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lundi 31 janvier 2022

L'heure de la "chouette"

L'affaire était annoncée à grand tapage, qui ne fut pas soutenu, aussi longtemps que l'actualité n'offre mieux, plus clivant, divisif, scandaleux. L'alarme et le scandale sont les deux mamelles de l'info en continu qui ne vit que d'audience. Demain ce sera le satyre assassin Lelandais !

Ainsi le jacassement insupportable de la pie Taubira parvint-il à couvrir dimanche le frou-frou des suavités sucrées de l'arrivée de Marion Maréchal dans la campagne présidentielle. "Back to the trees !" a-t-on envie de crier à la sorcière vaudoue, qu'on puisse entendre enfin les propos rassurants de l'égérie blonde des conservateurs totaux. Parce qu'on l'écoute, elle, contrairement à Valérie Pécresse que le téléspectateur zappe ! Parce que son charme dont elle sait si bien jouer avec sa coqueterie dans l'œil, est ce qui manque à Eric Zemmour pour éloigner la peur qui plane sur son programme radical quand il s'adresse à la droite classique et cocue d'avance.

Marion Maréchal

Que Marion Maréchal ne soutienne pas sa tante n'est un scoop pour personne, sauf pour le fond de panier des puceaux de l'école de journalisme, puisque les deux Le Pen ont rompu il y a cinq ans maintenant et que la fille du Pirate a procédé à des purges staliniennes au sein de son parti renommé RN, afin d'éliminer la concurrence de l'altière beauté au parler clair. Marion Maréchal ne "lâche" pas Marine Le Pen puisqu'elle ne l'a jamais "tenue". Elle a néanmoins un agenda.

Le projet de sa vie est un four ! Il n'a pas suffi d'un hall d'entrée très réussi, de communiquer abondamment et dans l'emphase sur les cursus de l'ISSEP à Lyon, pour que la nouvelle ENA prenne ses marques, obtienne la reconnaissance d'un diplôme et soit submergée de candidats-étudiants. Avec un effectif de cours de sténodactylographie, quelques profs de droite et un cycle de séminaires, la fusée du tradi-conservatisme français s'est crashée. Qui ne risque rien... bien sûr ! On devine ensuite que l'un des esprits les plus déliés de la classe politique française, savourant d'avance l'averse d'applaudissements à son discours de tribune, ne pouvait pas se reconvertir dans le mannequinat, quoique ! Elle aime la politique plus que les sciences politiques, c'est de famille. Arrivent en juin prochain les élections législatives, et il lui faut trouver chaussure à son pied dans une investiture jouable. Le nouveau parti Reconquête est le vecteur idoine sur cette trajectoire électorale. D'autant qu'Eric Zemmour fut un temps son mentor et qu'ils s'entendent bien en ville. Certes, elle ne dira jamais que Tonton Léon n'a aucune chance d'accéder au second tour, malgré le renfort de vieilles carnes attirées par la lumière médiatique, d'autant qu'il est probable qu'il ne le croit pas lui-même - il est trop intelligent - mais pour agréger la masse critique nécessaire à sa candidature à la députation elle se doit de faire semblant et de chanter avec les autres : "Elle est des nôtres, elle a bu son verre comme les autres !".

Marion Maréchal

Deux réflexions gratuites : l'arrivée de Marion Maréchal chez Reconquista n'aura qu'un effet booster limité, puisque ses supporters ont déjà décidé de voter Zemmour. Par contre le problème se pose au Rassemblement national : Marion Maréchal a gardé des partisans au sein du parti Le Pen qui pourraient trahir par sympathie, sinon par arrivisme. Il faut dire que beaucoup de cadres RN, et pas que les maréchalistes, regrettent qu'un discours mieux articulé, plus intellectuel et plus résilient sur une ligne de droite décomplexée, ne soit pas porté par leur candidate. Il y a des gens qui savent parler et débattre comme Jordan Bardella ou Nicolas Bay, mais il en faudrait bien plus pour déborder des bataillons "ras-le-front" vers ceux de la classe moyenne inférieure en quête de réformes (les gilets jaunes des ronds-points). Marion Maréchal parle à ces gens-là et dans le même mouvement à la fachosphère dont elle coche toutes les cases ! Bruno Mégret anticipe l'émiettement du parti, mais vu ce qu'il y a subi, on ne peut entièrement faire confiance en son jugement. Je ne sais ce qu'en pense le petit télégraphiste Ménard qui ne cesse de s'agiter dans l'imploration d'une réunion de gens qui se détestent. Se sent-il une vocation de sous-maîtresse au One-Two-Two de la droite forte organisant une partie carrée ? Ce type m'horripile. Carrément, mais son heure est passée, les candidats n'ont rien à foutre du petit maire de Béziers qui se croit un destin national. Bon ! On va de nouveau entendre Marion Maréchal, et c'est déjà l'effet kiss-cool.

lundi 12 avril 2021

Macron sous le masque

casque corinthien


Dans l'entretien qu'il a accordé à Apolline de Malherbe le 10 avril, Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon signe un portrait de Jupiter pas piqué des hannetons. Il fait ressortir du casque qui couvre le président trois caractères décisifs : le joueur, le phraseur, le mondialiste. Le tout "en même temps". Si on prend la peine d'observer le comportement présidentiel depuis la marche funèbre du Louvre, on les retrouve sans discussion possible.

Emmanuel Macron a "joué" dans le choix de ses conseillers (on pense à Alexandre Benalla propulsé sans titres à la sécurité du monarque), de ses ministres (comment justifier Bayrou en Garde des Sceaux ou M. Castaner à l'Intérieur, M. Delevoye aux Retraites et pour finir Eric Dupont-Moretti ?). Il continue à risquer ses mises sur les confinements et plus loin sur la collaboration ensablée des cinq pays du Sahel. Ne parlons pas du Levant. Il n'y a pas de stratégie, c'est un coup après l'autre.

A l'époque du théâtre de Brigitte, il s'est converti au "verbe" qui suffit à tout et on l'a vu mettre en pratique cette conviction dans la campagne électorale - mais c'était classique - puis dans les marathons dialectiques communaux censés désamorcer le mécontentement des gilets jaunes. On le vit plusieurs fois jouir de l'érection mentale qui le portait des heures durant en bras de chemise à convaincre ses auditeurs par la seule force du verbe. Au Commencement...

Le dernier caractère, celui de "Global Leader", fut célébré dès sa première incursion parmi ses pairs européens quant il demandait une refonte des mécanismes de l'Eurogroupe contre une réforme en profondeur de l'Etat français. Les heures grises de M. Hollande étaient derrière nous, Bonaparte avait passé le pont d'Arcole. Rien n'arriva et sa volonté spectaculaire de convaincre chacun de la justesse de ses vues et du bénéfice commun qui en serait retiré, échoua avec Theresa May, Donald Trump, Vladimir Poutine, Angela Merkel, Mark Rutte et tous les partenaires de l'OTAN, échaudés par les prétentions de l'impétrant à commander leurs armées.

Que retiendra-t-on du quinquennat de M. Macron à l'étranger ? L'incendie de la cathédrale de Paris, mère en littérature de toutes les cathédrales gothiques du monde, et l'incendie de la société française par les émeutes des yellow vests. Paradoxalement c'est la pandémie du coronavirus chinois qui a sauvé l'image présidentielle d'une ruine complète. Mais la petite dictature sanitaire est très mal supportée par la population entre deux âges. Va-t-elle en tenir compte lors de l'échéance présidentielle, comme le prédit Philippe de Villiers ? Langue au chat.

