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samedi 28 mai 2022

E la nave va...

Caravelle de Colomb
...comme disait Fellini... enfin, la nave ! plutôt la nef des fous. La quête d'un bonheur possible appliqué à la plus large humanité, qui avait été pour les nations rescapées de deux guerres mondiales la nouvelle règle de gouvernance, est en train de disparaître sous les nuages noirs d'une volonté de puissance déchaînée sous la menace du feu nucléaire. Légitimées par l'histoire, recomposée souvent, les nouveaux tyrans remontent le curseur des causes à chérir aux prémices des deux conflagrations majeures de l'histoire humaine. Après avoir capturé leurs peuples, ils stérilisent le limes de leur empire afin de les protéger d'un réveil dangereux pour leur pouvoir. La Connerie en bottes de fer a beaucoup appris des échecs du passé. Malgré un logiciel d'asservissement des âmes éprouvé durant des millénaires dont on avait monté le son au maximum, il avait manqué aux tyrans modernes un moyen de terreur imparable qui plierait les nations de raison. La Chine populaire et la Fédération de Russie en disposent maintenant. On peut donc rejouer la pièce géostratégique de la Belle Epoque avec de nouveaux instruments à l'orchestre, et que crèvent les mécontents du réchauffement climatique ! C'est pas le moment, hein ? On se sort la plus grosse.

Entre Dimitri Medvedev dans la nouvelle salle de contrôle que Vladimir Poutine a fait enterrer au Kremlin :
- Viens voir Dima, le nouveau joystick que j'ai trouvé :
ON - lumière verte 🟢 : les nègres mangent !
OFF - voyant rouge 🔴 : les nègres jeûnent !
- Vache, Volodia, t'as trouvé ça où ?
- C'est Huawei qui m'a envoyé le prototype.
Ça commande directement la base de Sébastopol :
Vert, la flotte laisse passer le convoi de blé.
Rouge, la flotte stoppe le convoi de blé.
- Super, Volodia, mais ce ne sont pas les nègres qui nous font une guerre totale, mais la race dégénérée d'Occident !
- D'accord, Dima, mais c'est irrésistible quand même ! Et au billard à trois bandes, les nègres forceront les Américains à libérer les comptes bancaires russes.
- Tu es un génie, Volodia. Que Dieu te prête vie !


cul de lampe

De quoi sont menacés les empires russe et chinois ? De rien de plus que la libération des mœurs de leurs peuples et du risque de les voir penser par eux-mêmes en se fondant sur la philosophie naturelle qui fut développée il y a bien longtemps par les penseurs grecs et les penseurs chinois, lesquels n'y ont pas pris une ride. D'un côté, une coterie oligarchique venue de nulle part a confisqué tout un pays à son seul bénéfice (le taux d'attrition par concussion des crédits militaires russes est phénoménal) ; de l'autre, un parti historique et largement obsolète a encagé l'économie nationale et la pensée des gens pour garantir sa perpétuation par tous moyens orwelliens ; et dans les deux cas, quoiqu'il en coûte aux rétifs ! Ce qui reste étonnant quand même est que les pouvoirs russes et chinois ont décidé de ne pas se passer du théâtre démocratique pour légitimer leur étreinte sur les sociétés qu'ils exploitent ! Poutine fait des scores ajustés dans des scrutins largement truqués ; Xi veut faire voter le prochain congrès au knout, même si les ambitions concurrentes sont de plus en plus fortes au sein même des palais politiques. Ils ne savent ni l'un ni l'autre esquiver des pourcentages et c'est bien là qu'on mesure ô combien cons sont-ils !

Enivré de son pouvoir parce qu'il commande au Grand Jeu, Poutine, un ancien employé aux tampons du KGB mais rusé comme un singe des fortifications, a établi son empire éphémère sur onze fuseaux horaires au seul motif présentable de résister à l'esprit missionnaire qui règle et pourrit les relations humaines depuis Rahan ! Endémique à l'espèce humaine, cette impatience irrépressible des sachants du monde entier à faire partager leurs croyances et leur science à leurs voisins est à l'origine de toutes les guerres, alors qu'elle aurait dû n'être qu'un facteur de développement et de progrès par transmission des savoir-faire. Nous, occidentaux, découvrons que la "liberté chérie" est un souci très secondaire chez des peuples immenses s'ils obtiennent contre elle la sécurité du quotidien et une perspective d'amélioration future pour leur enfant. Un peu d'aisance matérielle en plus noiera liberté et démocratie associée dans le doute des complications. Cessons pour commencer de porter partout la sainte parole et à ne juger fréquentables que les peuples qui l'acceptent. Participons à l'enrichissement global par l'entraide économique, nos intérêts bien compris y étant sauvegardés, mais sachons aussi résister aux tentatives hégémoniques de tyrans qui avancent masqués derrière la dénonciation de notre modèle occidental et derrière une offre sécuritaire prémunissant leurs cibles contre notre coopération intéressée ; alors bien sûr que c'est pure philantropie de leur part. C'est ainsi que débrancher la Russie de l'économie globale en l'autarcisant et contrer les manœuvres chinoises de colonisation des nations insulaires du Pacifique-nord sont des réactions parfaitement légitimes avec ou sans exportation contractuelle de notre "modèle".
Une condition ? Réarmer, aussi longtemps que la force primera le droit, et ne se faire pas plus de soucis que nécessaires.
L'espèce est perfectible, à l'infini, et vogue la galère !

jeudi 26 août 2021

La pente isolationniste américaine

W.J. Burns
Haut fonctionnaire et diplomate William J. Burns, directeur de la CIA

Lors du G7 virtuel de mardi dernier convoqué par Boris Johnson, le président Joe Biden a campé sur son agenda qui prévoit de sortir d'Afghanistan les dernières troupes américaines au 31 août 2021, soit mardi prochain minuit EST. Il argue d'un accord passé avec le pouvoir taliban de Kaboul pour maintenir un couloir humanitaire sûr vers les deux aéroports jusqu'à cette date, accord sans doute obtenu sur place par William Burns, le Directeur de la CIA (30 ans de diplomatie). Il est moins question dans ses propos actuels du sort des collaborateurs afghans, pour ne pas braquer le pouvoir local qui demande que le pays ne soit pas vidés de ses experts car il en aura besoin pour remonter la pente. Même si la noria occidentale pompe beaucoup d'eau, il n'est pas à exclure que les ressortissants de l'ex-coalition puissent quitter le pays par d'autres voies que Kaboul, par voie terrestre avec une sécurité assurée par les talibans en province et en frontière. Par contre pour les autres, la chose est entendue.
Le Congrès est hostile à cet entêtement sur la date du 31 août mais, apparemment, le président Biden entend rompre avec la tentation du "toujours plus", plus d'hommes, plus de temps, plus d'argent, qui a guidé dans le passé les opérations extérieures vers le fiasco. D'autres moyens sont possibles, même s'il ne semble pas connaître lesquels.

Ce qui est plus net est son refus d'entendre les supplications de ses alliés britanniques, italiens, allemands et français qui sont également empêtrés dans les procédures d'évacuation. Le motif invoqué par les services est que l'Etat islamique en Afghanistan - ennemi juré des talibans - serait en approche des pistes d'envol pour faire un carton spectaculaire avant le départ des Américains. Il est illusoire de pouvoir les détecter et les contenir sans l'appui attentif des talibans du district de Kaboul. Derrière cet écran d'ordinateur, il serait forfanterie d'indiquer un dispositif de sûreté possible. Reste qu'aucun compromis n'a été essayé par la Maison Blanche pour tenir compte des difficultés de ses alliés et que désormais se pose la question de la fiabilité du couplage atlantique.

Marc Fiorentino
Justement, dans sa lettre numérique quotidienne, Marc Fiorentino qu'on ne présente plus, donnait une synthèse très pertinente de ses considérations sur le futur isolé des Etats-Unis revenus d'un siècle de déboires diplomatiques. La voici telle qu'elle fut reçue le 23 août 2021 :

LES ÉTATS-UNIS...
...ne veulent plus être les gendarmes du monde.
Ils ne veulent plus sacrifier une seule vie américaine à des milliers de kilomètres de la mère patrie. Et, ce qui est nouveau, et qui change totalement la donne, ils n'ont plus besoin d'être les gendarmes du monde. Pour une raison simple : ils sont devenus autonomes.

AUTONOMES...
...pour l'énergie.
Ils n'ont donc plus besoin du Moyen-Orient.Autonomes pour l'alimentation. Autonomes pour la tech, à un détail près, on en reparlera. Certes leur balance commerciale est encore largement déficitaire mais pour une masse de produits non stratégiques. Les États-Unis peuvent fonctionner seuls. En toute autonomie. Plus aucune raison d'intervenir au-delà de leurs frontières.

LES ALLIÉS TRADITIONNELS...
...des États-Unis ont du souci à se faire.
Et ils s'en font. Ils doivent tous réévaluer la situation à l'aune de ce nouveau paradigme. L'Arabie Saoudite, les autres pays du Golfe ou encore Israël vont devoir apprendre à se défendre seuls. L'Europe va devoir apprendre à se défendre seule. Et Taïwan a compris cette semaine qu'aucun Américain ne mourra pour empêcher la Chine de l'annexer.

