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lundi 31 août 2015

De la régénérescence de la langue françoise


Avant-propos : La Route des Ruthènes Nîmes-Millau va devoir attendre, du moins tant que le défi de tracer définitivement la voie romaine sera en ligne de mire. Il y a deux vérifications à faire, celle du contournement des gorges de l'Hérault après Ganges vers le nord, qui pourrait déclasser le chemin de Cap-de-Coste (chemin gaulois des Ruthènes, devenu plus tard route royale de la Généralité de Montpellier) et l'accès au plateau du Larzac entre Arrigas et Campestre (plusieurs possibilités). Le reste est bon, même le franchissement du Tarn. Il faudra y retourner.




C'est la rentrée. Royal-Artillerie redémarre appuyé sur le génie d'autrui, à défaut d'avoir phosphoré par soi-même. Dans notre série "L'École des Pintades" voici un diamant où miroite la langue. A faire circuler chez les pédagogistes fous de la Rue de Grenelle en ces jours de Rentrée scolaire.

A l'intérieur des lois de son art, un écrivain est libre de tout inventer, à peu près comme un funambule de risquer sur sa corde les gambades les plus libres, sauf à se rompre le cou s'il tombe, ou comme un dompteur qui n'a pas d'autre limite à la fantaisie de ses jeux avec ses lions que la prudence nécessaire pour n'en être pas dévoré.

L'écu de Calonne
Les écrivains sont la conscience de la langue : ils ont pour rôle de garder tout le français vivant, d'en entretenir la richesse, sans quoi, la paresse aidant, il arrive que l'esprit tourne dans un cercle de mots toujours plus étroit. Les ressources du français sont admirablement diverses. Il n'est pas du tout nécessaire que nous confondions notre langage avec celui que nous a laissé le XVII° siècle. Ce français-là est sans doute d'une pureté admirable, et jamais on n'a, pour ainsi dire, appliqué de vitre plus transparente sur les opérations de l'esprit. Mais l'acquisition de ces qualités nous a coûté cher. Qu'on se replonge dans la langue du XVI° siècle, elle est toute à la gloire de la sensation, familière, domestique, rustique, et faite, aussi bien, pour la bataille et pour l'aventure. Notre Moyen Âge, au-delà, est encore plein de mots charmants et naturels. C'est aux écrivains à ramener dans l'usage tous ceux qui le méritent, et à empêcher ainsi, en en retrouvant d'excellents, qu'on n'en invente de monstrueux.

Lorsqu'il s'agit d'acheter, de vendre, nous ne disposons, pour nos échanges, que de la monnaie contemporaine. Qu'on imagine ce que serait si toutes celles, de bon aloi, qu'on a frappées durant notre histoire, n'avaient pas cessé d'avoir cours, si l'écu d'or et les gros tournois d'argent de saint Louis, l'agnel de Jean le Bon, l'angelot, le royal, le grand blanc et le petit blanc voisinaient dans notre bourse avec le teston de Louis XII, le louis d'or de Louis XIII, l'écu aux trois couronnes et le superbe écu de Calonne. Quel sentiment nous prendrions alors d'un présent ainsi investi par notre passé !

Ce trésor complet, cependant existe et il ne tient qu'à nous d'en user : c'est notre langage.

(Abel Bonnard, dans un brouillon de 1923 retrouvé par Luc Gendrillon)


lundi 1 juin 2015

L'Histoire, école de noblesse

La bronca nationale contre la crasse pédagogiste ne s'apaise pas par décret. L'adorable idiote qui nous sert de ministre de l'Education n'entend aucune résonance au latin ou au grec ; quant à l'histoire, c'est peut-être pire.

La révolte des profs est sensible pour ce qui concerne les langues anciennes - les gnomes de Grenelle ne les parlent pas - moins peut-être pour la cachexie qui va frapper l'enseignement de histoire. Dans un souci d'honnêteté, disons que cette réduction chimique avait commencé avant le règne de monsieur Hollande. A notre secours nous appelons Abel Bonnard qui ramassait en quelques phrases son plaidoyer pour le passé dans une note du 20 septembre 1931, bien plus d'actualité aujourd'hui qu'elle ne le fût en son temps. Le titre est sans doute de Luc Gendrillon¹.