Le deuxième point d'irritation de la semaine - il y en a d'autres - est la suppression de l'Ecole nationale d'administration. La décision est éminemment politique pour ne pas dire populiste. Elu par la haute bourgeoisie d'Etat (et la Banque), Emmanuel Macron sacrifie la Garde impériale sur l'autel de la démagogie. Et qui en parle le mieux dans des termes que nous faisons nôtres sans ôter une seule virgule (mais les intertitres, si) ? Marion Maréchal de l'ISSEP, dans le Point numérique que je pompe sans scrupule puisqu'ils l'ont mise en ligne (clic). Voici le bloc :

Depuis les premières revendications des Gilets jaunes, les analyses n'en finissent plus sur la recomposition de l'ordre politique. Un clivage semble devenu déterminant : celui opposant l'« élite » et le « peuple », qui se manifeste à la fois sur le plan économique, territorial, intellectuel, culturel et finalement électoral.
Un clivage qui s'est polarisé autour de la personne d'Emmanuel Macron, incarnation chimiquement pure de cette représentation d'une « élite de la haute finance et la haute administration, symboliquement réunies dans la personne même du chef de l'État » pour reprendre les mots du sociologue Jérôme Sainte-Marie. C'est pourtant ce même chef de l'État, diplômé de l'ENA, qui décide de s'attaquer à cette prestigieuse institution. Alors que certains se perdent en conjectures sur la nature du « en-même-temps », tantôt appelé saint-simonien, tantôt appelé libéral, mais que nous ne craignons pas de qualifier de fondamentalement brumeux, Emmanuel Macron, pour une fois, a les idées claires : s'opposer frontalement à l'héritage du général de Gaulle, créateur de l'ENA.
Disons-le tout net : beaucoup, dont je fais partie, dénoncent depuis longtemps l'arrogance d'une « élite » qui n'en a plus que le nom. Une « élite » prisonnière d'un politiquement correct stérilisant pour l'esprit, indifférent au déclassement de notre pays dans la jungle de la mondialisation, incapable de regarder la violence du monde telle qu'elle est, au plan identitaire, économique ou géopolitique, pour le plus grand malheur du pays. Une « élite » qui se complaît dans le copinage et le pantouflage, s'affaire à briguer des mandats en s'épargnant les risques professionnels qui s'y attachent par le système avantageux du détachement, se voit propulsée à des postes de capitaine d'industrie publique sans jamais rendre de comptes, nomme les copains de promotion aux postes stratégiques. Tout ceci est, hélas, bien connu et alimente la colère sourde des Français, peuple trop intelligent pour s'en laisser conter. Et pourtant, qui peut décemment imaginer que la suppression de l'ENA réglerait comme par magie les problèmes de la France ? Les difficultés rencontrées par les Gilets jaunes méritaient mieux qu'une réponse démagogique et caricaturale qui frôle la diversion politique.
Cette solution radicale est typique du syndrome français de haine de soi et ne manquera pas de surprendre à l'étranger. Imagine-t-on les États-Unis supprimer Harvard ou le Royaume-Uni l'université de Cambridge parce que le pays va mal ?
Par cette décision, Emmanuel Macron tire un trait sur une école dont la réputation est enviée à l'étranger et qui n'a aucun équivalent. Cette institution est un puissant instrument de soft power français qui a été exporté dans plusieurs pays du monde et participe à notre crédibilité internationale, car la compétence de notre haute fonction publique est reconnue et recherchée hors de nos frontières. En réalité, la critique de l'ENA surfe sur le rejet, que je partage, d'un étatisme asphyxiant pour le pays. Le président espère certainement capitaliser sur l'exaspération légitime des Français vis-à-vis de cet État qui déploie des trésors de contraintes et d'ingéniosité quand il s'agit de faire les poches des Français et qui fait preuve d'une coupable faiblesse quand il s'agit de contenir les émeutes dans les cités. Soyons lucides, s'en prendre à l'ENA ne réglera pas le problème du millefeuille institutionnel, de la boulimie administrative, de l'interventionnisme public à tous crins, du recul de l'efficacité de l'État régalien, des gabegies à tous les étages. Avec la suppression de cette école, certes fortement critiquable dans certaines de ses évolutions récentes, disparaît un monde dans lequel le service public, et donc le travail pour l'intérêt général, représentait encore l'une des situations les plus enviables et admirables de la société. Le message envoyé est délétère : l'excellence n'est donc plus ni reconnue ni requise dans le recrutement de la haute fonction publique et va fragiliser encore davantage l'État, pilier central de la nation. Autant dire directement à nos jeunes talents ambitieux : « Allez faire carrière chez Goldman Sachs. » Ce qu'ils ne manquent déjà pas de faire pour beaucoup et la plupart du temps à l'étranger. Il est vrai que cet esprit de service public tendait déjà à s'effacer à l'ENA devant la mode du new public management avec ses outils de performance, ses tableaux Excel et ses algorithmes. Cette décision poursuit l'effacement progressif des formations classiques en sciences sociales devant les grandes « business school » internationales ; une mutation logique à l'heure de la « start-up nation » où l'administration des choses a remplacé le gouvernement des hommes.
Alors faut-il espérer que le remplacement de l'ENA par une autre structure permettra de rebrancher une élite déconnectée ? Il y a de quoi en douter alors que cette « déconnexion » est le produit d'une « archipellisation » française bien plus profonde, identifiée par le sociologue Jérôme Fourquet. L'entre-soi sociologique qui règne dans l'ensemble des grandes écoles du pays n'est que l'un des symptômes manifestes de cet état de la société. Il est bien sûr nécessaire de lutter contre ce phénomène qui contribue au façonnage d'une vision homogène du monde et à l'apparition d'une lecture univoque des problèmes qui caractérise trop souvent notre haute fonction publique et nos dirigeants politiques. En effet, les deux tiers des élèves de l'ENA sont des enfants de cadres et la moitié de ceux de l'ENA sont diplômés de Science Po Paris. Vouloir ouvrir ce type de formation notamment aux élèves issus de l'université publique est louable. Encore faut-il que cela n'aboutisse pas à abaisser encore le niveau de sélection à l'entrée.
Malgré toutes les réformes engagées ces dernières années pour faciliter l'entrée du concours à des profils plus hétérogènes, avec notamment la disparition prévue de l'épreuve de culture générale, la transformation du concours d'entrée, les voies d'admission spécifiques pour les territoires dits défavorisés comme la Seine-Saint-Denis, la discrimination positive feutrée, force est de constater que l'école s'avérait bien plus démocratique dans les années 1960 et 1970 qu'elle ne l'est aujourd'hui.
Pour une raison simple : baisser les exigences n'a jamais été la solution. Le problème trouve sa source dans le processus de destruction de l'école publique depuis 30 ans. À force de délires pédagogistes, de militantisme idéologique notamment en histoire, d'affaiblissement de l'autorité, de précarisation du métier d'enseignant, l'école publique est devenue une assignation à résidence sociale. Comment imaginer que des élèves issus de milieux modestes puissent un jour accéder à Normale, Polytechnique ou l'ENA si l'école primaire ne permet même plus d'apprendre correctement à lire, écrire et compter ? Faut-il rappeler le douloureux classement TIMSS 2020 dans lequel la France se place respectivement dernière et avant-dernière en Europe pour le niveau de ses élèves de CM1 et de 4e en mathématique ? Car oui, le rôle de l'ENA n'est pas de réparer les errements de l'Éducation nationale depuis 40 ans. Il est de sélectionner et former les meilleurs, sauf à sacrifier notre rang de puissance mondiale dans les décennies à venir. Vouloir démocratiser le bac en l'accordant à 90 % d'une classe d'âge n'a pas ouvert plus de perspectives aux lycéens issus de milieux populaires, il n'a fait que dévaloriser complètement ce diplôme et le priver de toute valeur sur le marché du travail.
Alors que faire ? Si l'idée paraît séduisante de prime abord, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain en supprimant l'École nationale d'administration, mais la ramener dans le sillon de sa vocation première : former une élite compétente au service des intérêts français. En instaurant l'ENA et le classement de sortie en 1945, le général de Gaulle a voulu construire une école d'excellence, de référence et précisément lutter contre le corporatisme et le népotisme qui sévissaient alors dans la fonction publique.
Nous avons besoin d'une école dédiée à la formation des métiers si spécifiques de l'administration publique et l'ENA, forte de ses 60 années d'expérience, peut encore remplir cette mission si l'on se donne les moyens de son évolution. L'enseignement supérieur n'a pas à sacrifier son niveau d'exigence pour compenser les lacunes de l'enseignement primaire et secondaire. C'est à l'ensemble du système éducatif de se remettre en question afin de rendre l'accès aux études supérieures et aux grandes écoles véritablement démocratique. C'est pourquoi il ne faut pas avoir peur de rétablir un concours d'entrée très sélectif, seule option véritablement objective et méritocratique avec notamment le maintien de l'épreuve culture générale.
Certains objectifs poursuivis par le président avec la création de l'« ISP » sont légitimes bien que la méthode soit mauvaise. Remplacer une école par une autre ne servira à rien si l'esprit qui a conduit à son délitement et à son enfermement reste le même. Il faut en effet réformer les programmes pour les adapter aux défis de notre époque ; mais est-on sûr que la liste annoncée le 8 avril – où l'on parle par exemple de faire étudier la « pauvreté » aux futurs hauts fonctionnaires avec un paternalisme qui aurait fait rougir Guizot – répond aux défis ? Il s'agit bien de garantir un véritable pluralisme parmi les enseignants et les contenus, et d'assurer un débat fécond entre les approches des politiques économiques et sociales. Est-on sûr que la réforme annoncée ne va pas au contraire étendre l'influence du politiquement correct actuellement dominante ou qu'elle protégera des ravages de l'écriture inclusive, du décolonialisme et autres combats « intersectionnels » ? D'accord pour la professionnalisation : ouvrir les stages au monde du privé et de l'entreprise, introduire des compétences technologiques et scientifiques dans les programmes, organiser des expériences dans des administrations étrangères. Mais cela ne doit pas se faire au détriment de la culture générale, que le général de Gaulle qualifiait de « véritable école du commandement ». Il est temps également de supprimer le classement de sortie, aujourd'hui inadéquat, pour assurer les embauches en fonction des profils et des besoins des services de l'État. Tout comme il est nécessaire de mettre fin à cette culture du pantouflage qui consiste à confier la direction d'entreprises à des personnes qui ne sont pas formées à cette fin. Enfin, il faut mettre fin au lien ambigu entre le monde politique et la haute administration en exigeant des hauts fonctionnaires élus qu'ils démissionnent de leur corps d'origine. Mais nous n'avons pas vu, pour l'instant, que le projet annoncé ait des mécanismes efficaces de brassage social, de recrutement au mérite, ni de séparation des domaines.
Le président de la République a envoyé, avec la décision de supprimer l'ENA, un message clair : la France doit tourner la page de cette élite d'État voulue par le général de Gaulle. Telle est la maladie du progressisme : faire table rase du passé en sacrifiant du même coup l'avenir.[fin]


