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lundi 29 janvier 2024

Monsieur le Premier aux étables

#2235 - La déclaration de politique agricole livrée par le premier ministre à la ferme de Montastruc ce 26 janvier n'a pas déclenché autant d'applaudissements que la fraîcheur bucolique de l'exercice le laissait espérer. Comme pour l'insurrection des Gilets Jaunes, les réponses du pouvoir sont confinées à l'intérieur d'un paradigme économique qu'il ne maîtrise pas, et si les mesures prises au moment ne sont pas négligeables, au vu de leur prix pour le budget national, elles n'entrent pas dans le dur des revendications paysannes.

tracteur Valtra Série S

Ce que cherchent à faire comprendre sans le dire explicitement les centrales syndicales agricoles au gouvernement, c'est leur désamour pour le libéralisme accusé de mise en concurrence faussée. La liste des revendications posées sur la table des négociations croise à angle droit la doxa libérale de la Commission européenne qui a toujours fait la part belle à l'industrie, la bancassurance et pour ce qui nous occupe, à l'agriculture commerciale accédant aux marchés internationaux, une agriculture latifundiaire réglée pour affronter les grands producteurs mondiaux. Certes, les exploitations d'alimentation du quotidien ont bien été prises en compte par Bruxelles sur l'insistance des pays producteurs européens dans l'optique de préserver une souveraineté alimentaire qui effectivement fut atteinte, puis oubliée, mais la diversité des conditions opérationnelles et la foultitude de produits concernés ont multiplié les normes et standards particuliers qu'il est devenu presque plus difficile de produire aux champs qu'en usine.
Nous pourrions faire un autre article dédié à cette spécificité française obligeant les productions livrées au marché intérieur d'entrer dans la seringue de quatre centrales d'achat (bientôt trois avec l'union Auchan-Intermarché ?) faisant la pluie et le beau temps en fixant quotidiennement leur tarif adapté à la consommation de masse la plus large et à leurs marges d'aval. Une autre fois peut-être.

Quand vous écoutez les leaders paysans, vous en retenez la même fréquence porteuse chez tous : ils réclament la protection générale du secteur considéré comme ressortant au domaine public (X milliards de crédits budgétaires annuels de fonctionnement) et la liberté individuelle dans le périmètre de chacun. Même schéma pervers que celui de la médecine de ville. Si on entre dans le détail des revendications sectorielles on est obligé de passer en revue toutes les agricultures concernées pour à la fin se rendre compte qu'elles ont des conditions d'exploitation très différentes, ce qui n'est pas l'intention de ce billet de simple jardinier. Il y a des journaux pour ça (clic).