LE CAS DE TAIWAN...
...est intéressant.
Les États-Unis sont dans une course contre la montre. Taïwan a encore un intérêt stratégique: les semi-conducteurs. Les États-Unis espèrent que la Chine ne lancera pas l'inéluctable annexion avant qu'ils ne deviennent autonomes en semi-conducteurs. Mais dès qu'ils le seront, dans quelques années, Taïwan sera livrée à elle-même avant d'être livrée à la Chine.

APRES PLUS D'UN SIECLE D'INTERVENTIONISME...
...pour des raisons purement économiques, et idéologiques, la lutte contre le communisme, une page se tourne.
Les États-Unis reviennent à un isolationnisme qui leur est cher. Et cela change la face du monde. Du monde politique. Et du monde économique.
[fin de la synthèse fiorentina]


Et lui de conclure sur l'Afghanistan :
« Si les Talibans ne font pas l'erreur d'être les complices d'un attentat sur le territoire américain ou sur des personnes de nationalité américaine, ils pourront tranquillement faire régner la terreur chez eux. La realpolitik version 21ème siècle.»

Président Monroe
Le bonheur des peuples est de rester chez eux comme y obligeait la doctrine Monroe (5è président de l'Union) dans un discours resté fameux et prononcé devant le Congrès des Etats-Unis le 2 décembre 1823. Elle est restée la fréquence porteuse de toute la diplomatie étasunienne jusqu'à l'engagement des Sammies dans la Grande Guerre en Europe. Le président Wilson prit fait et cause pour les démocraties et formula sa doctrine à lui dans un discours pas moins fameux délivré devant le Congrès des Etats-Unis le 8 janvier 1918 en prélude au traité de Versailles et à la création de la Société des Nations. Ce sont les Quatorze Points de l'idéal wilsonien. Qui sont refutés aujourd'hui, selon l'axe d'approche de Marc Fiorentino. Ce nouveau défi qui bouleverserait les relations internationales en profondeur s'ajoute au défi climatique qui n'est pas affronté sérieusement par les grandes nations. Si Marc Fiorentino a une perception extra-sensorielle du futur, nul doute qu'au spectacle du chaos afghan, les think tanks américains qui font la diplomatie du pays auront la même, et que l'analyse fouillée d'un futur probable est déjà lancée. Il nous suffit d'attendre pour la lire.

Postscriptum du 27 août 2021:
Dans son allocution d'hier à la Maison Blanche, Joe Biden est apparu comme un homme fatigué, presque un vieillard. Nul doute qu'il cherchera à venger l'insulte de l'Etat islamique au Khorasan, mais il aurait pu marquer le coup plus brutalement, en décidant d'un périmètre de sûreté au delà de l'enceinte aéroportuaire, par exemple. Après avoir vu le porte-parole du Pentagone lire son prompteur pour nous parler des attentats de Kaboul, on a l'impression que la communication politique à usage intérieur a pris le pas sur l'action. Après le bon vieux clown de la téléréalité, le système démocratique américain a sélectionné un sénateur en fin de vie. Le quarante-sixième président des Etats-unis passera-t-il l'hiver ?

lundi 23 novembre 2020

L'Heure de l'empire

Avertissement : c'est un peu long, confinement oblige ! Mais il y a des intertitres.


M. Guy Verhofstadt, ancien premier ministre du roi des Belges et fédéraliste passionné, pousse à l'intégration institutionnelle des Etats européens, du moins ceux qui le souhaitent, afin que le sous-continent soit capable de déployer une diplomatie au niveau de sa puissance commerciale et les forces armées sans lesquelles il serait vain de croire peser sur les desseins qui s'entrecroisent sur le globe. Cette ambition, si elle se réalisait, contreviendrait à la souveraineté des Etats-Nations qui composent le Conseil européen et sacrifierait la règle de majorité établie par le compromis de Luxembourg en 1966 à la demande expresse du général De Gaulle, laquelle règle transforme le régime confédéral en "vétocratie" ; chaque pays y pesant la masse de son pouvoir de nuisance.

Donnons-lui raison, donnons-lui tort, agréons-en l'urgence mais ouvrons les yeux. Les derniers défis que nous opposent les tenants de civilisations incompatibles avec nos mœurs occidentales ne peuvent être relevés par aucune des nations européennes réagissant en son splendide isolement. Aucune ! Que ce soient les conséquences de l'irrédentisme arménien coincé dans les mâchoires russes, la révocation du traité de Lausanne infligé à la Turquie en 1923, la menace d'une bombe atomique islamique menaçant Mare Nostrum. Trois défis, trois impossibilités. La déstabilisation de l'Afrique du Nord n'est pas sur l'épure ce matin puisque nous, Français, l'avons construite comme on la retrouve aujourd'hui ! C'est "notre" problème ou dit plus crûment, à chacun sa merde ! Nous ne parlons pas non plus de l'immigration de masse de peuplades insuffisamment formées aux travaux et aux jours de notre bel Occident.

Pour enfoncer le clou qui semble dépasser encore de la planche de nos convictions, je pressens que nous n'arriverons à rien sur les quatre premiers points d'effort du Quai d'Orsay aujourd'hui que sont le Sahel, le Liban, la Mer Egée, le Haut-Karabakh ; même avec des alliés de circonstances pour les trois premiers ! Mais c'est pareil pour la Grande-Bretagne qui dispose du verrou d'entrée (Gibraltar) et de bases stratégiques de pleine souveraineté à Chypre et qui ne fait rien ; ou pour l'Italie qui est au front de tous les défis méditerranéens et craint de mettre le feu aux nations musulmanes qui se pressent déjà à ses frontières, ce pour ne parler que des nations impliquées hors-les-murs au gré des menaces, toutes les autres restant planquées. Faut-il faire un dessin ? Faisons-le.

Sahel

Bernard Lugan est parfaitement juste quand il exclut tout protocole de pacification oubliant les causes enracinées du désordre. La misère, endémique à des pays sans autre richesse que des ventres affamés, couplée à une mal-gouvernance chronique d'élites cupides, multiplie la ressource en "maquisards" dans les cinq pays impliqués. Cette ressource est rémunérée par des financements de toutes origines qui convergent sur zone autant que les narcotiques... et le défi est sans fin. "En tuer" comme la devise du 501è Chars de Combat ? Jusqu'à quand ?

Liban

Quel crâne d'œuf dans les soupentes de l'Elysée a pu croire un instant que les chefs de clan libanais allaient abandonner une once de pouvoir parce que la moitié de la capitale avait été détruite en conséquence de leur incurie ? Depuis le voyage triomphant de M. Macron, ils recherchent le capo di tutti capi manucuré en armani et ray'ban, qui présentera suffisamment bien pour faire débloquer les subsides internationaux qu'ils comptent s'approprier par les mille tentacules de la pieuvre libanaise, chacun détenant des infrastructures essentielles, du BTP, des services au public, des œuvres caritatives et secours en tout genre. Si Carlos Ghosn n'était pas sous le coup d'un mandat d'arrêt international, il ferait parfaitement l'affaire... et gagnerait gros.

Mer Egée

Pour une raison qui me dépasse, M. Macron s'est cru investi d'une mission de défense des valeurs de la communauté internationale dans les affaires de virilité en Méditerranée orientale, coupant les convois turcs en route vers la Libye, promenant le pavillon dans la zone grecque de recherche sismique comme au temps du sandjak d'Alexandrette. Sauf qu'à l'exception d'une Italie solidaire de nos émotions, aucun autre pays européen n'a voulu affronter le Sultan déchaîné dans son hubris de déconstruction du traité de Lausanne qui a donné toute l'eau bleue aux Grecs et presque rien aux héritiers des glorieux Ottomans. Mais ça pourrait changer. L'Allemagne qui connaît assez bien la région a déjà anticipé que les protagonistes grecs et turcs finiraient par s'arranger enrre eux sur le dos des puissances extérieures. Elle vend donc aux deux, des sous-marins. Et il n'a pas fallu longtemps pour que la Grèce nous fasse un vent dans son plan de refonte navale. Malgré tout, Angela Merkel est aujourd'hui suffisamment agacée par le pétomane d'Ankara qu'elle a fait arraisonner par une de ses frégates un cargo turc sur la route de Misrata.