Un bémol dans la critique du jour : pas plus que moi, M. Macron ne semble croire vraiment aux synthèses des autorités sanitaires. S'il est un dommage collatéral grave c'est sans doute la mise en pièce de la crédibilité du corps médical qui, au lieu d'être au chevet des malades dans des unités de soins intensifs surchargées, fait sa promenade quotidienne sur les plateaux de télévision. Il n'est pas une heure où un professeur Machin, un épidémiologiste "connu", un généticien "primé" n'apporte sa contradiction et la solution définitive à tous nos maux. Qui savait jusqu'à maintenant que le monde hospitalier abritait tant de trolls ? Quant aux administrateurs en charge, ils se couvrent entre étages et se contredisent sans cesse. En fait, il n'y a pas de "Chef" pour arrêter le cirque Covid. Seuls les centres de vaccination sont convenablement armés de praticiens compétents avec le renfort d'agents municipaux dévoués, si tant est que les stocks arrivent. La France d'en bas se démerde, comme elle l'a toujours fait !

samedi 28 septembre 2019

Raout de la droite vraie ?

L'organisateur

Aujourd'hui même se tient à Paris la Convention de la Droite organisée par le Cercle Audace de la mouvance Maréchal/ISSEP pour lancer le réarmement intellectuel des droites. Les médiats, qui ne tiendront pas jusqu'à lundi avec le registre de condoléances à la famille du président disparu, anticipent un gros succès à l'annonce du nombre de participants venus d'horizon divers (c'est la formule consacrée). De grosses pointures (Fabrice Hadjadj, Candace Owens...) disputent l'affiche à des acteurs déjà fanés mais incontournables sur les plateaux de la comédie politique, et le piéton du roi anticipe une belle journée... sans effets rémanents !

Que tout le monde veuille bloquer le progressisme du président Macron est une chose, que les moyens techniques de le contrer dans les urnes - car c'est bien là que ça se passe encore - soient réunis et activés dans des réseaux combattifs, depuis la cellule de quartier jusqu'à l'état-major de coordination, en est une autre. Or ce combat ne peut être mené que sérieusement au plan de la méthode. Au lieu de quoi nous allons revivre le raout classique des meetings de campagne que le vent emporte. Quelques tables rondes posthumes analyseront les mots et ceux qui les auront prononcés, les punchlines, puis on passera aux réalités du moment, la campagne électorale des trente-six mille républiques municipales, avec leur problèmes métaphysiques de salles omnisport et de pissotières à pièces.

Le choix politicien de l'édile est calculé sur les avantages et inconvénients de la situation politique de son arrondissement, au plus large. La décision est dictée par les manœuvres locales du parti présidentiel (LaREM) en voie d'enracinement territorial pour préparer la réélection de 2022 de son champion. Les calculs personnels l'emporteront donc sur la stratégie de convictions jusqu'aux résultats du 23 mars 2020. Une fois que seront acquises les "situations", viendra l'heure de faire de la grande politique pour contrer l'équipe en place, si les électeurs n'en veulent plus, ce qui n'est pas dit. Dès l'alignement des planètes un chef devra préempter la convergence des droites, un chef suffisamment charismatique pour ringardiser les vieux rationnaires des partis de prébendiers qui squattent l'espace à droite depuis des lustres.

Pour le moment n'émerge que Marion Maréchal. Mais elle a contre elle le parti de sa tante et toutes les espérances d'établissement politique de ses cadres. Cela fera beaucoup de monde sous les chenilles. Pour le moment, les habituels contempteurs de M. Macron sont trop "habituels" pour que change quoique ce soit. A revoir donc en avril 2020.

samedi 15 juin 2019

LR : la radicalisation !

Ce que ne peuvent comprendre les caciques des Républicains, pas plus que les éléphants du Parti socialiste, est le désintérêt manifeste de l'opinion pour leur projet dès lors qu'ils n'en ont plus ! Le torse bombé de Christian Jacob, plébiscité par un cercle de prébendiers, fait sourire mais ne soyons pas chien, il y a quarante millions dans les caisses du parti qu'il faudra bien "investir". Ils sont le produit de la vente du siège. Dans l'observation des partis politiques ne jamais sous-estimer le volet financier. Il explique les trois-quarts des actualités internes du Front national au Parti communiste. Reste à mettre des mots sur la cagnotte ou le coffre béant. C'est à partir de là que ça pèche chez Les Républicains. Les mots du catalogue sont usés, ringards quand ils ne sont pas importés. Et surtout, le défi est pour eux de faire croire que ce qu'ils n'ont pas fait ou insuffisamment dans le passé sera réalisé comme par enchantement des le lendemain de leur résurrection.