Quand on aura dit que l'agriculture européenne dans son ensemble est une activité économique subventionnée au niveau européen et protégée des calamités au niveau national, on en déduira facilement que les bailleurs de fonds gardent leur mot à dire sur les effets de leur investissement et que les budgets nationaux sont bridés par une logique comptable simple, celle des déficits paralysants. La crise des filières agricoles européennes participe de la concurrence économique mondiale exaltée par l'Organisation mondiale du commerce, légataire universel du comptoir des droits de douane, le General Agreement on Tariffs and Trade de 1948. Le dispositif de régulation des échanges est globalisé, au sens qu'il peut y avoir des secteurs moins favorisés tant que l'économie globale croît et satisfait ses consommateurs. Pourquoi pas si l'on déploie des filets de protection pour éviter la ruine de tel ou tel. Mais où cela devient assez vicieux, c'est lorsque une communauté d'intérêts économiques s'accouple avec une autre communauté d'intérêts économiques, globalement et toujours moins disante dans ses prix de revient. Pourquoi ?
Parce que les agricultures commerciales du Sud sont éminemment capitalistiques. Ce sont de grands domaines adossés à des fortunes foncières anciennes qui savent profiter des cours mondiaux et amortir les mauvaises passes dans le temps. L'inverse des agricultures européennes fondées généralement sur la ferme et les traites bancaires cautionnées. Sauf dans les grandes exploitations céréalières ou dans le "champagne", les comptes de nos agriculteurs n'ont pas le fond de roulement capable d'amortir les aléas climatiques ou mercantiles. C'est pour eux un stress permanent qui conduit parfois à détériorer leur santé mentale et les pousse au stop ultime. En ce sens, la crise que nous traversons est autant sociologique qu'économique.
C'est bien pourquoi la profession est si remontée contre la démarche allemande de traité de libre échange avec les pays du MERCOSUR, poussé en avant par la Deutschland AG et son fondé de pouvoir à Bruxelles, Ursula VDL. Il n'y a aucune chance pour que l'agroalimentaire européen fasse son nid en Amérique latine, hormis chez les consommateurs très favorisés capables d'absorber luxe et gastronomie, quand il est plus que probable que les produits industriels européens, dont la filière automobile portée par l'Allemagne et l'Espagne, y trouvent leur compte et largement, à mesure qu'augmentera le niveau de vie d'un bassin de 260 millions de clients. Cette prospérité annoncée sera compensée par la ruine de certaines filières françaises, à commencer par l'agriculture de montagne, filières tenues à bout de bras et incapables d'affronter une concurrence largement faussée de productions à bas coûts.

Les centrales syndicales en agrégeant les menaces sectorielles ont parfaitement compris que dans cette globalité elles jouaient leur peau. Mais on les avait peu entendues quand les ONG spécialisées dans l'agriculture tropicale dénonçaient la submersion des marchés alimentaires africains par des produits européens subventionnés à mort, qui ruinaient certains efforts de développement de cultures vivrières soumises à une concurrence internationale non souhaitée. Nous sommes aujourd'hui dans le même schéma, en position inversée et l'Afrique c'est nous !

Des décisions les plus positives annoncées par Gabriel Attal à Montastruc, je retiendrai la simplification des normes et l'arrêt de leur surtransposition en France. Mais il faudra batailler ferme à Bruxelles contre leur bureaucratie en même temps que nous briderons la nôtre à Paris, et je ne vois pas bien Emmanuel Macron dans ce combat tant il me semble absorbé par son destin européen. Au final, le débouché des négociations avec le MERCOSUR sera la pierre de touche de sa sincérité.

Bibliographie d'une thèse
. Christophe Guilluy, La France périphérique (chez Slate)
. Robert Redeker, Le Peuple de la terre (chez JSF)
. Nicolas Baverez, L'Euthanasie de l'agriculture (via Le Figaro)
. Jérôme Fourquet, l'Archipel français (chez Cairn)
. Le Lys écologique (chez le Groupe d'Action royaliste)
et plus ancien mais toujours moderne :
. Les Géorgiques de Virgile (par Frédéric Boyer)

jeudi 25 mars 2010

Le petit reître est "mort"

NSSarko est mort. Je ne sais qui l'a tué, de la Rolex ou du vulgaire, mais le camelot de trottoir qui ouvre devant le grand magasin son parapluie de cravates, n'arrête plus personne. Passe le passant sans tourner la tête ; même au mégaphone il ne percute plus. Histrion démocratique de la trempe d'un Berlusconi mais sans les sous du cavaliere, le jadis président de la République n'est que l'hôte encombrant d'un palais dont on va chercher à s'enfuir pour éviter les stigmates. Les deux années restantes seront une sorte d'agonie.

Les députés bientôt sortants donc inquiets ont donné le la, les traîtres au Centre en tête, qui cherchent à désolidariser leur propre image de celle très abîmée du pouvoir parisien. Sarkozy c'est le plomb dans l'aile, le catalyseur à mécontents, mais d'un côté aussi, le bouc émissaire inespéré pour une assemblée de godillots qui lui passa tous ses caprices pendant trois ans.