Haut-Karabakh

Puisque nous sommes l'ami historique et le grand protecteur de l'Arménie, nous sommes coupables de n'avoir pas averti l'homme présumé fort du pays, Nikol Pachinian, que sa politique anti-russe et ses œillades atlantiques hors de saison allaient lui attirer les pires ennuis dans son environnement géopolitique. L'Azerbaïdjan accumulait de l'équipement militaire payé par les exportations de naphte de la British Petroleum et de gaz par les trois gazoducs stratégiques vers l'Iran, la Grèce et Turquie (?!) et vers la Russie, autant de points d'appui diplomatiques en cas de conflit car le gaz prime. Pendant ce temps l'Arménie rêvait à sa grande Arménie des contes enchantés sans avoir les moyens militaires de tenir les territoires enclavés dans l'Azerbaïdjan qu'elle avait depécé lors de la déconfiture soviétique. Il n'a pas fallu longtemps pour que les conseillers du Sultan voit la lueur du jour dans la fente des ambitions arméniennes et y passent. Le drapeau turc flotte sur Bakou (allez-y voir) et Ankara a maintenant, par le corridor du Nakhitchevan ouvert dans le sud de l'Arménie, l'accès goudronné jusqu'à Shirvan et la Mer Caspienne. Les Russes ont laissé faire, puis stoppé le film au bon moment pour eux, et n'attendent plus que la chute du leader vaincu qui les snobait. Qu'y ferons-nous ?
Co-président du protocole de Minsk, nous avons assisté pendant vingt-cinq ans à l'entêtement de plus en plus stupide des délégués arméniens à ne pas vouloir négocier - alors qu'ils avaient expulsé six cents milles Azerbaïdjanais des districts entourant le Haut-Karabakh historique - et nous nous sommes montrés incapables de les raisonner et évidemment incapables de faire sauter la Légion sur Stepanakert. Si nous arrivons à protéger les monastères et les édifices chrétiens (comment faire sur le terrain ?) nous aurons atteint la limite la plus reculée de nos capacités.

Où situer la frontière ?


Ces exemples donnent les limites de notre "puissance". La France seule de Charles Maurras a toutes les peines du monde à sortir aujourd'hui du Lac Commun et ses désordres intérieurs en tout domaine ne pourront qu'étrécir son périmètre d'intervention. Sauf fédération des nations européennes autour de nos propres efforts à peser sur le destin du monde proche, nous allons revenir au limes capétien. Depuis le départ de Jacques Delors des affaires européennes - ça fait un bail - le projet un peu arrogant de la main française dans le gant européen a fait long feu. Malgré l'hostilité ouverte du Royaume-Uni à notre endroit et certaines réticences de peuples à cornes qui trafiquent en couronnes, le projet aurait pu s'étoffer si nous n'avions pas ruiné notre propre pays à des motifs purement électoraux et idéologiques ! La France de Georges Pompidou, et celle de Valéry Giscard d'Estaing un peu moins, pesait son poids dans les enceintes décisionnaires avec des comptes bien tenus, une politique industrielle et énergétique assumée, des ambitions solides et une dissuasion nucléaire sans état d'âme. Des études étrangères lui prédisaient une quatrième place pérenne dans le top-10 des nations développées. Pompidou comme Giscard d'Estaing s'en sont servi au plan diplomatique : qui aurait résisté à Pompidou ? Giscard d'Estaing a créé le G7 pour parler ensemble et franchement autour de la cheminée de Rambouillet. Raymond Barre, son ministre, était le modèle de rigueur qui faisait taire toute critique étrangère à notre endroit. Le chancelier Schmidt n'avait-il pas admis que l'Allemagne se contenterait du primat industriel et n'interfèrerait pas dans les affaires étrangères de la France ? On rêve !

Depuis la chute de Giscard en 1981 et la mise en œuvre du programme archaïque et commun de gouvernement, les masses laborieuses et démocratiques parvenues aux affaires n'ont cessé de perdre du terrain, des emplois et de l'argent. La quatrième ou cinquième puissance mondiale, disposant d'un siège permanent au Conseil de sécurité avec droit de véto, perdit de son influence comme un mauvais pneu de l'air. Et mis à part le morceau de bravoure de Dominique de Villepin à l'Assemblée générale de l'ONU contre l'intention américaine d'attaquer l'Irak en 2003, nous ne sommes plus écoutés, qui pis est, en sommes arrivés à un point tel que les insultes fusent à l'endroit de notre président pour avoir mis les mains dans la merde des caricatures obscènes de Charlie Hebdo ; quand Donald Trump le prend publiquement pour un loser ; quand un ancien président américain se permet de faire dans ses mémoires tout une page ridiculisant l'ancien président Sarkozy (mais il faut la lire car c'est tout à fait lui); quand enfin le Sultan de la Sublime Porte ne trouve plus les mots pour se foutre de la gueule de M. Macron qui a osé le défier ! Jusqu'à la Chine de Pékin qui s'est permis une invective humiliante à l'endroit du même lorsque nous avons accepté un refit des six frégates Lafayette vendues en 1991 à Taïwan : « Mais pour qui se prennent donc les Français pour venir nous défier si loin de chez eux ?». Ils ont bien tort les Chinois : j'apprends que nous venons de prendre langue avec le QUAD océanique pour donner notre point de vue sur les défis du Pacifique-Nord à l'Inde, au Japon, à l'Australie et aux Etats-Unis ! No comment.

Alors quoi ?


Guy Verhofstadt croit (au sens mystique) qu'une fédération des nations européennes ayant intégré les domaines régaliens de chacune dans un gouvernement central saura tenir tête aux empires revenus. C'est probablement vrai au vu de la puissance économique et financière de l'Union européenne. Les empires en question sont au nombre de trois nous concernant : la Fédération de Russie, la Chine populaire et les Etats-Unis d'Amérique. Les autres qui se croient tels, n'en finissent plus d'émerger et leurs intérêts restent négociables.
Cette fédération est-elle contructible ? A mon avis, non ! Déjà, tous les pays qui se sont arrachés à l'empire soviétique ont dans leurs chairs les traces de la dictature à distance, de la prévalence des intérêts impériaux même très éloignés des leurs, de la coercition qui visent à interdire ou dévoyer les initiatives, de la bêtise crasse des plans centraux, en un mot du socialisme jacobin ! Il faudra attendre que toute la génération de l'Est ayant eu vingt ans en 1990, trépasse pour que l'empreinte mentale de la captivité s'efface. Les pays balkaniques et la Grèce feront où nous leur dirons de faire dans la mesure où le robinet des subventions coule encore ; reste l'Europe occidentale divisée entre Germains et Latins, et la Scandinavie qui se cherche. Autant dire que rien n'est fait, surtout si ce projet de Fédération occidentale était "français". Mais prenons les choses autrement.
carte de l'Europe politique
Depuis le Brexit et pour contrebalancer un hypothétique majorat franco-allemand, deux groupes se sont formés qui ne cessent de se renforcer. En France, nous ne voulons pas croire que ces deux groupes aient été montés contre nous plus que contre l'Allemagne et pourtant ! Le premier groupe de nations antagonistes est la Nouvelle Ligue hanséatique qui regroupe l'Irlande, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Finlande, l'Estonie, la Lituanie et la Lettonie (marqués H sur la carte). L'obsession commune est la défense des valeurs frugales de l'Union économique et monétaire, même si tout le monde ne règle pas son pain en euros. Elle observe l'utilisation orthodoxe du mécanisme de stabilité, préfère les prêts aux dons, et veut qu'un examen de solvabilité précède toute décision de subvention. Le budget européen est obligé d'en tenir compte au grand dam des cigales latines. On y est en plein aujourd'hui avec les chicayas du Plan de relance post-covid. La Ligue pèse 50 millions d'habitants et 2600 milliards de PIB. Pour fixer les idées, les PIB européens remarquables sont ceux de l'Allemagne 3100 milliards d'euros, suivi par la France avec 2160 milliards, l'Italie 1800 milliards et l'Espagne 1300 milliards.

Le second groupe dissident est le fameux cercle de Visegrád qui regroupe la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie et la Hongrie. Bien différent du premier groupe, celui-ci vise à préserver sa souveraineté à tout prix dans les domaines laissés libres par les traités européens. C'est plus un cercle de clients que de promoteurs puisque ses économies ont été rebâties par l'Europe occidentale après l'effondrement du Comecon. Il pèse 64 millions d'habitants et 880 milliards d'euros de PIB. Il est dans l'orbite allemande et déteste les nègres. Dans certaines sessions du Conseil européen, ce groupe est renforcé de l'Autriche et de la Slovénie.

Il existe un troisième groupe inter-national dont nous ne parlerons pas par défaut d'information mais qui se manifeste chaque année dans un sommet au plus haut niveau, c'est le groupe des pays de langue allemande : Belgique, Luxembourg, Liechtenstein, Allemagne, Suisse, Autriche.

Ceci étant, le Conseil européen est divisé en quatre parties : le tandem impérial Allemagne-France qui lutte autant pour ne pas se désunir que pour convaincre les autres de ses propositions, la Nouvelle Ligue hanséatique de libre-échange près de ses sous, le groupe de Visegrád et ses alliés de circonstances, puis des pays seuls comme la Grèce, Chypre, Malte, la Croatie, l'Italie, l'Espagne, qui font et défont les majorités et dont les voix s'achètent dans les couloirs. Même avec de l'enthousiasme, on voit mal émerger une fédération à l'intersection des quatre groupes. Sans doute à l'origine aurait-il été possible de pousser les feux d'une Fédération occidentale européenne à six ou huit mais cela passait par la Communauté européenne de défense que les gaullistes et les communistes à Paris refusèrent par principe (sur ordre de qui ?). C'est le moment d'éclairer maintenant le schmilblick par un autre acteur que nous nous plaisons en France à débiner mais qui pèse de tout son poids sur les tergiversations européennes : l'OTAN.