L'électeur lambda - bonjour, je m'appelle Lambda [Bonjour Lambda !] j'ai commencé à boire dès l'âge de ma majorité civique - l'électeur Λ donc, sait tout à fait ce que veulent les Insoumis, une Sixième République marquée par la démocratie directe avec référendum citoyen, révocation des élus, essorage des riches pour rendre les pauvres obèses, dépense publique à guichets ouverts etc... Il en va de même pour LaREM : réforme du modèle social financièrement insoutenable, flicage des oisifs, mise au pas du secteur protégé, réduction du parlement, et dynamitage des bunkers syndicaux etc... Pareil pour les Écologistes : transition accélérée vers les énergies coûteuses et propres, localisme, véganisme, taxes, combat contre les Etats intérieurs (EDF), protection d'autres Etats intérieurs (SNCF) ; et on laissera Raphaël Glucksmann à ses rêves... mais pour Les Républicains, c'est la langue au chat ! Enfin pas tout à fait.

Dans sa remarquable campagne, François-Xavier Bellamy (il manque quand même quelque chose derrière, comme "de la Molière de Moyrazès" par exemple) avait brossé son combat pour les valeurs de notre civilisation et proposait d'en être le héraut au Parlement de Strasbourg. Les électeurs traditionnels ne l'ont pas suivi pour le motif précité : ces gens n'ont que de la bouche, chère Médème, et le petit Macron fait déjà le job ! C'est la crédibilité des cadres de son parti qui a tué Bellamy. A voir comment ils l'ont descendu après les résultats, on a compris que ce parti était devenu un syndicat professionnel en recherche de voix à tout prix. Mais le pire est à venir pour eux.


L'Ange de la Mort est blonde

Comme nous le confirme Causeur, après son passage sur LCI, Marion Maréchal préempte le plan de secours des Républicains et fait la synthèse des Droites sans forcer. L'article indispensable est à lire en cliquant ici avec un petit abonnement. Oui, bon, il faut aussi financer le format numérique. Or la Gauloise sans filtre des Le Pen a les mêmes facilités d'élocution que Bellamy, des valeurs décalquées, un charisme supérieur et une implication directe politique bien supérieure à la seule mairie de Versailles dans son école de physique sociale de Lyon (comme disait le Martégal). L'engouement qu'elle suscite auprès des médiats qui font l'opinion, s'il provient sans doute de l'audience qu'elle racole et du rehaussement des tarifs publicitaires, va déclencher la vague scélérate qu'on évoque lors des naufrages de gros temps, par la multiplication des énergies convoquées. Tout ce qui est prétendûment à droite va devoir répondre : avec ou contre Marion. La prochaine caricature de presse la mettra en cuir et fouet façon sado-maso.

Restera aux Républicains à commander la cabine téléphonique de leur prochain congrès, il y a du délai à cause des nouveaux modes de télécommunication, parce que les gens les laisseront débattre entre eux des postes et prébendes renouvelables en 2020, sachant qu'ils ne s'inquiètent d'autrui que jusqu'à midi. Dans notre titre, la radicalisation du parti signalait sa transformation en nouveau Parti radical, celui qui a gouverné la IIIè et la IVè République avant de se liquéfier dans l'indifférence générale faute d'élan. Changeront-ils de nom en plus ?



Complément du samedi 15 juin 2019 :

La journée de vendredi sur les chaînes de la TNT a été consacrée à Marion Maréchal Le Pen sur divers plateaux mais principalement sur LCI, au motif du premier anniversaire de l'ISSEP de Lyon. A quoi s'est ajouté un entretien de David Pujadas avec Patrick Buisson sur le sujet de l'union des droites que ce dernier réfute. Les rédactions suivent l'engouement public pour la politique blonde, pub oblige !

Bien qu'il nie la nomenclature de René Rémond, Buisson en reprend la fracture essentielle entre libéralisme et providence, proposant de former deux camps sans reclassement droite-gauche, l'un libéral, l'autre illibéral (même s'il n'emploie pas ce mot). Mais la béance de l'analyse actuelle de ces politologues apparaît sitôt qu'on interroge les jeunes "actifs" sur les valeurs à propager dans l'avenir. De ceux qui m'entourent et de ceux de mon environnement plus large, aucun ne se partage sur cette ligne de crête. Peut-être que dans la mouvance Sciences-Po des "contemplatifs" cette division existe-t-elle, mais la jeunesse au travail va plutôt, pour ce que j'en vois, vers le monde connecté et l'intelligence artificielle. L'histoire des droites en France est... de l'histoire. Ce constat, peut-être pas généralisable, amène à mettre en cause l'actualité de la classe politique française toujours en quête de prébendes à compte d'autrui. "Est-ce que ce monde est sérieux ?" chantait Francis Cabrel il y a vingt ans. C'est la démocratie.





jeudi 25 avril 2019

Culture à l'ISSEP

« La culture, c'est ce qui demeure dans l'homme lorsqu'il a tout oublié » [Emile Henriot (1889-1961) entre autres]. L'aphorisme fit florès, on l'attribua même au président radical-socialiste Edouard Herriot pour l'avoir cité dans son ouvrage Notes et Maximes. Qu'importe finalement s'il ne s'agit que d'expliquer l'importance d'une imprégnation culturelle dans la vie en société en insistant sur les moyens de l'obtenir.
Si Montaigne militait (comme Rabelais d'ailleurs) pour des têtes bien faites plutôt que bourrées, il anticipait l'avalanche de paradigmes nouveaux qu'il faudrait bien comprendre sans fouiller toutes les archives de l'humanité. Quoi de plus utile que de construire en chacun son laboratoire intellectuel. La directrice de l'ISSEP de Lyon est sur cet axe. Elle développe Montaigne à sa façon. Cela nous change des ravins abrupts du Rassemblement national familial :





DE L’IMPORTANCE DE LA CULTURE GÉNÉRALE


Avant de plaider pour l’intégration de la culture générale dans la formation des futurs dirigeants politiques, rappelons d’abord ce que la culture générale n’est pas.

La culture générale n’est pas une simple accumulation de connaissances. Elle est la tête bien faite, autrement dit, l’intelligence transversale capable de rassembler des informations, apte à puiser dans différentes matières sans être enfermée dans un domaine d’expertise et disposée à confronter le présent au passé pour en tirer des leçons, une analyse, un jugement.

Il ne s’agit ici pas de quantitatif mais de qualitatif. Il ne s’agit pas d’avoir mais bien d’être. La culture générale n’est pas faite pour briller en société, elle aide à penser, à vivre, elle façonne la personne et sa façon d’appréhender le monde. Qui a lu Balzac, qui a entendu Chopin, qui a admiré les statues du Bernin, qui a vibré au récit de la bataille de Patay ne perçoit pas les murmures du monde de la même manière.

A l’heure où la gouvernance et l’administration des choses ont remplacé le gouvernement des peuples, où le langage et la pratique managériale ont remplacé la Politique, il est important de rappeler que la capacité à conduire des Hommes émane moins de techniques toutes-faites de management que d’une bonne connaissance des tréfonds de l’âme humaine (à ce titre, la qualification désuète d’Humanités pour désigner la culture générale prenait tout son sens) et d’une réelle capacité de discernement. Le Général de Gaulle résumait parfaitement ces bénéfices dans son ouvrage Au fil de l’épée : « La véritable école du commandement est celle de la culture générale. Par elle, la pensée est mise à même de s’exercer avec ordre, de discerner dans les choses l’essentiel de l’accessoire [...] de s’élever à ce degré où les ensembles apparaissent sans préjudice des nuances. Pas un illustre capitaine qui n’eût le goût et le sentiment du patrimoine et de l’esprit humain. Au fond des victoires d’Alexandre, on retrouve toujours Aristote…»

Dans un monde où les expertises sont rapidement obsolètes, où l’intelligence artificielle commence à concurrencer l’intelligence humaine, où les professionnels sont amenés à changer plusieurs fois, non pas de postes, mais de métiers, il est indispensable de comprendre rapidement, de savoir construire un raisonnement, de développer son esprit critique. Telle sont les véritables compétences attachées à la mobilité si souvent citée comme nouvel impératif dans le monde du travail.

