillerie et des avions d'attaque au sol contre moins de soixante mille pouilleux en tongues. La CIA a émis des doutes sur l'astiquage poli-miroir des armures afghanes mais dans le vacarme du gouvernement américain au prise avec de gros problèmes économiques et sanitaires, sans parler de la menace chinoise, l'avertissement n'a pas percuté. Et pourtant le dénouement illustre très parfaitement les fondamentaux de ce qui fut déclaré autrefois comme le tombeau des empires. L'Afghanistan n'existe toujours pas, ni comme nation, ni comme Etat. Mais ses dirigeants savent faire semblant, si ça paie ! Et deux mille milliards de dollars plus tard¹, ça a payé. Il n'y a que deux lois qui règlent cet espace, celle des rites coraniques du premier degré et celle de la corruption comme système de circulation monétaire. L'armée afghane n'existait pas, les soldes débondées par les Etats-Unis étaient englouties par les réseaux de paiements sans atteindre le voltigeur de pointe ; l'autonomie jalouse des chefs de corps déployés sur le terrain faisait le pendant de celle des administrateurs provinciaux, et de celle des commandants talibans indépendants sur zone. C'est à ce titre fort intéressant de voir comment les directives promulguées par les chefs talibans de Kaboul seront exécutées en province. Mais n'étant pas sur place, et n'y étant jamais allé, nous ne tomberons pas dans le piège de l'expertise mondaine comme s'y prête nos éditocrates préférés. La profusion de commentaires joyeux sur le thème du "je vous l'avais bien dit" est obscène même si le 15 août 2021 marquera le jour d'un retour de l'Occident sur ses bases, mais certainement pas son affaissement comme se plaisent à le célébrer les idiots du Kremlin qui pullulent chez nous.
Note (1) Les deux trillions de dollars proviennent essentiellement de la planche à billets américaine


pilote afghane
Faudra peut-être avancer le siège pour manoeuvrer le "volant" sans cabrer l'avion !


Le retrait était inscrit au programme de tous les pays de l'Alliance atlantique. Il a été freiné par le constat d'un besoin accru d'instruction des troupes régulières et celui de la consolidation d'une administration difficile à ancrer. Mais nous avons construit des écoles, des bâtiments comunaux, des centrales électriques et leurs réseaux de fourniture de courant jusqu'au dernier district, des adductions d'eau, des dispensaires, des hôpitaux, des routes etc... dans le plus pur style colonial, c'est vrai. Mais la population, qu'elle nous aime ou non, a su profiter de la modernisation occidentale et s'en souviendra. Dans les grandes villes, l'émancipation des femmes et l'éducation des jeunes filles a été réussie et elles s'en souviendront aussi. Sans boule de cristal, on peut présager qu'à partir d'aujourd'hui toutes ces infrastructures vont lentement se dégrader et le prix de la peinture passer dans la poche du parrain local, un peu comme en Algérie. Les Afghans ont eu vingt ans de clarté occidentale et ont goûté au luxe de l'envie satisfaite. Pouvions-nous leur assurer ce train de vie vingt ans encore ? Sans doute pas avant d'avoir converti une population fondamentalement islamique, autant dire jamais. Nous nous apercevons, moi du moins, que les Talibans n'ont vaincu personne, tout le pays rural était de leur côté.

A compter de maintenant, est constitué entre l'Iran, l'Afghanistan et le Pakistan, un axe islamique allant du Golfe persique à l'Indus, qui surtout menace les républiques d'Asie centrale et le Turkestan chinois² (Xinkiang) par l'exportation d'une influence coranique (que nous jugeons délétère) sur ces contrées. Celle reconfiguration stratégique oblige à une surveillance continue par deux empires partageant des frontières mises en tension sur cet axe, la Fédération de Russie et la Chine populaire, la première vassalisée par la seconde. L'Inde est partie prenante, au Cachemire pour le moins ; prise en tenaille, elle sent la mâchoire de l'ouest se renforcer contre elle. Sa forte communauté islamique va reprendre les couleurs de l'espérance. Mais c'est sur la zone syro-irakienne que la chute de Kaboul peut résonner le plus fort. L'Iran est moralement renforcé par la victoire des Talibans et va pousser les feux en Irak méridional pour renverser la situation plutôt confuse à son profit et faire pièce aux sanctions américaines. Un pays ne s'y est pas trompé, la Turquie, qui, en dépit de ses chaleureuses félicitations, construit un mur à la frontière orientale pour bloquer tout ce que l'Iran envisage de laisser passer pour déstabiliser l'Europe. La Turquie dont l'économie est très affectée par la situation mondiale et les erreurs du gouvernement AKP, subit une pression migratoire intense qui submerge toutes ses capacités d'accueil depuis la guerre de Syrie. On comprend qu'elle déclenche de temps en temps des chasses de pression sur l'Union européenne. Il serait intelligent de discuter avec elle de l'avenir.
Note (2) Le roi afghan Zaher Shah avait envoyé un corps expéditionnaire à Yarkand en 1934 dans l'intention de soutenir un Turkestan ouighour contre les Huis et les Hans. Ses volontaires seront tous massacrés par les troupes du Kuomintang.


