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jeudi 7 février 2013

L'Afrikistan en panne

L'Afrikistan est mal barré. Ce qui doit bien ennuyer les éditocrates et think-tankistes qui vivent de l'alarme. On peut dire que le pas de clerc des bandes terroristes islamisées au Mali fonçant sur Bamako a porté un coup sérieux au projet verdâtre des fondamentalistes musulmans déroulés dans les amphis de géopolitique. Les séismes dont on annonçait les répliques sont au nombre de cinq, et paraissent plus que jamais réparables. Ce qui en soi n'est pas une mauvaise nouvelle, et d'abord pour le continent africain qui n'a pas besoin de perdre du temps avec ces foutaises théologiques. Les défis économiques et sociaux sont des falaises autrement plus hautes à grimper que le salut dans l'au-delà par l'asservissement des âmes. Il faut déjà vivre un peu avant de mourir.

Voici les cinq foyers cancéreux dans le sens des aiguilles, et notre pronostic sans frais :

(AA) Parti islamiste Ennahda au pouvoir en Tunisie

Rached Ghannouchi
Parti de l'étranger dirigé par des émigrés revenus cueillir les fruits d'une révolte dans laquelle ils ne se sont pas mouillés, il s'avère incapable d'améliorer le sort des gens à divers motifs dont le plus évident est la crasse idéologique qui bloque les rouages économiques comme du cambouis. Ce parti instrumentalise des bandes salafistes et les gros-bras de la LPR (le SAC d'Ennahda) qui sous-traitent une "petite terreur" au quotidien pour faire tenir tranquilles les braves gens (la majorité silencieuse de là-bas).
L'insatisfaction monte rapidement dans une population qui vient de comprendre qu'elle a été bernée par les agents électoraux du parti Ennahda qui avait passé la promesse dans les villages : un vote, un emploi. La population tunisienne, plus éduquée que la moyenne des habitants de la rive sud de la Méditerranée, n'adhérera pas, l'argumentaire islamiste étant tout simplement trop bête. L'assassinat du chef de parti Chokri Belaïd peut dégoupiller une réplique de la révolte de 2011 capable d'emporter tout. L'impudence du pouvoir à vouloir passer en force en articulant un double langage qui ne trompe plus personne, convoque la complicité de l'armée qui est loin d'être acquise. Notre pronostic est une raclée électorale pour Ennahda dans un scrutin anticipé.

(BB) Frères musulmans au pouvoir en Egypte

Mohamed Morsi
A l'inverse d'Ennahda, c'est un parti "souchien" qui a 70 ans de travail de fond dans les quartiers défavorisés et dans les campagnes. Si c'est bien la "démocratie" qui a porté les Frères au pouvoir, le principe "un homme-une voix" n'a rien résolu quand à la légitimité des vainqueurs. Comme en Tunisie mais avec un coefficient 8, ce vieux pays a une culture ancestrale et une bourgeoisie éduquée. Il est aussi un vecteur de "modernisation" dans tout le Proche Orient. L'indigence (voire l'absence) des programmes économiques et la duplicité puérile du président Morsi ont disqualifié aux yeux de l'Opinion ces doctrinaires ne sachant que parler ou menacer, et les dérives salafistes que l'on rencontre en Tunisie n'ont déjà plus cours en Egypte, la "rue arabe" s'étant ressaisie !
Le "café" et le souk se gaussent des prétentions fraternelles à vouloir bâcher les compagnes ! Les villes du canal qui font l'Opinion sont en quasi-insurrection. Il y a plus urgent que la charia car la misère galope dans l'artisanat, le petit commerce, les petits boulots et combines paisibles car l'argent ne circule pas. Dans le vivier électoral traditionnel des Frères - les fellahs pauvres du delta - les choses ne vont pas mieux car le tourisme a disparu et l'activité vivrière est désorganisée. Notre pronostic est un pronunciamiento finissant la supercherie islamiste car l'armée est intacte.