Croyant rameuter des catégories d'électeurs qui lui semblent proches – mais c'est une illusion d'optique – il affiche aujourd'hui ses cinq priorités¹ avec des airs de matamore qui font penser à ces grandes gueules du Quai de Rive Neuve : « Arrêtez-moi ou je fais un malheur ! ».
Et personne n'arrête !

beau mouton noir
Ainsi va-t-il charger, sus à la réforme de l'Europe agricole, pour préserver les voix de la FNSEA. Les paysans s'assoient sur le tracteur et attendent qu'on leur joue toute la pièce, en connaissant l'issue d'avance car ils savent le texte par coeur, ce qui n'est pas le cas du ludion de service, surgi de nulle part, allant vers nulle part. Historiquement, les nations du Nord sont ouvertes aux échanges intercontinentaux par la division internationale du travail, et elles jugent que la politique agricole commune renchérit les prix sur les étals (ou dans les barquettes filmées). La Grande Bretagne associée aux Pays-Bas et au Danemark mène la fronde. Ce sont trois pays agricoles exportateurs dans le mouton, le porc transformé, les fleurs, la volaille et les huiles. Ils ont l'oreille de la Suède et de … Malte, et de quelques autres qui se cachent !
Jusqu'à la commission Delors, la PAC était le sas d'entrée dans le Marché commun franco-allemand (agriculture contre industrie) et tout le monde achetait le concept un peu extravagant de la sécurité alimentaire, oubliant volontairement que tous les pourvoyeurs étrangers de nourriture vers l'Europe étaient dans la zone OCDE (pays neufs austraux) ou sous influence (colonies économiques). L'embargo des pistaches iraniennes ou des noisettes chinoises n'était déjà pas une vraie menace.
Depuis lors, par impéritie de gestion, par arrogance de vieux noble ruiné, par camelotage de parvenu, la France a perdu son chic d'intelligence, son aura européenne et les moyens de pression qui découlaient de sa position de chef de file. On voit bien comment l'équipe Sarkozy est baladée par tout le monde dans la crise grecque. Notre influence est nulle sinon epsilon. Comment dès lors protéger la PAC ? Par l'obstruction systématique des discussions qui détruira le peu de prestige que certains aveugles nous accordaient encore, ...jusqu'à ce que nous nous couchions à la vingt-cinquième heure : « Je suis prêt à aller à une crise en Europe plutôt que d’accepter le démantèlement de la politique agricole commune et de laisser la spéculation fixer de façon erratique des prix agricoles qui ne permettraient pas à nos agriculteurs de vivre décemment du fruit de leur travail » (N. Sarkozy, a capella le 24.03.2010).

séniors boulistes
La seconde priorité est la réforme des retraites françaises, patate chaude que se lancent les gouvernements depuis vingt ans (19 exactement depuis le Livre Blanc de 1991) et qui alimente la chaudière de l'opposition démagogique. Il n'y a que deux étages d'intervention : (1) régler l'arithmétique comptable tout de suite, (2) reconstruire un système sain sur des bases sociales rénovées (désoviétisées).
Il ne faut pas six mois comme l'annonce Sarkozy pour régler la comptabilité. Tous les chiffres sont archi-connus. Il faut une heure d'explication au tableau noir devant les téléspectateurs et une autre pour les décrets ! La condition sine qua non est la justice intégrale « au marc le franc » pour les pensions, et la destruction de tous les régimes spéciaux, à commencer par celui des parlementaires qui est une vraie insulte à la population. Remettre l'âge légal à 65 ans comme chez nos voisins², relever les cotisations des salariés, plafonner les pensions de la caisse nationale vieillesse, sont les réponses « simplistes » dont nous avons besoin.
Viendront ensuite les mesures de finition accotées à la redéfinition des solidarités intergénérationnelles qui sont aujourd'hui une épouvantable escroquerie. On peut prendre quelques mois pour discuter entre gens de bon sens du régime à prestations définies, à cotisations définies, à annuités, à points, à comptes notionnels, etc. L'Institut Montaigne a fait une étude l'an dernier (clic) qui conclue au big bang ! A lire tranquillement avant le désastre.
Mais dans cette affaire où doit s'imposer la volonté de préserver l'intérêt général, Sarkozy reculera in extremis pour quelques pourcentages électoraux, comme il le fit sur les régimes spéciaux fin 2007, qui furent réformés facilement …par leur remplacement par de nouveaux régimes spéciaux ! Chirac, lui pas mort !