Dans une sorte de mouvement tectonique, l'Occident va continuer le retrait amorcé par les empires européens il y a soixante-quinze ans bientôt (abolition du Raj britannique aux Indes), et se renforcera sur ses terres historiques, l'Europe et l'Amérique du Nord, océans compris. Son capital intact est l'inventivité dans les sciences fondamentales, de savoir tout fabriquer et d'adorer les libertés et le succès individuels. Ce sera sa marque. Des alliés convaincus du modèle, l'Occident n'en manque pas, à commencer par le Japon et l'Australie. Bien d'autres s'agrègeront dans l'avenir par le biais de traités de libre-échange comme le Partenariat transpacifique et l'administration Biden a déclaré vouloir offrir une alternative aux routes de la soie chinoises qui, à l'usage, apparaissent moins "cool" que prévues.

Il resterait à parler de l'émotion déclenchée dans les divers think tanks de stratégie, concernant un découplage atlantique ou notre abandon du Sahel. Nous n'avons de solution de rechange dans aucun des deux cas, mais c'est bien d'en parler, parler, parler pour continuer les subventions publiques. Pour terminer, les réactions d'Emmanuel Macron et de Joe Biden ont été dans la veine attendue, simples, directes, précises. Nous pûmes avoir peur d'une certaine emphase qui va bien aux désastres. Pour finir, récupérons les femmes afghanes ! Elles combattront ici le ramas de pétasses islamocompatibles qui tiennent le mégaphone.

Soosan Firooz
Jolie rappeuse afghane, et oui ! Voir son clip en cliquant sur l'image.

samedi 14 août 2021

La nuit islamiste s'étend sur l'Afghanistan

Taliban


On ne connaît pas encore le fin mot de l'histoire mais pour le moment, la liquéfaction de l'Armée nationale afghane au contact des katibas talibanes (quand il y a contact) ne laisse d'impressionner et rappelle furieusement deux précédents :
En 2003, à l'exception de la Garde Républicaine qui montra le drapeau, les armées de Saddam Hussein disparurent du champ de bataille, chacun rentrant chez soi, emportant son fusil. On sut que le mouvement fut initié par les commandants d'opérations sur le terrain qui cessèrent leurs ordres comme le leur conseillaient les Américains. Furent-ils achetés ? Sans doute, tant qu'ils n'étaient pas dans le Jeu de cartes*.

La deuxième fois fut en 2014 la liquéfaction de la garnison de Mossoul encerclée par l'Etat islamique en Irak et au Levant. Les deux divisions irakiennes qui y stationnaient fourniront le plus gros des armes lourdes dont se prévaudra l'ISIL** dans sa capitale syrienne de Raqqa. L'ISIL militaire était commandée par les officiers irakiens qui avaient fait défection devant les Américains en 2003. Où sont-ils aujourd'hui ?

Dans les deux cas, c'est une armée démotivée qui se couche, quelle que soit la puissance de feu installée. Ces armées sont trop souvent recrutées parmi des catégories laissées pour compte qui y trouvent une solde et trois repas quotidiens. Pas plus que l'Irakien saddamite, l'Afghan militaire n'a signé pour mourir mais survivre, en attendant que s'ouvre une opportunité d'amélioration de son sort... dans le civil. Face à eux, des guérilleros dépenaillés, armés que de fusils d'assaut et de lance-roquettes mais motivés par la victoire à portée de main, piétinent les savants dispositifs de la caisse à sable. Tous les conseillers occidentaux se sont repliés laissant voir l'impuissance du commandement autochtone qui n'est pas toujours obéi.

