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vendredi 26 août 2022

Avènement de l'Etat moderne

Il faut lire Le Parti des Politiques de Bertrand Renouvin qui paraît en feuilleton sur son blogue personnel ; travail commémorant la Saint-Barthélémy (24 août).

Bertrand enouvin
Le titre complet est Le parti des Politiques et l'avènement de l'Etat moderne. Jusqu'ici, sept chroniques ont paru. L'ouvrage est d'importance et mériterait l'impression d'un fascicule à part collationnant tout ce travail. Il fait parti du dossier Res Publica chez Renouvin.
L'intérêt premier est qu'il ne s'agit pas de refaire les annales de la période, en gros la France des guerres de religion, mais d'en recenser les motifs profonds, d'en analyser les conjonctions et croisements, en un mot d'expliquer la trajectoire de ce mouvement politique recréant in fine l'Etat.
Bien qu'il se défende d'être historien, Bertrand Renouvin accède au niveau des meilleurs de la profession.
Voici les liens cliquables de ces chroniques avec tout simplement pour chacune, la phrase-seuil en italique et les libellés qu'y attache l'auteur, sans commentaires.
Ndlr: les mots clefs (libellés) ne sont pas cliquables dans notre article comme ils le sont sur le blogue de l'auteur. Y aller voir donc.

cul de lampe

Chapitre 1 (Chronique 169) - Nous commémorons cette année le 450ème anniversaire de la Saint Barthélémy. Commencés dans la nuit du 23 au 24 août 1572, les massacres de huguenots se poursuivent à Paris jusqu’au 29 août et s’étendent à la France entière.
mots clefs : Catherine de Medicis | catholicisme | Cicéron | colloque de Poissy | édit du 17 janvier 1562 | Etat | François de Guise | François II | guerre de Religion | Henri II | huguenots | massacre de Wassy | Michel de l'Hospital | papauté | protestantisme |
diviseur
Chapitre 2 (Chronique 170) - Commis par les hommes du duc de Guise, le massacre de Wassy plonge la France dans les guerres de Religion. La monarchie royale se trouve alors confrontée à un déchaînement de violence qui n’est pas seulement le résultat tragique de l’extrémisme catholique.
mots clefs : angoisse | calvinisme | Catherine de Medicis | catholicisme | Charles IX | Conjuration d'Amboise | Espagne | Etat | François de Guise | Guerres de religion | Guillaume d'Orange | monarchie royale | Paix d'Amboise | Philippe II | Surprise de Meaux | traité du Cateau-Cambrésis |
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Chapitre 3 (Chronique 171) - Il faut faire la guerre en vue de la paix. La conviction exprimée par Michel de l’Hospital est partagée par Catherine de Médicis. L’insurrection protestante qui suit le massacre de Wassy exige la mobilisation de l’armée royale.
mots clefs : Catherine de Medicis | catholicisme | Charles IX | édit de Saint-Germain | Elisabeth I | Espagne | Guerres de religion | Guillaume d'Orange | Henri de Navarre | Lépante | Marguerite de Valois | papauté | protestantisme |
diviseur
Chapitre 4 (Chronique 172) - Dans la France déchirée comme jamais, le pouvoir royal reste inspiré par une philosophie qui mêle l’humanisme érasmien et le néoplatonisme. Ceci afin de mieux cultiver un idéal de tolérance religieuse et d’harmonie politique pour le service de l’Etat, qui participe du divin, et pour le peuple qui devrait être tout uniment chrétien.
mots clefs : Catherine de Medicis | catholicisme | Charles IX | duc d'Albe | Gaspard de Coligny | Grégoire XIII | Guerres de religion | Henri de Navarre | Pays-Bas | Pie V | protestantisme | Saint-Barthélémy |
diviseur
Chapitre 5 (Chronique 173) - Le roman, le cinéma et divers livres d’histoire ont ancré l’idée de l’écrasante responsabilité de Charles IX, roi faible, et de Catherine de Médicis, reine cynique, dans les massacres déclenchés le 24 août 1572. Un vif débat demeure entre les savants qui ont récemment travaillé sur la Saint-Barthélemy
mots clefs : catholicisme | Charles IX | Espagne | Gaspard de Coligny | Guerres de religion | Henri de Guise | papauté | parlement de Paris | Philippe II | protestantisme | Saint-Barthélémy | Sainte Ligue |
diviseur
Chapitre 6 (Chronique 174) - En août 1572, face à une insurrection politique, religieuse et sociale, Charles IX et Catherine de Médicis ont sauvé in extremis ce qui pouvait l’être : l’autorité légitime n’a pas été renversée, les injonctions royales ont évité maints massacres dans le pays, l’Etat a pu conserver quelques éléments de sa puissance souveraine à l’intérieur du royaume – la liberté de conscience a été préservée – et dans les affaires extérieures.
mots clefs : Anne de Montmorency | catholicisme | Charles IX | Etat | François de Guise | Guerres de religion | Henri de Guise | Henri de Navarre | Henri III | Marguerite de Valois | médiation | Michel de l'Hospital | papauté | protestantisme | Saint-Barthélémy | Sainte Ligue | traité de Nemours |
diviseur
Chapitre 7 (Chronique 175) - La pensée des Politiques s’est élaborée dans la violence de l’Histoire. La seconde moitié du XVIe siècle donne à voir les pires atrocités mais les partisans de la paix civile et religieuse s’engagent selon des œuvres qui marquent leur temps et encore le nôtre.
mots clefs : catholicisme | Etat souveraineté | François Hotman | Guerres de religion | Henri III | Henri IV | Jean Bodin | médiation | Montaigne | protestantisme | République | Saint-Barthélémy |

cul de lampe


Nous ignorons si et quand d'autre(s) chronique(s) suivront sur le même sujet. En ce cas, elles seront ajoutées à cette recension.
A ne pas rater, c'est sûr.

mardi 28 juin 2022

Au mur, les cons !

affiche de campaggne EnMarche
Non, non, il ne s'agit pas du tableau syndical se moquant des plaideurs contre la misère du monde importée, pas plus que du mur sacré des Fédérés, quoiqu'on pourrait bien le repeindre afin d'y présenter, les yeux bandés, le motif de notre juste courroux ; non, il s'agit de nous, de vous, de moi ! Les cons, c'est nous ! Même pas circonvenus, trompés à l'insu de notre plein gré, on nous aurait menti ? tiens, d'ailleurs c'est de ça qu'il s'agit : de la morphine démocratique, du dopage républicain d'un peuple immature qui va payer, cher, très cher, sa connerie. Tout part de là, le peuple est souverain, on est en France, et s'il est con, il l'est souverainement.

Parce que tous ces mecs qui se pavanent à nos frais sous les ors de la République, les fesses en arrière et le menton levé, n'ont pas pris d'assaut le Capitole ! Pas du tout ! Nous les y avons mis !

Bruno Lemaire s'émeut de la remontée des taux. Parce qu'il est intelligent et informé - ça ne va pas toujours ensemble - il prend au sérieux le prix de pension du 10-ans français qui, tel le cordeau détonnant de la pyrotechnie financière, va renchérir l'abondement hebdomadaire au tonneau des Danaïdes de la dépense publique française. Les caisses sont vides, toutes, les comptes sont en rouge vif, et les peigne-culs de l'Elysée projettent de se maintenir aux commandes en tirant des chèques en bois sur notre capacité d'emprunt afin d'apaiser le peuple qui a eu l'imprudence de les élire, eux et tous ceux qui sont arrivés en 1981 et par après, dans les fourgons de la Gauche plurielle ; fameuse gauche dépensière à compte d'autrui qui va bien plus loin sur les bancs de l'Assemblée que la gauche certifiée, autrui étant - selon la formule de Royal-Artillerie - nos enfants et les leurs, si ce ne sont ceux qui naîtront de tous ceux qui ne sont pas nés encore ! Nous sommes la civilisation du hamac qui détruit son futur. Les générations montantes devraient s'en saisir pour prendre les commandes. Par les urnes ? De force ?

Par les lanternes !

Les Cassandre habituelles vous ont déjà expliqué comment mourir à crédit, les Marc Rousset, Charles Gave, Charles Sannat et tant d'autres nous promettent des journées noires, longues comme des semaines, longues elles comme des mois ! Auxquels on avait coutume de répondre qu'un pays comme la France, adossé à un capital aussi fabuleux que le nôtre ne risquerait jamais de perdre la confiance des agences et des marchés. Nous n'étions pas l'Argentine, merde ! Sauf que... nous n'avons plus d'industrie et donc nous n'arrivons pas à vendre aux autres ce qui nous permettrait de payer nos importations de biens mais d'énergie d'abord, parce que nous n'avons pas non plus suffisamment d'énergie, notre agriculture est au péril du déclassement, à ce que disent les chambres d'agriculture ; et nous n'avons pas d'armée digne de ce nom. Avec trois jours de munitions nous faisons rire. L'hôpital public est à la ramasse, les infirmières le fuient en nombre, et notre système public d'éducation n'est pas mieux, on embauche des cloches pour faire l'effectif minimal enseignant (écoutez Brighelli).
S'ajoute au tableau de calamités la nouvelle tripolarisation du territoire politique qui rend le pays et pour longtemps ingouvernable ! Pourquoi les institutions financières étrangères prendraient-elles nos bons du Trésor à vil prix ? Nous allons les placer aux taux italiens avant l'automne, bien plus cher donc, et encore l'Etat italien n'a pas de déficit primaire comme nous-autres ! Les zinzins acceptent nos bons parce que l'Etat français a la réputation de faire rentrer l'impôt facilement. Avec un peuple de veaux, c'est facile. Mais si les fermentations sociales attisées par les désordres parlementaires déclenchent l'insurrection générale, le consentement à l'impôt disparaitra avec elle, et la confiance de nos prêteurs aussi ! Nous entrerons en division 2, celle des pays à risque. Et le roi Macron sera nu, son pouce dans le cul !

lundi 31 août 2020

"Moment" de l'histoire

Moment, s.m. s'entend en mécanique du produit d'une force par sa distance à un point ou à un axe ; c'est ainsi qu'on dit que la somme des moments de deux composantes est égale au moment de leur résultante, par rapport à un point quelconque pris dans leur plan (Maurice La Châtre, Dictionnaire universel, Paris 1854)

 


Comme l'affirmait Vaïsse Villiers - je ne le sus que plus tard après être passé mille cinq cent quatre-vingt-seize fois devant sa plaque de rue pour aller à l'école - l'histoire est cyclique, une roue lente toujours en mouvement sur un moyeu qui orbite dans l'univers du Destin. Aussi souriais-je souvent par la suite d'entendre que l'histoire ne repassait pas les plats sans parler du fameux sens marxiste de l'Histoire qui permit à la France de se retirer de toutes ses positions pour devenir la nation qui pérore en souvenir de sa grandeur. Je compris aussi pourquoi de grands esprits avaient investi tant d'énergie à produire des leçons édifiantes à l'attention de leurs contemporains comme Grandeur et décadence de l'Empire romain, qui n'était finalement qu'un solennel avertissement. Il est plus que temps de mettre en perspective - si ce n'est trop présomptueux - la décadence de l'empire occidental !