La troisième priorité est de récupérer les voix de la médecine de ville, à qui on va confier la clientèle laissée sur place par les structures hospitalières regroupées au chef lieu. Ce que vient faire cette affaire dans le plan de résurrection est un mystère. Le président du Conseil de l’Ordre va donc conduire une mission pour « inventer un nouveau modèle de soins de premier recours ». On est dans le burlesque étatique puisqu'il n'est pas nécessaire d'inventer quoique ce soit, l'offre et la demande s'ajustant aisément après une courte phase d'observation. Si le terme de « marché » est un gros mot, il faut alors carrément revenir aux dispensaires de quartier, dont personnellement je regrette la disparition. Ils concurrençaient dangereusement la médecine conventionnée !

racailles devant le lycéeLa quatrième priorité électorale est... la sécurité. Nul ne pouvait faire plus mal. Nous avons élu en 2007 le chef de la police pour voir croître l'insécurité. Nous sommes bien un pays latin. Au lieu de frapper fort avec le gourdin disponible, on rédige de nouvelles lois et règles d'engagement, on ballade des équipes mixtes de diagnostic et pourquoi pas la cellule psychologique qui traitera de « l'insécurité ressentie » mais pas réelle ! Les Français, qui ont vu passer sous leurs fenêtres tout et son contraire en matière de sécurité publique, sauf l'affrontement décisif des forces de l'ordre et des bandes urbaines, ne croient plus à rien et achètent de la 3-en-1. Le programme d'investigation proposé ne lui gagnera pas une voix ; c'est trop tard. Il est jugé comme Tartarin de Tarascon (qu'il n'a pas lu), chasseur de lion apprivoisé !

La cinquième et dernière grande priorité nationale vise à rassurer les parents d'élèves, en sortant des classes normales les enfants inadaptés, parfois bien grands, que l'on dirigera vers un système bizarre de sections spéciales. Qui encadrera les monstres ? Sans doute pas le personnel de l'Education nationale qui se prend des gifles en tendant l'autre joue. Des karatékas peut-être sous le contrôle de Chantal Jouanno ! Mais comme la chose n'est pas susceptible d'attirer l'électeur en masse, il est probable que les SS ne trouveront pas de budget.

On voit très bien dans le choix que fait Sarkozy pour renaître dans les sondages, qu'il n'y a plus de projet pour la France. On est dans la gestion d'image et de buzz au dixième de point, gestion bridée par un affaissement des ressources fiscales et par des promesses faites à des corps sociaux dangereux (syndicats publics) ou mourants (PME perfusées aux exonérations que l'on ne peut stopper). Il n'y a aucune marge de manoeuvre, en écho au manque d'enthousiasme général.
Ce pays qui détient encore quelques atouts, devrait se reprendre en main en détruisant son Etat. L'Ordre sans l'Etat ! Une utopie à méditer tant le second nous a fait de mal.

port au Français
« Liberty Ships » pour les Kerguelen, on sait déjà qui sera nommé commandant de la flotte sans retour, et les autres ici se tiendront tranquilles.



