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vendredi 11 novembre 2016

Témoin de l'enfer

Chaque année, au mois de novembre, le Piéton du roi lit ou relit un ouvrage sur la Grande Guerre en souvenir de ses grand-pères qui la firent et en revinrent, l'un comme infirmier, l'autre comme chasseur alpin (au 7). J'ai connu d'autres anciens combattants de 14-18 dans la famille et j'ai retenu des récits qu'il fallait leur arracher, l'étroitesse de la vision qu'ils en avaient rapportée. La guerre les dépassait et continuait à les dépasser après qu'ils en eurent franchi le terme par un hasard extraordinaire, seuls restaient les souvenirs de l'effroi, l'horreur et la camaraderie, le séisme des pilonnages, l'extermination de compagnies entières en une ou deux nuits, les salles immenses de blessés et mourants, le concert ininterrompu des gémissements de douleurs. On n'imagine pas ! Cette année, j'ai lu les mémoires d'un simple soldat des transmissions au 162è RI de Verdun. Il écrit bien. C'est un étudiant en médecine de Bordeaux, mobilisé dans l'infanterie qui manquait de "chair". La guerre est vue de la même façon, comme à travers une meurtrière très fine qui ne permettrait de ne voir qu'un angle étroit de l'espace et ce pour une raison technique assez simple : toute la pose des lignes de communications devait se faire de nuit à peine de déclencher un barrage d'artillerie destiné à les couper. Le jour, l'escouade s'enfouissait en espérant que rien ne tombe pile sur le poste, ce qui arrivait malgré tout. La nuit, on travaillait dans la terreur. Pas le temps de prendre du recul sur la stratégie de la guerre !

Les livres de combattants racontent tous les mêmes scènes de la vie quotidienne : l'alimentation difficile, les marches de nuit, les gaz, la soif, le courrier, les bombardements, les assauts, les cadavres pourris, les blessures, les copains morts, les rats, les ordres pas toujours compréhensibles. Quatre faits font exception à cette routine dans les mémoires du simple soldat¹ :

(i) Le colonel commandant le cent-six-deux, qui tout seul et par deux fois mate la révolte de ses troupes en juin 1917 ;
(ii) La saleté repoussante des abris et tranchées allemandes reprises, et en 1918 l'abandon systématique de matériel et armement par les Boches qui retraitent volontairement, signalant un effondrement moral des armées impériales ;
(iii) Le travail de formation d'unités américaines composées de bleus que les Poilus appelaient "les Sioux", qui suscitaient un immense respect pour avoir traversé l'océan afin de défendre une terre qui n'était pas la leur ;
(iv) Le renfort décisif des tirailleurs sénégalais à la bataille du Matz (29è BTS, Compiègne, juin 1918) qui colmatent la brèche ouverte par les Boches dans les lignes du 162è, du 66è et du 32è RI, donnant l'assaut à la baïonnette sur deux cents mètres et sauvant les meubles.


Nous allons finir sur l'engagement des Sioux entre Meuse et Moselle à Flirey en mai 1918. Le 162 et le 151è RI sont montés de Toul pour relever un régiment de zouaves de la Division marocaine qui a fait un carnage dans les rangs ennemis. Les accompagnent des régiments de la 26è "Yankee" Divison du Massachussets qui ont fini leur instruction et ont été exposés au feu pour une première fois au Bois Brûlé de la forêt d'Apremont et à Seicheprey. Laissons parler Cuvier qui relate ses souvenirs sans pathos commercial (p.158):

Les Boches ont voulu "tâter" les Américains et connaître leur valeur exacte. Une forte attaque par des stosstruppen³ s'est déclanchée de nuit, sur notre gauche, après un fort marmitage. Les heures d'écoute à l'ampli, où parviennent toutes les conversations téléphoniques du secteur, sont très édifiantes. Dès la première alerte, le général américain appelle le colonel Bertrand. Dans son français spécial, il lui tient en substance ce langage : « Nous sommes vos élèves, nous agissons sous votre direction, vous pouvez compter sur nous pour tenir ». En effet, les premières lignes sont emportées, mais les secondes résistent et, en fin de compte l'ennemi est arrêté. Le lendemain notre Bataillon de réserve part à la contre-attaque, reprenant le terrain perdu. Les Boches tentent de « remettre ça », mais la surprise passée, les Sioux se cramponnent, et peu à peu le secteur redevient calme. Des téléphonistes qui travaillèrent dans la zone du combat, ont vu le bled parsemé d'Américains tués, la baïonnette au canon de leur fusil, témoignant de leur résistance et de leur courage.



Le soldat Cuvier termine ses mémoires par une prière de Louis Mercier² avec laquelle nous finirons aussi, avant de nous retirer sur la pointe des pieds ; ils sont tous morts maintenant, ou presque tant que vivront ceux qui les ont connus, puis à notre propre mort, ils entreront dans l'histoire, la grande, celle qui fait les géants !

Seigneur, nous vous prions pour ceux d'entre nos frères
Qui sont vivants ce soir et seront morts demain.
Donnez à leur départ le temps d'une prière
Et prenez doucement leurs âmes dans vos mains.