Est-il besoin d'en faire la démonstration ? Même pas, la démographie négative et la part étrécie de richesses produites par l'Occident rapportée au total de l'activité humaine sur terre parlent d'elles-mêmes. Ce reflux est-il une décadence ? C'est le début d'une bonne question à laquelle tous les gouvernements répondent non, plutôt un ajustement historique de la tectonique des continents. Sans revenir à Dioclétien ou Charlemagne, nous retrouvons aujourd'hui l'époque pré-industrielle où les maîtres du moment étaient au Milieu du monde, ce qui ne se voyait pas autant qu'aujourd'hui puisque ceux-là n'avaient aucune envie de s'impliquer plus loin que les marches impériales. Prospérait au-delà des sables de l'océan steppique l'Europe des nations combattantes, en guerre permanente (7 ans, 30 ans, 100 ans...) jusqu'à ce qu'au XIXè siècle, la putréfaction de l'empire mandchou ne les attirât et leur permît de mettre en coupe réglée le Centre du monde pour s'en repaître. La cupidité générale déséquilibra les appétits réputés légitimes - à chacun son empire mondial - jusqu'à jeter tous les uns sur tous les autres pour qu'à la fin, l'Occident se dévore lui-même. Deux guerres mondiales ont réglé pour longtemps la question des suprématies. L'épuisement occidental à s'entretuer a laissé revenir contre lui les empires défunts qui renaissent de leurs cendres. Le balancier de Vaïsse Villiers qui s'était perdu derrière Alpha du Centaure, revient. Sa masse inertielle est monstrueuse, à voir les dégâts qu'il a déjà causés. Et nous le regardons grossir, sidérés ! Nous ne faisons que ça.

Les dirigeants occidentaux qui ont blindé leurs modèles socio-économiques dans les rets des organisations internationales sont empêtrés dans des logiques mercantiles et morales de premier échelon. Ils brandissent des libertés dans certains domaines qui rapportent et des obligations impératives dans d'autres qui les gênent. Ils ne voient pas les enjeux ou les laissent aux analystes stratégiques que l'on ne lit pas. De vista ? point ! mais, le nez dans le guidon, un contrôle tatillon des peuples réputés indociles et plus intelligents qu'eux. Le futur lointain n'est appréhendé que par les cerveaux numériques de la Silicon Valley pour faire court, et plus du tout par les états-majors partisans qui gèrent nos sociétés civiles dans le champ des mœurs plutôt que dans celui des équilibres pérennes. Quand chez nous on en arrive à jouer le redressement du pays sur un Gosplan bureaucratique donné à un politicien raté, il y a de quoi affûter les pointes des rapières. A les voir s'agiter comme des papillons sous la lampe, on laisse naître en soi le sentiment que le système prétendument démocratique a sélectionné le fond du panier, la division 2, les recalés de la Production, des bavards diarrhéiques, des mangeurs de mots, des intellectuels assis selon le mot d'Audiard ; alors qu'il nous faudrait des cons qui marchent. Mais regardez la distribution ! La plupart des noms entreront demain comme insulte populaire dans Le Petit Robert. Rien ne bouge. Cette sous-classe politique nous laisse subir notre environnement géopolitique. La France est le paillasson du monde.
Ce n'est pas partout pareil, à preuve :

Le mandat américain de Donald Trump, un richissime promoteur et animateur télé avec pas cent sous d'idées mais du bon sens, aura plus fait pour contenir les assaillants de l'Occident que tous les clubs dédiés à l'hégémonie de l'American Way Of Life. Son ego démesuré l'a précipité contre "l'Impossible" et malgré les prévisions catastrophiques des instituts payés au mois, il l'a fracassé. Souvenez-vous, on ne pouvait affronter la Chine qui était devenue l'usine du monde et détenait un matelas impressionnant de bons du Trésor, des encaisses gigantesques en devises prêtes à s'investir à milliards dans les routes de la soie, une marine de guerre en constante augmentation, des projets de développement partout jusqu'en Afrique ou Papouasie, et le top du top, une fabrique universitaire qui déversait des dizaines de milliers d'ingénieurs chaque année comme CocaCola des canettes à Dunkerque ! Il fallait négocier intelligemment et retraiter pas à pas en attendant la démocratisation inévitable d'un peuple ayant goûté aux joies de la société permissive de consommation, sans parler de l'effondrement des banques régionales percluses de créances bonnes à jeter à la décharge. On attendait les désordres civils intérieurs qui finiraient par casser l'élan irrésistible du monstre capitalo-communiste aux intentions douteuses. A l'évidence Trump n'a rien compris à ce raisonnement tout en finesse. Il a juste comparé les chiffres de la balance commerciale : action !

On pourrait en dire autant des prétentions insupportables de la théocratie iranienne à vouloir imposer la nuit islamique sur tout le Moyen Orient. Israël a signalé aux services américains que l'Iran laissait tomber le corset nucléaire en investissant tout son disponible dans la conquête de l'Irak pétrolier et dans l'implantation de bases en Syrie visant Israël. Non seulement Trump est sorti du traité nucléaire, mais il a fait tuer le numéro deux du régime islamique, le général Souleimani, proconsul des ayatollahs à Bagdad, en attendant de faire plus à la première occasion. Le message a été reçu cinq sur cinq. Les mollahs ont fait des funérailles grandioses en menaçant le monde entier, puis ont abattu par erreur un avion civil chez eux. Les autorités irakiennes et les tribus arabes qu'elles représentent ont pris les Iraniens en grippe et Israël continue de casser en Syrie le dispositif des Pasdaran au fur et à mesure qu'il est reconstitué. Les menaces réitérées sur le Détroit d'Ormuz n'inquiètent que les écoles de journalisme, les acteurs régionaux sachant que la côte iranienne de Bandar Abbas sera vitrifiée au premier dommage consenti par la Vè Flotte en Mer d'Oman. Sans doute la France de son côté, impliquée durablement dans le Golfe persique par ses accords imprudents de défense, se rassure-telle de la pugnacité de la brute au chien de prairie mort sur la tête. Qu'en sera-t-il de son éventuel successeur avec ses deux heures de lucidité quotidiennes ? C'est un autre article, mais on se prépare à un coup d'Etat en Iran donnant tous les commandements aux Gardiens de la Révolution en péril ; pas la révolution, le système de prédation nationale des Gardiens. Un troisième article ? D'autres zones à soucis reçoivent la même attention trumpienne au premier degré entre deux greens, que ce soit le scandale du partage des charges de l'Alliance atlantique, le merdier coréen, et moins dangereux mais plus rémunérateur en voix, l'immigration hispanique, la loi & l'ordre et les maquiladoras mexicaines... D'où LA question : Donald Trump arrivera-t-il à bloquer le balancier de Vaïsse Villiers ?

Bien sûr que non ! C'est affaire de fondamentaux. L'histoire des hommes obéit à des tendances lourdes que rompent provisoirement des éruptions violentes comme les guerres, la peste, les calamités naturelles ou la fission atomique, ce qui ne veut pas dire que ces tendances ne puissent être déviées quand elles ne peuvent être contrées. Et là nous voyons que le régime démocratique qui administre nos sociétés et qui devrait veiller à leur perpétuation est complètement inadapté. Elles doivent être gérées à l'horizon du siècle, mais ce sont des gens souvent mal élus sur des horizons si proches d'eux - cinq à six ans - qui décident et l'inadéquation du régime politique en devient risible comparé aux enjeux.
L'impermanence du monde a toujours un sens, même si ce sens n'est pas une ligne droite vers le paradis soviétique mais plutôt une orbite à plan mobile qui va et revient. L'histoire du monde depuis la haute antiquité nous le prouve. En foi de quoi, on ne peut conduire un pays au jour le jour. Le facteur temps long doit être intégré à l'épure de la gouvernance, et nous en sommes si loin ! Tout le monde peut comprendre ça, même autour d'un feu de palettes sur le rond-point. Sans en faire une obsession, ce régime parlementaire de chahut institutionnel n'est pas capable de parer le retour du balancier mégatonique que nous allons prendre en pleine poire. Inde et Chine ne nous feront pas de cadeaux ; elles ont des comptes à solder. Et l'Afrique, milliardaire en désœuvrés, nous garde un chien de sa chienne puisqu'il faut bien trouver un responsable à son déclassement. La Russie prendra son gain ! L'Europe fera des proclamations morales ou juridiques, l'Amérique du Nord se ramassera chez elle pour encaisser le choc de la boule de démolition.





Nous avons besoin dès aujourd'hui d'un Etat fort, pugnace et commandé, capable d'affronter les empires revenus, seul ou en coalition. Le nôtre est un Etat totalitaire à moitié crevé qui exhale une odeur de gangrène gazeuse et coûte un pognon de dingue* en perfusions. Nous devons resserrer notre Etat sur le domaine régalien strict et débander les voraces qui nous privent de l'essentiel. Une parasélite politique pléthorique, des dizaines de milliers d'associations ou syndicats incapables de vivre sur cotisations, un système social ravagé par une fraude aux prestations et pensions quasiment consentie, un clergé médiatique concordataire (un milliard d'aides à la presse), des saltimbanques payés à ne rien foutre, des étages administratifs redondants où se cramponnent les rationnaires de la République, leurs fils et leurs neveux. La situation confuse et insécure crée un sentiment général d'étouffement chez les masses laborieuses ! Brisons les contraintes accumulées au fil des campagnes électorales. Les périodes de moindre coercition furent souvent celles de grande créativité, inventivité, solutions pratiques, du moins de ce côté-ci de la Sainte Carte**. Les "commandeurs" dans l'âme sous-estiment toujours les capacités de l'espèce humaine à s'organiser en autonomie quand on l'abandonne à elle-même. Ils mangent sur des schémas hiérarchisés qui remontent de l'îlotier de quartier qui vérifie les masques jusqu'au général d'armée qui écrit sa page dans l'encyclopédie, en passant par tous les grades de la prébende publique. Ainsi le régime actuel bouffe-t-il plus de la moitié de la richesse produite pour exister.
Les gens capables d'entraîner et d'organiser les autres au niveau du quartier, de la ville, de la province ont souvent de meilleures capacités d'anticipation que les habiles et les malins qui se font élire sur des promesses sans lendemain. Trouvons ces gens capables et lançons des Exodus à Saint-Nazaire, direction les Kerguelen pour nos surnuméraires, à moins que quelque pays ne nous les prenne en route. Et n'oubliez jamais que la parasélite ne disparaît que quand on lui fait peur (comme en mai 68).