(CC) Pirates islamisés de Somalie

Les Shebbab somaliens sont maintenant dans la tenaille de deux puissances régionales qui ne négocient plus mais sont décidées à les tuer. Le ratissage français au Mali qui ne fait pas de prisonniers les y encourage. Ainsi Kenya et Ethiopie vont-ils pratiquer la solution finale, surtout le Kenya qui avait été durement secoué par les bombes d'al-Qaïda. Depuis octobre 2011 - date de la prise d'otages de 4 travailleuses humanitaires blanches - ses raids ne sont plus des manoeuvres de pacification mais de destruction. L'Ethiopie inquiétée sur sa frontière nord par l'Erythrée, Corée du nord africaine qui soutient les insurgés de l'ex-Somaliland, veut en finir maintenant.
En mer, la piraterie étant directement liée à la prospérité des Shebbab, sa réduction est impérative et c'est sans doute la seule fenêtre de collaboration affichée avec le monde extérieur au continent. On peut concevoir que de plus en plus de pirates seront ramenés devant les tribunaux kenyans, la vieille punition "haut et court" n'étant plus d'application malgré son indéniable dissuasion ; mais on sera plus discret en coulant les barques. Notre pronostic est une liquidation générale des Shebbab avec malheureusement des dommages collatéraux dus à leur propension à se réfugier dans les jupes des femmes.

(DD) Boko Haram du Nigeria

Abubakar Shekau
Cette secte nombreuse sévit dans les provinces du nord, contiguëment au Niger. Ayant adopté les codes islamistes et le terrorisme d'application qui va avec, elle est combattue par les forces nigérianes qui hachent leurs rangs sans état d'âme. Des éléments nombreux sont montés au Mali renforcer AQMI mais il semblerait qu'ils se soient débandés devant la réplique française et nigérienne, ce qui est plus facile pour eux qui sont majoritairement des Haoussas (noirs). Si les pertes encourues n'entameront sans doute pas la ressource au Nigéria surpeuplé, elles encourageront l'action d'éradication des forces nigérianes (police et infanterie) et notre pronostic est la liquéfaction de la secte par découragement ou moindre propension au sacrifice. Des vierges, il y en a de très belles sur terre et Boko Haram vient de déclarer un cessez-le-feu ! Nous ne faisons pas de pronostic pour le moment.

(EE) AQMI-MUJAO au Sahara

Le groupe islamiste touareg Ansar Dine doit être dissocié des deux groupes arabes, même s'ils sont interpénétrés. Il est probable qu'une paix forcée entre le MNLA-MIA et le pouvoir noir de Bamako, réglant la question de la représentativité douteuse de ces Touaregs insurgés, conduise à une autonomie jouable à condition qu'elle soit couplée au développement économique du nord. Le dispositif retenu affaiblira terriblement l'élan de la rébellion islamiste touarègue qui pour la première fois ne dictera pas ses conditions. Son chef charismatique à demi-fou, Iyad ag Ghali, se terrera dans une grotte des Iforas à guetter l'hydravion blanc du Qatar qui viendra l'emporter, tandis que ses troupes même bien armées seront débandées par les escadrons méharistes des nations voisines convenablement soldés et sous appui-feu continu. On compte sur les Tchadiens, et les Touaregs ralliés qui se referont un pucelage et,... nous-mêmes un peu.

Abdelmalek Droukdel, émir AQMI
Restent les deux composantes terroristes versées dans le narco-trafic¹ pour faire court. Les motivations religieuses affichées ne sont plus crédibles au sein des habitants du pays après la découverte des atrocités commises dans les villes prises. Il leur sera difficile de prospérer dans l'Adrar des Iforas avec l'hostilité déclarée ou contrainte des populations des vallées alentour. S'étant dévoilés comme des bandits cruels, ils ne pourront pas se muer en talibans afghans² vivant au milieu du peuple comme un poisson dans la rivière. Ils sont en plus perçus comme des "étrangers". C'est une courte vie de proscrits cernés qui les attend. Elle deviendra vite intenable quand les gardes-frontière des pays voisins auront été renforcés - l'Algérie a descendu 1400 hommes en renfort sur sa frontière - et qu'ils devront affronter sur leurs seules réserves Tchadiens, Maures et Touaregs marchant à la prime. En plus j'ai vu passer sur mon écran deux canons Caesar³ français qui montent vers le nord ! La chambre de décompression libyenne utilisée par Belmokhtar (Mister Malboro) qui joue à "chat perché" sera de plus en plus inaccessible par la reconstitution des forces libyennes.
La profession de djihadiste incandescent ne durera qu'aussi longtemps le permettra le trésor accumulé par le trafic et la prise d'otages. Notre pronostic est la neutralisation des zones de parcours par les Français et l'éradication par les drones américains des derniers noyaux durs protégeant leur fric, quand les plus fragiles seront retournés à la garde des chèvres.
Restent nos otages.