Comme nous l'avons souvent dit sur ce site, la composante militaire de l'OTAN (appelée NATO pour la distinguer) est l'arme de défense privilégiée par tous les pays européens à l'exception du nôtre, au seul motif de son efficacité à faire peur. Au temps de l'occupation soviétique en Europe orientale, le NATO était l'ogre coupable de tous les maux et capable de faire pire que Dresde ou Hambourg ! La haine des peuples était tellement exacerbée à son endroit qu'il en est resté chez tous l'idée qu'une fois libérés des Russes, la meilleure protection possible contre leur retour était ce fameux ogre qui faisait si peur au Kremlin ! Et tombe la thèse du complot atlantique ayant visé à s'étendre sur le glacis soviétique à la faveur des atermoiements de Boris Eltsine. Ce sont tous les pays d'Europe non-russes de l'Est qui ont demandé leur intégration au NATO avant même de faire des représentations à Bruxelles pour être associés au Marché Commun. Même l'Albanie se méfie et a rejoint l'Alliance bien avant d'entrer dans l'Union européenne. S'il est de bon ton de traiter l'OTAN par-dessus la jambe chez nous (jusqu'au jour où nous en aurons vraiment besoin), il en va tout différemment chez les autres. Ils ne prendront aucune décision qui altèrerait leur protection ou leur sentiment de protection, si vous préférez. Aussi est-il vain de promouvoir une défense européenne chez des peuples qui n'ont pas soif d'indépendance militaire et craignent le retrait du parapluie atomique américain. Donc tout projet visant à fédérer un ou plusieurs domaines appartenant au régalien sera-t-il jugé chez les autres à l'aune de ses effets sur la confiance atlantique. Autant dire que ça ne marchera jamais, sauf ! Sauf si les Etats-unis, fatigués de s'occuper du vieux monde, organisent par eux-mêmes cette fédération ou confédération européenne qui prendra à sa charge les responsabilités que les Etats-Unis ne veulent plus assumer. Et nous n'aurons d'autre mot à dire que de sortir du jeu ou d'acquiescer ! Même M. Verhofstadt ne sera pas consulté ; alors M. Macron, pensez donc !

Sera-ce donc le Frexit ?

Nous en reparlerons bientôt dans un article Frexit & Chimères. Le Frexit étant impossible techniquement, ce sera plus vraisemblablement la ruine de notre orgueil et le destin du Portugal, comme disait le général De Gaulle en nous convoquant à des hauteurs que nous ne pûmes jamais atteindre. Dans tous les cas, les conséquences stratégiques sur l'Europe seront immenses. La confusion des intérêts nationaux l'exposera en proie. Les empires précités viendront peut-être y mettre de l'ordre, s'ils y trouvent leur avantage et parviennent à s'entendre. Sinon une monstrueuse anarchie cernera un noyau dur et résilient constitué par quelques pays de l'Europe sérieuse autour de l'Allemagne, quelque chose comme l'avatar du Saint Empire. Les mânes d'Otto de Habsbourg-Lorraine esquissent un sourire, mais il est déjà tard.

mercredi 11 novembre 2020

Ruine de l'empire colonial allemand

Cette année, pour le Onze-Novembre, nous évoquons la Grande Guerre en Afrique à l'appui de quoi nous avons consulté ce document de Radio France internationale.

La cohabitation précaire des puissances européennes sur le continent africain trouva dès le début des hostilités l'occasion d'arrondir le pré carré de chacun. La carte en pied de page nous montre l'imbrication des propriétés allemandes, belges, britanniques, espagnoles, françaises, italiennes et portugaises sans compter le dominion américain du Liberia.

photo de Paul von Lettow-Vorbeck


Le défaut de l'empire colonial allemand était de ne point former bloc puisque construit au gré des opportunités sur les restes de la colonisation euro-occidentale (Portugal, Hollande, France, Angleterre... dans l'ordre d'arrivée). Ses possessions étaient divisées entre quatre territoires, Togo, Cameroun, Tanzanie-Burundi-Rwanda, Namibie actuelle, dont le dépeçage ultérieur allait vite se révéler compliqué. Pour faire court, l'affaire n'était pas jouable sur un plan stratégique puisque chaque partie était prise en tenaille par les alliés anglo-français, jusqu'à ce qu'un chef militaire de souche poméranienne décide d'en faire sa chose. C'est ainsi que le colonel Paul-Emil von Lettow-Vorbeck, à la tête d'une maigre armée coloniale de tirailleurs Askaris, motivée et réactive, résista aux nombreux assauts alliés tout en ravageant leurs intérêts. Il ne déposa les armes qu'après la capitulation du IIè Reich, le 25 novembre 2018 à Mbala (Zambie). Le peu d'effectifs allemands venus prendre le thé ternit durablement la fierté britannique, lesquels décidèrent d'ériger une petite stèle commémorant la reddition au lieu d'un arc de triomphe !

La notice Lettow-Vorbeck de la Wikipedia nous dévoile un officier de tradition prussienne formé au Collège français de Berlin et passé par l'Ecole d'Artillerie. Homme de goût et de culture autant que de caractère, il séduisit les coloniaux d'Afrique qui l'approchèrent indépendamment de leur nationalité. Décoré Pour le Mérite par l'empereur Guillaume II en 1916, il en fut averti par le général boer Jan Smuts contre lequel il se battait !

La quasi-totalité des opérations alliées furent conduites par l'Union Sud-Africaine sous le commandement du général Botha. La France ne s'impliquant que dans la prise du Togo, la colonie-modèle du Reich, et au Cameroun. Pour finir la page d'histoire, Le Togo fut donné à la France, ainsi que le plateau camerounais, les Anglais récupérant la chaîne de la dorsale camerounaise contiguë au Nigéria ; le Rwanda-Burundi fut donné aux Belges ; l'Afrique orientale allemande fut recomposée au sein du Tanganyka pour devenir plus tard la Tanzanie en agrégeant Zanzibar. L'empire colonial allemand ne dura que quarante-sept ans. Il était formé des quatre possessions africaines, mais aussi de la grosse base navale chinoise de Tsingtao, la Nouvelle-Guinée pour partie, les Samoa, les Marshall, Palau et Nauru, les Salomon du nord, les Carolines pour moitié et les Mariannes, Bougainville. Le commandement était fixé au nouveau port de Rabaul, Nouvelle-Bretagne des Bismarck. Les tribus locales n'étant pas corvéables, les Allemands louèrent de la main d'oeuvre auprès des corporations shanghaïennes et cantonaises pour défricher et planter les denrées exotiques dont ils voulaient faire commerce. Ces possessions très étendues aux antipodes de l'Empire allemand fonctionnèrent en symbiose avec les puissances industrielles du Pacifique Nord jusqu'à ce que les affaires se gâtent en Europe.

La tentation coloniale fut l'erreur majeure du IIè Reich qui, à la Belle Epoque, dominait sans partage toute l'industrie et la recherche européennes. Ce soft power l'appelait à organiser un jour l'espace économique continental (l'Allemagne démocratique s'y met maintenant depuis que la Grande Bretagne s'en désintéresse). Mais le projet colonial, et la mise en chantier d'une flotte océanique pour l'appliquer, heurtèrent les sensibilités des deux empires anglais et français, surtout la thalassocratie britannique. Si la Grande Bretagne n'avait pas jusque-là de contentieux sérieux avec le Reich, la France pour sa part était en quête de revanche après la défaite de 1870. On ne refera pas l'histoire, mais l'empire colonial allemand fut fatal à l'Empire allemand. Malgré l'Entente cordiale, jamais les Anglais n'auraient répondu à nos demandes d'engagement si la flotte impériale s'était limitée à la Baltique et ne les menaçait pas sur la Mer du nord et au long cours. Il reste de l'empire colonial allemand une empreinte à Tsingtao (Qindao) où une brasserie réputée fournit une excellente bière à fermentation basse aux supermarchés européens.








Combien d’fois l’a t’on parcourue
Cette petite piste,
En traversant la lande herbue
Lorsque le jour se lève.
En écoutant le rythme
De la chanson intime
Oh ! oh ! Ô porteurs
Et askaris, haïdo, heile safari
Ô porteurs et askaris, haïdo, heile safari !

Et quand un jour nous partirons
Pour le dernier voyage,
Et chante-nous cette chanson
Comme un dernier hommage.
Et s’il ne pleure personne
Que Dieu nous pardonne
Ô nos porteurs
Et askaris, haïdo, heile safari.
Ô porteurs et askaris, haïdo, heile safari !