(1) La Guerre sans galon de Georges Cuvier aux Editions du Combattant, Paris
(2) Prières de la tranchée de Louis Mercier à la Librairie Lardanchet, Lyon 1917 (clic)
(3) Bataillons de choc allemands
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lundi 9 février 2015

L'élixir du service civique


Le grand désordre de notre nation et la sécession d'une partie de la jeunesse résidant dans ce pays ont remis à la mode le service militaire. Ultime remède à l'incohésion, l'embrigadement assorti d'un savonnage des cerveaux semble être le dernier recours de la bourgeoisie régnante pour... sauver les meubles et la virginité capitalistique des héritières. On friserait la caporalisation si tout cela était pris au sérieux. Rassurons-nous, le canada dry du service aux armées est le service civique dans les MJC et autres associations de notre modèle social, utiles du berceau à la tombe. Le service civique fonctionne sur la base du volontariat, ce qui veut dire qu'il ne s'appliquera pas à ceux qui en auraient le plus besoin. Énième coup d'épée dans l'eau pour la "politique de la ville". Il ne pouvait quand même pas être question, comme le demandaient les pizzaïolos de l'UMP, de militariser l'esprit de jeunes gens réputés défavorisés, mais qui - moins empruntés que la moyenne - se prennent en charge en substituant aux tracasseries de Pôle Emploi le commerce d'hyper-proximité en pied d'immeuble.

Il est bien sûr exclu de former des combattants comme on le faisait jadis dans les compagnies de combat d'appelés, compagnies destinées à recevoir le choc des régiments du Pacte de Varsovie déferlant sur l'Europe occidentale. Jean-Dominique Merchet fait un sort au service militaire qu'il n'est pas besoin d'expliquer dès lors que plus de la moitié de la classe d'âge masculine y échappait à la fin par maints subterfuges ; se rendre sur sa page, c'est définitif. On serait très mal barrés à l'époque actuelle du Djihad si on faisait faire un stage commando aux djeunes des cités. Mais laissons cette foutaise de la conscription* aux vibrations des préaux politiques et intéressons-nous aux causes de l'effondrement de la morale sociale sur zone.

Élevons le débat et reprenons ce qu'écrivait André Bridoux (1893-1982) qui était LE prof de philo du Lycée Saint-Louis avant guerre, à propos de l'armature sociale indispensable à la morale :

« Quand les liens sociaux n'existent pas ou sont trop faibles, l'homme reste sans moralité, au niveau du Cyclope d'Homère qui n'a ni le respect, ni même la notion des droits d'autrui. S'il est une idée fausse, c'est celle de Rousseau que l'homme est né bon et que la société l'a perverti. En réalité, pour qu'un homme puisse avoir une conduite morale, surtout constamment morale, il lui faut l'encadrement des institutions et des mœurs, la conscience du contrôle permanent d'autrui, la représentation des sanctions et des organismes judiciaires [ndlr : en résumé... un État], et le secours constant de ce potentiel de civilisation qui est immanent à toute société et qui reste incorporé aux moelles de chacun par l'éducation.
Quand ces points d'appui viennent à manquer ou à fléchir, la vie morale s'altère aussitôt. On le voit bien dans les pays neufs, dans les villes où plusieurs civilisations s'usent les unes contre les autres ; en temps de révolution, de guerre, d'après-guerre ; quand les hommes sont transplantés, en séjour à l'étranger, ou seulement en voyage ».
(Que pourrait-on aujourd'hui retrancher de ce texte publié en 1945 ? Rien !)

Les bataillons de cyclopes à taille humaine qui patrouillent nos banlieues sont les produits de la carence d'État. Ils sont les marqueurs de l'impéritie des pouvoirs qui se sont succédé aux affaires depuis quarante ans, accroissant les privilèges et l'établissement des vainqueurs du jour dans la fenêtre d'opportunité de leur mandat au lieu de gouverner un monde bien trop compliqué pour leurs esprits formatés par "Jean-Jacques" et l'Ecole nationale d'administration. Que croit-on obtenir par le lancement d'un service civique comme une marque de lessive, si ce n'est l'agrandissement des fractures sociales entre ceux dont la fibre civique a besoin de confirmation et tous les autres pour qui le civisme est pure agression de leur bulle personnelle à petit rayon ! Une fois encore, le pouvoir se défausse de ses responsabilités sur un plan de communication et un arrosage budgétaire qui suffiront bien à atteindre les prochaines élections. C'est une honte !

Mais compter, même sans trop y croire, sur pareille classe politique pour réformer et durcir l'État dans son domaine exclusif est une forme de fuite, une lâcheté puisqu'il est maintenant reconnu par la plus grande majorité de ce peuple qu'ils sont en totale incapacité d'agir efficacement. Alors, le peuple qui ne dit mot contre cette absurdité est-il pourri ? Intoxiqué à la défausse ? Bovin ? Il faut le croire et remplacer le coq gaulois de nos emblèmes par la fière autruche républicaine.