Au-dessus des collaborations de premier et deuxième niveau, au pays des vingt ou cent républiques nouvelles contractant entre elles, il nous suffirait d'avoir un roi, un roi actif en ses conseils, qui représenterait notre pays, son âme, sa continuité, veillerait à notre défense avec "ses" armées, et à qui s'adresseraient les autres nations pour échanger plans et projets de commun bénéfice. L'anarchie*** plus un ? C'est ça ! Il faut faire confiance aux hommes de bonne volonté et de bon sens plutôt qu'à ceux qui font métier de vivre à nos dépens. Le vrai modèle à la fin, c'est une grande confédération helvétique, couronnée pour cause de paradigme gaulois. Si nous ne savons pas la faire, invitons des Suisses à l'organiser chez nous. Ce ne serait pas la première fois que la France en carence appelle des étrangers doués à son service. La liste en est très longue, jusque dans la foration des fûts d'artillerie sous Louis XV.
A suivre...


Notes :

* Collectivisme en reconstruction :
- 56% du PIB en dépense publique
- la fiscalité la + forte de l'OCDE et peut-être du monde.
- les plus forts impôts de production en Europe après la Grèce (on va les diminuer dans le plan industriel de relance)
- un Etat qui se mêle de tout et si mal, mais considère le domaine régalien comme sa variable d'ajustement
- une Justice misérable (on jugera Balladur en janvier prochain pour les rétrocommissions de... 1995!)
- une économie administrée par l'Etat, que l'on appelle "mixte" où le secteur public est presque partout déficitaire
- le record mondial de lois, règles, règlements et normes avec une perversité particulière à aggraver les directives européennes
- la remise en question régulièrement de la propriété privée
- l'incapacité à assurer l'ordre de base

** La carte appelée aussi "la carte interdite"

*** Ce billet est le dix-huitième de Royal-Artillerie avec le libellé "anarchie"

lundi 10 août 2020

Semer le roi à tout vent !

Temps lecture: 8min + 9min vidéo
Ensemencer l'opinion à l'idée du roi fut le leitmotiv de Royal-Artillerie dès sa création en 2005 (À Propos). L'idée n'est pas d'hier, de grands esprits sous la Révolution recommandaient de ne jamais cesser d'évoquer le roi pour que ne disparaisse pas la monarchie dans l'esprit populaire. Ce travail patient et la fureur sanglante des alternatives a conduit à la Restauration monarchique de 1814 pour revenir à l'état de paix, l'année suivante, jusqu'à ce que l'oligarchie d'alors se sente débinée et retrouve le goût du pouvoir, juchée sur les épaules d'un peuple au labeur, éternel cocu de l'histoire. Ce fut la monarchie de Juillet avec le roi des bourgeois, préoccupé par sa survie et soupçonneux de tout. Il gouverna ce pays pendant dix-huit ans en louvoyant autour du juste milieu sans réel affect populaire et, bien que fondé de pouvoir de la Forge et de la Banque, le couple royal finit par s'enfuir jusqu'au Havre sous le nom de Mr and Mrs Smith. Nous ne militons pas pour revenir au roi de Juillet ! Entendons-nous bien, si la démocratie en action a parfois sauvé la nation comme en 1848, son honneur en 1870 ou son avenir en 1958, l'infantilisme chronique du corps électoral français qui, unique en Europe, gobe tout et n'importe quoi, nous a conduit de revendication sociale en revendication sociétale au désordre actuel, qui n'est que les prémices du désastre annoncé par un virus de rien du tout. Ce n'est sans doute aucun pas par la démocratie que ce pays se relèvera. On a fait le tour de la question et ses pouvoirs semblent sous-calibrés rapporté à l'enjeu qui n'est pas moins que la survie de la nation française... dans le plus beau pays du monde mis à sac par une élite corrompue. Il faudra autre chose que la palabre parlementaire ou cantonale (démocratie directe) ! Quelque sorte de dictateur à la romaine, nommé pour le temps nécessaire à nettoyer la merde des écuries républicaines. Faudrait-il encore savoir préparer la nation au sursaut ! Nous en sommes loin.
Dans une vidéo conduite par Kévin Primero l'an dernier, Yves-Marie Adeline revient sur son essai d'acclimatation du roi en France à travers une précampagne électorale dans laquelle il avait réussi à entraîner l'Alliance royale, son parti. On sait qu'il a payé de sa poche pour vérifier son intuition, et sortir du bois lui a coûté cher et pas seulement en argent mais aussi en considération des autres chapelles de la contemplation. Pensez donc ! il n'avait pas déclaré de prétendant en douane ! Rien que pour cela il mérite notre attention :


Comme il l'a avoué par la suite au moment de rendre son tablier, les Royalistes ne l'ont pas suivi. A diverses raisons ils n'ont pas cru au canal électoral pour faire la propagande du roi, au motif éternel de ne pas se salir les idées ; et ceux qui bougeaient encore dans le microcosme se sont réfugiés dans les abonnements de presse et la lecture des blogs morts (dont celui-ci) en guise de militance. Quelques excités s'étripent encore au nom du roi sur de rares fora, à nul effet. On crie parfois, on écrit sans être lu (ici aussi), on affiche en sauvage dans les rues sans déranger le chaland qui passe. Celui que je vous propose ci-dessous maintenant a fait un bilan d'exploitation de l'agit'prop royaliste. Adrien Abauzit présente rapidement le catalogue de ses recommandations pour hâter le retour du roi, à commencer par la lessive mentale des esprits pollués par les mille et une idioties colportées par le clergé républicain et ses maçons. On l'écoute et on en parle :


Parmi les terrains en culture, il cite et commence par le « concept ». C'est peut-être le problème bloquant. Le peuple français ignore ce qu'est la monarchie qu'il se représente plutôt sur papier glacé n'ayant d'autre compte à lui rendre que sa popularité auprès des influenceurs cathodiques. Et ce ne sont pas les nouveaux surbronzés, échappés de monarchies dictatoriales, qui aideront à tordre le bras à cette idée fausse. Les avantages de la monarchie nationale ne se découvrent qu'en l'opposant à la démocratie d'étage national. Garante des libertés de premier échelon, elle gouverne l'Etat le moins susceptible d'enfler par intrusion dans la société civile qui heurte les libertés basses. Le temps long que donne la permanence en haut peut encadrer un projet d'envergure, quand la démocratie est un combat incessant où les vaincus d'aujourd'hui renverseront demain leurs vainqueurs pour s'en repaître. L'intérêt général n'existe pas sauf à travers le prisme partisan ; il n'y a personne au-dessus de la mêlée - on sait tout ça... Depuis l'instauration du quinquennat, nous vivons le renversement démocratique perpétuel parce que l'impermanence autorise l'espoir de tous les chefs de parti de gouverner un jour, même par surprise, afin de s'établir socialement avec leur famille. L'envie proudhonnienne est à son comble ; à moi, à moi, à moi, c'est mon tour ! Même de flamboyantes nullités, à voir que plus cons qu'eux ont réussi, y croient. Brisons-là notre mauvaise humeur.

Plus difficile pour le peuple des Bronzés, le « concept » monarchique traditionnel est architecturé sur la transcendance qui relie le roi à l'autorité du Christ, ce qui a généré cette idée de droit divin que certains ont pris pour la libre-pratique de toutes les turpitudes imaginables. Les bons auteurs sont illisibles par le populaire - essayez vingt lignes de Jean Bodin - un digest de saint Thomas d'Aquin serait-il une vulgarisation utile en trente pages ? Tentons le De regno ad regem Cypri, traité politique à l'attention de Hugues III d’Antioche-Lusignan ? C'est mieux que Le Prince de Machiavel mais l'existence évidente de Dieu au XIIIè siècle est-elle évidente de nos jours encore ?Non, et pourtant toute la charpente monarchique occidentale repose sur cette phrase du De regno : « Il faut que tous les rois du peuple chrétien soient soumis au pape comme au seigneur Jésus-Christ lui-même. En effet, ceux de qui dépend la responsabilité des fins antécédentes doivent être soumis à celui dont relève le soin de la fin ultime et être dirigés par son autorité ». Le premier ordre du royaume serait donc le clergé ! L'agnosticisme généralisé des peuples d'Occident va l'interdire et débander les rangs du roi transcendantal, même si un nouveau contrat social proche de la doctrine sociale de l'Eglise a ses chances dans la situation de désarroi des laissés-pour-compte qui forment une majorité des habitants de ce pays, à en croire les scores de soutien aux Gilets jaunes au début de leur insurrection (84% au plus haut fin 2018). Mais remettre le clergé aux affaires ne se discute même pas. Ce qui ne doit pas empêcher la rechristianisation du pays qui ne peut nuire, sauf à importer chez nous tous les astro-physiciens du royaume de Saba ! Mais par qui alors ? L'Eglise du pape François se bride d'elle-même. Relever le défi monarchique en commençant par la religion est un tunnel bouché. Il faut faire autrement.

M. Abauzit cite dans son message « la république des Lumières » et la « France réelle », vieux slogan maurrassien celui-ci, qui opposait le fonds réel du peuple français aux pouvoirs usurpés par l'Etat légal au moyen de la supercherie démocratique. Le gros problème aujourd'hui est que les Lumières en leur temps ont produit chez leurs disciples une loi d'acception et référence universelles qu'on appelle Déclaration des droits de l'homme. Et ça, il n'est pas né le tribun de préau qui chevauchera le taureau fou de leur suppression ! On peut faire une thèse de quatre cents pages sur la nocivité des "droits", il n'empêche qu'ils sont gravés dans le marbre pour l'éternité comme les Dix commandement du Sinaï, et qu'il faudra accepter que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.
Quant au "pays réel", c'est un pays rêvé, inaccessible étoile ! Les révolutions agraires et industrielles d'après-guerre, couplées à une immigration de masse, ont durablement chamboulé notre société, ses codes, ses coutumes au péril de notre civilisation. Le pays réel n'est plus celui de Charles Maurras. Par contre l'Etat invasif actuel, que Maurras appelait Les Bureaux, doit être combattu par tous les moyens et ramené à l'intérieur du périmètre régalien où il doit être purgé d'abord et renforcé ensuite. Tous les autres domaines publics doivent être purgés des normateurs, bureaucrates et autres curés du progressisme social et anthropologique, carrément, et quoiqu'en disent les gnomes de Bruxelles ou les juges de la Cour européenne des droits de l'homme ! Nous ne sommes ni Hongrois, ni Polonais à qui l'histoire n'a cessé de répéter où faire. Va-t-on à l'anarchie de la démocratie d'opinions, changeantes, fluctuantes ? Dans Le Père Goriot, Vautrin déclare : « il n’y a pas de principes, il n’y a que des événements ; il n’y a pas de loi, il n’y a que des circonstances : l’homme supérieur épouse les événements et les circonstances pour les conduire. S’il y avait des principes et des lois fixes, le peuple n’en changerait pas comme nous changeons de chemise ». Bonjour le bordel ! Nul n'a su réguler l'anarchie même si le libéralisme à outrance finit pas porter de beaux fruits comme l'anticipe l'Ecole autrichienne d'économie, mais aux dépens de qui ? Du peuple, toujours ! Or disait Pierre Boutang, « le droit du prince naît du besoin du peuple ». Il faudrait donc "prouver" que c'est le régime de la monarchie qui répond le mieux au besoin du peuple. Et quoiqu'en pense Balzac, le peuple a besoin de principes, les gilets jaunes des ronds-points étaient des gens à principes. La monarchie a les siens ; reste à les vendre.