Un futur dirigeant politique ne peut se dispenser de s’enraciner dans une culture et une histoire pour s’imprégner de l’inconscient du peuple, de sa mentalité et de ses mœurs en vue de lui donner un cap auquel il adhérera. Comme le disait André Charlier dans l’une de ses lettres adressée à ses élèves: « l’âme d’une maison, comme celle d’un peuple, est faite de beaucoup de fidélités silencieuses ».

S’inscrire dans le temps long c’est accepter d’être le dépositaire de ces fidélités qui nous dépassent. C’est en comprendre la valeur et la fragilité, car la fraternité humaine est un sentiment que l’on ne peut imposer ou décréter. Il est le fruit mûr du temps et d’échanges séculaires qui façonnent la reconnaissance de soi en l’autre au point de se sentir responsable de lui.

Le politique qui s’amuse à déstructurer cette fraternité par méconnaissance, inadvertance ou pire, par lâcheté ou cynisme est terriblement coupable. S’attaquer à ce legs est la pire des trahisons car il constitue le socle de notre société et la condition de son harmonie.

Rechercher une culture générale est un exercice d’humilité.

Effleurer l’immensité des savoirs qui nous ont précédés permet de mesurer à quel point nous ne savons rien ou si peu. Cet exercice aide à se prémunir contre la grande vanité frappant chaque génération, qui consiste à se croire bien supérieure dans la morale et l’esprit à la précédente. Tous ces savoirs nous invitent à pratiquer la prudence, cette vertu que la philosophie grecque puis la doctrine chrétienne présentent comme cardinale.

Voilà pourquoi l’ISSEP place la culture générale au cœur de son projet pédagogique. Afin que les futurs dirigeants politiques que nous formons abordent la politique pour ce qu’elle est : une science de l’Homme, l’art de son gouvernement, la poursuite de ce qui sied à sa cohésion et à son bien-être.


Marion MARÉCHAL
Directrice générale de l’ISSEP
(original ici)

lundi 3 décembre 2018

Cercle Audace

Le Cercle Audace est un collectif de professionnels pour l'alliance des Droites, dont la formule actuelle vient d'être lancée ce 26 novembre par la directrice de l'ISSEP, Marion Maréchal herself !
Le Cercle n'est pas pour autant un perdreau de l'année. Constitué en aspirateur d'entrepreneurs au profit du Front national après l'élection présidentielle, l'association a vite compris que sa zone de chalandise était trop étroite pour aboutir à quelque chose de significatif dans la gestion du nouveau Rassemblement national et s'y faire entendre. On est donc passé au cercle classique à large bande passante qui cherche à recruter tout ce qui n'est pas à gauche parmi les professionnels attentifs à la politique. Au vu de l'insurrection qui vient, comme on dit à Tarnac, le positionnement est tout à fait pertinent.
Si le RN se montre indisposé par cette concurrence, il pèse peu sur ce segment de marché pour ne pas dire rien. L'intention des chefs de la chose est d'aimanter la limaille des commerçants, petits et moyens entrepreneurs sur des réflexions de bon sens, vers des objectifs raisonnés loin des idéologies automatiques de la nomenklatura aux affaires. Il faut aller sur le site du Cercle en construction, lire par exemple les 10 propositions ciblées pour en saisir la couleur en cliquant ici, puis d'écouter Marion Maréchal qui dans son discours encadre les travaux sans le dire. D'aucuns regretteront qu'elle n'ait pas proclamé sa candidature à la présidentielle de 2022 lors de cette inauguration, mais sans doute aurait-elle nui au rallye des droites qui maintenant peut se faire. Ecoutons-la, c'est clair, direct, pensé, bien dit, un esprit délié à la française pendant quarante-cinq minutes :


Quel avenir pour les Droites ?





lundi 1 octobre 2018

Au comptoir de l'Improbable

L'adresse au Congrès des familles de Chișinău par le prince Louis de Bourbon délivrée le vendredi 14 septembre 2018 (en anglais) restera dans les annales de la Légitimité pour trois raisons : il s'y présente dans un style direct comme le successeur des rois de France ; il évacue toutes dérives de la famille traditionnelle ; le texte est long (qui l'a écrit ?).

Je vous propose d'en reprendre la chair politique en laissant de côté les politesses et les accessoires rhétoriques, mais le texte peut être lu in extenso en français en cliquant ici. Nous ferons aussi l'économie de la revendication dynastique habituelle.

Nous y voyons trois chapitres, (1) la monarchie héréditaire de projet ; (2) la famille, cellule essentielle des sociétés humaines ; (3) le chaînage des générations. Le verbatim du prince est en caractères gras, les intertitres sont de mon cru.

I.- Le projet capétien est celui d'une famille


Je me trouve héritier d’une famille qui a régné durant plus de huit cents ans en France et qui, surtout, comme tous les historiens le reconnaissent, a fait d’un petit domaine un état puissant et rayonnant en Europe et au-delà. Cette œuvre a été possible parce qu’elle fut celle d’une famille, la famille royale, Ainsi, les lois fondamentales du royaume, la Constitution de l’époque, qui ont permis son développement, étaient à l’origine une loi de famille. Pour le plus grand bien collectif, ces lois organisaient la transmission du pouvoir royal de mâle en mâle par ordre de primogéniture. Elles garantissaient ainsi la stabilité du pouvoir et assuraient une dynastie nationale. Tel est le « miracle capétien ». Loi de famille mais tout autant loi sociale puisqu’elle était basée sur un ordre et qu’il en résultait des hiérarchies naturelles entre les personnes.

C'est l'exact fondement du régime de monarchie héréditaire dans le continuum d'un projet. Tous les royaumes n'en ont pas bénéficié, principalement ceux régis par des monarchies électives dont les intérêts pouvaient être distraits par des contingences extérieures. Deux monarchies européennes au moins sont l'archétype des monarchies de projet, la française et la prussienne. L'anglaise, une thalassocratie s'établissant sur un archipel ramassé est à part. La première fut mise en défaut pour n'avoir pas veillé suffisamment à la condition des peuples alors qu'elle agissait puissamment sur les théâtres extérieurs, la seconde est exactement l'inverse, soucieuse du bien commun à l'intérieur, c'est sa démarche d'hégémonie extérieure qui l'a tuée ; les deux ont disparu. L'exemple de monarchie de déconstruction par l'élection est celui de la Pologne. Nul royaume n'a connu pareils malheurs dans son histoire.
Concernant le modèle, nous rappellerons juste un paragraphe (le 6ème) de l'A-propos de ce blogue publié en 2008 auquel nous ne changeons rien :
Le roi est la clef de voûte idéale puisqu'il pérennise l'idée de Nation, l'incarne toute et la domine. Il sert de repère fixe dans les périodes de tumultes, apaise les contentieux, recherche le bien de chacun et de tous, et par éducation, est au fait de la chose publique très tôt dans sa vie. La charge de roi accumule l'expérience nécessaire à l'exercice de sa fonction pendant une période plus longue que la seule vie du titulaire au moment. Le roi dont le souci premier est le legs d'un héritage toujours mieux consolidé n'est prisonnier d'aucun dogme, d'aucune idéologie, d'aucune loi supérieure à celle qui le sacre. Le roi est enfin la garantie d'un rajeunissement périodique de la clef de voûte nationale quand s'ouvre sa succession. Le modèle est naturellement évolutif.


II.- La cellule essentielle


Nous sommes responsables de cette cellule sociale, lieu de la vraie solidarité et rempart contre la précarité et l’isolement. Cette défense de la famille passe par celle de la vie, de sa conception à la mort naturelle et, au-delà, par le respect dû aux morts qui ne doivent pas devenir des enjeux de pouvoir ; elle passe par la transmission des valeurs et notamment par l’éducation qui ne peut se limiter à l’instruction. Voilà ce qu’il convient d’affirmer et surtout d’assumer malgré les embûches de législations souvent hostiles. Ceux qui attaquent la famille naturelle savent ce qu’ils font. Par la famille ils cherchent à atteindre la société toute entière et ses fondements. C’est ainsi que naissent les totalitarismes. Ce danger est actuel.