Que faut-il faire, me demande-t-on dans l'oreillette. Easy ! Repartir de zéro et recoudre la chaîne (des valeurs civilisationnelles) et la trame (des lois de la république) de l'État régalien sur tout le territoire en supprimant les leurres diversitoïdes qui ne font que distraire de l'essentiel. Appliquer totalement les lois qui gouvernent nos mœurs... comme en Chine et dans cent pays qui n'imaginent même pas qu'on puisse les prendre pour des paillassons. Définir la réforme est simple, il n'y faut qu'une volonté d'application. Faudra-t-il d'autres morts pour y parvenir ? Répondre à cette question met le blogueur en péril. Ceux qui s'en chargeront devront être crédibles, dans le sens où aucun de ceux qui appartiennent aujourd'hui à la classe politique à l'embouche ne pourra être retenu dans cet emploi.

Il est malgré tout possible et certainement utile pour son éducation que la jeunesse donne un peu de son temps aux autres habitants de ce pays avant d'entrer dans sa vie professionnelle, à la manière des Peace Corps américains, mais de là à en faire un outil socio-politique... c'est n'importe quoi, et se moquer de nous surtout.

Même pas peur !


(*) on sait mon aversion de la levée en masse qui n'est qu'un budget de morts accordé au pouvoir.

jeudi 17 juin 2010

Debout les masses !

Cet article, paru sur Alliance Géostratégique le 16 avril 2010, passe en archives du piéton du roi, augmenté d'une entame et d'une conclusion politique. C'est aussi le développement d'un billet précédent centré autour des travaux¹ de Kuehnelt-Leddihn qui pourfendaient la levée en masse révolutionnaire.


fusain Valmy
L'Alliance Géostratégique, association de blogueurs mordus de stratégie, est le seul espace francophone de ce type. On y annonce des travaux de bonne qualité rendus par ses membres. Elle s'est donc penchée au mois d'avril sur la propension des sociétés humaines à fabriquer des soldats-citoyens, même si la période actuelle renoue avec l'ancienne frontière aryenne entre les soldats et les laboureurs, et laisse le plus souvent la guerre aux profits et pertes des armées du métier. Il est de beaux exemples de peuples en armes qui exaltent la totalitarisation de l'individu, matricule à tout faire jusqu'au prix de sa vie, comme celle des Marie-louises de 1813, mais la chose commence vraiment à la Révolution.

Nous avons choisi la veille de l'Appel du 18 Juin pour publier cette contribution.


logo AGS
L'Orgie des levées en masse

Le billet d'ouverture² du thème d'avril de l'Alliance Géostratégique dispose que « Dans les formes néolithiques et antiques de la guerre et jusqu’à aujourd’hui, les armées régulières formées de vrais professionnels ou de mercenaires sont une exception ». Nous laisserons de côté la Préhistoire car nous ne pouvons plus rien y faire, et nous nous permettons de mettre en doute cette assertion au simple motif que nous n'avons pas trouvé d'exemple probant depuis la charnière de notre ère qui voit la soumission des Gaules puis les premières invasions barbares, et jusqu'à la Révolution qui réinventa la levée en masse de l'Antiquité. Ce billet n'est qu'une collection de pitons, autant de questions qui se résument simplement en une seule : « Où a-t-on vu de levée en masse pendant ces seize siècles ? »

Jules fait une guerre classique pas une pacification
Alésia
Les peuples résidant en Gaule celtique qui s'opposeront à l'Empire romain connaissent la profession de soldat. Les milliers d'archers ruthènes (Rodez) de la bataille d'Orange contre Quintus Fabius Maximus ne sont pas des paysans qui ont coupé les frênes du bocage rouergat pour se faire des arcs. L'armée averne de Bituitos est pour sa part une armée presque réglée, incorporant des renforts de spécialistes. Si ces armées gauloises ne sont pas « casernées » comme les légions romaines, elles sont sur rôle de bannières homogènes indissociables. Jules César n'entre pas en Gaules pour faire une guerre coloniale à des sauvages mais une vraie guerre et son récit est palpitant. Il gagnera parce que Rome a théorisé ses tactiques de combat, a inventé le bivouac terrassé, la discipline d'infanterie, la manoeuvre des corps de bataille, la technique du fort mobile, les apparaux de siège, et non parce qu'il affrontait des paysans conscrits malgré eux. D'ailleurs les Gaulois avaient déjà vaincu l'empire une fois (Brennus), plus Gergovie bien sûr.

On ne peut disputer que les hordes barbares étaient d'abord des armées avant d'être des nations en marche. Tout homme libre était de naissance soldat. C'était pour le barbare une affaires de couilles. D'ailleurs on estime que seuls les Huns et les Goths avancèrent en nation derrière leurs bannières permanentes. Les autres, Vandales, Suèves, Alains, maraudaient en bandes de pillards sur de très longues distances, préfigurant les razzia maures. Rien à voir avec des peuples en armes. Quand leurs descendants revinrent en 720 chez nous, ils s'encombrèrent de smalas qui à la fin (Poitiers) les perdirent.

roi AlaricLa loi barbare
Si on observe les barbares (chez nous surtout les Goths et les Francs) dès qu'ils se sédentarisent, on s'aperçoit que les fonctions sociales se spécialisent à mesure de la complexité du gouvernement, et naît alors le régime féodal que l'on connaît dans la totalité de son enchevêtrement, avec son cadastre minutieux copié du ficus romain, ses codes précis foi et hommages, sa fiscalité sophistiquée et ses étages de bans.
(voir la Charpente Féodale sur Royal-Artillerie).