Sans doute est-il présomptueux de vouloir propager l'idée d'une royauté traditionnelle de droit divin, donc transcendée. Alors commençons par la monarchie stricto sensu. Sans opposer les deux concepts monarchie et royauté - le second peut découler du premier en cas de succès - on peut les distinguer. Le monarchisme privilégie une loi de gouvernement des hommes dont la pertinence est rationnellement démontrée ; le titulaire de la charge n'a besoin que des qualifications réclamées par l'emploi, qui d'ailleurs peuvent être très exigeantes selon la situation du moment. C'est le but à atteindre qui importe. Tandis que les royalistes es qualité reconnaissent la transcendance (le roi est second en tout dans un souci de tempérance du despotisme naturel du prince) et ils enferment le titulaire dans un corset de prescriptions aux origines souvent floues mais d'acception commune chez eux. Chaque pays a son propre corset royaliste alors que le principe monarchique est universel. Sans remonter aux ancêtres, les deux penseurs contemporains de la monarchie sont le professeur autrichien Erik von Kuehnelt-Leddihn (†1999) et le professeur allemand Hans-Hermann Hoppe (Démocratie, le dieu qui a échoué).

Les difficultés de tous ordres sont telles dans le retour du roi en France que je privilégierais l'approche technique plutôt que l'approche par les rogations et les flagellations. Laissons de côté pour l'instant le vitrail magnifique et démontrons la supériorité technique de la monarchie dans le gouvernement des gens, comme le font les deux auteurs précités, et opposons-la aux déficits d'intelligence du régime actuel qui ne survit que par sa voracité à contraindre tout un chacun à lui confier sa vie et ses pensées. Laissons de côté la transcendance quitte à y revenir plus tard. Lundi prochain commence le soixante-sixième Camp Maxime Real Del Sarte de l'Action française près de Roanne. On va y reconstruire un Etat nous dit le programme. Prions le Ciel pour que celui-ci soit un jour fort en l'essentiel et débandé pour tout le reste, afin que fleurissent partout ces libertés basses qui nous manquent tant ! Au fait, la Saint-Barthélémy c'est bien le 24 août ? Entre le 4 qui abolit les privilèges et le 24, il y aurait de quoi faire !



Cépatou mais pour Roanne, faudrait s'y mettre !

mardi 16 juin 2020

Camp Maxime Real del Sarte 2020

Départ pour Roanne dans deux mois !

Forte érection cette année au Camp Maxime Real del Sarte. On va reconstruire un État. La mise en bouche, publiée sur le site de l'Action Française, prédit un Etat fort et ramassé sur ses prérogatives régaliennes, bienveillant avec les républiques municipales que Charles Maurras appelait de ses vœux. En voici le drop à suivre up and under :
« Il faut rappeler les missions premières de l’État. Les retrouver sous les cendres d’une histoire contradictoire, à la fois trop jacobine et trop diluée par l’Europe bruxelloise. Cela ne va pas ! Cela ne va plus ! Les Gilets jaunes, par leur émotion spontanée, l’ont bien rappelé avec une juste vigueur. Le Camp Maxime Real del Sarte 2020 remet l’État au cœur de nos discussions, et le place au cœur de ce qu’il n’a jamais cessé d’être, depuis mille ans, une condition d’être de la France : Refondons l’ État sans étatisme !»

Mais reconstruire l'Etat est-ce bien raisonnable ? Ne vaudrait-il pas mieux le laisser crever ? L'anarchie plus Un ! L'Etat moderne est un facteur de ruine en ce qu'il met en son pouvoir une société sûre et solidaire pour régner sur les esprits et guider les moutons. Pour ce faire il déconstruit la cellule de solidarité élémentaire et donne à chacun un droit personnel de sûreté. Des philosophes comme l'allemand Hans-Hermann Hoppe l'accablent de tous les vices, traître à son peuple (les exemples abondent), belliciste et pervers. Le pire étant bien sûr sa propension hégémonique qui grandit au fil du temps. Il est parti des caisses publiques de prévoyance bismarkienne pour arriver aujourd'hui à contrôler les comportements individuels qui pèsent sur les résultats financiers de ces mêmes caisses. La solidarité des forces et des faiblesses de l'espèce humaine imparfaite a secrété progressivement des tables d'analyses assurantielles qui gèrent les gens en fonction du big data et secrètent naturellement boni et mali comme en matière de circulation automobile. Tomber dans les griffes de la société sûre est sans retour, si l'on ne parvient pas à s'en arracher au début de sa vie active quand on dispose de la plénitude de ses propres forces. L'Etat dont nous parle Maurras est celui des "Bureaux". Combien de fois use-t-il de ce mot pour désigner les hommes de l'Etat !

Il s'agit de reconstruire un Etat régalien et de détruire les Bureaux. C'est ça le slogan ! Libertés en bas, autorité en haut. Le deal maintes fois proposé sur ce blogue monarchiste est de remettre le domaine régalien stricto sensu aux gens d'un pouvoir permanent dirigé par un monarque détaché des contingences politiques de la nation (c'est ce que veut dire "absolu") et de rendre toute liberté aux citoyens dans l'organisation et la gestion du domaine public de proximité. Nous ne développons pas de nouveau les termes de l'échange mais suggérons aux participants du CMRDS 2020 de jeter un œil au Projet civilisationnel du GAR...... et s'il leur reste cinq minutes de lire celui-ci : Du dialogue entre la Nation et son Etat.

Dans l'un et l'autre et vingt autres publiés dans ce blogue - il suffit de taper Etat ou régalien dans la barre de recherche - il n'est pas question d'annuler la démocratie, mais de la remettre à l'étage de ses meilleures performances. En vérité, il n'est de vraie démocratie que celle du marché. C'est le comportement individuel de l'électron humain compté dans sa masse qui donne une vérité exprimée en "nombre". Ceux des fournisseurs qui l'acceptent font des profits, ceux qui s'entêtent dans leurs idées, des pertes. (Ecole autrichienne d'économie). Dans le domaine politique au sens grec, satisfaire le plus grand nombre à l'étage de perception des enjeux est le meilleur levier de gestion de la circonscription considérée. tant que le citoyen est capable d'appréhender les enjeux, il peut exprimer son choix et le faire compter. S'il ne le peut plus - il vaudrait mieux qu'il ne le désire plus - il ne doit pas interférer dans le champ régalien d'expertise.

Reconstruire un Etat fort et cantonné au régalien ne peut se faire sans appréhender les réalités de terrain, même les réalités déplaisantes. Faisons attention que le "pays réel" si souvent cité dans le mouvement ne soit qu'un "pays rêvé". Il faudra prendre en compte l'addiction de la population au bonheur d'Etat, l'abrutissement général à la démocratie parlementaire qui fait haïr la classe politique et la remet en selle en même temps, la forte proportion de population exogène, chances et malchances confondues, la déchristianisation des consciences, l'islamisation endogène et d'importation, les capacités réduites du pays dans tous les domaines comparées aux atouts français du début du XXè siècle, les déficits généralisés ! Mais pour faire cesser le chantage institutionnel de l'Etat invasif pour notre bien à tous, le premier problème à résoudre est bien celui de la société sûre parce que plus personne en France n'acceptera une société du risque. Nous sommes descendus au Bas Empire, tenons-nous le pour dit, et faisons avec. Assurance-maladie et pensions de vieillesse sont les deux défis prioritaires auxquels une réponse technique et décentralisée doit être donnée en dehors de l'Etat. C'est moins glamour que le roi monté derrière les étendards qui avancent déployés au son du vexilla regis, mais il va falloir phosphorer dur et ne pas s'en remettre aux recettes du passé lointain ; les temps ont changé, la page est blanche, l'avenir est à écrire.

Il reste deux mois aux lecteurs étudiants ou jeunes actifs pour s'inscrire au Camp Maxime Real del Sarte du mois d'août près de Roanne. On y apprend beaucoup, on s'y fait des amis. N'hésitez pas, et ce n'est pas onéreux.


vendredi 11 octobre 2019

La France malade de son État

Fresque de Goin à Grenoble

Auditionné au Parlement après l'attaque meurtrière à la Préfecture de Police de Paris, le ministre de l'Intérieur Castaner ne cherchera ni responsable ni coupable en l'affaire, et il rejette d'emblée le criblage de l'Administration pour détecter les déviants, faute d'un logiciel adapté (sic). Répondant aux questions qui apparemment le dépassent, il s'applique et fait du mieux qu'il peut, peu ! Le secteur du Renseignement ne pouvant être désossé en place publique, le Sénat abandonne la commission d'enquête et remet une pièce dans la machine DPR (Délégation parlementaire au renseignement) qui travaille à huis clos et caviarde généreusement ses rapports pour ne pas interférer dans le travail des Services. Ce travail de la DPR vise à corriger ou éditer des lois et règles améliorant l'institution, ce n'est pas un balcon médiatique, tant mieux ! Parce que failles et dysfonctionnements divers sont le quotidien de la Police parisienne, gouvernée par un petit préfet aussi ridicule sous sa grande casquette qu'arrogant, et seul un travail en profondeur peut déblayer le terrain des incapables venus là faire carrière avant tout. «C'est un vrai sujet !» dirait monsieur Castaner. Allons au fond des choses en ce qui concerne l'État.

Nous avons trois États :

(1) l'Etat provisoire que représente l'exécutif avec ses ministres, sous-ministres, conseils et cabinets ministériels. Il est issu indirectement des élections démocratiques et ses mandats sont limités dans le temps.