Dans The Atlantic, le colonel Mike Jason revient sur toutes ses années d'instruction des troupes irakiennes puis afghanes. Les procédures sont tout à fait celles utilisées autrefois pour former les harkas algériennes au temps béni des colonies. L'enrôlé obéit parce qu'il y trouve un intérêt matériel et, à de rares exceptions près, aucun esprit de corps n'est insufflé à la troupe, docile, obéissante et qui regarde l'heure. Son témoignage en forme d'autocritique est à lire en cliquant ici. Et on a tout compris : les unités que le colonel américain a formées se couchent. Il sait pourquoi, maintenant !

Dans un communiqué lu par la porte-parole de la Maison Blanche mercredi 11 août, parlant de l'ANA***, Jen Psaki a répété une fois encore : « Ils ont tout ce dont ils ont besoin. Ce qu'ils doivent décider est de savoir s'ils ont la volonté politique de se défendre et, s'ils en ont la capacité, de s'unir entre dirigeants pour se défendre. Nous continuerons à fournir un appui aérien au plus près. Nous continuerons à les ravitailler en vivres et matériel, et nous paierons les soldes.»
On voit que l'Administration Biden s'en tient au TED****, qu'elle laisse la motivation du combat à la partie afghane, et que le niveau de doute est élevé du coté américain ; ce qui explique la réaction du président disant, au vu des premiers revers, qu'il ne regrettait rien. Les Etats-Unis ne vont pas se battre vingt ans de plus en lieu et place des Afghans !

Il n'empêche que le retour de la charia stricte terrorise surtout les femmes et les jeunes filles qui ont goûté à la liberté de s'épanouir et d'apprendre, avant de redevenir demain matin du bétail qu'on trafique. Quoiqu'il en soit... d'horrible déjà, la guerre civile afghane ne fait que commencer. Il existe des unités régulières de choc qui sont capables de prendre à leur tour le maquis et mèneront la vie dure aux Talibans revenus au pouvoir comme ceux-ci le firent après qu'ils furent chassés de Kaboul en 2001. Les ethnies du nord, Ouzbeks de Dostum et Tadjiks de Massoud (le fils) reconstituent des unités combattantes pour conserver leurs fiefs hors des griffes pachtounes. Si Mazar-e-Charif tombe, les assiégeants seront à leur tour assiégés et plus vulnérables que lorsqu'ils étaient planqués dans les montagnes. Evidemment la population civile paiera le prix fort comme dans toute théocratie brutale quand les dieux ont soif. La dernière ère de paix afghane fut le règne de Mohammad Zaher Shah (1933-1973). Ça date.

mosquee bleue


Postscriptum du 15 août : le rapport d'un Lt-colonel de l'US Army, déployé quatre fois en zone Moyen-Orient confirme l'analyse du Colonel Jason, y ajoutant la dénonciation des mensonges de généraux carriéristes qui flouèrent le Pentagone et la Maison Blanche. On le lira avec profit en cliquant ici.

Note * le Jeu de cartes était le trombinoscope des dirigeants politiques et militaires du régime irakien que les alliés pourchassaient et que tout chef de groupe avait dans la poche de poitrine
Note ** ISIL : Islamic State of Iraq and the Levant
Note *** ANA : Armée nationale afghane, mais aujourd'hui ils ont pris un nom plus ronflant
Note **** TED : tableau des effectifs et dotations de l'unité de combat considérée

samedi 10 juillet 2021

WTF in Afghanistan ?

montagnes de Baghlan

Contrairement à Trump qui aurait été bien incapable de situer l'Afghanistan sur une carte muette, Joe Biden connaît bien le dossier, puisqu'il fut missionné par Barack Obama pour expliquer aux autorités locales et à l'état-major déporté sur le théâtre d'opérations les buts recherchés par la politique du président américain. De mémoire, il s'agissait de reprendre une par une aux insurgés les provinces capturées pour les mettre en sûreté, y appliquer les recettes classiques de développement (on en parlera une autre fois) et transférer la province rénovée aux autorités locales dont on formait en même temps l'administration et l'armée. En conférence à Kaboul au cercle militaire il avait ajouté un quatrième objectif : sécuriser les ogives nucléaires pakistanaises (je crois l'avoir déjà dit sur ce blogue).