DE L'AMOUR DU PASSÉ

« De toutes les choses qu'on enseigne aux enfants, il n'en est aucune qui ne leur soit plus nécessaire que l'histoire de leur pays. On a d'autant de droit à la leur cacher qu'ils y trouvent la révélation de leur propre noblesse. De petits Français, fils d'artisans ou de paysans, qu'on n'a pas instruits de la grandeur de leurs origines, ressemblent à ces petits princes qui ont été volés par des bohémiens et qui, loin du palais paternel, vivent dans un désordre sordide sans savoir qu'ils sont fils de rois.

« On comprend aisément que des démagogues veuillent supprimer l'enseignement de l'histoire. Ils ont besoin de réduire les hommes à un état d'impersonnalité et d'abêtissement où ils ne se distinguent plus les uns des autres, pour les embrigader dans leurs sombres partis, pour les enrôler dans les armées de la folie et de la haine.

« Au contraire, tout homme qui sait d'où il sort et ce qu'il est, leur résiste par la seule force de son caractère. Il n'est pas un individu quelconque, mais le fils d'une race et d'une terre, fermement planté en un certain lieu, et qui écarte avec dédain les tristes idées qu'on lui présente pour lui faire perdre la tête.

« La connaissance de ce que nos pères ont été nous montre ce que nous pouvons être. Elle nous empêche de vivre au hasard et comme égarés dans le monde. Nous ne sommes pas des hommes perdus, parce que nous ne sommes pas des enfants trouvés.»




Comme le précise le prince Louis de Bourbon au Télégramme dans un entretien² accordé ces jours-ci pour sa visite en Morbihan, l'histoire est une longue chaîne : « On ne peut être le descendant direct d’une dynastie dont la destinée se confond avec l’histoire de France sans se sentir investi d’une mission. La première est, bien évidemment, celle du souvenir et de la mémoire dont il faut toujours témoigner. Mais il me semble que par rapport aux souverains passés, j’ai aussi le devoir de montrer que leur œuvre se poursuit et que les principes qui ont fait que ce régime a tenu huit cents ans, ont toujours leur place : la justice, le respect du droit naturel, l’harmonie sociale…». Comme les princes et leur cour, chaque famille de France ajoute des maillons à sa propre chaîne, certaines en ont beaucoup. D'autres commencent à peine mais ont à cœur de planter le piquet de départ bien profond. Aidons-les. D'autres s'y refusent, comme la jolie ministre, et choisissent de vivre en criquet pèlerin. Sachons éviter qu'ils ne se posent chez nous et dévorent les récoltes. Pays de transition entre la terre et quatre mers, nous ne sommes pas contre le "passage" s'il reste un passage.
Et à ceux qui convoqueraient le souvenir de ministres étrangers au service du pays, nous dirions que comparaison n'est pas raison, surtout entre le señor Valls ou mademoiselle Belkacem du Rif et les Mazarin, Law et Necker. Quand même !


(1): Aphorismes et fragments recueillis sous le titre Ce monde et moi par Luc Gendrillon✝, Editions Dismas, Haut-le-Wastia (Belgique) 1991
(2): ©Le Télégramme du 30.05.2015
(3): PS du 10.06.2015: l'affaire des palmes académiques refusées à Aix-(en-Provence est douteuse : (clic hoax)


lundi 16 mars 2015

De l'âme des princes


«Ceux des particuliers qui deviennent princes seulement par les faveurs de la fortune ont peu de peine à réussir, mais infiniment à se maintenir» (Machiavel).
On pourrait en dire autant par les faveurs des Lois fondamentales. La prolifération des recherches sérieuses ou moins sérieuses, mystiques ou historiques qui cernent le roi caché, survivant, souterrain, d'au-delà des mers, n'est pas qu'une distraction romanesque. Elle signale une insatisfaction née de l'examen de l'élu désigné. Il ne satisfait pas les attentes de certains, attentes qui ne convergent pas toujours. Aussi cherche-t-on ci et là le chemin d'esquive qui permet d'échapper à cette "obligation" décevante. C'est le fil rouge de ce billet.