(2) L'Etat profond ou permanent, formé de la haute fonction publique issue des corps de surveillance et de conseil. C'est ici que se recrute la noblesse d'Etat qui, depuis la Libération, a une vision à long terme de l'administration du pays. C'est notre caste des Brahmanes. Ils ne mangent pas dans nos couverts et font carrière tracée.

(3) L'Etat d'exécution formé par tous les services centraux et publics qui rémunère six millions de fonctionnaires quand la moyenne OCDE appliquée à la France serait de quatre. Il y a aussi les Etats dans l'Etat mais ce serait trop long. Si on dit SNCF, EDF, arsenaux, chacun comprend de quoi nous ne parlerons pas.





L'Etat d'exécution (3) obéit à plusieurs maîtres. Une partie dépend des services centraux, en région, des préfectures, parquets, DDASS et rectorats, c'est l'Etat national. A côté de lui prolifère l'Etat territorial qui dépend des satrapies locales. C'est le secteur en inflation à mesure des dévolutions consenties par le pouvoir central dans le cadre de la décentralisation, souvent faute d'argent. C'est évidemment l'Etat au contact de l'usager qui, à travers lui, juge l'Etat dans sa totalité, privilèges et horaires compris !

L'Etat profond (2) est rarement exempt d'orgueil. Ses membres partagent la certitude de tenir le pays debout en dépit des errements électoralistes de l'Etat provisoire qui lui est supérieur hiérarchiquement. Son recrutement remonte parfois à l'Ancien régime et un certain niveau de qualité est généralement la règle, même si Maurice Rheims croisait parfois des "cons terribles" chez les conseillers-maîtres. C'est contre cet Etat permanent et sûr de lui que se rebiffent les politiques. Ceux-là l'accusent de détourner leur prérogative législative dans la rédaction des décrets d'application des lois, leur differement, leur dénaturation. La strate est en outre infiltrée par la franc-maçonnerie dans laquelle cherchent à pénétrer les intermittents du pouvoir que sont les politiques, dans le but de s'établir socialement comme il est dit plus bas.

L'Etat provisoire (1) est le royaume impermanent des ambitions dévorantes où circule ce que les Italiens appellent "La Casta". Entrepreneurs en extraction de voix, rares sont les élus de convictions, ancrés au pays réel. C'est la république des bavards et des habiles, en un mot des démagogues, mais c'est le régime démocratique d'étage national qui veut ça. Il y est plus souvent question d'accéder à un statut social plus élevé qu'avant la campagne sur la seule durée du mandat électif que de contrôler l'exécutif. Le top est de pouvoir à la fin entrer dans l'Etat profond et sécuriser ainsi l'avenir de sa famille.

Et ça ne marche pas !

A preuve s'il en faut, le discours mardi dernier de monsieur Macron dans la cour de la Préfecture de Police de Paris appelant toute la nation à se substituer à l'Etat dans le contrôle de la radicalisation islamique. Ahurissant ! Julien Suaudeau note à juste titre dans Slate que « l'État, s'il conserve en théorie le monopole de la violence physique légitime, reconnaît qu'il n'a plus les moyens pratiques de l'exercer efficacement pour nous protéger ». En d'autres circonstances, on aurait formé des milices citoyennes, avec sectionnaires et patrouilles nocturnes. Mais que s'est-il passé pour que le Chef de cet Etat désavoue publiquement sa haute administration ? On a déjà ouï des reproches réitérés du pouvoir contre l'Etat profond qui bloque réformes et évolutions. Les gnomes de l'Elysée ont même caressé l'idée de dépouilles à l'américaine qui purgerait les directions après chaque élection présidentielle afin que l'impétrant puisse gouverner sans se battre contre les "permanents". En fait c'est une crise de régime que ce pays affronte.

L'Etat permanent, à qui est remis par l'Etat provisoire le contrôle de toute la société d'al brès a la toumbo est maintenant jugé incapable d'aboutir dans le cas précis de la guerre au terrorisme, paralysé par le nouveau concept bloquant d'islamophobie. Ce désaveu est partagé par tout l'exécutif et le parlement. Visée, la haute administration est retranchée derrière ses statuts, et quand retombe l'écume législative, règne en maître. En fait, on en revient à l'organisation pragmatique de l'Ancien régime où les parlements servaient de cour d'appel, émettaient des vœux voire des remontrances, mais pénétraient peu dans le quotidien de la vie sociale et laissaient les Intendants agir. Mais cet Etat permanent est infiltré par les idées nouvelles comme l'était jadis l'Etat de Louis XVI. Il subit donc les préventions, précautions et timidités à la mode du temps que lui injecte l'Etat provisoire.

A défaut d'être saisi de grandes causes le plus souvent déportées au niveau des institutions européennes, l'hubris sociétal du parlement d'aujourd'hui est jugé ridicule ou malfaisant par la haute administration en ce qu'il valorise chaque minorité visible pour lesquelles naissent des droits, en sus du clivage provoqué par toute discrimination positive. Pourtant c'est bien dans la vocation d'un parlement démocratique d'écraser son opposition et de survaloriser ses clients. Le modèle est naturellement diviseur, comme l'avait jugé le Poméranien depuis son hôtel particulier de l'Avenue de Villeneuve-l'Etang à Versailles quand la délégation française était venu en 1870 quérir ses volontés quant au régime devant succéder au Second empire : "Qu'on leur foute la République, c'est ce qui les divisera le plus !". Ça n'a jamais raté, sauf en Quatorze mais c'était spécial ! Depuis vingt ans, les pouvoirs publics séparent et traitent à part les musulmans, même et surtout quand ils s'en défendent. C'est la voie de la communautarisation à l'anglaise avec des corpus de lois adaptées. Nous n'y sommes pas encore mais nous y allons ; c'est dans la logique du clientélisme. Et parfois c'est à se demander si des communautés réglées selon leurs lois ne seraient pas plus pacifiques au lieu des provocations permanentes actuelles et de tout bord. Mais c'est un autre sujet qui croise à angle droit la définition républicaine du "peuple" français.


Pro domo

Ce monde ingérable qu'est devenu l'Etat ne peut plus continuer. En fait l'Etat, censé gérer la société, ne se gère plus lui-même tant il a enflé comme la baleine crevée sur la plage. Il est plus que temps de faire la part du feu et débander tout le domaine qui n'est pas régalien, le plus mal loti budgétairement pour distraire des crédits clients vers l'électorat vainqueur. L'Etat non-régalien doit être remis au peuple qui en conservera les secteurs utiles et les confiera à qui il voudra, région par région (par exemple). Rappelons le périmètre régalien : la Justice haute, la sécurité (police et gendarmerie), la guerre (ou la défense), la diplomatie et la parité monétaire. S'y agrègent des domaines cousins qui pourraient être éventuellement remplacés par des organismes régionaux ou privés : la santé, l'instruction publique, opéra et ballets. Tout le reste et à remettre dans les mains des collectivités locales et régionales représentant les peuples de France, avec la capacité d'y adosser les taxes locales correspondantes.

Et c'est là qu'apparaît le monarque souverain qui préside dans la continuité de sa fonction la haute administration permanente, l'arbitre, la règle et la commande ! La fonction est évidemment utile, elle appartient au domaine régalien, par essence continue. Sa pertinence se démontre parce qu'elle est la seule réponse aux dérives paralysantes que nous rencontrons. Par définition, les gens du roi ne sont pas intéressés par le mât de cocagne des élections, ils gèrent en leur âme et conscience le pays et n'en rapportent qu'au souverain. Au nom du roi et pas du petit marquis intermittent en vogue, tant de choses deviennent possibles car justifiées par le bien commun et non plus par les fameuses promesses de campagne. Chacun des trois Etats précités occupera dès lors la totalité de son domaine sans compétition pour la domination des deux autres puisque la place en haut est prise. A chacun la sienne, enfin !

samedi 4 mai 2019

Méditation au rond-point

Sur un réseau social à l'emblème de l'oiseau bleu, l'exquise Sophie de Menthon exprimait sa perplexité quant au soutien général que reçoit le mouvement des Gilets jaunes dans ce pays. Tout est dans le dernier mot :
@SdeMenthon - « Aux 60% qui soutiennent les gilets jaunes: il faudrait commencer à prendre conscience que vous contribuez à déstabiliser le pays et qu’il n’y a rien d’autre à attendre sinon vous endetter vous et l’État @MouvETHIC. Sans compter que vous encouragez la violence. Incompréhensible.»

Ce sentiment d'incompréhension est largement partagé chez les élites françaises qui pointent les incohérences et incompatibilités des revendications populaires dans le pays le plus redistributeur qui soit, le plus taxé, le plus endetté pour faire l'échéance de ses fonctionnaires pléthoriques. On serait tenté de leur donner le point mais ce qu'elles ne voient pas est une nation malade d'elle-même. La Nation française a pourri sur pied, elle s'effondre lentement. Et la nature ayant horreur du vide comme le montrent les villages en ruines recouverts de lierre, cette Nation malade habitant le plus beau pays du monde va être submergée par les nouveaux barbares, vigoureux et pleins d'envies. Abonné à l'Itinérant, hebdo de clodos jadis ayant muté en magazine de qualité (je recommande), je lis par curiosité et un peu en diagonale le cahier d'annonces légales qui le fait vivre. Sans avoir besoin de pointer, les deux tiers des annonces sont le fait d'entrepreneurs étrangers ou d'origine étrangère par leur patronyme. Les deux tiers !!! Deux tiers du risque économique de base est pris par des étrangers en France ? Dans mon chef-lieu de canton de 30000 habitants il ne reste qu'une boulangerie française ; toutes les autres sont arabes (ou perse) et elles gagnent chaque année un prix au concours départemental du pain. Le matin passe la benne à ordures : qui est au cul du camion ? Des étrangers. L'emploi paie mal ? pas du tout, très bien au contraire. Mais il faut se lever à 5 heures. Près de la gare s'est construit un gros ensemble immobilier, un quartier entièrement neuf gagné sur les épandages : j'observais cet hiver sous la neige les pointes d'épingles noires qui bougeaient sur les immeubles en construction. Les trois-quarts des ouvriers du bâtiment sont noirs. Mon voisin a fait isoler son pavillon par l'extérieur, tout le chantier parlait arabe. Trois maisons ont été construites à la place d'un garage désaffecté tout à côté de chez moi, tout le chantier parlait balkanique... je peux en faire dix pages sans oublier la métallerie d'en-face autrefois française (des amis y travaillaient) aujourd'hui yougoslave (je ne sais de quelle ethnie)... Tout ça pour dire que le grand remplacement dénoncé parfois abusivement par la bande à Camus est surtout un remplacement dans le travail. Qui livre chez Fedex, UPS, DHL, TNT si ce ne sont des arabes ou des noirs ? Qui va monter demain chez moi mon lave-vaisselle Bosch made in Turquie, 10 euros que ce sera un noir ! Gros déficit de courage dans la population de souche, Antilles comprises. Alors le mal-être se diffuse, le cancer de la frustration métastase, la culpabilité pointe son nez, le Gaulois râle, la Nation se liquéfie.