Si la cellule familiale a fait ses preuves à outrance - neuf milliards d'êtres humains sont en train de ruiner la seule planète habitable de notre système solaire - la régulation des naissances devrait interpeler l'intelligence dans la procréation au lieu de convoquer la boucherie en dernier ressort. Si Louis de Bourbon ne s'en prend pas explicitement à l'avortement-pour-tous qui est devenu l'étalonnage du progrès d'une civilisation dans l'opinion fabriquée par les médiats, on a compris qu'il est pro-vie comme d'ailleurs son cousin d'Orléans, devenu cette année un administrateur de l’Institut Jérôme Lejeune.

Cette question de la régulation par la mort est en train de monter dans tous les pays, à entendre les cris d'orfraie du camp progressiste qui anticipe une réduction de ses "droits". Il ne m'étonnerait pas que dans dix ans , nous revenions en France à la loi Veil d'origine, celle qui préservait la femme de décisions cruelles en s'arrêtant au seuil du meurtre gratuit. Les réserves de plus en plus ouvertes du corps médical vont y aider, surtout si l'Etat veut le contraindre. Le sujet mérite un article séparé, mais il n'échappe à personne qu'ici, sur ce site, l'embryon est un homme en devenir et rien de moins.

Les positions du prince recoupent celles de La Manif Pour Tous, mais il est quelqu'un de plus médiatisé que Ludovine de la Rochère, qui défend la famille traditionnelle en jetant dans la balance l'alternative qui cerne complètement la question, c'est Marion Maréchal ex-Le Pen. Déjà, à l'époque du projet de "loi famille" du gouvernement Ayrault, elle dénonçait sur les bancs de l'Assemblée nationale, la substitution d'une famille sociale à la famille biologique en des termes non équivoques, contre les promoteurs du mariage des paires stériles, de l'insémination des lesbiennes et de la grossesse commerciale, au seul motif de l'égalité des désirs. Extraits :
« On passe simplement du statut de la famille biologique à la famille sociale (...) où le tiers est au même niveau que les parents, ce que je condamne »;
« Au-delà des temps, des générations, des idéologies, papa-maman reste papa-maman et restera toujours papa-maman, c’est peut-être malheureux mais c’est comme ça »;
« Le beau-père ou la belle-mère n’ont pas le même rôle éducatif et affectif que le père ou la mère »;
« Il faut faire des enfants qui sont élevés dans la culture française, qui aiment cette nation et cette patrie, ... faire des générations qui sont les récepteurs, les héritiers de cette belle culture qui est la nôtre et qui vont pouvoir à leur tour la transférer pour l’avenir ».
(ndlr : lors d'une interview, elle a balayé à une question insidieuse de JJ Bourdin sur la couleur préférable de ces enfants : "français veut dire français !")

Sur le sujet de la famille, Louis de Bourbon et Marion Maréchal sont sur la même longueur d'onde. L'avenir de l'un et de l'autre est à écrire, mais si la bienpensance ne s'intéresse pas encore au prince, il vient juste de se déclarer franquiste et il faut un certain temps aux pornocrates pour trouver un créneau de dénigrement entre deux punchlines, par contre celui de la belle blonde qui louche est au stade de l'alarme si on en croit des gens comme Manuel Vicuña (Arrêt Sur Images) qui dénonce la presse mainstream en train de construire "le monstre" (sic) dont elle se repentira quand seront revenues les HLPSDNH ! Dans ce délai, Louis peut travailler son aisance au pupitre.

L'attelage qui nous plairait peut néanmoins se désunir dans l'amalgame "Franco-Le Pen". Même si les choses pourraient être facilitées par le départ prochain du Menhir et plus encore si Marine Le Pen se retirait sur ses terres pour réfléchir à ses impossibilités, on peut deviner que le combat sera rude face au quatrième pouvoir confisqué par les progressistes. Reste à savoir si l'Opinion y croit encore à ces heures sombres brandies à tort et à travers. Il semblerait qu'ailleurs ce ne soit plus le cas. Les élections des pays de Visegrád, celles d'Autriche, celles d'Italie et même de Suède sont un rejet du bien-penser réglementaire. Les esprits s'affranchissent des chaînes de l'esprit posées après la guerre à l'ouest et après la chute du Mur à l'est. Tout dès lors peut arriver aux prochaines élections européennes.

Entretemps Marion Maréchal promeut son nouvel institut de science politique en direction de l'Espagne dans les colonnes d'El Confidencial (clic). Une rencontre eut-elle été possible ? A refaire !


III.- Le chaînage des générations


Par deux fois le discours de Chișinău s'intéresse au "maillon" de la chaîne généalogique et à la mémoire qu'elle transporte.

Cette famille ce sont ceux qui m’ont précédé et à qui je dois d’être ce que je suis. Voyez-vous, il n’y a pas un jour où je ne pense à mes aïeux qui m’ont légué une histoire qui parfois me dépasse ; où je ne pense à mon frère trop tôt perdu, à mon Père, mort alors que j’étais trop jeune, à mes grands-parents, à ma chère grand-mère décédée il y a quelques mois. D’eux tous, je suis redevable de ce que je suis, petit maillon d’une chaîne immense. Il est absurde de vouloir croire que l’on serait des individus orphelins qui auraient tout à redécouvrir ou à attendre de l’État. Bien évidemment si cela s’applique à ceux qui nous ont précédés, cela est encore plus vrai pour ceux qui sont actuellement à mes côtés, chaque jour, chaque instant.

Le rôle social de chacun d’entre nous. Il repose sur l’expérience de l’histoire et sur l’actualité récente. Lorsque certains cherchent à rompre le pacte social, s’ils combattent dans un premier temps ceux qui s’y opposent par les idées ou par les armes, très vite et toujours ils cherchent à briser les familles. Pensons à la Vendée où femmes et enfants étaient tués encore plus que les combattants eux-mêmes et de façons atroces ; souvenons-nous des Arméniens et des politiques génocidaires qui ont suivi et qui, sur bien des points du globe continuent ; comme nous l’avons vu il y a encore peu, pour les chrétiens d’Orient. Chaque fois, sous le règne des totalitarismes rouge, brun et maintenant vert, les familles sont inquiétées pour ce qu’elles représentent, chaque fois il y a des séparations forcées, l’emprise sur les enfants pour en faire des enfant-soldats, et des mises en esclavages pour les filles et les femmes.

Bien sûr les apprentis-sorciers de la refonte sociale sont gênés par cette mémoire qui vient de loin et transmet les "tares" du monde ancien, le genre, l'altérité, l'éthique, une morale dépassée. C'est pourquoi la famille leur est suspecte. N'a-t-on pas entendu des ministres de l'Education nationale s'arroger la mission de former les consciences au-delà de la simple instruction ? En privé, on nous assure qu'il ne s'agit en fait que d'exfiltrer mentalement les enfants des familles salafistes pour leur apprendre à appliquer les droits de l'homme de notre civilisation des Lumières. Mais ce sont quand même toutes les familles de France qui sont concernées par la captation, si elles ne sont pas spécifiquement visées. Il s'avère néanmoins que les "familles" se défendent assez bien jusqu'ici puisque leurs adversaires se considèrent toujours au milieu d'un combat.



Le discours de Chișinău s'ouvre sur un appel à militer pour défendre et pérenniser la famille traditionnelle, nous en faisons notre conclusion :
Il faut connaître les manières de résister face aux attaques auxquelles la famille traditionnelle est confrontée. Elles sont multiples : accueil d’une famille nombreuse, prière, action politique, sociale ou juridique, et toujours attention et vigilance permanentes.