Ce régime féodal qui règle la vie sociale européenne jusqu'à l'époque moderne, différencie et hiérarchise les fonctions de producteurs, soldats et prêtres, et créera très tôt les facilitateurs sociaux improductifs que sont les marchands, les banquiers et les clercs ; et si les trois « ordres » concourent aux bénéfices de la société ou à sa défense, on ne les mélangera jamais, pour la préservation d'un équilibre social toujours difficile à atteindre avec les moeurs de l'époque. Bien sûr, des civils seront ci et là contraints à des tâches ancillaires en soutien des compagnies de combat et finiront par vivre sur les armées comme le gui sur l'arbre, autant d'ailleurs que ces armées en exigent d'eux, mais ils ne monteront pas à l'assaut ! Ils écumeront le champ de bataille en charognards en rémunération de leur concours.
Lire la Vie des Grands Capitaines de Brantôme ou les mémoires de Blaise de Montluc est édifiant. Il n' y a nulle part d'histoires de bidasses, que des troupes de métier et de la bonne humeur dans la tuerie. Essuyez votre lame, messire.

Plus tard, les « milices de Louvois », levées par toutes les municipalités, à raison de quelques hommes équipés pour chacune, n'allèrent jamais plus loin que les « braves territoriaux » du paquet de chicorée de mon enfance. On ne s'en servit pas sur le champ de bataille, mais elles tinrent des places fortes évacuées par les troupes d'assaut appelées ailleurs, et plus généralement faisaient la sentinelle ou "la garde au point d'eau".

Reste un cas douteux de stratégie scabreuse : les Croisades
chevalier croiséLittéralement, c'est une levée en masse. Formidable. Il n'est pas d'exemple dans l'histoire de pareil tourisme armé enrôlant tant de volontaires, hommes de grande foi ou parfois désignés par le goût de l'aventure, leurs moeurs, leur folie ou les rivalités personnelles. Tout le monde y partit, même des enfants, pour le plus grand bénéfice de Rome, et des logisticiens de Gênes et Venise. Néanmoins les engagements décisifs furent à la gloire du métier, les pèlerins ne pesant pas lourd devant le mahométan, même à lances groupées derrière la croix de l'évêque.
La chevalerie franque, chargeant étrier contre étrier sur des monstres caparaçonnés de plus d'une tonne, anticipait les blindés de Gudérian, et surtout effraya l'infanterie seldjoukide. Il en restera une forte empreinte dans l'imaginaire arabe déjà passablement impressionné par le Mur franc de Poitiers (732) que les Maures découvrirent pour s'y écraser. « Les hommes d’Europe formaient une mer immobile. Ils se tenaient l’un près de l’autre, raides comme un mur, tels une masse de glace, solidement attachés les uns aux autres » (Isidore). Les veillées sous la tente sarrasine chuintèrent longtemps d'effroi.

Les auxiliaires pèlerins des croisades firent-ils la guerre ? Du pillage certainement, jusqu'au sac de certains villages chrétiens un peu naïfs, mais pas vraiment en compagnies de combat régulières. Alors que la ressource en Europe était inépuisable – la foi chrétienne allait y ériger les plus belles cathédrales du monde - , le Royaume de Jérusalem pâtit du moindre intérêt manifesté à son endroit par les grandes maisons ducales ou comtales d'Occident et donc de la raréfaction de troupes fraîches non perverties par l'Orient enjôleur, jusqu'à étrécir comme peau de chagrin. Les bénéfices considérables retirés de la mise en coupe réglée du Proche-Orient ne suffirent pas non plus à régler les troupes mercenaires de substitution, l'écran de veille restant quand même mystique et chevaleresque.

Les mercenaires
le lansquenet
Un dernier élément tendant à prouver le peu d'intérêt de la conscription au long de cette période de seize siècles (avant Valmy) est justement la prolifération des compagnies mercenaires. Si l'Italie et le Saint-Empire donnèrent l'exemple parce que leurs villes rechignaient à distraire leurs citoyens de leurs fructueuses occupations, la France s'y mit aussi. Des miquelets espagnols cantonnaient dans les Cévennes, l'armée royale avait plusieurs régiments étrangers dont les plus connus sont les régiments suisses, mais également des régiments allemands et irlandais. L'organisation militaire à la fin de l'Ancien régime recense³ dix régiments d'infanterie suisses et grisons, huit allemands dont le Royal-Suédois de Fersen, favori de Marie-Antoinette, le régiment spécial Royal-Hesse du Landgrave de Darmstadt, et trois irlandais. La cavalerie dispose du Royal-Allemand, du Royal-Pologne et des hussards (Esterhazy) de Saxe, même si la presque totalité de l'encadrement est français.