Actu: Ont été sauvés de l'incinération aérienne par les Touaregs les chefs de groupe terroriste Mohamed Moussa Ag Mouhamed (Ansar Dine) et Oumeïni Ould Baba Akhmed (MUJAO), capturés à In Hallil le 2 février. Direction sans doute le TPI.


(1) on lira avec profit un billet dédié au narco-trafic et à son extension au-delà des groupes terroristes par ici.
(2) les Talibans afghans commencent à se rendre... selon Al-Jaezira.
(3) canon semi-automatique de 155mm Caesar porté sur camion, qui met 8 coups/minute à 40 kilomètres, acquisition des données et calcul automatique en temps masqué ; c'est une arme de saturation.



Il y a de bonnes raisons de croire en la défaite de l'Afrikistan, mais la meilleure garantie de bonne fin sera une vraie gouvernance qui coupe les ponts avec la corruption endémique, permettant d'injecter des fonds de développement efficaces. Tous les pays africains sont concernés, tous y compris les pays non africains impliqués dans les projets !


Nairobi




mercredi 15 avril 2009

Frères de la Côte

chalutier chinoisSelon les Instructions nautiques du SHOM¹, les vagues du Golfe d'Aden sont moins hautes en avril. Aussi la saison de la flibuste bat-elle son plein. Quant au malheureux imbécile qui, au motif d'un univers fraternel, a outrepassé tous les avis aux navigateurs depuis Aden - excellente escale de repérage des niais et des fous -, que Dieu le reçoive dans le confort du paradis des bisounours.
Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ... terrible désaveu pour ceux qui restent à contempler l'effet meutrier de la béatitude !

Les commentaires déversés sur les dépêches à l'occasion des attaques française et américaine prêtent à rire : il faut sauver la Somalie des affres de la Misère noire, incinérer les ports de départ des speedboats, excaver au napalm le caïd Abdi Garad de sa tanière creusée dans le sable, voire refaire le coup de Bourmont de 1830 à Alger et revenir au résultat 130 ans plus tard !

Ceux qui traînent leurs gosses voir des films de pirates devraient applaudir au courage de ces pêcheurs recyclés dans la course à brevet, oui à brevet, dès lors qu'on est capable d'armer des "morutiers" à 400 milles nautiques des côtes pour mettre à l'eau les "doris". Je suppose que les services connaissent aujourd'hui les tenants de l'affaire et que, s'il ne se passe rien, ce n'est pas faute de moyens mais pour de vulgaires raisons diplomatiques. On ne peut multiplier les plaies ouvertes de l'islam incandescent et remettre à nouveau le pouvoir aux Islamic Courts Union après avoir envoyé l'Ethiopie le leur prendre en 2006. Le Golfe d'Aden est en zone non-convertible et le Yémen allié des Etats-Unis disposent de tous les stocks nécessaires pour armer les gangs du Putland à la morue.

carte somalie
Les grandes marines du monde - Etats-Unis, Royaume-Uni, Japon, France, Russie, Chine, Inde - ont dépêché leurs destroyers et leurs avions de patrouille maritime pour coaxer les pouilleux qui menacent 30% des flux d'énergie et 12% du commerce mondial des diverses, en vain. Le stock de navires captifs serait aujourd'hui de 18 unités et les équipages otages-boucliers dépassent les 300 marins. On doit acter la complète inutilité du dispositif de protection sarkozien déployé sous le nom européen d'Atalante et passer à autre chose. L'amiral Fitzgerald de l'US Navy le laisse entendre même si Washington ne parle que de déferrer les vilains à la Justice. Est-il prématuré de fermer Guantanamo ? Les états-majors sont payés au mois pour trouver la solution. S'ils échouent, il faut les licencier pour bouffonnerie avérée. A moins que ce ne soient les chefs d'Etats qui se dévoilent rapidement largués quand les problèmes deviennent sérieux et imposent leur insuffisance à leurs subordonnés. On ne le saura pas.