XII World Congress Of Families 2018 Chisinau Moldavie



Relevé des compteurs de notoriété Facebook France au jour de ce billet :

Marion Maréchal......750719 followers

Louis de Bourbon.....93353 followers

Jean d'Orléans........5928 followers



Postscriptum du 4 octobre 2018 : On fera son profit de l'article de Jean-Yves PONS sur le frottement d'idées entre le Rassemblement national et le parti des Républicains en cliquant ici.


samedi 15 septembre 2018

Pour l'euthanasie en politique !


Si la Droite a des problèmes, elle dispose aussi de solutions, faut-il encore qu'elle s'en saisisse. Je ne parle pas ici des écuries de course mais des gens de droite qui ont mal placé leur confiance et doivent se ressaisir. Macron a mis la Droite (comme la Gauche) au pouvoir et dans l'opposition en même temps, le plus sûr moyen de casser la coquille de noix. Mais ceci se joue au niveau politique sans vraiment impacter les Français qui dans leur ensemble laissent à Macron le bénéfice du doute dans son combat pour la destruction des syndicats, de la SNCF et tous les "en F", des fainéants et des allocataires à vie. Il est vrai que les représentants des partis de gouvernnement étaient loin d'être convaincants, usés par la prébende, l'âge et des discours ringardisés que plus personne n'entend. La Droite institutionnelle et la Gauche institutionnelle qui ont présidé, chacun son tour, à notre affaissement sont en soins palliatifs ; il faudrait maintenant les débrancher et foutre tout ça au cimetière des éléphants.

A l'horizon du siècle qui recule à mesure que le temps passe, se lèvent de nouvelles idées, de nouvelles gens, peu encombrées de codes "utiles" à leur carrière, peu formatées aux idées vieilles du XXè siècle mais instruits des choses de notre temps. C'est la génération anarchique d'Internet et d'ailleurs, c'est l'intelligence numérique qui prélude à l'intelligence artificielle qui terrorise les vieux (mais pas tous), et pour certain une intelligence pure sans béquilles. Ils apparaissent dans tous les camps pour aussitôt s'en échapper parce qu'ils ont plus d'énergie que la moyenne. J'en citerai quelques-uns qui m'apparaissent aussi sincères de convictions qu'intelligents dans leur concrétisation : Stéphane Bern, infatigable, l'abbé Pierre des tombes et châteaux, Mounir Mahjoubi, startuper avec un CAP de cuisine, Gérard Depardieu qui, à Pyongyang, a converti Yann Moix à l'aristocratie du verbe, Cédric Villani, "nobel" de math avec une araignée prête à sauter au plafond, Marlène Schiappa, femme au pieux comme au moulin, jamais en retard d'un revers sur le court, puis deux cents génies méconnus que l'on ne connaît pas encore, avant que d'arriver à la plus prometteuse, Marion Maréchal qui "fait" plus qu'elle ne parle, à preuve son ouverture de l'ISSEP de Lyon, montée sur fonds privés, une première depuis la construction du réseau des écoles hors-contrat de la Fraternité. Il faut des sous, il faut la manière de les obtenir. A ceux qui doutaient de sa détermination - ne l'avait-on pas vue se faire bronzer sur la plage dans les bras d'un fasciste italien ? (c'est de l'humour)- elle a répondu par la médiatisation de la rentrée des classes dans son école. Qu'est-ce l'ISSEP ?



C'est l'Institut de Sciences Sociales Economiques et Politiques (clic). Le site Internet, remarquablement dessiné, vous dit tout et qui fait quoi. On peut bien sûr s'y inscrire. J'ai choisi la présentation de la patronne et fondatrice de l'institut. Elle nous signale être épaulée d'un club de chefs d'entreprises partenaires qui assurent la période d'application et mentionne des stages d'aguerrissement qui sonnent bien à mes oreilles de vieux reître.



Quand elle aura réussi dans cette entreprise difficile, même si l'établissement est déjà prisé parmi les publics de droite - Yves-Marie Adeline avoue avoir attendu toute sa vie la création d'une telle école - Marion Maréchal pourra revenir en politique avec un titre sérieux - directrice générale d'une grande école - et une autorité morale confirmée. Nous avons besoin d'air frais, d'un esprit délié et cultivé, d'expérience et de charisme. S'y ajoute le courage d'avoir rompu avec l'entreprise titaniquesque de sa tante et la pathologie de l'aïeul abonné à l'autodestruction de ses projets. Il faudra attendre un peu et 2022 est trop proche, mais tout s'éclaire pour 2027. Patience !

lundi 12 mars 2018

RN - Rassemblement National



Le nouveau nom du parti lepéniste est bien trouvé*. Assez banal pour ne pas braquer l'électeur, assez disant pour obtenir la confirmation des militants. Restera aux cadres communicants du parti de ne pas populariser l'acronyme RN qui reviendrait à la situation antérieure, FN... F'haine etc...

(*) sauf si en Justice il s'avérait que la marque est déjà déposée avec une antériorité certaine.

Si le conditionnement convient, reste à l'emplir. Depuis ce matin, la référence dictée par la nomenklatura frontiste est Donald Trump. Tant Jean Messiha chez Pascal Prod que Sébastien Chenu chez Bourdin (un réel plaisir de voir Bourdin hors de lui quand le député lui résiste) ont célébré la victoire populaire du magnat Newyorkais un peu ballot, reconverti en Tea Partisan cheveux au vent. Sauf que l'expérience américaine n'est pas répétible en France, comme nous l'avons déjà dit dans un billet récent, à moins de faire surgir des profondeurs du génie français le leader charismatique indiscuté qui emportera toutes les réticences. Je ne le vois pas au moment mais nous en avons pleins les cimetières.

Juste une remarque sur cette brève de comptoir : si le "programme" du Rassemblement National est décalqué sur celui de Trump, programme fondé par Steve Bannon dont la culture maurrassienne n'a pas survécu aux "dix-huit-trous", c'est indiscutablement Marion Maréchal-Le Pen qui devrait avoir le rôle, car elle est la plus proche de la dialectique conservatrice d'un Ted Cruz, par exemple, même s'il y a des nuances chez elle dans les détails, malheureusement aussi des simplifications hâtives quand la problématique se complexifie.

Avec ou sans Marion, c'est le vrai défi lancé au nouveau parti : sortir de l'approche binaire et entrer dans les complications.

Steve Bannon


vendredi 23 février 2018

MMLP à la CPAC 2018



Par courtoisie du Washington Post

Tout est dit mais on y reviendra. Marion Maréchal-Le Pen a réussi son examen de passage à la Conservative Political Action Conference de 2018 au Gaylord Convention Center de National Harbor (Maryland). Même si elle ne fut pas le clou du spectacle comme le suggèrent les commentaires de la presse de Washington (soixante-six intervenants étaient inscrits), Time Magazine en a fait néanmoins un titre (clic) avant d'incruster dans l'article la vidéo du vice-président de la NRA, sujet sensible s'il en est cette semaine aux Etats-Unis.

Avec son projet français d'académie de sciences politiques et managériales, La petite-fille du Pirate sort complètement du jeu politicien sclérosé et attaque le Mont Blanc par la face culturelle. Ça sert à ça, la jeunesse !



Postscriptum du soir

Pour vos archives, original français du texte ayant été délivré en anglais à la CPAC 2018 par Marion Maréchal-Le Pen le 22 février 2018, repiqué de sa propre page Facebook, avec seulement deux ou trois retouches cosmétiques :

[...]

Aujourd’hui, je suis venue honorer deux cent quarante ans d’amitié. Notre amitié a commencé il y a longtemps, avant les plages de Normandie et les tranchées de Belleauwood, où l’écho de la bravoure de vos soldats résonne encore. Notre alliance est formée par la quête commune de la liberté. Mon pays, la France, fut la première à reconnaître votre indépendance. Ce fut avec le sang français, répandu sur le sol américain, que commença notre amitié. Aujourd’hui, plus de deux siècles plus tard, ici à la CPAC, nous nous tenons à nouveau côte à côte dans une autre bataille pour la liberté.