Le mouvement des Gilets jaunes ne mobilise pas grand monde, trente ou cinquante mille, cent mille, deux cent mille sur une population politique de quarante-cinq millions de citoyens. Mais à son spectacle, chaque samedi, la Nation (ou 60% de la nation selon Mme de Menthon mais c'est monté à 84% en novembre 2018) résonne de l'expression de ce mal-être, elle vibre ! S'il est reconnu que l'assistanat généralisé a provoqué chez nous un affaissement mental sans égal en Europe à tel point que le sevrage devient dangereux, la route est courte vers la mise en cause des cadeaux empoisonnés que fit le Conseil national de la Résistance de 1945 à un peuple battu. On ne peut comprendre cette dépression sans dénoncer le régime politique conservateur qui depuis cinquante ans trafique la représentation politique et stérilise l'innovation sociale par l'arrosage des clientèles. Cette perception d'un régime en défaut fut patente au sein du mouvement des ronds-points de 2018, qui se défiait de tout ce qui pouvait ressembler à un corps intermédiaire, chambre ou ordre professionnels, parti politique, syndicat etc... La construction même de la Vè République en est ébranlée dans l'esprit des citoyens, sa constitution est vue comme une entrave, l'organisation des pouvoirs qu'elle induit, le boulet du forçat à la cheville du citoyen. On ne peut gouverner durablement une démocratie comme la nôtre si la moitié du corps électoral est barré d'accès aux hémicycles législatifs. Il n'y a pas lieu aujourd'hui de dauber sur la gabegie généralisée du régime de prébendes, la corruption morale d'une classe politique professionnalisée, la dictature d'une technostructure d'habiles et malins formatés à l'identique dans les canaux d'alimentation des cours, cabinets et administrations du pouvoir central. Non, nous nous en tiendrons au déclassement de la moitié de la Nation, ailleurs les Intouchables, ici les Invisibles.

Pour représenter les gens et en même transporter les disputes de la rue à la Chambre, il n'y a que des élections à la proportionnelle. On objecte à l'établissement de la proportionnelle dans les scrutins nationaux qu'elle empêcherait la formation de majorité de gouvernement du pays. Ce qui exclut l'exercice de coalition que pratiquent tous autres les pays européens. Sont-ce des génies de la démocratie ? Peut-être ! Nous avons déjà montré ici que la coalition est jouable dans des systèmes à la proportionnelle sous condition de contrainte, nous n'y revenons pas (cf. Parlementarisme de 2007 sur ce blogue).
L'autre objection est double. D'une part, la confection des listes électorales ouvriraient la porte à l'allégeance et à la caporalisation des groupes parlementaires. La transformation du député libre en godillot date des débuts de la Cinquième où l'électeur et le mode de scrutin majoritaire à deux tours envoyaient à la chambre des bataillons UNR ou UDR ou RPR tout à fait mécaniques de soldats stupides aux ordres, ce qui n'a pas augmenté l'estime des électeurs à leur endroit. D'autre part, le déracinement du député soi-disant hors-sol l'éloignerait encore plus de ses mandants. Ce qui est un gag quand on voit la distance mise entre eux deux. Essayez d'avoir rendez-vous. Mais notons que cette distance imposée s'est un peu réduite depuis l'explosion de la colère. Il y a cent façons de connecter l'élu au peuple, il suffit d'en choisir une qui soit distincte du mode électif.

Instaurer la proportionnelle et dissoudre l'Assemblée nationale dans la foulée aurait été une mesure suffisamment dramatique pour stopper la dérive du ressentiment général à l'endroit du Macronisme. Au lieu de quoi l'Elysée a mis en page un catalogue des Trois Suisses de la Réforme tranquille sur déficits aggravés et dette accrue. Qu'il ne se plaigne pas maintenant que le compte n'y soit pas dans le cœur des révoltés, malgré l'avalanche de milliards toujours non financés. Les gens n'attendaient pas la manne des Hébreux, mais une refonte du modèle social vers plus d'efficacité, de libertés et quelque part de bonheur. Le pouvoir, isolé dans l'entre-soi, captif d'une discipline de projet, ne l'a pas compris. Ce qui manque à ces messieurs, ce n'est certes pas l'intelligence pure ni la pugnacité, moins encore la résilience, c'est tout simplement la culture de l'Etat et celle du gouvernement des nations, choses qui ne s'apprennent pas dans une école de bachotage. Ces gens sont des touristes. Ils vinrent, cherchent à durer, seront chassés à marée descendante. Ceux qui les précédaient étaient des nomenklatouristes issus des partis politiques, blanchis sous le harnois de la prévarication, corruption, concussion et arrogance pour faire bon poids. Pour que ça marche, il faut barrer les cons et les rusés de l'accès au pont du navire. Le régalien doit être remis entre des mains compétentes et intègres, une aristocratie au sens premier. En reste-t-il ? Il semblerait plutôt que les meilleurs dans ce profil aient déserté la politique pour l'aventure personnelle dans des champs d'action où ils peuvent se réaliser sans perdre leur âme et l'honneur. A défaut d'en trouver suffisamment si l'on doit compléter les tableaux d'effectifs de forts en thème sans imagination, il faudrait au moins que la pointe de pyramide soit née pour l'emploi et ne combatte pas toutes griffes dehors pour s'y hisser ! En attendant que le régime nouveau stabilise l'Etat central, les royalistes devraient diffuser plus largement l'offre de compétence et pérennité de la monarchie pour la France de demain, sans se perdre dans les vieilleries d'hier. Dit en passant, les 60% de Mme de Menthon correspondent à la prévision d'abstention aux prochaines élections européennes.


mardi 19 mars 2019

Recoudre la nation par l'État

L'effilochage de ce qui fut la nation française* et les sursauts de cohésion que traduit le mouvement des gilets jaunes signalent un pays en crise profonde strié de fractures en tous sens. D'aucuns s'en désespèrent jusqu'à demander "quoi faire". Royal-Artillerie propose d'agir au niveau de l'enjeu, bien loin de la timidité et de l'amateurisme des pouvoirs en place chaque jour un peu plus déconcertés. Les réflexions ci-dessous ont été laissées sur le site LFAR de la Restauration nationale ; elles entrent en archives R.A. :



Même si le paysage politique et social est glaçant comme le dit si bien Pierre Builly sur La Faute à Rousseau, il reste un horizon, à condition de réfléchir les pieds au sol et se méfier des "grands principes" définitifs. Le pays est tellement dans la merde qu'on peut s'asseoir sur beaucoup de principes quels que soit leurs illustres originateurs. Place au pragmatisme. Un royaliste peut y trouver son compte.

Il faut sauver le régalien d'abord, et la pratique de la Vè République peut y aider. Deux domaines sont déjà disjoints du gouvernement de Matignon, les Armées et la Diplomatie. Il suffit (?) d'y rajouter la Police nationale et le Trésor public avec les TPG départementaux, pour avoir déjà un Etat central solide.

Pour compléter le domaine réservé, il faut réformer la Justice haute, rock bottom, en détruisant d'abord l'Ecole nationale de la magistrature et en revoyant tous les liens entre les hauts pouvoirs de la République (Elysée, Sénat, Assemblée) et les structures judiciaires de niveau national tels que les conseils, cours, autorités attachées, afin de désyndicaliser les tribunaux... puis remettre de l'argent dans cette fonction essentielle comme le font tous nos voisins.

Une fois réservé, le domaine régalien devrait être arraché à la dispute démagogique (dite démocratique) et remis à un pouvoir permanent au-dessus de la mêlée. On peut inventer ce qu'on veut... même un roi en commençant par rétablir le septennat.

Les autres domaines du gouvernement du pays pourraient être partagés entre Matignon et les treize régions (comme en Allemagne) qui pousseraient ensemble les réformes nécessaires, nombreuses et urgentes dans les transports, l'éducation, le climat, l'énergie, la santé, vieillesse, alimentation, sécurité publique (polices municipales), les cours consulaires, juges de paix, le fisc régional, etc... Tous ces champs d'action nourriraient les parlements régionaux et national dans la grande tradition des grands étripages gaulois, mais au moins le socle essentiel de l'Etat serait mis en sûreté.

Cela pourrait obliger à revoir l'épure monarchiste devenue obsolète et différer sine die la remonte de l'Armée catholique et royale. Au moins les militants bosseraient-ils sur du concret avec une gestion par objectifs des étapes de réflexion pour construire un régime rénové. Quant au prétendant, il aurait du grain à moudre pour une queue de trajectoire enfin jouable.

Idiot ? Je ne sais pas.


(*) La nation, telle que nous l'avons connue au sens de Renan, a duré moins moins longtemps qu'on ne l'imagine parce qu'elle n'a pu s'exprimer que par la centralisation capétienne. Elle va de l'échec de la Fronde à la crise de 1929 (1932 pour la France) qui va faire le lit de l'internationalisme (SFIO, PCF), 280 ans environ.

jeudi 11 octobre 2018

Du dialogue entre la Nation et son État

Dans Le Figaro de mardi dernier (clic), le prince Jean d'Orléans propose sa critique de la Constitution amendée de 1958 en souhaitant revenir au texte originel qui privilégie la fonction arbitrale du chef de l'Etat en appuyant le projet économique et social conçu pendant la Résistance et mis en œuvre à la Libération. D'autres que lui célèbrent le Conseil national de la résistance comme le Saint Graal à mesure que les dirigeants d'aujourd'hui s'approchent du libéralisme économique classique. Si la fonction arbitrale est aujourd'hui absente, ce n'est pas le cas du projet appuyé qui demeure encore de nos jours une calamité. A cause de ce paradigme marxiste de 1945, de tous nos voisins, nous sommes les derniers. Ce qui n'était pas le cas sous la Monarchie de Juillet que le prince-héritier a toujours en exemple, seul exemple d'ailleurs. Il a raison de plaider pour sa paroisse, le roi est l'arbitre idéal, venant de loin, au-dessus de la mêlée et des contingences subalternes, il va loin. Il est en fait le bonhomme Temps, le sage, le savant, le sphinx, le repère, l'amer, le moyeu de la nation ! Jean d'Orléans a bien raison d'en redemander, reste à prouver qu'il soit lui-même la plus sûre main à entrer dans le gant !