Comme souvent l'intuition de Donald Trump était juste quand il avait amorcé les discussions à Doha avec les chefs talibans pour faire rentrer les boys au pays, mais Joe Biden, qui avait les données d'analyse parvenant aux mêmes conclusions, n'a pas succombé à la tentation de passer l'éponge sur le tableau noir de l'administration précédente. A mon niveau entomologique, j'ignore ces conclusions déterminantes, mais quelques vérités sont à nouveau d'actualité.

D'abord les Talibans sont des insurgés locaux. Soutenir que le retrait américain va donner de l'espace aux groupes terroristes internationaux, comme le dit le général Petraeus, ancien commandant en chef à Kaboul, est certes fondé sur l'histoire des années 2000 où l'on a vu une coalition de gouvernement des Talibans afghans et des Arabes d'al Qaïda diriger le pays d'une main de fer ici et propager du terrorisme à l'extérieur. Mais on oublie que Mollah Omar était contre les opérations extérieures d'al Qaïda qui risquaient de mettre en péril la gouvernance islamique retrouvée en Afghanistan après la République communiste matérialiste. Il avait vu juste. Il est à parier que les chefs talibans actuels ne referont pas la même erreur, et si al Qaïda a disparu de l'épure, dès qu'ils auront les choses en main, ils ne laisseront pas d'espace à son remplaçant, l'Etat islamique (Daech). Les attaques suicides de ce dernier sont régulièrement dénoncées par les Talibans, si on veut bien s'informer aux sources (TOLOnews par exemple). On peut raisonnablement penser que les Talibans deviendront l'ennemi mortel de l'Etat islamique dont ils purgeront le pays avec l'aide des seigneurs de guerre de chaque district. Notons en passant qu'aucun des deux voisins impliqués que sont le Pakistan et l'Iran n'a intérêt à laisser suppurer l'abcès de l'Etat islamique à ses frontières. Il faudra opérer sans anesthésie ! On me dit dans l'oreillette que les Talibans ont pris langue avec le commandement de la base militaire chinoise de Mourghab, qui jouxte le corridor de Wakhan, pour échanger des assurances et ouvrir une collaboration sino-afghane dans le futur. J'ignore la réponse chinoise.

Dans son discours de dépôt de bilan, Joe Biden acte l'échec de l'expédition en termes simples, acceptant l'idée que construire une nation afghane ait été une chimère. On peut lire ce texte en cliquant ici. Cette nation n'a jamais existé auparavant. Qu'est-ce donc ce pays ? Le massif de l'Hindou Kouch fut de tous temps le refuge des nations proscrites ailleurs à divers motifs, qui ont appris à s'y défendre contre tout empiettement du voisin comme de l'étranger lointain, et ce depuis Alexandre le Grand. Le pays est gouverné au sol par des seigneurs de guerre, véritables chefs de clans, disposés comme un puzzle sur tout le territoire : quatre cents districts aujourd'hui ! Si l'ethnie majoritaire est celle des aryens pachtounes qui ne se laisseront commander par quiconque non issu de leurs rangs, il y en a bien d'autres, Tadjiks persanophones, Ouzbeks turcophones, Hazaras chiites, Baloutches du sud, nomades aïmaks, Nouristanis etc... En temps de paix, ils se détestent, en temps de guerre, ils se coalisent. Le défi pour les voisins est que ces ethnies débordent chez eux, surtout à l'est dans les fameuses FATAs pakistanaises.
 
Deux choses encore, il y eut sous l'empire de nécessité plusieurs tentatives de féodaliser l'espace (architecture "foi et hommage") en fermant la pointe de pyramide par un roi. Mais l'anarchie fondamentale a toujours repris le dessus et les affaires quand le danger s'éloignait. C'est dommage car un royaume d'Afghanistan convenablement géré était l'unique moyen de stabiliser l'espace et d'en faire progresser les moeurs et l'économie. La période constitutionnelle (1964-1973) du roi Zaher Shah en avait apporté la preuve, jusqu'à ce qu'un cousin décide que les réformes allaient trop loin.