Frédéric de Prusse (1688-1740), le roi-sergent qui comptait en dormant, justifiait ainsi l'enrôlement massif d'étrangers dans son armée : le mercenaire laissait un paysan prussien aux travaux des champs, il diminuait la ressource militaire de son pays d'origine et sa perte n'aggravait pas le chagrin national. Il avait le sens des formules, son fils plus encore (4).

Le "vice" de pérégrinité
Où l'on voit que la guerre est affaire de professionnels, c'est dans les engagements d'officiers sur tout le territoire européen quelle que soit leur nationalité à une époque où justement la "nationalité" commence à prendre un sens. Des exemples pris avant et pendant la Guerre de Sept Ans, dernière grande guerre classique avant les guerres massives de l'Empire, montrent bien que la chose militaire reste entre gens de guerre, entre techniciens :

feldmarshall von MünnichMünnich (1683-1767) est oldenbourgeois et commence une carrière de jeune officier au service de la France au Royal Hesse-Darmstadt puis s'enrôle chez les Saxons, pour rejoindre ensuite le csar Pierre II et terminer pour lui le canal Ladoga commencé depuis dix ans ! A la tête du conseil de guerre russe il réorganise les armées du csar et fait tout le reste de sa carrière contre l'Empire ottoman. La révolution de 1741 le conduira presque à l'échafaud, puis le vieux feld-maréchal reprendra du service à l'appel de Catherine II.
Le feld-maréchal Keith (1696-1758), cadet du 9°comte Marishal d'Ecosse, ancien soldat jacobite, ex-colonel espagnol au siège de Gibraltar (1726), prend le commandement d'un régiment de la garde russe de Pierre II, fait office de proconsul de Finlande pendant la guerre russo-suédoise en 1742, et rejoint le roi de Prusse comme gouverneur de Berlin en 1746. A la déclaration de guerre (1756) il commande une armée de Frédéric II avec laquelle il se couvre de gloire pour mourir à la bataille de Hochkirch. Il sera enterré par Franz Lacy (1725-1801), le général autrichien d'origine irlandaise et jacobite comme lui.
Celui-ci justement a le même vice de pérégrination. Né à Saint-Peterbourg d'un père feld-maréchal du csar, il fait ses classes en Allemagne et intègre l'armée autrichienne. Il fait toute la guerre de Succession d'Autriche et finit colonel plein. Il mettra ses talents d'organisateur au service de Marie-Thérèse d'Autriche, Joseph II et Léopold II jusqu'à épuisement.

Ils sont comme eux des centaines de jeunes nobles à faire de grandes carrières où le destin les appelle, des milliers de "cadets" dans des emplois d'officiers subalternes par toutes les armées d'Europe sans "brevet de nationalité", des dizaines de milliers d'autres de partout, dans la maistrance ou le corps des bas-officiers qui constitue le coeur de métier.

Alors quand à ces cadres professionnels, la levée en masse offrira un "budget" de pertes - c'est Napoléon qui le premier appliquera ce terme à la consommation naturelle des effectifs - c'est la fête … des morts ! C'est Eylau ! Essling ! Waterloo ! Un million de soldats européens mourront en quinze ans pour rien.
soldats de plomb
Le prix de l'armée
Si la possibilité de conscription avait été d'acception commune dans l'histoire moderne avant la Révolution, la pression fiscale née de l'emploi de troupes réglées dans les guerres aurait été allégée par sa mise en oeuvre, et l'on sait que cette pression fut (et demeure) une des récriminations populaires de base, avec justement la conscription par contrainte. On peut en déduire qu'elle n'était pas acceptée, pour ne pas dire inexistante, alors que la fiscalité était, elle, inévitable. Une armée de métier pesait certes sur le budget mais achetait indirectement la paix sociale en laissant les civils vaquer. Les révoltes contre le tirage au sort de la Convention et les taux important de déserteurs sous l'Empire montrent que la conscription ne fut jamais populaire. Ce qui explique au bout du bout la facilité avec laquelle la loi Chirac de professionnalisation a pu passer en 1996. La moitié de la classe d'âge y échappait déjà par toutes sortes d'artifices. L'enthousiasme de Valmy avait beaucoup décru.

Ne pouvons-nous donc trouver de « peuple en armes » tout au long de cette période de seize siècles, hormis le cas particulier de citadins assiégés dans leur ville ? Ma langue au chat, mais peut-être qu'en cherchant bien… A vos bibliothèques !


Conclusion provisoire
Cette collection de faits n'annule pas la possibilité de conscriptions de masse limitées à un périmètre précis, dans des circonstances graves. Mais une chose est sure : la guerre de masse découle de ce que la Révolution française, menacée à ses frontières physiques et idéologiques, a inventé la Levée en Masse. Elle étendait à l'ensemble de la Nation la solidarité de la tribu et pour ce faire, devait égaliser les consciences, former universellement à la technique quelles que soient les aptitudes individuelles, endoctriner à la haine. On passait de l'armée de métier, formée de gentilshommes, vaillants manants, joueurs ruinés et parfois bandits en fuite, tous d'accord pour en découdre pour la solde et quelques-uns pour la gloire, aux armées de conscription formées de matricules combattant selon le règlement.