Heia Safari


mercredi 1 janvier 2020

Meilleurs Vœux


Royal-Artillerie souhaite la bonne année aux royalistes de France et de partout, mais particulièrement à ceux de Serbie, de Bulgarie et de Roumanie pour lesquels se dévouent les héritiers statutaires des familles autrefois régnantes avec un zèle inlassable. C'est la Roumanie qui semble la plus proche du moment où elle retrouvera une pointe de pyramide permanente, à voir combien les institutions, l'armée et le peuple manifestent d'affection à la princesse Margareta et au prince Radu, en toutes circonstances et chaque semaine de l'année. Respects !
Nous aurons aussi une intention spéciale pour le prince Louis de Bourbon qui est allé au bout de ses convictions et de sa fidélité en portant à l'épaule à la face du monde le cercueil de son arrière-grand-père Francisco Franco lors de la translation des cendres du caudillo espagnol de la Vallée de Los Caidos au cimetière de Mingorrubio. A lui et sa famille nous souhaitons une année de moindre souci même s'ils restent une cible de l'establishment républicain. C'est annoncé.
Un mot d'encouragement aux sections territoriales de l'Action française qui élargissent leur visibilité dans le champ du combat quotidien, et un salut fraternel au Groupe d'action royaliste de Paris qui, se départant de la doxa figée de la vieille maison, consolide un audit du mouvement monarchiste en France et promeut depuis dix ans un militantisme trans-partisan dans le champ social.
Comme l'an dernier, Royal-Artillerie souhaite tous ses vœux de succès aux unités françaises déployées à l'étranger sur nos zones d'intérêt, qui nous protègent des représailles déclenchées par le reflux général de l'Occident. Et puisque sur le tard nous en fûmes, Vive la Coloniale en souvenir de l'Union française qui ne fut pas un crime, n'en déplaise aux jeunes culs serrés de la nomenklatura algorithmique en faveur au Château.


(Quand Jésus-Christ créa la Coloniale)

Quand Jésus-Christ créa la Coloniale
Il décréta qu’fallait des hommes costauds,
N’ayant pas peur du feu, de la mitraille
Et sachant boire le vin et le Pernod.

Lin-thaï, môut, haï, baï !
Con-ghaï annamite lin-thaï
Lin-thaï, môut, haï, baï !
Con---ghaï annamite lin-thaï
Derrière la cagna bambou
Haï haï, môut, haï, baï !
Derrière la cagna bambou
Casser caï-dit, payer nuom-su.

O chu-duot-hoï, mon Capitaine
L'a tout cassé, n’a pas payé.

A Sahigon la ville principale
Où les Marsouins tenaient leur garnison,
Les officiers en pousse-pousse se baladent
S’faisant traîner com'de vulgaires cochons.

Lin-thaï, môut, haï, baï !
Con-ghaï annamite lin-thaï
Lin-thaï, môut, haï, baï !
Con---ghaï annamite lin-thaï
Derrière la cagna bambou
Haï haï, môut, haï, baï !
Derrière la cagna bambou
Casser caï-dit, payer nuom-su.

O chu-duot-hoï, mon Capitaine
L'a tout cassé, n’a pas payé.

Les officiers se payent les Japonaises
Tandis que nous, pauvres Marsouins fauchés
Nous nous payons c’qu’on appelle la terre glaise
Spécialité de nos girons niakoués.

Lin-thaï, môut, haï, baï !
Con-ghaï annamite lin-thaï
Lin-thaï, môut, haï, baï !
Con---ghaï annamite lin-thaï
Derrière la cagna bambou
Haï haï, môut, haï, baï !
Derrière la cagna bambou
Casser caï-dit, payer nuom-su.

dimanche 11 novembre 2018

Centenaire de l'Armistice

C'est aujourd'hui à 11h. L'Europe commémore la fin de la guerre civile de 14-18 appelée autrement guerre européenne de suprématie. Il y en avait eues d'autres sous les rois, sous l'Empire mais aucune encore n'avait été gagnée acier contre acier. C'est l'occasion pour tous de réfléchir aux causes de l'affrontement franco-allemand qui dura trois quarts de siècle (1870-1945): le militarisme prussien repoussant les frontières de son "espace vital" trouva suffisamment d'écho dans les certitudes de l'état-major français, qu'il devenait plus qu'urgent de vérifier sur le terrain qui des deux avait trouvé la formule gagnante, et chez nous, la revanche sur l'humiliation de 1870. De grands penseurs sur l'art et la manière de s'entretuer convainquirent les politiques que des nuées de paysans formés hâtivement à l'ordre serré écraseraient les Huns avec une consommation raisonnable des effectifs. La théorie s'appelait l'offensive à outrance, elle fut développée et appliquée par le général Robert Nivelle et les généraux anglais qu'il avait séduits, avec les résultats que l'on sait : la guerre se fit toute entière chez nous et les consommations furent décuplées. C'est à la fin l'acier français et la qualité de l'ingénierie française dont les usines étaient protégées par une armée de terre franco-anglaise pétrie de courage et bien commandée, qui vainquirent, on ne le dira jamais assez. La levée en masse ne vint à bout de l'invasion qu'à la fin d'une guerre mécanique terrible.

La presse bruisse d'une commémoration low cost décidée par le Château où seront glorifiés les soldats de première ligne quel que soit leur camp. Les généraux et maréchaux seront cités incidemment mais sans appuyer car il faudrait sinon "revaloriser" les casques à pointe de la Prusse vaincue où naquit Angela Merkel. Quant aux soldats, ils auraient été victimes des contraintes et menaces afin de se maintenir dans les tranchées sous l'orage. A ces explicateurs "petite bite" on devrait poser la question simple : « Pourquoi lorsque un chef d'unité demandait des volontaires vers l'avant, il y avait la plupart du temps malgré le péril plus de doigts levés que de postes à pourvoir ?» Ayant eu le privilège de parler à de véritables poilus et pas à des chercheurs de l'université, j'en ai retiré une histoire de peur et de gloire, de pleurs et de rires, de morts et de crasse, de gueules cassées et surtout de ce courage mâtiné de bonne humeur qui faisait accepter l'impossible, l'indicible. On insulterait leur mémoire à les considérer comme des veaux partant à l'abattoir. On ne peut pas les rapetisser à la toise qui les ferait ressembler à ce que nous sommes devenus, nous : des moutons !

Ceci étant dit, nous commencerons cet ultime billet du Centenaire par un hommage aux cadres des unités de combat, sergents, adjudants et officiers qui commandaient à la voix des gens qu'ils connaissaient par leur nom. La guerre en consomma beaucoup et on ne parle que rarement des postes très difficiles qu'ils ont occupés. Garder la tête froide, l'autorité, la capacité d'analyse sous la mitraille, dans le vacarme des bombes et les gaz, entre les geysers de cailloux et de boue jusqu'à l'élan d'un assaut libérateur. Tous les jours ! Ils assumaient deux responsabilités, celle de leurs hommes qu'il fallait "gérer" au quotidien et soutenir moralement, celle de la mission dans une bataille de mêlée où tout fléchissement pouvait être fatal à la ligne de front. Sans eux, les unités élémentaires se transformeraient en troupeau de chats, la combativité disparaitrait avec le relâchement de la discipline, la défaite serait sûre. Les cadres étaient le principe catalyseur d'une section, d'une compagnie qu'ils transformaient en unité combattante. Rien sans eux n'aurait été possible. Parmi eux figurent des célébrités. Si chacun connaît les écrivains et les artistes morts pour la France, moins nombreux sont ceux qui savent que des députés (assez peu finalement) ont combattu. Parmi eux nous choisirons un royaliste (normal!) : le duc de Rohan.

Né le 4 avril 1879 à Paris, Josselin de Rohan-Chabot, douzième duc de Rohan (en photo), embrasse la carrière militaire dès ses dix-huit ans et part en 1900 combattre en Chine les Boxers avec le 6è Dragons. Conservateur, catholique et anti-maçons, il succède naturellement à son père comme député du Morbihan en 1914. Mobilisé dès la déclaration de guerre comme lieutenant de réserve, cet officier de cavalerie est versé au 27è Dragons puis après la Marne, il est promu capitaine au 15è Dragons en 1915. Le régiment devant tirer à la courte-paille un officier qui rejoindra l'infanterie pour y commander une compagnie de combat, le capitaine de Rohan refuse de faire tirer au sort ses lieutenants, estimant qu’à lui seul revenait cet honneur périlleux. Il rejoindra le 4è Bataillon de Chasseurs à pied, jusqu'à Verdun. Blessé à deux reprises, il rejoint chaque fois le front. Dans la nuit du 13 au 14 juillet 1916, le capitaine de Rohan part avec son ordonnance en reconnaissance sur le terrain de chasse de son château de Manancourt dans la Somme, vers le calvaire d'Hardecourt-aux-Bois où une semaine auparavant le capitaine Augustin Cochin du 146e RI a été tué devant sa compagnie alors qu'il contre-attaquait. Son ouïe affaiblie par une blessure aux tympans du mois de mars, il tombe, à deux heures du matin, sous les balles d'une mitrailleuse du 182/16.Royal-Saxon qui ne dormait pas. Il est enterré le 15 juillet dans le cimetière militaire de Cerisy-Gailly. Il avait 37 ans.