Afghane
Belle Afghane tradi


L'autre point est cette distance civilisationnelle qui s'est instaurée entre les grandes villes et les bourgs, avec la réoccidentalisation des populations urbaines retrouvant des libertés qu'elles croyaient disparues pour toujours depuis le retrait des Russes ; particulièrement les femmes qui avaient le souvenir d'une vie normale au temps jadis, mais aussi les jeunes filles dévorant à satiété le plaisir de jouer au foot ou de pratiquer la boxe ! Outre l'accès à l'instruction bien sûr...
Comme toujours ce sont ces populations urbaines qui craignent le plus le retour des intégristes puisqu'elles sont coupables d'avoir dérivé.

Finissons par l'armée "nationale" afghane. On voit bien le défi de construire une armée afghane sur le puzzle des clans. Elle ne peut prospérer que sur le logiciel national des chefs de guerre en transformant les commandants de bataillons en chefs claniques et les commandants de brigade en seigneurs. De leur côté, les seigneurs de guerre sont en train de s'armer et convoquent le ban et l'arrière-ban du clan pour ne pas laisser aux Talibans les fruits de la "libération". Reste que si l'ANA est en capacité de résister à une invasion étrangère, elle sera quand même minée par le déclenchement d'une guerre civile, sauf si le commandement régulier s'impose par les armes sur l'Afghanistan utile ! Il semblerait que l'état-major de l'ANA, bien équipée, soit relativement confiant, malgré le débandage de troupes en périphérie, qui avaient signé pour la solde mais pas pour la mort.

Même si l'environnement et les conditions d'engagement sont différents, on ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec notre OPEX Takouba au milieu du chaos ethnique sahélien. Sans doute Emmanuel Macron y pense-t-il plus souvent qu'il ne se rase le matin devant la glace.

mercredi 11 septembre 2019

President Cash !



A quelques jours de la commémoration du Onze Septembre, Donald Trump a renvoyé la barbarie barbue au fond de ses grottes empuanties au bouc ! Traiter avec des hommes normaux pour négocier le retrait d'Afghanistan du contingent américain contre la destruction des métastases d'Al-Qaïda et de l'Etat Islamique était jouable au plan stratégique ; moins sûr au plan de la paix intérieure afghane ; d'autant que dès l'origine le groupe de Mollah Omar se considérait "occupé" par les étrangers de la bande à Ben Laden. Il dénonça l'attaque des tours jumelles comme une connerie majuscule qui allait emporter tout l'ouvrage de subversion des tribus pachtounes patiemment construit. La suite lui donna raison. Mais les Talibans d'aujourd'hui sont apparemment incapables de mesure et de négocier autre chose qu'une reddition finale : après certes quelques modalités diplomatiques convenues pour une période de transition que l'on écourtera au possible avant de ranger les accords au musée des traités pourris.

Mais il y a Trump ! On ne la lui fait pas. Il ouvre toutes les portes, même celles que ses services tiennent fermées et il deale à longueur d'année avec les pires dictateurs, mais il réagit en homme au besoin, ce qui passait pour ringard dans la sphère occidentale où nous avons pris l'habitude de nous excuser de tout. Trump "ne comprend pas". Ce n'est pas un diplomate. Le dernier attentat de Kaboul a démontré s'il en était besoin qu'il ne faut pas parler aux cons ; ça les instruit ! (merci M. Audiard). « They are dead !» tweetait-il lundi dernier.

Sans doute et sauf incinération par l'Etat central qui se renforce patiemment, les Talibans reviendront-ils un jour à la table de négociation si les Etats-Unis les y invitent, mais ils ont perdu la main. Ils chercheront de toute façon à la reprendre par la terreur, comme d'habitude, mais devraient se méfier d'une réaction drastique du locataire de la Maison Blanche qui pourrait vouloir laisser une trace indélébile dans l'histoire, en souvenir des tours jumelles.