Note (1): c'est le découpage retenu par La Croix.
Note (2): Age légal homme dans l'UE : Allemagne (67), Autriche (65), Belgique (65), Danemark (67), Espagne (65), Finlande (65), France (60),Grèce (65), Hongrie (62), Irlande (65), Italie (65), Luxembourg (65), Pays-Bas (65), Pologne (65), Portugal (65), Tchéquie (62), Royaume-Uni (65), Slovaquie (62), Slovénie (63), Suède (65)

Une faute d'orthographe, de grammaire, une erreur à signaler ? Contactez le piéton du roi à l'adresse donnée en bas de page et proposez votre correction en indiquant le titre ou l'url du billet incriminé. Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

jeudi 24 septembre 2009

Lait de Crise

filtrationCrise du lait. C'est une question technique de régulation macro-économique de la production de lait en fonction des prévisions de consommation et négoce international de la zone Europe. A l'origine, c'est la tradition française d'administration pointilleuse de sa production agricole et son système endémique de prix contrôlés qui s'est imposée à Bruxelles, en compensation des avantages que le marché commun ouvrait à l'industrie allemande.
Ce n'est pas la première fois que le système autoritaire du modèle français se plante, souvenez-vous des montagnes de beurre des années 80. Pour éviter ce gaspillage, fut créé un système de quota assez complexe à manoeuvrer, pour ajuster l'offre actualisée à la demande prévisible dans le Marché Commun. On est passé d'excédents en pénuries et vice-versa jusqu'à ce qu'il soit évident que les quotas étaient soit des incitations perverses soit des freins qui agissaient à contre-temps. La Crise mondiale a coupé la demande de lait et produits dérivés des pays tiers à l'Union quand les quotas ont été augmentés pour résoudre l'envolée des prix internes, provoquant l'effondrement des cours du "gras". Parallèlement, un pays comme la France, qui noie ses labours sous le lait des citernes, importe des millions de litres de lait bio car sa production nationale est notoirement insuffisante rapportée à la demande des nouveaux consommateurs...

Situation stupide de l'importation : les pesticides qui ne sont plus dans ce lait sont remplacés par le CO² émis par leur transport ! Même si l'on devine que les ajustements normaux du marché sont au bout du compte bloqués par la sur-règlementation, les technocrates phosphorent sur de nouvelles règles qui répareraient les anciennes, défectueuses. Technocratie quand tu nous tiens ! Sur un marché libre, les agriculteurs se seraient convertis au bio progressivement à mesure de la montée en rayons de ce produit nouveau.

logo lait françaisOù va-t-on, nul ne le sait vraiment en démocratie, puisque c'est le lobby le plus fort, le plus craint ou le mieux confédéré qui impose sa loi. Que veut-on ? La question est plus facile si on organise sa réponse autour du pivot du Bien commun. L'agriculture intensive résulte de l'exigence de produire le maximum de denrées au prix le plus bas pour nourrir le plus de monde. Découlent de cela, le remembrement des parcelles en grandes exploitatons, la mécanisation poussée des opérations et la généralisation de la chimie des cultures et des élevages. Le système produit avec peu de monde des denrées calibrées et attrayantes d'aspect au meilleur prix. Ce qu'elles contenaient étaient jusqu'à récemment inutile à savoir ou accessoire de la décision d'achat, jusqu'à ce que nous tombent dessus les vaches folles de canibalisme.
Parallèlement, l'exode rural provoqué par le mode intensif a créé de vastes agglomérations urbaines dont on perçoit aussi les limites en termes d'épanouissement individuel et de sûreté de vie ; limites que les décideurs croient pouvoir dépasser en injectant des idées et de l'argent dans leurs erreurs. Si l'on met en cause le modèle agricole intensif les experts objectent que mécaniquement les prix remonteront et que les couches défavorisées crèveront la dalle. Nous commençons à en être moins sûrs depuis que les écologistes nous ont montré qu'il fallait inclure tous les coûts indirects dans le bilan d'une filière. Le mode intensif est-il plus rentable ? Le bilan comptable ne peut défalquer les subventions européennes pour être équilibré, et les déficits à la marge sont épongés par l'accroissement des exploitations saines qui rachètent les mauvaises (en terme de marché commun).