Baudouin IV d'Anjou
Nos âmes à l'image des dieux qu'elles ont contemplés dans leur vie antérieure* sont diverses et variées. Enfermés dans des corps qu'elles n'ont peut-être pas choisis, elle subissent la servitude de l'incarnation et s'abîment des passions qui les assiègent, sauf chez les princes. Des trois parties de l'âme platonicienne, c'est le νο̃υς qui domine chez eux et qu'on appelle raison, du même sang que celui des dieux. Les deux autres, l'appétit de la vie (ou les élans) et la colère (ou l'orgueil) y sont contenues par la première plus fortement que chez nous. Ceux d'entre eux qui ne le peuvent n'en sont pas.
Nous avons coutume de révérer des personnes descendant de personnages illustres au seul motif de leur hérédité. C'est pure courtoisie. Nous ne devrions abaisser nos drapeaux que vers le mérite personnel, bien qu'il soit autrement possible de combler d'affection quelqu'un que nous jugerions imparfait mais sympathique. Encenser la fonction est autre chose dont nous parlerons une autre fois. Mais il ressortirait à l'erreur politique que de confier notre destin à quelqu'un "par courtoisie".

Sa spécialité : l'exception

C'est la Morale qui prime dans ce que nous cherchons à reconnaître chez un prince et non pas les quartiers de noblesse, ni les diplômes s'il en a, ni son allure avantageuse ou la carnation de sa peau si c'est une princesse. Morale qu'il doit savoir appréhender à distance de lui-même s'il est capable du détachement critique par rapport à son propre emploi afin de voir clairement les améliorations exigées de lui pour emplir le contrat ; et tout à la fois, ce qui n'est pas mince, une résilience peu commune aux influences de tous ordres qui le détourneraient de son exceptionnalité.
Car le prince est spécial, obligé de "monter" en permanence pour rester au-dessus du lot ; c'est la seule condamnation attachée à sa condition. L'en distraire serait criminel. Fusillons déjà les courtisans.
Se satisfaire comme beaucoup d'une position sociale décorative au milieu de ses adulateurs aboutit à laisser vieillir un caractère inconséquent qu'il serait bien imprudent d'appeler à notre secours un jour, plus tard, bientôt ? Jamais ! Nous n'imposerons jamais personne qui ne s'impose de lui-même. Que dans les salons royalistes on le dise aux casuistes épilés qui se crèvent les yeux sur les Lois !

A partir de là, l'abonné à Royal-Artillerie attend que nous descendions la galerie de portraits accrochés dans le grand escalier capétien. Il n'en sera rien. Notre but n'est que de réfléchir à ce qu'ILS ont de différent qui les place en situation d'accueillir notre propre abandon en leurs mains.

Revenons à l'âme.
En plus de sa vie terrestre et de son destin chevauché de père en fils depuis la nuit des mondes, l'âme du prince est responsable d'une tâche qui n'échoit pas au vulgum pecus. Elle n'habite plus chez un homme mais chez un demi-dieu de l'étage inférieur, subordonné au démiurge qui a conçu l'architecture de ce monde et qui lui demande de le continuer. Si elle le rend vigilant, habité par sa mission, ce monde sera "sauvé" et lui sera déclaré "parfait". C'était l'idée d'Epictète, la vertu totale. Peu sont élus pour affronter le risque d'écrasement de leur individualité par une vie authentiquement divine, et les Lois qui les désignent, désignent autant nos problèmes que leurs solutions s'il y a un grand écart entre le proposé légal et le prototype car il ne s'agit que d'appeler à notre secours un rédempteur de la Nation. C'est pour nous, nation, que nous agissons ! "Demi-dieu", "parfait", on comprend déjà que nous nous sommes déjà bien éloignés du vulgaire. Quels sont donc ces caractères spécifiques au prince accédant ? Ou à l'inverse que se passe-t-il s'ils n'existent pas ?

Ah, ces inconvénients !

Le pire défaut est l'indécision qui chez un chef est grave en ce qu'il entame l'essence même de sa fonction. Nous avons sous les yeux l'exemple vivant d'une procrastination quasi-pathologique où les décisions ne sont prises que pour s'en débarrasser. Mais jadis des princes très savants mais pusillanimes en ont perdu la tête aussi.