Qu'importe à la fin le sort de ces crasseux ! Une pensée ce soir pour les trois mille victimes de Manhattan. L'incapacité islamique était devenu insupportable à des fils de famille de l'Arabie heureuse, à un point tel qu'elle les frustrait des succès de l'Occident, cet Occident maudit qui renvoyait une image dévalorisée du croissant vert et qu'il fallait effacer. Plus surprenant, la bourgeoisie arabe fit partout la nouba au spectacle des avions percutant les tours jusque tard dans la nuit. Cette réaction est parfaitement documentée, surtout au Caire ! Méfions-nous de nos amis ; de nos ennemis c'est facile !


dimanche 21 octobre 2018

Élections afghanes, un défi aux ténèbres

Jeune fille Nouristanie
Les élections afghanes en cours sont pour Royal-Artillerie une projection de l'analyse du 3 février 2012 quand nous expliquions (ou tentions d'expliquer) la remise des clefs du pays aux autorités afghanes, prévue alors pour 2014. Ceux qui ont du temps peuvent retrouver cet article (un peu long) en cliquant ici. Nous terminions jadis sans espoir : « la donne des trois ans qui viennent pourrait être changée même si à la fin les Talibans reprennent les guides, avec l'appui indéfectible de l'ISI pakistanaise et la résignation de la majorité silencieuse afghane usée par 33 ans de guerre. C'est moche pour les femmes et les fillettes, mais nous aurons tout tenté. ».

On ne comprend rien à la situation actuelle si l'on ignore qui était le mollah Omar (↓2013) à l'origine de toutes choses du côté obscur de la Force. Mohammed Omar était un directeur d'école coranique de Sangesar dans le Kandahar, village où naquit la croisade des Talibans. Homme éduqué (il lisait et parlait l'arabe) c'était un chef religieux charismatique, une référence qui sera promue "Commandeur des Croyants" en 1996 par un concile de 1527 oulémas venus de partout, nous dit la Wikipedia.

Peu porté sur les affaires quotidiennes de pouvoir, il montera rarement à Kaboul où l'essentiel des décisions politiques et militaires seront décidées par la choura* traditionnelle, mais il conservera la production du droit (sharia). Le mouvement taliban ne fut rien d'autre qu'une transposition du rigorisme sunnite aux tribus afghanes, comme il en fut du wahhabisme aux tribus d'Arabie heureuse. Lassée par la guerre russe et la guerre civile de partage des dépouilles, la population (pachtoune en majorité) adhéra sans se faire prier pour voir revenir un certain ordre civil qui flattait ses propres superstitions et ses mœurs archaïques. Femmes et filles (physiquement défavorisées depuis Cromagnon) en souffrirent le plus.
(*) Choura : enceinte de concertation, parlement au sens premier

Puis ce fut la guerre américaine consécutive au Onze-Septembre. Mollah Omar s'était allié à al-Qaïda contre ses propres idées car il jugeait que l'afflux des djihadistes étrangers était une menace pour la purification des mœurs soviétisées. Hélas pour son intégrité morale, le riche Séoudien Oussama Ben Laden apportait du cash, en veux-tu en voilà, et Ayman al-Zawahiri, le Frère musulman égyptien, le manuel de la guerre asymétrique totale avec la rhétorique affûtée pour le vendre. Mollah Omar, fils de petit paysan né du trou du cul du monde, en fut sans doute impressionné pour leur céder le commandement militaire, jusqu'à la "bavure" des tours jumelles de New York qu'il condamna ouvertement dès lors qu'il prévoyait la suite imparable. Il avait raison, mais les circonstances de l'invasion l'enchaînèrent à al-Qaïda pour le malheur et pour le pire.

Après le retrait progressif de l'ISAF (OTAN), corrélé à la montée en puissance des autorités afghanes, l'Etat central afghan se déploya et la modernisation du pays progressa à des vitesses différentes selon les provinces, jusqu'à faire croire que l'affaire allait être gagnée, sauf dans la poche de Falaise ou de Saint-Nazaire. Mais, en souvenir des heures les plus sombres, les chefs talibans ne furent pas conviés au gâteau démocratique et ils se retrouvèrent devant un pays partagé sans eux, comme à l'époque de la guerre civile qui opposa Pachtounes, Ouzbeks, Tadkjiks voire Hazaras, guerre civile qu'ils avaient cessée par la force en 2000 au milieu des ruines de Kaboul.