Les monarchies voisines de la Révolution furent submergées par les masses automatiques françaises brillamment déployées par Bonaparte, et durent se résoudre pour survivre à accroître la ressource dans des modèles similaires qui finirent par nous vaincre. En réagissant ainsi – mais pouvait-on faire autrement - on lançait par toute l'Europe un militarisme de type bourgeois (le peuple au front) qui prédisposait aux massacres de masse. Les monarques eux-mêmes prirent la pose dans un uniforme militaire !

Catoneo
Paris, le 14 avril 2010

pucelle du 1°RA
In cauda
Le plus grave pour les nations européennes fut sans doute l'endoctrinement généralisé du soldat à la haine, ciment à prise rapide des unités de combat. La guerre de territoires devint rapidement un affrontement idéologique. Viendra le siècle des nationalités avec les deux unions italienne et allemande, nationalités puis nationalismes, irrédentismes, qui se construiront les unes contre les autres.
A l'assaut sous les masquesChez nous, le fritz, le boche, le macaroni, deviennent le bouc émissaire de nos insuffisances et ne méritent que la mort. Les deux guerres mondiales sont vendues aux peuples de l'Ouest comme la lutte finale du Bien contre le Mal, le Bien étant indiscutablement la Démocratie maçonnique. Victorieuse, elle écrira l'Histoire et lui donnera un Sens. Un sens total, indiscutable, "réglementaire", exportable même de force chez ceux qui n'en connaissent pas les bienfaits. Chine, Indochine, Russie, Inde, Iran, Mésopotamie, pour n'en citer que six, seront déconstruits et reconstruits en régimes parlementaires inadaptés à leurs moeurs mais dans la norme acceptée par la "conscience universelle", quels que soient les ravages de ce nouveau bonheur. Les plus grandes armées de masse y seront levées et consommées dans les règles du genre. Normal !
«Tout Français est soldat et se doit à la défense de la patrie» disait la loi Jourdan qui oubliait de fournir le bois des croix blanches et les règles de leur espacement.

En quoi ce thème AGS est-il d'actualité ?
La conscription a-t-elle un avenir ?
La dernière levée en masse fut celle des Iraniens dans la guerre Iran-Irak. Elle fut sanglante comme tous les modèles antérieurs. Depuis lors, aucun gouvernement n'y a eu recours, même Saddam Hussein s'en dispensa en 2003, qui comptait sur le seul rempart de la Garde républicaine, son "Mur franc" dont la glace fondit !

Si la conscription reste encore une façon de constituer des forces armées, on s'aperçoit qu'il n'existe aujourd'hui que trois grandes armées se réclamant de ce type et accédant à un niveau qualitatif professionnel. Toutes les autres sont de métier, et celles, hormis les précitées, qui se réclament encore de la conscription ne sont pas au niveau requis pour une guerre conventionnelle de haute intensité.
Les trois premières sont celles de la Chine populaire, de Taïwan, de la Corée du nord. Avec un peu d'indulgence, on pourrait y rajouter avec la Russie qui rattrape son retard et rejoindra avant dix ans, dans un ordre décroissant, la Corée du sud, le Vietnam, l'Allemagne, la Turquie, l'Iran et la Thaïlande.
Sur ce total de dix pays, quatre sont des régimes totalitaires, quatre sont des régimes démocratiques, la Turquie et la Thaïlande hésitent à se classer.

Chine populaire
La conscription est constitutionnelle mais ne s'applique en réalité qu'aux étudiants, puisque le nombre de candidats à un engagement volontaire au sein des forces armées dépasse le nombre de postes budgétés. C'est une conscription inversée. La "modernisation" des forces a profondément changé la place des militaires dans l'idéologie communiste, le pouvoir ayant privilégié leur efficacité à tous autres buts.
La sophistication des armes n'est pas le premier motif d'une professionnalisation. C'est plutôt l'hyper-complexité des nouvelles chaînes de commandement et d'acquisition de données à grande vitesse qui exige des formations coûteuses, mais surtout, la permanence des équipes. Les états-majors tactiques doivent avoir la cohésion d'un équipage de sous-marin dès le premier quart d'heure. La conscription légale même altérée par la pratique qui la nie, est dépassée. Le modèle à venir sera copié sur celui des Etats-Unis. La délégation de responsabilités en cours va vers une garde nationale américaine.