Les émissions commémoratives du centenaire vous en apprendront bien plus sur la "fin de l'histoire" qu'un modeste blogue comme celui-ci. Pour vous offrir un épisode inédit comme ce blogue aime le faire, nous allons parler aujourd'hui des renforts océaniens au sein de l'Empire français, et particulièrement de ceux levés en Nouvelle Calédonie, territoire d'outremer qui a renouvelé ses vœux français dimanche dernier. Précisons que dans les territoires du Pacifique seuls les citoyens français étaient mobilisables dans les mêmes classes d'âge que les métropolitains. Les sujets sous statut de l'indigénat n'étaient pas incorporables. Mais la consommation de troupes sur le front de l'Est obligea le gouverneur Jules Repiquet (1874-1960) à contourner la règle en proposant le volontariat. Ces recrues passeront par la même filière que les Français, conseil de révision, vaccinations, instruction militaire, aguerrissement, versement en division combattante mais sans dispersion. A l'époque, toute la guerre était conduite par divisions: pour le Bataillon mixte du Pacifique ce fut la 72è du général Ferrandini.


La grande majorité du contingent océanien sera incorporé au BMP formé à Nouméa puis basé à Marseille sous l'autorité du capitaine Montagne pour incorporer les autres recrues d'Océanie comme les Tahitiens. Il fit une belle guerre, d'abord sous les ordres du chef de bataillon Trouilh en Champagne, puis fut remonté au front sous les ordres du chef de bataillon Gondy, et toujours au contact dans les pires moments ; ce n'était pas une unité supplétive ou de coolies charriant du ballast même s'ils participèrent comme tout le monde à l'entretien des ouvrages militaires, mais des soldats dans la bonne moyenne à l'issue de leur formation. Ces troupes qui passèrent au Chemin des Dames, terminèrent la guerre dans l'honneur et le bataillon fut cité à l'ordre de la Xème Armée le 10 décembre 1918 (voir l'historique du BMP en cliquant ici ou bien en original sur le document de Vincennes, en cliquant là). Les pertes furent d'un cinquième des effectifs français (et créoles) et un tiers des effectifs canaques. Eh quand même !

La motivation des Canaques qui s'enrôlèrent reste en débat d'autant qu'une révolte éclata en 1917 sur la grande île. Si on comprend que la pression des autorités indigènes et des missions ait pu pousser le jeune Canaque à signer, on sait par des témoignages que la double curiosité de découvrir et la France et la guerre moderne en décida beaucoup. Il n'est pas correct de dire que la vie tribale pouvait être chiante à mourir pour certains esprits aventureux, mais on peut le penser très fort. Quoiqu'il en soit, la bonne tenue au feu de ces troupes coloniales primitives créa pour la première fois chez les autochtones une véritable identité dépassant le maillage tribal par le sentiment d'une fierté acquise chèrement sur le territoire même du colonisateur. Cette conscience collective valut aux indigènes une nouvelle politique d'assimilation mise en œuvre par le gouverneur Guyon dès 1925. Elle n'aboutira quand même pas à faire du Canaque un citoyen français. Dommage ! Mais les anciens tirailleurs à qui fut proposé la citoyenneté en 1925, la refusèrent majoritairement, ce qui signalait la solidité de leur attachement à leur terre ancestrale.


Pour mémoire, les possessions océaniennes engagées furent, outre la Nouvelle Calédonie et les Nouvelles Hébrides sous condominium franco-anglais, les archipels polynésiens (Société surtout, les quatre autres étant vides) et les protectorats de Wallis et Futuna. Les indigènes de ces territoires étaient considérés avant-guerre comme peu employables dans les affaires militaires voire inaptes à l'instruction nécessaire à la formation d'un soldat. Les pertes au front firent reconsidérer les talents sans doute cachés de cette ressource dès 1915. Pour bien cadrer l'histoire, au plus fort de son engagement, le BMP comptait 1222 rationnaires, 91 chevaux et 44 voitures répartis en un état-major de bataillon, une section hors-rang, quatre compagnies de combat et une compagnie de mitrailleuses. D'autres Océaniens français s'engagèrent dans les troupes impériales de l'ANZAC (Australian and New Zealand Army Corps).






Terminons ce centenaire en saluant la dernière composante de l'histoire de 14-18 : l'arrière qui a "tenu", comme on disait alors ; nos usines ont tourné à fond tout au long de la guerre grâce aux femmes. Les femmes de France furent admirables dans les hôpitaux, les fermes, les ateliers. L'économie de guerre leur doit beaucoup.
Tant les combats dantesques que l'ampleur des dévastations constatées partout ont fait crier « Plus jamais ça !» aux survivants de l'apocalypse. Hélas, la dureté des circonstances avait pour le moins affaibli leur perception de l'avenir même si leur connaissance de l'espèce humaine avait terriblement progressé. Le pire nous était promis, il l'est encore ! Après plusieurs ouvrages relatant ses campagnes, l'ancien chef d'état-major général allemand, Erich Ludendorff, publiera en 1935 Der totale Krieg, une doctrine mobilisant toutes les forces matérielles et morales de l'empire disparu pour l'éradication de l'ennemi, doctrine qui annonçait une guerre plus effroyable encore !


Voilà ! C'est terminé. La Grande Guerre, en ressortant des commémorations de son centenaire, entre dans la nuit de l'histoire. Royal-Artillerie pourrait s'arrêter maintenant, nous en avons beaucoup fait. Ce billet est le quinzième de la série "14-18". Merci aux lecteurs fidèles. A plus !



Postscriptum :
Outre les études de Jacques Frémeaux sur l'empire colonial, nous signalons qu'une étude sur la Nouvelle Calédonie en guerre a été publiée en ligne par Mme Boubin-Boyer, dont on peut lire le travail en cliquant ici.



Tous les billets Royal-Artillerie du Onze-Novembre sont libellés "1111"






Buona notte amore
Ti vedro nei miei sogni
Buona notte a te che sei lontano




Postscriptum du 12
RFi, Radio-France internationale, a monté un gros dossier sur la Guerre de 14 en Afrique. On peut y accéder en cliquant ici.

dimanche 7 octobre 2018

Lépante 447ème !

La bataille navale de Lépante devait décider du sort de la guerre ottomane en Méditerranée centrale et orientale au XVIè siècle. Les Turcs ayant conquis sur les Vénitiens l'île de Chypre et la forteresse de Famagouste dont le gouverneur sera pelé vif à l'été de 1571, le pape Pie V appelle à la croisade pour stopper l'énième poussée des "Barbares".

La rencontre des armées navales a lieu le 7 octobre 1571 au débouché du golfe de Patras sur la mer Ionienne, à proximité du site de la bataille d’Actium qui opposa la flotte de Marc Antoine à celle d’Octave en 31 avant JC. La Sainte Ligue écrase les Turcs, les livres d'histoire regorgent de récits, d'anecdotes et analyses ; nous n'avons pas la prétention de "refaire" l'histoire, mais relèverons deux points pour marquer cette commémoration : les forces engagées et l'issue de la guerre en Méditerranée. En attendant voici la célèbre fresque que Vasari posa au mur de la Sala Regia du Vatican en 1573 pour Grégoire XIII.



A.- Contributeurs à l'escadre de la Sainte Ligue sous le commandement de Don Juan d'Autriche (1545-1578), frère de Philippe II d'Espagne, et manœuvrée par des amiraux de talents tels que Marc-Antoine Colonna pour le Saint-Siège, le doge Sebastiano Veniero, Andrea Doria pour Gênes ou Andrea Provana di Leyni pour la Savoie à Nice :

202 galères et 6 galéasses vénitiennes armées de canons provenant des pays suivants :

- Royaume d'Espagne
- République de Venise
- République de Gênes
- Royaume de Sicile
- Royaume de Naples
- Saint-Siège
- Ordre de Saint-Jean de Jérusalem (à partir de Malte)
- Duché de Savoie

La flotte de la Ligue perdra 12 galères seulement, mais 7000 hommes dans les assauts plus de nombreux blessés.

B.- Composition de l'escadre ottomane de Selim II sous le commandement d'Ali Bâcha, assisté de l'amiral Mehmed Siroco, gouverneur du Sandjak d’Alexandrie, du capitaine calabrais Ali Kilidj et du dey corsaire algérois Euldj Ali (qui capturera plus tard Miguel de Cervantès devant Barcelone):

210 galères plus 63 fustes et galiotes

Les Turcs abandonneront 117 galères à la Ligue et en laisseront 63 au fond, outre la chiourme en majorité chrétienne libérée par les captures. On parle au moins de 20000 morts au combat.




L'issue de la guerre vénéto-turque sera celle de la coalition qui se désagrègera par la détente. Les intérêts immédiats de chacun divergeaient. Les Vénitiens au contact du problème devront composer, dès lors que l'Empire ottoman avait reconstruit sa flotte et récupéré la suprématie navale en Méditerranée. Finalement Selim II conservera Chypre et l'année suivante le doge paiera tribut pour continuer à faire du commerce avec les Echelles du Levant et le bassin oriental.