vacheAucun montant n'est jamais provisionné pour la dégradation des sols, la pollution des nappes phréatiques et des rivières, l'ensauvagement des parcelles non rentables, la destruction de la diversité génétique des terroirs et... la mort des abeilles pollinisatrices. Aucun montant nulle part n'est pas non plus provisionné pour la gestion de l'exode rural vers les villes, et en aparté, dans le tiers-monde ces coûts sont énormes. Ne dit-on pas au Brésil que les favellas sont une conséquence directe de la "révolution verte" ? Pour finir, s'il est difficile de donner le prix de la dégradation de la santé publique par tous les traitements agricoles et les adjuvants agro-alimentaires, on sait qu'il y en a un, certainement élevé.
Le Bien commun intègre l'universalité des coûts directs et induits, en sus de la condition économique et morale de tous. Quand la complexité de l'épure devient trop grande - quoique nos crânes d'oeuf osent tout -, le meilleur réflexe est de revenir à la Nature qui a une longue expérience. Il n'est pas interdit bien sûr de profiter de la modernisation des procédés.

Alors faut-il cesser la PAC ?
La politique agricole intensive certainement, tout en laissant prospérer une agriculture commerciale orientée vers la grande exportation. Ne soyons pas bêtes.

toile campagneLe changement du mode d'exploitation renverserait toutes nos idées puisqu'on reviendrait progressivement à une agriculture de terroirs destinées à fournir ses marchés de proximité. Les "marchés de pays" qui fleurissent l'été dans nos provinces explorent avec de bons résultats le lien consommateur-producteur. Bien sûr, les atouts d'une région bénéficieraient à d'autres par des échanges classiques et les Flandres n'auraient pas à planter des vignes. De même importerions-nous les productions typiques des zones non-tempérées et l'Alsace ne ferait pas du riz sous serre ! Finies les pommes congelées du Chili, finies les perches du Nil exportées d'un continent qui a faim par endroit.
« L'agriculture n'est pas là pour pour produire le maximum de denrées au prix le plus bas en utilisant le minimum de main d'oeuvre. L'objectif doit être de produire une diversité de denrées, de qualité saine, dans les quantités nécessaires à la nation, et dans des conditions qui assurent à la fois le respect de l'environnement et l'emploi optimum capable de maintenir la stabilité sociale » (Jimmy Goldsmith 1993, en campagne pour Philippe de Villiers).

Dans deux ou trois générations, la France pourrait bien avoir retrouvé sa magnifique polyculture et des paysans repeupleraient ses campagnes. Certes, il faudra trouver des courageux pour s'y remettre, à défaut de quoi les courageux viendront de loin comme les Italiens qui rachetèrent le Gers après-guerre.
Mais si les résidents rechignent à l'Angelus, il ne faudra pas se plaindre, car nous aurons fait la preuve que nous ne méritons plus ce magnifique pays.
Sus à la PAC ! Démembrons les exploitations, à taille humaine.


angelus
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mercredi 2 juillet 2008

Le semestre européen

Nicola SarkozyLa présidence française de l'Union européenne commence. Le gouvernement Fillon de M. Sarkozy a pleinement déclaré ses ambitions, qui pour le moins nous apparaissent osées. Non parce qu'elles risquent la TVA majorée mais parce que c'est lancer le bouchon un peu loin que de vouloir en six mois graver l'avenir dans le marbre … du moins en temps de paix. Le président français va-t-il dramatiser jusqu’au seuil de la guerre (des communiqués) pour pousser son avantage, si vous en voyez un ?