Massoud assassiné par des crouilles en 2001
Depuis la fin de la guerre américaine, les Talibans firent des représentations dans les capitales étrangères pour changer leur image de djihadistes frustres. Ils ont été reçus à Djakarta, Moscou, Téhéran, Doha et des émissaires ont tourné en Europe occidentale. Leur argument de base est qu'ils luttent carrément contre l'Etat islamique (Daesh) dont beaucoup d'éléments se sont repliés dans le chaos afghan. L'autre argument est qu'ils accepteront une place à la choura de Kaboul moyennant négociation - on ne peut se rendre comme à Sedan ! Mais en vain, et pour des raisons confuses qui tiennent sans doute au partage définitif des pouvoirs locaux entre les intérêts établis, ils ont été confinés aux montagnes d'où ils ne descendent qu'à la nuit tombée, comme là-bas, dis ! Alors restent les bombes !

Disons pour être juste que la présidence à Kaboul a fait preuve de bonne volonté en prenant langue avec les chefs talibans dans le droit fil des positions originelles du mollah Omar qui étaient basées sur le nationalisme afghan découplé des influences étrangères (lire: arabes); mais les discussions tournèrent court entre marchands de tapis, peu pressés d'aboutir, qui d'un côté devaient laisser un peu de chantilly sur le gâteau, de l'autre, oublier l'arc de triomphe fleuri de la victoire.

Mais la population ne marche plus dans la combine et endure les exactions des fous de Dieu avec colère puisque l'Etat peine à s'imposer partout. Les avancées sociétales et une relative prospérité chassent des esprits le recours à une foi incandescente qui n'a rien développé d'utile nulle part ailleurs sauf des comptes suisses. Le terrorisme aveugle désagrège ce qu'il restait d'empathie chez les derniers croyants pour les talibans car le pays en a soupé des guerres pour rien, des guerres d'étendards, des guerres pour seigneurs de la guerre qui n'apportent que du malheur !

Que viennent faire les élections dans ce contexte ?

Les élections, parfaitement inutiles dans un pays bouleversé, deviennent un dérivatif à la dureté des temps et reconnaissons un courage certain aux électeurs qui pénètrent dans les bureaux de vote pour concrétiser l'illusion d'une souveraineté populaire qu'on essaie d'inculquer dans le cerveau des foules. Les hommes sont abrutis de paléo-machisme tribal. L'avenir de l'Afghanistan passera par les femmes. Moins encrassées dans leur tête que les hommes qui lisent le coran au premier degré (la nouvelle de Sylvain Tesson titrée La Statuette est cruelle mais si vraie), elles sont plus résilientes, pour employer un terme de métallurgie. Elles ont une vue claire de leur futur pays qu'elles inscrivent ouvertement dans le XXI° siècle à leurs risques et périls. Elles opposent le droit naturel à la dictature des clercs fondée sur la transcendance de la terreur. Les reportages abondent dans les arts, les sports et la santé où elles brillent. Reste à investir l'éducation.

Construire une vraie société amalgamant plusieurs nations implantées là depuis la nuit des temps, n'est pas une mince affaire, mais c'est le seul défi à remporter. Le reste est vulgaire.




mercredi 29 novembre 2017

Le gozzo de Djamel


Le bateau d'abord !

La précision du trait suggère qu'il fut dessiné face et profil au poste de carénage avant que d'être couché sous l'aquarelle. La carène de travail ventrue, son étrave forte sans capion, la falque large sur liston et le plat-bord sans cordon signalent presque à coup sûr un gozzo napolitain, du modèle connu dans tous les ports du sud de la méditerranée occidentale. Facile, l'artiste est algérois.

La poupe a été entamée ou coupée par l'artiste pour alléger un dessin très chargé. Du pont, il ne reste presque rien, emporté sans doute lors de l'échouement violent. La mer a défoncé le bordage tribord jusqu'à l'ambon de bouchain. Une grande antenne de voile au tiers, improbable encore à poste, un moignon de maître-mât très avancé pour dégager l'espace de travail mais qui exigerait de cabusser la grande antenne au beaupré en latine ou gênerait l'amure de foc en plan carré ; la fine antenne brisée d'un perroquet qui se déchire et les cornes à tramail que l'on devine à la proue laissant partir des filins, le bateau est bien observé. La voile verdâtre devient une toile à pourrir... Sur la grève la bourriche en osier, le petit fût bleu qui sert à tout, les avirons impuissants, les corps disparus des pêcheurs, l'histoire est achevée mais la mer s'acharne. Il y a surtout le ciel de la mer. Toute la force du tableau est dans le poids du ciel sur l'épave, carrément oppressant. Le bateau drossé à la côte finira dévoré entre l'indigo de l'orage et la turquoise des hauts fonds. Aucune autre issue à la tragédie que du bois flotté.