A cet article, le Piéton a répondu sur le site Noblesse & Royautés que « la constitution de la V° République induit le césarisme alors que son texte déploie les pouvoirs du premier ministre. Les conflits que cite le prince Jean sont génétiques à cette organisation (trop) minutieuse des pouvoirs. Aujourd’hui encore, le président sort de ses clous, et l’indépendance des pouvoirs est bafouée chaque jour. La survie de la constitution n’est pas un objectif en soi mais s’en soucier dévoile une inquiétude. Par contre la survie de l’Etat est une question autrement grave. Si les pouvoirs publics, faisant fi du clientélisme démocratique, ne réduisent pas le périmètre de l’Etat au domaine régalien avec deux ou trois exceptions, il continuera à être attaqué dans toutes ses interventions périphériques pour défaut d’efficacité ».
Fin du prologue.




Il se dit que la France aurait inventé l'Etat-nation. C'est faire bon marché de toutes les nations qui se constituées en "Etat" avant elle, en particulier les nations guerrières d'Asie, les nations précolombiennes et plus près de nous, les royaumes ethniques centralisés de Suède, Danemark, Prusse, il y en a plein sans parler de la Chine impériale ! Mais notre sujet n'est pas de débattre de l'Etat-nation mais du rapport de l'un à l'autre et de la France spécialement.

La couronne de France a décidé d'un Etat central pour sortir des complications d'un régime féodal abâtardi, et à la limite dangereux pour elle. La Fronde décida le jeune roi Louis XIV à reconstruire un Etat du modèle césariste romain, centralisé dans son droit et dans les obligations réciproques des peuples et des gens de l'Etat. A dire vrai, l'Etat central ne fut pas choisi par la nation, il lui fut imposé, puis "vendu" par les penseurs commis à sa perpétuation. De fait, la nation* subit depuis toujours l'Etat plus qu'elle ne l'a appelé à son service, et à partir de la Libération on lui a survendu l'extension de l'Etat par le confort nouveau que son débordement apportait. Il est au fil des lustres devenu la baleine morte crevée sur la plage que personne ne peut plus déplacer. Sauf à la dynamite !

(*) on parle souvent de nations au pluriel mais pour simplifier l'épure de ce billet nous en resterons à la bataille de Denain

Sauf qu'aujourd'hui l'Etat hypertrophié vit pour lui-même en pressurant la nation qui, anesthésiée, ne sait plus réagir que par la révolte sporadique et ne discute plus. Les gens de l'Etat, se sachant critiqués, ont le souci premier de la défense des avantages acquis et de la préservation d'un statut anachronique qui remonte à la bureaucratie tsariste. On sait comment tout cela a fini là-bas, il y a cent ans.

Rapporté à la nation qu'il gouverne, l'Etat français est démesuré. Ses effectifs actuels lui permettraient de gouverner l'empire de jadis dans le plus infime détail. Comparés aux autres Etats de l'OCDE, nous avons en moyenne deux millions de fonctionnaires de plus. Ceci ne veut pas dire que nous avons deux millions de surnuméraires ou de fainéants (bien que la caste défende vigoureusement sa torpeur et ses privilèges) mais que le périmètre de l'Etat est trop grand. L'Etat se mêle de tout et sa légendaire inefficacité que ses agents réfutent parce qu'ils n'ont jamais connu la vraie vie, génère des coûts insupportables dans un pays grevé de déficits énormes sous une dette souveraine qui le suce. La mauvaise gestion de l'État actionnaire, «souvent peu généreux pour cause budgétaire, parfois prodigue pour les industries en déclin ou les secteurs à la mode», fut de tout temps dénoncée par les grands commis eux-mêmes comme ici par Raymond Levy (ex-RNUR) qui parvint à privatiser Renault.
Qui pis est, c'est le domaine traditionnel de l'Etat, qu'on appelle "régalien" en souvenir de la Couronne, qui est le plus mal tenu. La nation n'a pas un rejet pavlovien de l'Etat dans ses fonctions principales mais elle commence à comprendre qu'à s'occuper de tout, jusqu'au slip du citoyen, l'Etat ne fait plus face à l'essentiel et se défausse dans des activités sociétales visibles et valorisantes comme l'égalité homme-femme, le startupping, la procréation médicale assistée pour les paires stériles et jusqu'à la consommation des drogues, des acides gras insaturés et des filles de joie !

Si le retrait de l'Etat est dramatique dans ce qu'on appelle maintenant les zones périphériques, le citoyen décentré ne réclame pas un théâtre, un juge de paix cantonal, une salle omnisport, un bar-tabac, le banquet des seniors, une salle de shoot ou le conseil municipal des enfants. Mais une Poste, une école primaire, une permanence de sécurité ouverte 7/24 (police ou gendarmerie et pompiers), un cabinet médical avec pharmacie, des édiles accessibles sans rendez-vous. Toute la vie publique n'est pas strictement du ressort de l'Etat mais l'essentiel est sa raison d'exister. Il doit faire face au défi qui monte sur son cœur de métier et répondre aux attentes basiques du citoyen à peine de s'en faire un ennemi. Et en Gaule, cela n'est pas recommandé !

Par contre lancer des mesures pour faire revenir les commerces de proximité n'est pas de son ressort mais celui des corporations et chambres de métiers ; légiférer sur l'urbanisme jusqu'à la dernière virgule, fixer le prix du gasoil, régir les conditions d'exploitation des taxis "Uber" ou la vitesse des routes départementales qui comme leur nom le suggère échappent à son autorité, non plus ! Les gens appellent l'Etat dans des missions utiles sinon primordiales, mais l'Etat n'entend pas, même s'il parle beaucoup quand on le presse. Il se pavane dans des domaines qu'on ne lui a pas confiés mais qui améliorent sa communication électorale et il s'excuse dans les autres au motif de la dureté de notre époque. Quand deviendrons-nous adultes dans ce pays ?

Le domaine régalien dont l'Etat doit être responsable sans renforts extérieurs peut être cerné assez facilement. Les dirigeants de ce pays seraient bien inspirés de se recentrer et de cesser se mettre leur vanité et leur bêtise partout, à commencer par cette addiction pathologique aux strates administratives superfétatoires que sont les communautés urbaines enchaînées de procédures et les intercommunalités plus encore liées de règlements.

Domaine régalien

Fonctions de souveraineté :
- Haute administration d'exécution
- Justice haute et maisons centrales
- Trésor public
- Armée et arsenaux
- Renseignement extérieur
- Diplomatie et agences de propagande (Alliance française, Francophonie, AFD, SOPEXA etc)

Fonctions neutres d'administration centrale :
- Cours de contrôle et conseils
- Instruction publique obligatoire du premier cycle
- Réseau sanitaire de base (dispensaires de proximité, hôpitaux généraux)
- Police criminelle et renseignement intérieur
- Recherche fondamentale
- Etablissements culturels de prestige (Opéra de Paris, Louvre, château de Versailles etc)
- L'Institut et ses académies.

Doivent sortir du périmètre de l'Etat central ceux dont les noms suivent :)
- Justice basse (juge de paix, tribunaux de première instance)
- Régime de pensions sauf caisses militaires
- Sûreté quotidienne
- Culture subventionnée
- Collèges
- Information et réseaux de communications
- Réseaux de transport
- Assurance maladie
- Assurance chômage
- Formation professionnelle et agences d'emplois
- Marchés agricoles
- Logements sociaux
- Recherche appliquée
- Universités et grandes écoles
- Think-tanks dédiés aux caprices du jour et subventionnés
- Instituts sectorisés, commissariats à..., hautes autorités de..., agences pour..., fondations de..., comités théodules, et...
- Monnaie, si l'on adopte les monnaies privées ou le free banking (mais c'est un autre débat).

A titre d'exemple, sont sortis du périmètre étatique et s'en portent bien les activités "nationales" suivantes :
- Grandes banques
- Industrie aéronautique
- Armes et recherche létale
- Industrie automobile
- Pétrole et parachimie
- Armement maritime
- Spatial
- Télécommunications
- Industries énergétiques, en partie
- Autoroutes
- Chantiers navals
-...

Ont disparu aussi les dinosaures inadaptés au temps que furent les charbonnages, la chimie lourde et la sidérurgie classique laissant parfois la place à des industries de spécialités.


justice et balance


Dès lors que cet Etat central aura ramassé dans sa main les pouvoirs essentiels à la nation, il les durcira par inclination naturelle de tout pouvoir central, et les acteurs économiques organiseront les secteurs dévolus en régime de concurrence, sans doute de manière efficace et rentable puisqu'il ne pourront plus compter sur les secours étatiques tout en faisant face au jugement des usagers et de leurs groupes de pression.

Le débarquement de deux millions de fonctionnaires est une entreprise à mener sur la base des départs en retraite pendant plusieurs années. Il nécessitera des transferts d'agents dans la période de recentrage.

Notre Etat réparé retrouvera à l'extérieur le prestige que nous avons perdu par la gestion calamiteuse des pouvoirs publics français. Nous pourrons parler fort et clair dans les enceintes de décision et ne risquerons plus des invectives humiliantes comme celles adressées cette année au président Macron par le Premier néerlandais qui dans le débat sur les solidarités Nord-Sud, l'a renvoyé à sa gabegie honteuse. Nous pourrons faire à nouveau la roue !


paon


Epilogue

La version originale de la Constitution de 1958 élit le chef de l'Etat au Congrès.
C'est la procédure la moins défavorable à une ré-instauration de la monarchie constitutionnelle. Jean d'Orléans le sait.
Outre l'ensemencement de l'opinion à l'idée du roi, il ne faut pas négliger l'entrisme dans la classe politique d'étage national comme le pratiquent certains crypto-monarchistes, en attendant Godoy.



lundi 2 janvier 2017

Déboisement des impétrants


Ce billet a paru dans Le Lien légitimiste n°72 de novembre-décembre 2016 (p.4 et 5) à la rubrique des 'Libres Propos de Catoneo' sous le titre De l'essartage des lauréats. Il entre en archives Royal-Artillerie à la St Basile, patron des calomniateurs, sous le libellé LLL.