Taïwan
L'île considère le service militaire comme ciment national à l'instar d'un impôt de solidarité. Son armée est de très bonne qualité et tient toujours les îles blindées de Quemoy (Jinmen) et Matsu (Mazu) à vue des côtes chinoises. C'est une armée de tradition qui se sent investie d'une mission idéologique, un peu comme l'armée kémaliste de Turquie. L'encadrement est très professionnel.
Son avenir est néanmoins incertain et bien malin qui pourrait le prédire, les Taïwanais refusant l'anschluss à une très forte majorité. Mais il est douteux que l'île puisse suivre dans la course à la qualité lancée par le Continent. Elle ne pourra pas distraire les moyens budgétaires suffisants, question d'échelle.

Corée du Nord
Le royaume érémétique est devenue la triste caricature d'un pays en guerre en pleine paix. L'armée levée par conscription dévore les productions nationales et perpétue cette mobilisation car elle est la seule légitimité du pouvoir dictatorial.
Il n'empêche que la convergence des ressources à son usage crée une armée redoutable dans un conflit conventionnel, qui ne serait amenée à résipiscence que par le feu nucléaire, ce que savent bien ses chefs, qui ont développé une bombe atomique de dissuasion.
Cette armée étant au front (?!), elle délègue la sécurité intérieure à une milice paysanne de trois millions de volontaires désignés, armés convenablement.
Le tout est cimenté par le parti. Son implosion éventuelle en répliquant la méthode utilisée contre les généraux de Saddam Hussein, signera la liquéfaction d'un dispositif retranché à la limite du grotesque.

On peut en conclure que si la conscription reste marquée idéologiquement comme révolutionnaire ou nationaliste, elle est dépassée par le niveau des enjeux. Le choix « métier ou conscription » relève aujourd'hui de considérations géo-économiques que les Etats affichent comme motifs géostratégiques, et au fond du puits, l'on s'aperçoit que le thème AGS du mois d'avril verse dans l'évocation historique pour remettre en lumière l'idéologie révolutionnaire et mortifère sans raison valable au moment.
Les guerres de demain seront hyper-techniques, même si l'on peut deviner qu'à la fin de l'holocauste nucléaire, ça pourra se finir à coups de bâton entre survivants les plus nombreux.

infanterie soviétique
Resterait à faire réellement l'étude.



Note (1): Monarchy at War
Note (2): Peuples en armes
Note (3): TED 1789
Note (4): "Si j'étais roi en France, il ne se tirerait pas un coup de canon en Europe sans ma permission"

Une faute d'orthographe, de grammaire, une erreur à signaler ? Contactez le piéton du roi à l'adresse donnée en bas de page et proposez votre correction en indiquant le titre ou l'url du billet incriminé. Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

samedi 14 octobre 2006

Kuehnelt-Leddihn

KLCatholique autrichien convaincu de la supériorité en toute choses de la monarchie, le professeur Erik von Kuehnelt-Leddihn passera la première moitié de sa carrière aux Etats-Unis et la seconde au Tyrol. Anti-démocrate fervent et distingué, il annonçait la couleur dès le début de sa veine politique en publiant en 1943 La menace du troupeau.
Sur le tard, il livrait encore en 1990, La gauche revisitée, de Sade et Marx à Hitler et Pol Pot, deuxième édition où il remplaçait Marcuse par le chef des Khmers Rouges.
Mais la bible Kuehnelt fut son Liberté ou Egalité de 1952. Il y oppose démocratie et monarchie en déployant un argumentaire impeccable sur la supériorité de la seconde. La monarchie n'est pas fondée sur le régime de la dispute des partis qui provoque les affrontements par décompte de nombres décrétés tous égaux et classés par opinions, ce qui ruine le foisonnement de la diversité sociale, mais elle s'emboîte génétiquement dans la matrice familiale et ecclésiale de la société chrétienne. A l'opposé de la forfaiture démocratique qui au prétexte de La Liberté bride les libertés ou les supprime, le gouvernement monarchique fabrique de la liberté par essence.

"The relationship between the King as 'father of the fatherland' and the people is one of mutual love".

Erudit, le bonhomme parlait six ou sept langues et en lisait bien plus. Il fut même professeur de japonais à l'université américaine Fordham. Il s'éteignit le 26 mai 1999, dans sa quatrevingt-dixième année. Sa bio est passionnante.

Nous présentons aujourd'hui Guerre et Monarchie, un opuscule moins connu qui nous a été suggéré par un forumeur de Vive Le Roy. On peut en cliquant là télécharger l'ouvrage, par courtoisie du Ludwig von Mises Institute d'Alabama.

Le chapeau de ce long article saisit déjà par sa fulgurance. Jaillie de Socrate, la bille du flipper rebondit sur la démocratie pervertie des Grecs, pour faire un tour complet de la Rome antique entre César et Dioclétien, et finir par l'évolution naturelle de la république de Weimar en tyrannie nazie.
Même un théoricien aussi soupçonneux que Theodor Herzl considérait la démocratie comme le plus vil des régimes pour la nouvelle Sion. Ceci dit, on entre dans le vif du sujet démocratique par ... le marquis de Sade.
Fin de l'apnée.