S'il n'en est pas d'imbécile, il en est parfois de moins instruit. Ce défaut allié à un fort tempérament est palliable par un rattrapage des connaissances utiles à sa charge. Si au contraire il accompagne une nonchalance intellectuelle voire un déplaisir à l'étude, le prince en défaut réunira autour de lui des compétences éprouvées pour assumer son gouvernement du pays, compétences qui le transformeront très rapidement en poupée de balcon. L'avantage de la monarchie disparaîtra au bénéfice de l'oligarchie et retour à la case départ. Aussi sympathique fut-il, le cancre est à bannir.

On ne peut non plus laisser passer le désordre des mœurs en ce qu'il interdit ensuite l'invocation de l'exemple. Si un politicien en contrat à durée déterminée est un spécialiste reconnu de la gouvernance mais un dépravé pour ce qui concerne sa vie intime, la logique politique prendra le pas sur la morale pour le conforter dans sa position utile au pays, mais il ne pourra jamais lors d'événements graves se revendiquer comme l'exemple à suivre. En revanche, un prince en situation de pouvoir doit rester en capacité d'exemple. Ceux qui n'y parviennent pas - et on en voit souvent - abondent au tonneau de leur propre mépris, sauf à bénéficier de l'indulgence populaire qui s'attache au prestige de la fonction par l'affect naturel des peuples à l'endroit de leurs chefs.
Sans viser quiconque, celui des princes qui ne supporterait pas les contraintes et misères quotidiennes de la vie commune pourrait difficilement nous faire accroire qu'il résisterait mieux que d'autres au malheur d'être roi comme le disait Louis XVI dans le testament à son fils.

Quels sont donc maintenant ces caractères spécifiques au prince accédant ?

Louis XVII
Les qualités morales se perfectionnent au moment de l'éducation si le sujet est réceptif, plus difficilement s'il faut un peu de contrainte mais on y arrive. L'éducation appliquée à la formation du caractère se fonde sur l'instruction et l'exemple donnés par ses éducateurs - Choiseul eut été préférable à La Vauguyon . La destinée du prince oblige à monter le niveau le plus haut possible pendant la période de sa formation - on en jugera par les diplômes obtenus - et à forger un caractère résilient. Outre les nécessaires humanités et mathématiques, il tombe sous le sens que des études de droit public, de finances publiques et de commerce international, clôturées par un passage dans une académie militaire, soient le minimum syndical pour qui s'apprêterait à nous gouverner aujourd'hui. J'en vois au fond qui quittent la salle et je n'ai pas parlé des cinq langues européennes.

Si l'on en vient au tempérament, à supposer qu'on me le demande, ce qui n'arrivera jamais, je préférerais un tempérament stoïcien qui gouverne les émotions et protège le jugement. J'ai retrouvé quelques définitions qui illustrent bien mon souci. Appliquer ses pensées à trier les choses entre celles qui dépendent de nous et toutes celles qui n'en dépendent pas. Les premières sont notre œuvre et de notre responsabilité ; les autres seront au mieux leurs ancillaires. Cette sérénité dans la connaissance de son pouvoir réel est un gage de sage gouvernance en ce qu'elle bride dès le départ l'intrusion étatique dans la sphère privée et dégoûte des lettres de cachet qu'on appelle aujourd'hui autrement. Parce que le premier rempart de la liberté individuelle ce doit être justement le roi, quand la marche du monde cherche tous les jours un peu plus à la fracasser.