Au grand tournoi de hache franque bien des crânes ont été fendus, dont celui des deux derniers présidents de la République et celui du Gaulliste de référence, ancien premier ministre. A croire que ce régime magique se purgerait des indésirables par lui-même ! De la poussière du champ clos monsieur Fillon a surgi, impeccable, épilé, qui fut désigné champion du Parti de l'Ordre, le dimanche anniversaire de la mort de Clovis. Un destin exceptionnel ! La Droite de gouvernement alignant les bannières de ses différences a rangé son infanterie en cohortes serrées qui regardent amusées la cohue des volailles socialistes tentant d'étouffer leur désordre dans un front de façade qui ne pourra recevoir d'aucune façon l'assaut ! Leur chef a passé Varennes sans encombres. Est-ce fini déjà ? Pratiquement, quoique !
Ce qui était, à l'origine du concept gaullien, la rencontre d'un homme et d'un peuple, a disparu dans la guerre des partis, renouant avec l'ADN gaulois du pays qui abaisse mécaniquement la fonction présidentielle au profit des baronnies subalternes et des chefferies provinciales réduites à leurs guichets achalandés. Le pays est "latin" comme jamais, clientéliste en diable, fait de petits calculs, et si le programme brutal de réformes de monsieur Fillon est jugé par beaucoup indispensable à la survie de notre État-nation, les mêmes en redoutent les incidences personnelles sur eux-mêmes et attendent in petto qu'un troisième tour législatif et un quatrième tour social versent deux fois plus d'eau que de vin dans la jarre ! Le gouvernement botté de monsieur Fillon tiendra-t-il le choc de ses promesses ? Rien n'est moins sûr.

François Fillon
Le champion de la Droite sérieuse est un apparatchik de quarante ans de pratique. Il a commencé sa vie active en 1976 comme assistant parlementaire du député du Maine, Joël Le Theule. Il a occupé tous les postes du microcosme y démontrant une échine souple - contre Maastricht mais pour Lisbonne - jusqu'au dernier emploi qui lui valut le sobriquet de "collaborateur" de la part de son patron. Au jeu des citations, postures et manifestations diverses, on trouve chez lui tout et son contraire et nous ne jouerons pas aujourd’hui, d'autres s'en chargent qui veulent démonter l'armure. Monsieur Fillon est un vrai... politicien, si adroit qu'il ne fait pas politicien. Fils de notaire, bien marié, une seule fois, cinq enfants bien élevés, vie de famille au manoir, il rassure bien au-delà de La Manif Pour Tous. Ce qui devient inquiétant est quand même de l'entendre se revendiquer de Philippe Séguin, un homme politique ayant construit sa légende de bonapartiste dans les combines d'appareil pour finir imprécateur. Même la loi Séguin de 1987, la seule ayant gardé son nom, qui ouvrait l'apprentissage à toutes les filières, n'a pas eu les outils de contrainte nécessaires à son succès - trente ans après nous envions encore l'Allemagne. Archétype de la "machine à perdre", le cacique ténébreux, mais ondulant à ses heures comme devant François Mitterrand lors du fameux débat de la Sorbonne, est parvenu à ruiner le travail de Chirac à Paris jusqu'à perdre la mairie en 2001 après avoir capitulé en rase campagne. C'est Jean-Gilles Malliarakis qui en parle le mieux¹. Premier président de la Cour des Comptes en fin de carrière, agressant de ses remontrances parfois pertinentes les cabinets dépensiers successifs, il a voulu entrer dans l'histoire comme gaulliste social en attaquant toute mesure d'économie sur une fonction publique pléthorique dont il se fit le héraut. Et quand le quotidien de référence de l'opposition publiait ses récriminations avec gourmandise, le journaliste, épris d'équilibre subitement, signalait à côté « qu'en un quart de siècle, les dépenses publiques de personnels, en milliards d'euros constants [avaient] plus que doublé, passant de 140 milliards en 1980, puis 173 milliards d'euros en 1990, et 227 milliards d'euros en 2000 à 288 milliards d'euros en 2007 ». Alors la légende Séguin cacherait-elle un art vérifié du pouvoir de nuisance ? On avait compris qu'il reprochait surtout aux gouvernements visés de ne pas l'avoir retenu comme le premier ministre qu'un fort en thème comme lui à l'évidence méritait d'être. L'intensité de son agitation dans un parcours erratique de trente-sept ans l'y autorisait sans doute, mais pas ses nerfs. Monsieur Fillon a-t-il vu cet échec séguiniste avant de se réclamer de ce grand inutile ? Pourquoi ? Pour faire à son tour patriote-libéral-social ? Et le programme carré qu'il espère forcer à la Chambre pourra-t-il passer sans arrondir les angles ? Le nombre des sceptiques s'accroît ; ils anticipent les amendements qui huileront les commissions parlementaires si tant est que la Chambre nouvelle soit conquise et acquise au président nouveau, l'électorat n'ayant pas peur des cohabitations.

A preuve de tout cela, il y a deux réformes préalables à la grande Réforme d'un pays failli comme le nôtre qui n'apparaissent pas. Et si ce sont des réformes difficiles², elles sont aussi le passe-fil de toutes les autres, du moins elles en ouvrent le canal.

Marine Le Pen
Il y a d'abord la séparation du Parlement et de l'État. L'État est pris ici dans son acception générale d'administration du territoire et des peuples. En attendant qu'un roi simplifie l'épure constitutionnelle, le parlement est souverain en ce qu'il porte l'expression de la Nation. Il n'est pas logique que le parlement chargé de mettre en œuvre la politique de la Nation, soit envahi par les corps constitués de l'administration publique et ses affidés. Ils ne peuvent légiférer d'un côté et rédiger voire différer sine die les décrets d'application de l'autre. Il y a clairement conflit d'intérêts*. La pénétration de la fonction publique dans les rouages parlementaires est une absurdité dont s'est protégée la Grande Bretagne par exemple. L'inéligibilité des fonctionnaires cesserait leur pression au parlement et permettrait d'ouvrir la voie à la réduction du périmètre de l'État contre laquelle ils se battent becs et ongles. Comparés à nos partenaires de l'OCDE, nous avons 1,6 million de surnuméraires rapportés à la moyenne, et plus encore comparés au cousin germain. Réduisons le périmètre pour réduire les effectifs (et non pas l'inverse). On pourrait le faire en plus ou moins vingt ans au fur et à mesure des départs en retraite.

(*) Le patron, la Nation, est gouverné par ses employés, les fonctionnaires !

Aparté : quand les syndicats de fonctionnaires instrumentalisent le travail pénible des infirmières ou le danger d'exercer celui de policier ou de pompier, il faut répondre que nous n'avons pas cinq millions ciçnq cent mille agents de ces catégories et par contre beaucoup de doublons entre la fonction d'État et la fonction territoriale et aussi du bois mort détaché ci et là.

Emmanuel Macron
La seconde réforme-mère est le sevrage des syndicats professionnels aux financements publics. Les syndicats ouvriers et patronaux ne doivent pouvoir compter que sur les cotisations de leurs adhérents, ce qui forme la première motivation de leurs cadres à défendre leurs intérêts propres. Ceci ne veut pas dire qu'il faille pétrifier leur influence à la masse des cotisations actuelles. Dans la mesure où certains services aujourd'hui "publics" seraient reversés aux partenaires sociaux responsables, la masse d'adhérents augmenterait forcément pour simplement couvrir les besoins de tout un chacun, comme il en va chez nos voisins. Le tarissement des subventions publiques changerait carrément le programme de défense des intérêts catégoriels qui resteraient différents des intérêts généraux que les centrales syndicales disputent aux élus. On passerait du parasitisme au paritarisme vrai. Une bonne coopération serait d'ailleurs utile au point suivant.

Jean-Luc Mélenchon
Devrait intervenir dans la foulée une troisième réforme au titre de la justice sociale. Elle serait comprise par tous jusqu'au hameau le plus reculé dans un pays friand d'égalité : l'euro cotisé pour sa pension future doit avoir la même valeur pour tous. Cette proclamation d'une réelle égalité en droits serait le sceau de justice qui validerait tout le reste du programme. Il s'agirait d'établir une retraite équitable universelle par points. Les régimes de pensions de base publiques et privées devraient être fusionnés pour aboutir à un régime unique. Le système par points permettrait ensuite d'arrêter les régimes spéciaux qui sont une vraie gangrène pour la cohésion nationale tant les disparités sont grandes et les bénéficiaires arrogants. La caisse unique par points supprimerait naturellement de nombreuses caisses complémentaires et de substitution qui vivent dans le déficit perpétuel. Le futur statut de la caisse unique pourrait être apparenté à celui de la Banque de France, protégée comme il faut pour y interdire les doigts crochus de l'État qui viendrait sinon y calmer le prurit de son impéritie, comme il le fait aujourd'hui en pillant la Caisse nationale pour alimenter la ligne budgétaire des pensions de ses fonctionnaires. Il serait possible à tous de cotiser ailleurs pour soi-même mais sans défiscalisation pour ne pas diminuer la ressource des cotisations obligatoires.

Malheureusement, on ne voit pas ces projets dans les cartons de monsieur Fillon, même si dans le microcosme parisien le troisième est évoqué plus fréquemment que les deux autres, parce que des pays modernes utilisent les points à leur entière satisfaction. Seule la bureaucratie tsariste retranchée dans les caisses spéciales y fait obstacle chez nous et quelques idéologues en péril, l'intelligence cédant le pas au goût du pouvoir petit !

Vincent Peillon
Reste tout simplement à monsieur Fillon d'être élu. Élu contre l'État ! Le mal français réside dans l'étatisation à outrance² qui plombe le génie de ce peuple et sa créativité naturelle : le mammouth est devenu un géant et bien malin qui le tuera. Avec cinquante-sept pour cent de captation de la richesse produite, l'État français est devenu invincible ; et si l'on y ajoute les monopoles socialistes stratégiques que sont l'EDF, la SNCF et quelques autres, on voit la République parfaitement installée pour continuer à vampiriser la Nation sur laquelle elle se vautre, énorme. D'ici mai 2017, quatre mois peuvent suffire à l'État pour se sauver de l'amputation en faisant peur à tout le monde. Cela a commencé. L'État dans son ensemble devient dans l'esprit de la Gauche quelque sorte de sécurité sociale globale qui protégerait de tout. Ses fortifications sont en cours de relèvement. On va hisser l'artillerie de rempart.

Saluons pour finir l'intelligence du politburo de Sens Commun qui, pour une fois à droite, monte en croupe du candidat le plus proche de ses idées susceptible de gagner, plutôt que de soutenir son propre candidat forcément relégué à une campagne de témoignage que personne n'entendra. Le grand sweepstake de l'an prochain se courra entre cinq écuries de tailles comparables, comme on pouvait s'y attendre : un centre, flanqué de part et d'autre des deux partis historiques de gouvernement qui chercheront à le phagocyter, et deux extrêmes qui se touchent. Tout le spectre politique est couvert, il n'y a plus de place, sauf pour un messie.

(1) Cf. L'Insolent
(2) Ce sujet avait été traité dans Royal-Artillerie en deux billets du mois de novembre :
- Trois réformes-mères
- La Réforme impossible
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