Allons voir les Frères de la Côte.
somaliCette zone est infestée depuis la haute époque quand les pirates américains des Caraïbes désarmés par les marines européennes, rejoignirent l'Océan indien pour survivre dans la joie des abordages sur la ligne des compagnies des Indes. A la différence près qu'ils se basaient plus bas derrière Madagascar pour ne pas être attaqués par leurs confrères yéménites ou zanzibari qui écumaient le Canal de Mozambique. Ils créèrent même Libertalia vers 1695, une anarchie républicaine dans la rade de Diego Suarez. On peut supposer que de belles histoires de flibuste ont couru les longues soirées à la lampe à huile dans les cases de Kismaayo, Hobyo ou Eyl.

Il s'appelle Abdul Mouamar, réfugié au Kenya, il vivait à Boosaaso. Il nous explique (décryptage maison):
« L'aventure flibustière s'apparente par tous ses aspects au narco-trafic, à la réserve près qu'elle rapporte sans doute moins ; mais cinquante ou cent millions de dollars par an ne sont pas négligés dans un pays aussi effondré que la Somalie.
A la mer, le Somali porte fièrement un fusil automatique moderne, des grenades, voire un lance-roquettes russe. Ça allonge le membre à coup sûr. A terre, le même vit à proximité de son gangster de chef dans la mouvance municipale et loge dans une grande maison garnie de voitures brillantes et de belles hétaïres pas farouches et renouvelées pour l'hygiène.
Pas de gouvernement au-delà des limites de la ville, pas de travail facile ou pénible puisque le pays est perfusé par le PAM², pas de banques courant à la banqueroute, pas de banque du tout. Il suffit d'intégrer le système clanique, de faire la guerre du clan, et tout va bien. L'absence de gouvernement induit celle de toute force militaire et surtout celle des gardes-côtes.
La pays est cool. Tellement, que tous les pirates ne sont pas somalis. Le bonheur sur terre attire toutes les mouches de la corne d'Afrique et d'en face, mais aussi des pêcheurs de partout tant les eaux sont poissonneuses en thons, barracudas et pargos de récif. Aussi les gangs ont-ils vite compris qu'il rapportait plus de saisir les chalutiers que les poissons. Puis de fil en aiguille ils sont arrivés au porte-containers (Maersk Alabama) et même une fois au super-tanker (le Sirius Star de l'Aramco) ».

Comme quoi, qui vole un oeuf ... ! Pour l'instant l'image projetée par la capture d'otages est celle du billet vert en coupures de 100. Il ne s'y superpose pas encore celle d'un djihad marin contre le Capital occimondial et ses suppôts.

pirates vers le Jean-de-Vienne
Mais tout passe, tout lasse. Les premiers gangs qui ont mis leurs oeufs dans le Golfe d'Aden ont muté en bizness-politiciens, laissant la gandoura du ruffian aux orties s'il en pousse, pour faire dans le philanthropique. L'un deux dut lire les mémoires de Lucky Luciano - nous sommes pour partie dans une ancienne colonie italienne - à qui ses oeuvres valurent des obsèques nationales à Naples en 1962.
Après le philanthropique, vient le politique. On change de niveau, on accède aux salles de conférences, un jour même à Davos, on peut porter du Armani sur des bottines à la Dumas, et faire briller la vraie Rolex made in Suisse, parler même à Jacques Attali, marier une salope de chez Penthouse. Un vrai programme.
La piraterie ferait-elle le parvenu ?



funérailles de Lucky Luciano
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Note (1): Service hydrographique et océanique de la marine française
Note (2): Programme alimentaire mondial des Nations-Unies

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