Séparation des pouvoirs

En délimitant le royaume, l'Etat, et le domaine qu'il incarne dans ce royaume, le prince jugera des choses qui lui incombent selon la Raison, se protégeant d'une sensibilité trompeuse qui obscurcirait son jugement et le laisserait sur- ou sous-estimer les mouvements d'opinion qui sont l'expression moderne de la démocratie corrompue quand elle cherche à contrôler les émois populaires. Rester au-dessus de la mêlée et garder la tête froide est facile au début du match, s'y maintenir est plus difficile, surtout si le peuple appelle au secours. Aller plus loin que compatir est déjà choisir, trier dans les politiques publiques et enfreindre le principe du peuple souverain en ses Etats. Ce dilemme de non-pénétration des domaines régaliens et publics convoque beaucoup de pédagogie pour faire accepter les responsabilités réciproques quand "ça va mal". Une nation ne peut tout attendre d'en-haut, sauf celle des veaux ! La reine d'Angleterre, dans son minuscule domaine réservé, y arrive très bien, qui influence son premier ministre mais en sous-main quand elle le souhaite. Nous apprîmes avec stupeur qu'elle et le prince de Galles avait usé plusieurs fois d'une sorte de droit de veto sur des projets législatifs du 10-Downing Street ! Ouvaton si Windsor en fait plus que régner ?

On pourrait dire encore qu'une des qualités primordiales de l'état princier est le discernement de ses décisions par la hiérarchie des valeurs qu'ils activent au sein du domaine dédié. Tout ne se vaut pas, mais saisir les écarts d'importance demande une longue éducation dans la charge. La capacité à trancher par l'outil de la raison est primordiale et ô combien difficile qu'on puisse entendre la laisser entre des mains formées à ce défi quotidien. Ce n'est presque plus un acquis, peut-être faut-il ressentir ces choses d'instinct. Cela participe de l'inné des familles régnantes.

Autre caractère spécifique, l'affect : un auteur maudit soutenait que "c'est un des avantages insignes de la monarchie que les meilleurs sentiments du peuple peuvent s'y fixer et s'y concentrer sur la personne royale, tandis qu'autrement ils resteraient épars, vains et nuls " (Abel Bonnard dans l'éloge du feu roi des Belges Albert Ier). Faut-il quand même que le prince en charge aimante assez puissamment l'affect populaire pour qu'il précipite sur sa personne jusqu'à produire cette coagulation du "meilleur" de la nation dont nous n'avons pas aujourd'hui de reste ! Mais en général "ça le fait", à voir les tirages de la presse royale et le succès de sites méritants comme Noblesse & Royautés.

De par l'aura attachée à sa qualité de roi, surnaturelle s'il est un jour sacré, un prince vient de la fabrique des héros. Destin colossal à mille lieux du marquis parvenu, il doit le montrer continûment. C'est pour le coup un chevalier, un chevalier au premier coup d'œil. L'immense prestige de la vertu s'il choisit de s'y abandonner, pourra suggérer ensuite que son droit a quelque chose de "plus-qu'humain", divin peut-être... et le tour sera joué. Il n'est aucune place en France pour un roi bourgeois à la mode de Juillet !


Essai de conclusion - les Lois :

le petit Lord Fauntleroy
L'instauration d'une monarchie en France, pays où trois dynasties furent battues successivement, deux par la guerre civile et une par la guerre étrangère deux fois, appelle dans notre siècle d'infériorité un être charismatique de haut niveau, capable de rallier la masse des indécis en renfort de ses partisans. Une "restauration" marche à l'enthousiasme et les combinaisons de la Crypte seront la plupart du temps déjouées. Il est désolant de devoir se départir des lois fondamentales du royaume cent quatre-vingt cinq ans après la disparition du dit-royaume, mais ces lois ne sont en fait que de succession. Or le "trou" est grand entre jadis et maintenant, après une phase inédite d'accélération de l'histoire. Toutes les révolutions s'y concentrent, industrielle, énergétique, numérique, cosmique, quantique et j'en passe qui n'ont pas d'épithète comme celle des nano-technologies. Pascal disait déjà que « trois degrés d'élévation du pôle renversent toute la jurisprudence, un méridien décide de la vérité ; en peu d'années de possession, les Lois fondamentales changent, le droit a ses époques, l'entrée de Saturne au Lion nous marque l'origine d'un tel crime. Plaisante justice qu'une rivière borne ! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ». Seraient-elles de quelque utilité pour le choix, ces lois, s'il y a choix, outre le pronostic qu'elles lèveront la dispute entre les Maisons aveuglées par la fumée des signaux indiens qui montera de la montagne, que nous serions bien inspirés de les garder pour plus tard, bien après, quand le travail difficile sera terminé. Ce qui n'empêche nullement de les préserver dans un coin de notre esprit. Mais s'y cramponner en l'absence de royaume comme aujourd'hui conduirait de nouveau à l'échec. Les Lois ont été construites pour pérenniser une monarchie vivante, pas pour en ressusciter une disparue corps et biens il y a sept générations !