Les Lumières mettent le feu à la Montagne des charlatans, et l'escroquerie intellectuelle qui associe liberté et égalité, principes antinomiques, débouchera sur le règne de la seconde ; on approche de l'uniformité obligatoire, sameness dit l'auteur. Dans le même mouvement, la dictature de la majorité devient celle du nombre, qui va tendre naturellement sur l'unanimité (de façade au moins), au seuil largement franchi par la Terreur, du totalitarisme. Et la guerre dans tout ça ?

La guerre moderne découle de cela en ce que la Révolution française a inventé la Levée en Masse, prédisposant aux massacres de masse. Le mirage de la Horde d'Or renaissait, on allait étendre à l'ensemble de la Nation la solidarité de la tribu et pour ce faire, égaliser les consciences, former à la technique, endoctriner à la haine. On passait de l'armée de métier, formée de gentilshommes, vaillants manants, joueurs ruinés et parfois bandits en fuite, tous d'accord pour en découdre pour la solde, aux armées de conscription, formées de matricules combattant selon le règlement.

Les monarchies voisines de la Révolution furent submergées par les masses automatiques françaises brillament déployées par Bonaparte, et durent se résoudre pour survivre à accroître la ressource dans des modèles similaires. En réagissant ainsi, on lançait par toute l'Europe le militarisme qui en moins de deux siècles allait la dévaster. Les monarques eux-mêmes prirent la pose dans un uniforme militaire !

Mais le plus grave pour les nationalités européennes fut sans doute l'endoctrinement généralisé du soldat à la haine, ciment à prise rapide des unités de combat. La guerre de territoires devint rapidement un affrontement idéologique. Les deux guerres mondiales furent vendues aux peuples de l'Ouest comme la lutte du Bien contre le Mal, le bien étant indiscutablement la démocratie. C'est en conséquence de quoi les monarchies vaincues furent aussitôt abattues et dépecées. Quatre empires furent effondrés, le prussien, le russe, l'austro-hongrois et l'ottoman. Avait-on enfin imposé la paix perpétuelle au sous-continent ? La revanche des peuples centraux humiliés et abandonnés à la démagogie, allait être terrible.

Versailles et ses traités démocratiques semaient les germes d'une confrontation certaine en Europe, et Eric von Kuehnelt-Leddihn le montre parfaitement dans un de ses raccourcis dont il a le don.
"La destruction de l'empire des Habsbourg fit de l'Allemagne le vainqueur géopolitique de la Grande Guerre. N'ayant plus à ses frontières qu'une seule grande puissance, la France, elle allait vite comprendre que ses voisins de l'Est et du Sud étaient devenus des Etats en partie artificiels, en partie indéfendables militairement. Il serait bientôt temps d'en prendre l'avantage !"

Le pire résultat des guerres démocratiques modernes est leur incapacité à se terminer par un traité de paix permettant de repartir sur un protocole de confiance. Les haines populaires ne s'éteignent pas facilement, alors que la raison prend facilement son avantage dans les maisons dynastiques, la plupart du temps internationales. On y mesure de combien l'histoire a avancé à la fin du conflit et à quel prix pour la Nation. Les termes de la paix sont faits pour être acceptables par toutes les parties, et surtout pour protéger l'avenir.

En revanche, le peuple vainqueur et "souverain" veut toucher tout de suite les dividendes de sa victoire, le vaincu mûrit sa haine plus encore. Le fossé s'élargit. L'impossibilité d'un accord "populaire" conduit ...... à l'armistice. On est bien loin des traités de liquidation du Premier empire français qui se fit entre gens de bonne compagnie et affecta peu le territoire national. De nos jours on ne compte plus dans le monde "démocratisé" les lignes d'armistice à feu couvert.

La démocratie ou le démocratisme, découle d'une idéologie gnostique qui veut sauver le monde. Jusqu'en Irak ! La monarchie a une approche familiale des questions nationales. La famille est quelque chose de naturel, qui n'a besoin d'aucune impulsion philosophique, ne crée aucune religion séculière. Les intellectuels peuvent même la juger inférieure car trop simple.

Il faut lire Eric von Kuehnelt-Leddhin. Nous avons omis certains chapitres ; dont celui qui traite du dédain avec lequel les Alliés entreprirent d'écraser sous les bombes de la Seconde Guerre mondiale toute la culture continentale au motif d'éradiquer le Mal. Mais laissons-lui la conclusion (p.38) :

"Les guerres sont indésirables en toutes circonstances. La solution idéale serait un conseil de monarques chrétiens qui contrôlerait le Globe, ayant pris conscience que du fait des progrès technologiques, chimiques, physiques et biologiques, les guerres ont acquis un caractère suicidaire. Elles menacent la survie de tout le genre humain, bien qu'il n'ait aucun dénominateur spirituel commun. Non plus que les Nations Unies ou l'Union européenne d'ailleurs ! En ce qui concerne l'U.E., elle ne peut se vanter que d'un désir économique commun à devenir plus "prospère", voire d'une défense commune contre ses ennemis extérieurs. En cela elle pourrait porter sur ses armes l'image d'un porc-épic bien gras, une bête plutôt en sécurité dans son environnement naturel, mais sans doute pas un symbole convenable pour L'Europe."

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