La France de Charles IX et de Catherine de Médicis, embourbée dans les guerres de religion sur son propre territoire, aura d'autres priorités que de combattre le Grand Turc, avec lequel d'ailleurs François Ier avait scellé une alliance de revers contre Charles-Quint en 1536, alliance qualifiée d'impie mais qui aura l'avantage de nous ouvrir les routes commerciales de l'Orient et compliquera terriblement l'obsession française des Habsbourg. Les capitulations obtenues de la Sublime Porte (accords commerciaux) feront des jaloux chez les nations commerçantes comme les Pays-Bas ou ceux de la Hanse, mais la France moins mercantile n'en tirera pas tous les profits possibles (confer la Wikipedia).

Comme toutes les grandes pages d'histoire, Lépante est devenue une légende en Occident, de l'importance de Poitiers (732) pour la France, même si un succès militaire si éclatant ne put renverser l'équation géostratégique. Il faudra attendre que l'Empire ottoman pourrisse sur pied au XIXè siècle pour s'occuper à le détruire. Le résultat d'aujourd'hui sur ce qui fut et redevient sa zone d'intérêts n'est pas probant, les lambeaux du dépeçage Sykes-Picot peinent encore à se recoudre, et pour faire court, son aire de colonisation est à feu et à sang.

Il reste de tout ça que l'union est nécessaire parfois, et que la convergence d'intérêts européens peut les précipiter dans une force redoutable si nous voulons nous en donner les moyens, en mettant un bémol sur notre sacrosaint confort. A nous de nous en souvenir au moment où montent les périls. Les cadeaux diplomatiques n'existent pas sauf en présents de courtoisie. Nous risquons de danser sans choisir la musique si nous ne montrons pas les dents !




PS : Qui commémore Lépante avec nous ?

- La Société d'art et d'histoire du Mentonnais (ils y étaient)
- L'Agência Boa Impresa de Sao Paulo
- Le site Vivicentro de Naples avec une très belle vue de la bataille à vol d'oiseau
- Tempostretto de Messine
- Enna Press (Sicile)
- Il Cattolico


lundi 21 septembre 2015

La Pax europaea en question


Europe attend le toro
Soixante-dix ans de paix ont si bien ramolli les nerfs des Européens, surtout les occidentaux, que la prophétie raspalienne du Camp des saints commence à se réaliser sous nos yeux. Dans ma jeunesse, quand on parlait de désarmement général, de mauvais coucheurs prédisaient qu'alors les Chinois viendraient nous mater à coups de bâton ! A quoi les experts du Harrys'Bar répondaient qu'ils les avaient trop petites pour se reproduire beaucoup chez nous. On importe aujourd'hui des bâtons plus gros, c'est plus sûr... et loin de moi de penser qu'il y aurait un échauffement énamouré chez les hétaïres politiques de ce beau pays qui s'ennuie, bien que les déclarations d'accueil de certaines gourdes s'approchent beaucoup de la dinde qui glougloute ! Finalement ce sont aussi des wagons de braquemards reconnaissants qui montent vers le Nord.

Ce ramollissement des peuples excite les provocations de tous ordres et d'aucuns voient dans la paix continentale les ferments de l'agressivité des envieux tout autour, lui opposant la guerre froide, la guerre technique sans haine, la guerre et ses histoires chevaleresques et sa magnanimité. On ne tranchera pas ici mais croyons bien que le Tiers-Monde nous imagine et nous découvre ensuite comme une "société de consommation", gavée, égoïste, cholestérolisée, en attente de pontages coronariens ! Une proie à sa merci ! Et nous les payons de honte pour nous repentir de l'écart obtenu sur tous ses rivaux par le génie universel de l'Occident d'autrefois. Nous provoquons et, désarmés par un tas de raisons généreuses, laissons venir la guerre que nous demanderons à d'autres de faire pour nous, comme la dernière fois. C'est ballot.

Une réponse pour muscler l'Europe nouvelle aurait pu être de revenir à l'empire, quelque sorte d'Étazuni d'Europe occidentale assénant sa stratégie au monde et déployant sa diplomatie et ses armées sur ses marches et ses mers. Il faut dire que le Saint Empire revenu avec Otto de Habsbourg à sa tête aurait eu plus de gueule à l'Assemblée générale des Nations unies que tout ce que nous avons vu défiler jusqu'ici, y compris même le "setter fou" de Chirac. Mais on ne peut abrutir un peuple à l'assistance publique et au principe de précaution pendant un demi-siècle sans qu'il soit modifié profondément dans ses gènes. Le mental des Européens s'est effondré ! A l'exception de quelques résistants, le plus souvent à l'Est, nul ne veut plus se battre ici. Le risque n'est pas même imaginable. L'apathie des témoins de violences dans l'espace public en dit long sur la castration de l'espèce. Il nous reste parfois des anglo-saxons dans les trains pour agir en hommes. L'Union actuelle coagule cette couardise européenne, on sent bien qu'elle va plier, qu'elle va se coucher après les incantations d'usage. Quel soulagement avant les vacances au ski !

Europe de Fernando Botero
Les consensus les plus adroitement recherchés à Bruxelles n'ont abouti qu'à l'émergence d'une Europe pour de rire que l'on nomme "Soft Power". C'est une moquerie, il n'existe nulle part ailleurs de "soft power". Ses représentants furent lamentablement ridicules dans le concert des nations, que l'on pense à Jacques Santer, Manuel Marin, Jose Manuel Barroso, Catherine Ashton et Herman Van Rompuy... mais on ne va pas loin non plus en continuant avec Jean-Claude Juncker, Federica Mogherini, ni même avec Donald Tusk qui reste propre sur lui et ne commande à rien !

Devant cette politique européenne de l'édredon, certains pays s'estimant capables de contrer la subversion mondialiste, imaginent pouvoir extraire leur laine de l'écheveau. C'est un leurre. L'imbrication des économies est achevée, et bien au-delà de l'espace européen. Les secousses se répercutent immédiatement dans toute la zone, que l'on soit partie prenante ou partie sortante. La chimie de l'amalgame a saisi toutes les économies ouvertes. On le voit dans le contrechoc de crises exotiques comme l'explosion de la bulle boursière chinoise ou l'effondrement relatif des émergents de deuxième division comme le Brésil ou la RSA. Le souverainisme est un loisir d'ancien combattant, une occupation sans risque, les interdépendances sont inextricables. Que le Brexit nous fasse mentir, on ne souhaite que ça !

L'Edit de Caracalla de Régis Debray anticipait la crise de l'Occident et la parait par la yankisation des citoyens du monde libre¹. C'est un roman à relire. Quelques années plus tard sortait le Choc des civilisations de Samuel Huntington dont le titre dit tout². Nous avons été prévenus. Il m'apparaît infaisable que des pays moyens comme les pays européens même dits-grands s'en sortent seuls en organisant des compromis successifs entre eux pour agir. La férule bruxelloise est une baguette de tambour qui n'a pas de force. Le président de la Commission n'est que l'adjudant-major du régiment, quelque sorte de secrétaire général ne gouvernant que la production de dossiers que vomissent en continu ses bureaux. La survie de l'Occident, si tant est qu'elle soit vraiment recherchée par nos élites, passe par le défi polémologique qui dissuadera les nations hégémoniques autour de lui, ou matera simplement les nations agressives. Réarmer et taper fort ! Qui y croit ? L'Europe est devenue une immense Gaule du chacun pour soi. Et chacun est dramatiquement petit.


A défaut, les Etats-Unis d'Amérique ont la capacité d'imposer ce défi quand ils le lancent et de le relever quand ils le reçoivent. Il ne s'agirait dès lors que de leur faire accepter la pertinence des analyses géostratégiques de la vieille Europe qui accumule beaucoup plus d'expérience qu'ils n'en auront jamais en ce domaine et qui éviterait bien des contre-performances³. A cette condition - c'est important - l'Alliance atlantique pourrait être renforcée et former le Sénat d'Occident investi des pouvoirs nécessaires à imposer nos intérêts contre ceux de nos contempteurs. Nous aurions et le mental et le marteau ! Le reste est dérisoire. L'UE est dérisoire. L'Eurocorps est dérisoire. M. Hollande est dérisoire.




Epilogue

Et le roi dans tout ça ? Ah oui, le roi ! Mais c'est bien sûr. Ben...... c'est son problème de roi ! Carolingiens et Capétiens n'ont pas attendu l'acclamation, ils la provoquèrent et pour la conserver se montrèrent adaptables aux circonstances du temps ; sauf le dernier peut-être qui n'avait rien compris au film ! Quoique ! Il avait parfaitement intellectualisé l'évolution des mœurs et lu l'Encyclopédie, mais n'avait pas le caractère révolutionnaire qui l'aurait poussé à tirer lui-même le char du changement. Rayé des cadres ! On ne peut se mettre impunément perpendiculaire au sens d'évolution des peuples. Un roi marche devant, c'est lui qui donne le "sens". Qu'en pensent les princes vautrés dans le chariot royal tiré par des bœufs ?




(1) Critique de Bernard Cassen [extrait] dans le Monde diplomatique (source):
Dans sa postface, dans laquelle il retrace la carrière hors normes de Xavier de C***, Régis Debray affirme qu’il « pose avec de longues mesures d’avance la question-clé du siècle à venir, une fois dissipées les euphories du “leurre” européen ». On pardonnera volontiers à l’auteur cette autocongratulation, véritable défi lancé à une Europe qui doit encore prouver qu’elle entend être européenne...