Une hypothèse utile au débat serait de convenir que les deux premiers titulaires successifs soient de haut niveau intellectuel et moral pour prendre à bras le corps l'exécutif de la fonction afin d'assumer rapidement leur autorité "en leurs conseils", d'écraser dans l'œuf et les tentatives souterraines de subversion, et la logique négative de leurs détracteurs. La propagande des pourrisseurs professionnels peut être redoutable surtout sur un peuple dérouté, influençable, pour partie abruti par de pseudo-valeurs simplistes ressassées par la classe médiatico-politique, qui ne sont que celles de maintenir l'oligarchie régnante. Tous les régimes du XIX° siècle ont péri de leurs attaques. C'est dans ce but que l'ensemencement du champ de l'Opinion à l'idée du roi doit être élargi, augmenté, vaste, jusqu'à ce fameux "pourquoi pas" qui nous réjouirait tous, mais dont nous sommes apparemment loin.

Attendons des princes en vue ou cachés qu'ils élèvent pour y répondre leurs enfants dans ce programme d'exception. A défaut nous verrons !

Tout ceci est spéculation gratuite, nous n'y avons aucun intérêt. Comme écrivait en haut du tableau noir mon vieux professeur de physique et chimie : « Nous sommes censés savoir que... »


Merci de votre attention, vous pouvez fumer.
Oui ? Un Nom ?
Baudouin IV de Jérusalem pour son courage surhumain.
Baudouin de Belgique pour son impeccable dignité.


Charlie-Martel 



(*) in Platon quelque part
PS : l'iconographie de cet article est délibérément "fraîche" car sa lecture est destinée d'abord à nos jeunes lecteurs, ceux qui vraisemblablement auront à "choisir" demain


(Cycle d'Arrakeen 2015)

lundi 23 février 2015

Valeurs et humanités


Pour aujourd'hui lundi j'avais prévu de faire ça - les fameuses valeurs - mais lisant le pamphlet de Denis Tillinac dans Valeurs Actuelles, j'ai mis mon travail au panier ; c'est tellement mieux dit par lui qu'il serait vain d'insister : le moulin à prière des valeurs républicaines ! Exactement !
Extrait et lien hypertext s'ensuivant :

« L’honneur, la liberté, l’altruisme, le courage, la probité, la pudeur, l’équité, le respect de soi et d’autrui, la bonté, le discernement, la générosité sont des valeurs, et il serait opportun qu’on les inculquât à l’école. À la fois universelles et modulées par la culture de chaque peuple, elles ne sauraient être l’apanage d’un régime politique déterminé.
Elles sont aussi enracinées dans les monarchies européennes que dans notre République. Les sujets de Sa Majesté la reine d’Angleterre jouissent de la même liberté que les citoyens français. Ceux des républiques d’Iran, du Soudan, du Pakistan ou de l’ancien empire soviétique en sont privés. Bref, le mot “république” ne recèle en soi aucune “valeur”, et en conséquence il n’a pas la moindre vertu morale...»
La totale dans le VA n°4082


L'architecte Valeurs & Principes quitte la piste de cirque

Par contre nous allons boucler l'article sur un autre emprunt qui nous a été suggéré par la crasse intellectuelle et morale de la Gauche en Cour, dont les brillants rejetons à tête creuse saccagent un cimetière israélite pour se passer les nerfs avant d'aller voler quelques diplômes dans les universités à papa. Un des plus beaux esprits français, dans une langue qui passe l'éloge, nous demande de monter notre niveau d'éducation. Et ceci s'adresse à tous les éducateurs, même à ceux qui opèrent dans les zones réputées difficiles, car l'expérience est faite¹ qu'on peut s'arracher à la fange réglementaire par les humanités.