L'artiste ensuite !

Son nom ne vous dira rien. Il n'expose pas, enfin... non, il n'expose pas. Il s'appelle Djamel Ameziane et il a 50 ans ! Des gens informés ont reconstitué son curriculum vitæ sur la Wikipedia, que vous lirez en cliquant ici. Pendant son séjour à Guantánamo Bay il a peint plusieurs aquarelles, l'exercice faisant partie d'un programme de déradicalisation dont on a pu voir les productions dans une exposition Ode to the Sea au John Jay College (of criminal justice) de Manhattan (expo jusqu'au 26 janvier 2018 - catalogue ici). Les frémissements d'enthousiasme des marchands d'art ont convaincu le Pentagone que les œuvres appartenaient au programme, n'étaient pas monnayables et ne pourraient être remises à leurs auteurs, à part celles qui étaient déjà sorties du circuit, et pourquoi pas incinérées un jour pour faire de la place aux archives.

Je ne juge pas M. Ameziane, pour une raison très simple : il a été interrogé pendant six ans à partir de techniques d'aveu difficiles à affronter pour, à la fin, être extrader sans charge aucune vers son pays natal, l'Algérie. Il a tout subi. On sait que les Aussaresse de Gitmo pouvaient t'arracher n'importe quoi mais le bonhomme, capturé en 2001 aux FATAs par un chef de tribu locale et vendu à l'ISI pakistanaise, fut revendu aux Américains dans un lot de prisonniers, sans qu'il soit crédité d'un flagrant délit. D'un autre côté, les experts en confessions forcées ne sont pas parvenus à l'abrutir complètement puisqu'il réclame cinquante millions de dollars canadiens de réparations pour onze années de détention abusive* en partie dues à la complicité active des services canadiens, en sus des 8838 dollars US qu'il portait sur lui et que les Pakistanais n'auraient pas trouvés lors de sa remise aux Américains en Afghanistan et qui lui auraient été confisqués à Kandahar.
(*) Pour estimer ses chances, il faut lire le Globe And Mail de Toronto du 5 novembre dernier en [cliquant ici], c'est une grosse affaire !

La conclusion

Il y a des justifications sérieuses qui prendraient trois pages écrites serré, pour fonder cette rétention administrative d'œuvres. Mais justement ce sont trois pages de trop pour convaincre. Quand le prisonnier est reconnu innocent (sans débat contradictoire ni jugement au pénal), quel motif invoquer pour lui retenir son argent et ses peintures ? Tant les méthodes utilisées pour briser les volontés que la longueur extravagante de détention préventive, sont les ferments d'une haine inextinguible des anciens détenus de Guantánamo Bay envers les Etats-Unis, à moins d'être atteints du syndrome de Stockholm.
Depuis le début de l'aventure américaine au Moyen Orient on se demande si quelqu'un réfléchit ! Est-ce un maraboutage général des cerveaux au Pentagone et au Département d'Etat ? La guerre au fondamentalisme islamiste sanglant (rien ne dit qu'Ameziane y ait pris part) est autant psychologique que polémologique. D'ailleurs les Peace Corps de jadis travaillaient par l'esprit comme les officiers SAS français aux colonies. Les Etats-Unis ont-ils la légitimité de leur brutalité ? Non. Et tout commence ou recommence !



La note d'art

Shipwreck de Djamel Ameziane, Guantánamo Bay 2011, est une marine inspirée par la situation de prisonnier, que l'artiste a traité comme une nature morte, l'eau de la crique est calme. Œuvre aboutie de la meilleure facture, ne déparerait pas un catalogue de naufrages. Aquarelle de dimensions inconnues, format A3 supposé. Le cadre du tirage jet d'encre couleur fait par son frère au Canada en 2016 mesure 635mm sur 508 (25in.x20).

Un bateau navigant sous le même type de gréement, mais plus petit que le gozzo, à tonture prononcée et non ponté (c'est une filadière), vous est offert ci-dessous:



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