La présomption d'aboutissement s'est évanouie avec l'échec de la ratification irlandaise du Traité de Lisbonne, car le délai mesuré pour exercer ce pouvoir « semestriel » va être grignoté par la Commission et son président de droit divin, anxieux de rafistoler l'ouvrage qui assure le viager de leurs positions juteuses. Les institutions européennes et les termites qui les habitent resteront la priorité de Bruxelles, n'en déplaise à l'Elysée, lequel a reçu déjà son "avertissement" de modération dans ses cinq objectifs (immigration, énergie, climat, défense et agriculture), crime de lèse-majesté dans cet appel à modestie qui se paiera plus tard ! JM BarrosoIl va falloir cependant que la Commission accepte sa subordination au Conseil européen à peine d’être dynamitée par les principaux gouvernements nationaux à l’échéance du mandat de Barroso dont la versatilité dialectique en fonction de son interlocuteur du moment est raillée.

Aussi dès l’extinction de la Tour Eiffel étoilée d’or, voilà la Pologne, la Tchéquie et la Suède qui remettent le traité en cause, l’Espagne qui veut bloquer toute régulation supranationale de l’immigration et tout plafonnement de la fiscalité pétrolière ! On n’a pas fait deux jours ! Si l’on ajoute l’Allemagne qui interdit à tous que la BCE soit critiquée, on voit que nous sommes mal partis.

J’ai laissé de côté l’Union française pour la Méditerranée qui se limitera en 2008 à son lancement du 13 juillet et à la mise en place de fonctionnaires internationaux soit au Caire soit à Tunis ; si tant est que les deux tiers au moins des pays arabes se présentent. Le seul projet qu’elle puisse porter est celui de la dépollution générale de la mer, à condition que les riverains du Nord paient les installations d’épuration au Sud, études locales, dépenses d’administration et commissions comprises. Si les crédits annuels européens de fonctionnement se tarissent, les vannes de la pollution resteront ouvertes.

Les points à mes yeux importants sur lesquels la France peut réussir, sont le climat et l’agriculture. Depuis que les pays travaillés autrefois par les partis écologistes reviennent à la pertinence des centrales nucléaires, seule production d’énergie neutre sur le climat, les industries européennes d’ingénierie atomique retrouvent des couleurs. Officialiser ce mode énergétique au plan européen nous rendrait service, en même temps qu’il serait labélisé aux yeux du monde entier pour élargir nos voies d’exportation. Il y a beaucoup d’argent à gagner par un secteur où nous sommes bons !
centrale électrique atomique
Le second ouvre la question de la PAC. La crise alimentaire mondiale rebat toutes les cartes : le déversement de denrées européennes subventionnées sur les pays pauvres détruit leurs cultivateurs moins productifs et pas du tout aidés. Le président de la CNUCED déclarait récemment que « l'abolition des subventions agricoles dans les pays riches est essentielle pour trouver une solution durable à la hausse des produits alimentaires », et le secrétaire général Ban Ki-moon estimait « qu'il est temps pour les nations les plus riches de repenser leurs programmes démodés de subventions agricoles qui pénalisent de façon disproportionnée les pays pauvres et contribuent à l'urgence actuelle ».
silos de seine et marne
La tentation chez Sarkozy sera d’attendre que les Etats-Unis lui montrent leurs cartes. Je crois plutôt que si l’Europe avance seule ou avec quelques autres sur un programme mondial d’alimentation durable, les Etats-Unis, s’ils n’ont pas rejoint rapidement avec Obama, devront supporter alors seuls toute la charge des revendications du Tiers-monde et des empires émergents, avec en prime une terrible stigmatisation de leur diplomatie : démocratisation forcée, commerce forcé, famine forcée !

Quels que soient les différents que l’on puisse afficher à l’endroit de Sarkozy – c’est vrai qu’il est très agaçant dans son immodestie et ses effusions kouchnériennes sur talonnettes - on doit souhaiter que dans ces deux domaines il réussisse pleinement. Les agriculteurs français sont parmi les meilleurs du monde et peuvent exporter leurs talents et faire la soudure partout où c’est nécessaire ; l’industrie nucléaire et le BTP français sont capables de produire en série des centrales très performantes.


centrale sous l'orage
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