(2) Critique de Mehdi lazar [extrait] pour La Revue Géopolitique (source) :
Selon Samuel Huntington, les civilisations auraient vocation à s’affronter car : (i) elles sont différentes, (ii) le monde devient plus petit, (iii) les changements économiques et sociaux recomposent les identités qui sont de moins en moins locales, (iv) la prises de conscience du rôle des civilisations est mis en exergue par le rôle de «l’Ouest», (v) les caractéristiques culturelles changent moins facilement que celles économiques et politiques.

(3) Les contre-performances des Etats-Unis, soutenus par leurs plus proches alliés du Commonwealth blanc, commencent à la guerre du Vietnam puis resurgissent dans la seconde guerre d'Irak qui laissa le pays sans Etat, véritable trou noir du terrorisme. On ne peut pas leur reprocher les opérations d'Afghanistan où ils appliquèrent à la lettre les trois buts énoncés par Joe Biden : tuer Ben Laden, sécuriser les bombes atomiques pakistanaises, casser du taliban partout ; ni leur réserve dans l'affaire syrienne bien trop compliquée pour le Département d'Etat.

mercredi 9 avril 2014

L'Esprit de l'horizon

Demain matin au Shangri-La Hotel de Paris se tiendra un symposium international sur l'Accord de partenariat transatlantique. Il est précédé ce soir d'un grand raout au Cercle interallié où les protagonistes viendront parler de leurs vacances de ski. L'événement a été annoncé sur LaFauteàRousseau dans la rubrique "La Patte à Catoneo" le 25 février. Il entre en archives Royal-Artillerie.

[crédit Fine Art America]

Qui se souviendrait de Hendrick van der Burch sans son tableau Les Joueurs de cartes qui récite déjà la mondialisation¹. On est en 1660. Le chapeau est en castor du Canada, le motif des carreaux de sol est chinois, le pichet en faïence de Delft imite la porcelaine de Canton, le tapis est turc, la carte marine invite à rêver, le jeune serviteur d'importation aux boucles dorées en livrée chamarrée regarde le jeu, surpris. La fillette repose son chien sur un coussin en brocart de soie italienne à l'insu de sa mère qui bluffe. Les fenêtres nous séparent de l'ailleurs qui est partout présent dans la pièce. L'officier regarde cet ailleurs d'où provient la lumière blanche de Hollande, au ras de la mer.
Nous sommes au faîte de la puissance de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Les Provinces-Unies débarrassées de la tutelle espagnole repoussent leur horizon. C'est leur Siècle d'or. Les Hollandais écriront après les Portugais une des plus belles pages d'histoire du commerce international. Les comptoirs ont disparu, l'esprit demeure.

L'horizon de l'ermite est un trait

Pour tous les autres, il bouge. Sauf à croître et embellir sur place dans un immense empire borné de montagnes et de mers comme le fit le Cathay, les nations dominantes bougent l'horizon. Irrépressible syndrome du découvreur, faim des espaces cachés, fantasmes d'immensité, richesses, épices, femmes adorables inconnues, eldorado, c'est la mondialisation annoncée. L'affaire est vieille comme la race humaine. L'homme marche, que voulez-vous.

Nos lecteurs les plus vieux se souviennent de la conquête chinoise franco-anglaise dans leurs livres d'histoire, les autres achèteront des ouvrages sur liseuse pour apprendre ce que fut la mise au joug de l'empire décadent des Grands Tsings par les barbares mécanisés que nous fûmes avant eux. On les battit au canon ; puis nous fîmes ouvrir de force leurs ports au commerce impérial jusqu'à pourrir sciemment leurs moeurs par la commercialisation de l'opium. La ratification d'accords sous la menace fut réunie sous le terme de "traités inégaux" ; et ça continue mais ici : à notre tour, nous sommes un peu les Grands Tsings du jour.

L'Europe proie

Nos empires jadis privaient de lit le soleil, l'Europe a fini de "bouger l'horizon". Elle sédimente sur place, elle vieillit et se dégrade lentement vers ce qui restera à la fin, un grand marché ouvert aux quatre vents. Sera-ce le terrain vague à tout le monde comme on le dit des filles publiques ? Non !

La fille aînée de l'Europe entend capter l'héritage décadent dès à présent pour se nourrir des derniers sucs du pré-cadavre de sa mère et ne rien laisser à ses contempteurs aussi affamés qu'elle. Elle nous force à un traité inégal, mais librement consenti par ceux qui en espèrent des avantages personnels pour eux et leurs familles. On l'appelle Accord de libre-échange transatlantique, ou Transatlantic Trade and Investment Partnership² (TTIP). Des hallucinés chantaient l'Europe de l'Atlantique à l'Oural, les Américains vont réussir l'Atlantique de Hawaï à Brest(-Litovsk) ! Même pas peur !

On parle aussitôt chez nous de boeuf aux hormones, de maïs transgénique, d'obésité et d'abêtissement culturel. A cet égard, on fait mine d'oublier certains combats réactionnaires nés aux Etats-Unis qui foisonnent maintenant sur le vieux continent pour freiner la gangrène gazeuse de nos lois. Bref, les paramètres en analyse sont nombreux. Au-delà des tracts de promotion édités par les services gouvernementaux, il serait utile, avant de continuer à brailler, de toucher du doigt ces réalités promises. Justement ça tombe bien ! On passe maintenant en mode OACI :

The Future of Transatlantic Trade sous-titré (Building an integrated transatlantic marketplace: TTIP and Beyond) est un symposium³ qui se tiendra au Shangri-La Hotel de Paris le 10 avril 2014.
Je traduis la bande-annonce :
"Tandis que la croissance des marchés économiques émergents est en train de ralentir, l'Ouest recherche des accords commerciaux régionaux tels que le TTIP entre l'UE et les Etats-Unis pour stimuler la croissance économique globale. Ce partenariat, s'il est conclu, devrait accroître le PIB global et créer des opportunités pour de nouveaux emplois. Selon le Centre de Recherche en économie politique, un accord transatlantique d'ensemble devrait accroître le PIB de l'Europe de 70 à 120 milliards d'euros et celui des Etats-Unis de 50 à 95 milliards."

Suit la liste des intervenants : Speakers
Puis l'inscription à 1290€ + TVA récupérable, si vous réglez avant le 14 mars, et 1490€ après cette date (les abonnés au Washington Post ont 30% de remise).
Coordonnées :
Dii agency - European Voice - 164 boulevard Haussmann 75008 Paris
Tel : +33 1 43 12 85 55 - Fax : +33 1 40 06 95 26
adresse email : register@europeanvoice.com

D'après les organisateurs, les questions primordiales sont au nombre de quatre :
- Quel impact attendre des élections européennes et américaines de 2014 sur les négociations transatlantiques ?
- Quels sont les obstacles possibles à cet accord ?
- Comment le TTIP affectera-t-il les émergents et le commerce mondial ?
- Quel futur pour le commerce transatlantique si l’accord n’aboutit pas ?

Il ne s'agit rien moins que d'un marché commun intégral

Cette affaire est plus importante que toutes les dérives sociétales (réversibles) et tous les reniements doctrinaux du pouvoir parisien (révocable), sans parler des élections pour de rire dont beaucoup attendent tant et qui ne changeront rien car le Système est construit contre elles.

L'accès aux salles de la négociation officielle du TTIP nous étant toujours barré, à nous et à tous autres, je suis tenté de recommander aux responsables de tout mouvement souverainiste d'envoyer son "reporter" au symposium du Shangri-La pour connaître la vérité au coeur des attentes d'acteurs économiques globaux ; cent cinquante décideurs-clés sont annoncés. Car ce ne sont pas les textes qui priment, même en droit écrit, mais la lecture qu'en font ceux qui les appliqueront. Ne pas se contenter donc du truchement de MM. Chevènement, Védrine, Quatrepoint ou Philippot ; analyser par soi-même et commenter à la source.

On peut aussi assister au pré-programme de la veille 9 avril qui réunira les principaux protagonistes du symposium au Cercle de l'Union interalliée à Paris de 17h30 à 19h00 pour 250€ seulement, sur le thème "What’s going on in Washington ?" ; pour se faire des potes.
Repousser l'horizon ? Appel aux dons.


Notes :
(1) Dix ans plus tard, Pieter De Hooch qui fut son maître et dont la cote est bien supérieure, recomposera toute la scène mais sans la 'mondialisation' dans son Couple jouant aux cartes avec une servante (clic). Pour la petite histoire, le tableau de Van der Burch était au musée de Detroit, ville ayant déclaré sa banqueroute ; il n'y est plus.
(2) Le projet de TTIP de la Commission européenne tel qu'à l'origine est ici (v.2/07/2013).
(3) Le site de l'événement au Shangri-La : Transatlantic Trade.

PS : certains sont très contre. Ils s'appellent Les moutons enragés (clic).

PPS : une réaction d'ATTAC en voirie devant le Shangri-La :




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