« Les humanités ont une valeur permanente, mais jamais elles n'ont été plus recommandables qu'aujourd'hui, car aux poisons les plus dangereux qui corrompent ou qui menacent l'âme moderne, elles seules peuvent fournir l'antidote. Les occupations humaines deviennent tous les jours plus étroites et plus spéciales, le joug de chaque emploi se fait plus gênant et plus lourd, tant qu'enfin l'on peut se demander si, tandis que le monde antique a fini par la suppression de l'esclavage, le monde moderne n'est pas en train de le rétablir pour tous. Il n'en est que plus pressant et plus nécessaire de mettre au début d'une vie ainsi assujettie une formation libérale.

Horace
Si la profession est spéciale, qu'au moins l'éducation soit humaine. Ceux qui ont eu le bénéfice de cette discipline ne l'oublient jamais. Les hommes les plus pratiques, les plus adonnés aux occupations matérielles, rappellent toujours avec quelque orgueil qu'ils ont fait leurs humanités, non point tant parce que c'est là le signe d'une certaine condition sociale que parce qu'ils veulent nous faire savoir qu'ils ont, eux aussi, touché la rose et qu'ils en gardent le parfum. Il restera toujours inférieur celui dont l'esprit n'a pas d'abord été élevé jusqu'à l'inutile. Mais ce mot même ne doit pas tromper. Les connaissances littéraires sont souvent en nous les plus fécondes ; elles ressemblent à ces montagnes aperçues au fond des paysages, qui paraissent seulement élever dans le ciel une gloire oisive de neiges et de glaciers, et d'où viennent cependant toutes les eaux qui rendent fertile la plaine.

Le suprême bienfait de l'éducation classique consiste à nous donner quelques points de vue d'où nous puissions toujours dominer notre existence. C'est par là que l'instruction diffère de la culture. Un homme instruit n'a fait qu'augmenter le nombre de ses moyens ; un homme cultivé a accru son humanité. L'un se distingue de ce qu'il sait ; l'autre ne se sépare pas de ce qu'il a acquis. La culture, en effet, résulte surtout des connaissances qui ont une valeur générale, qui touchent au destin et à la nature de l'homme. Elle marque le passage du savoir à la sagesse, elle nous associe à l'élite de l'espèce humaine, et nous donne la plus précieuse leçon de respect et de modestie, en nous apprenant qu'on a pensé avant nous, et que le monde ne date pas de notre naissance.» (A.B² mars 1923)

Sophocle
(1) Ainsi des professeurs de langues mortes ont-ils décidé un jour l'Inspection académique de leur laisser offrir à leurs élèves de ZEP l'accès au latin et au grec. Le succès fut si grand qu'il contredisait tout ce vers quoi les pédagogistes de la Rue de Grenelle conduisaient la foule des élèves, en démontrant que l'abêtissement n'était pas une fatalité. Le genre enfanté d'un bouc et d'une truie soviétiques ne pouvait s'y reconnaître à ces altitudes, qu'il fut proclamé par un des représentants de l'espèce monstrueuse que l'on forcerait le passage pour la morale officielle du régime (comme on l'a connu sous des cieux rouge-sang) jusqu'à édicter la tabula rasa des consciences en ces termes choisis : le but de la morale laïque est de permettre à chaque élève de s'émanciper, car le point de départ de la laïcité c'est le respect absolu de la liberté de conscience. Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d'arracher l'élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix (Vincent Peillon, ministre).

Effectivement, les satires d'Horace, une pièce de Sophocle, la vie des grands hommes de Plutarque, une comédie d'Aristophane, les maximes de La Rochefoucauld, les caractères de La Bruyère, remuer le trésor immense du fonds français jusqu'au substrat gréco-romain, ne peut que distraire les jeunes âmes de la saine dictature du prolétariat. Quelle honte que d'être gouverné par cette m... médiocrité !

Ah, j'oubliais.
Nous devons cette promotion des humanités à Abel Bonnard (1883-1932_1945-1968). Les dates intermédiaires sont ses années d'immortalité.

(2) Aphorismes et fragments recueillis sous le titre Ce monde et moi par Luc Gendrillon pour les Editions Dismas, Haut-le-Wastia (Belgique) 1991

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