Cette liberté est un bienfait. Libertés économiques et politiques, liberté d’expression, liberté de conscience sont nos trésors communs. Après quinze cents ans d’existence, c’est nous, Français, qui devons à présent nous battre pour notre indépendance. Non, la France n’est aujourd’hui plus libre. Les Français ne sont pas libres de choisir leur politique, qu’elle soit économique, monétaire, migratoire ou même diplomatique. Notre liberté est dans les mains de l’Union européenne.

Cette Union européenne n’est pas l’Europe. C’est une idéologique qui ne sait que regarder vers l’avenir tout en souffrant d’amnésie historique. Une idéologie hors-sol, sans peuple, sans racines, sans âme et sans civilisation. L’UE est en train de lentement tuer des nations millénaires. Je vis dans un pays où 80% – oui, vous avez bien entendu – 80% des lois sont imposées par l’UE. La seule fonction de notre Assemblée est aujourd’hui de valider des lois faites par d’autres.

Que je sois claire : je ne suis pas offensée lorsque j’entends le président Trump dire « America First ». En fait, je veux que l’Amérique passe en premier pour les Américains. Je veux l’Angleterre pour les Anglais. Et je veux la France pour les Français !

C’est pourquoi je me bats pour que la diplomatie française conserve son rôle unique, de lien entre l’Est et l’Ouest. Une longue histoire nous a permis de former des liens privilégiés avec l’Afrique, la Russie, l’Asie et le Moyen-Orient. Nous devons être capables de garder les capacités de décider pour nous-mêmes sur les sujets militaires et diplomatiques. Nos forces sont complémentaires.

Comme vous, si nous voulons que la France redevienne grande, nous devons défendre nos intérêts économiques dans la globalisation. L’UE nous soumet à une concurrence déloyale face au reste du monde. Nous ne pouvons accepter un modèle qui produit des esclaves dans les pays en voie de développement et des chômeurs en Occident.

Je refuse le monde standardisé proposé par l’UE. Je considère que les peuples ont le droit à une continuité historique.
Ce que je veux, c’est la survie de ma nation, être capable de transmettre, pas seulement mon héritage matériel mais aussi mon patrimoine immatériel.

Les jeunes Français ne sont pas encouragés à découvrir et à aimer cet héritage culturel. On leur fait subir un lavage de cerveaux, à base de culpabilité et de honte de leur pays.

Le résultat, c’est le développement d’une contre-société islamiste en France.

Après quarante ans d’immigration massive, de lobbies islamiques et de politiquement correct, la France est en train de passer de fille aînée de l’Église à petite nièce de l’islam. Et le terrorisme n’est que la partie émergée de l’iceberg. Ce n’est pas la France pour laquelle nos grands-parents se sont battus.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Parce que l’UE et la France ont oublié un point crucial : « pour s’ouvrir à l’autre, il faut un cœur ferme ; pour accueillir, il faut rester, et pour partager il faut avoir quelque-chose à offrir ».

Dans cette perspective, le modèle de société que nous portons est basé sur une conception de l’humain enraciné dans sa mémoire collective et sa culture partagée.

Sans nation et sans famille, le bien commun, la loi naturelle et la morale collective disparaissent cependant que perdure le règne de l’égoïsme.

Même les enfants sont devenus une marchandise ! Nous entendons dans le débat public « nous avons le droit de commander un enfant sur catalogue ». « Nous avons le droit de louer le ventre d’une femme ». « Nous avons le droit de priver un enfant de mère ou de père ». Non, vous ne l’avez pas ! Un enfant n’est pas un droit.

Est-ce cela, la liberté que nous désirons ? Non, nous ne voulons pas de ce monde atomisé de l’individu sans genre, sans père, sans mère et sans nation.

Que voulons-nous alors ?
Comme vous, je veux retrouver mon pays !

Je suis venu vous dire qu’il y a aujourd’hui une jeunesse prête pour cette bataille en Europe : une jeunesse qui croit au dur labeur, qui croit que ses drapeaux signifient quelque-chose, qui veut défendre les libertés individuelles et la propriété privée. Une jeunesse conservatrice qui veut protéger ses enfants de l’eugénisme et des délires de la théorie du genre. Une jeunesse qui veut protéger ses parents de l’euthanasie et l’humanité du transhumanisme.

Comme la jeunesse américaine, la jeunesse française est héritière d’une grande nation. À qui beaucoup est donné, et de qui beaucoup est attendu.

Notre combat ne doit pas être seulement électoral : nous devons diffuser nos idées dans les médias, la culture et l’éducation, afin de stopper la domination des libéraux et des socialistes.

C’est pourquoi j’ai récemment lancé une école de management et de sciences politiques. Le but ? Former les chefs de demain. Ceux qui auront le courage, le discernement et les techniques pour défendre les intérêts de leur peuple.

Le défi est gigantesque, mais les deux années qui viennent de s’écouler ont montré une chose : ne sous-estimez jamais le peuple ! Une bataille qui n’est pas menée est déjà perdue.

Le Brexit au Royaume-Uni, Manif-pour-tous en France, et, bien sûr, l’élection de Donald Trump prouvent une chose : quand les peuples ont l’opportunité de reprendre leur pays, ils la saisissent !

Par votre action et votre talent, vous avez réussi à remettre le conservatisme en priorité dans l’agenda politique. Construisons sur ce que vous avez accompli ici, afin que des deux côtés de l’Atlantique un agenda conservateur domine.

Je termine par une citation de Malher que j’aime particulièrement. Une citation qui résume le conservatisme moderne : « La Tradition n’est pas la vénération des cendres, mais la transmission de la flamme ». Vous fûtes l’étincelle. C’est maintenant à nous de nourrir la flamme conservatrice dans notre pays.

Vivent les nations libres, vivent les peuples libres et longue vie à l’amitié franco-américaine.

Merci.


samedi 30 septembre 2017

Florian Philippot, le coup manqué

Président des Patriotes
Florian Philippot a succombé à son orgueil plus qu'à ses blessures. La loi darwinienne de l'Evolution démocratique stérilise la branche qui le porte. Un homme politique, qui n'est pas autre chose qu'un entrepreneur en extraction de voix, doit avoir pour qualité première la main du docteur qui tâte le pouls de ses électeurs. Que Florian Philippot ait tout faux est moins inquiétant que de savoir qu'il a été porté par le Politburo frontiste sans reproches ni murmures pendant plusieurs années. Bien sûr il leur apportait ses talents de dialecticien, un bagage académique et une résilience en plateau médiatique qui avait disparu au départ de Bruno Mégret et de ses cadres chassés du Paquebot. Mais dans le train du diable venait aussi une arrogance bien française, le cartésianisme infaillible qui sacralise toute démonstration aboutie et voue aux gémonies son contradicteur. S'il n'a pas toujours péché par lui-même il s'est laissé impressionné par des gens à diplôme tels que Jacques Sapir de l'EHESS comme Frédéric Lordon, Charles Gave, Sciences Po Toulouse, devenu conseil en gérance de portefeuille à Hong Kong plutôt que gérant lui-même, une bonne dizaine d'autres moins connus, sans oublier le prix Nobel américain Paul Krugman qui ne supporte pas l'ombre portée de la monnaie européenne sur les bons du Trésor US.

Au lieu de se laisser éblouir par les grands crânes qui tranchent et coupent pour les autres, Florian Philippot aurait dû voyager (incognito) pour aller parler aux peuples en vraie souffrance, regroupés dans l'acronyme méprisant de GIPSIES (Grèce, Italie, Portugal, Irlande, Espagne). Il aurait entendu partout la préférence des gens pour l'euro. Les motifs lui auraient paru peu orthodoxes mais ils venaient du fond du cœur : l'euro est une monnaie allemande en laquelle on peut avoir confiance ; cette monnaie commune oblige les dirigeants à mieux gérer le pays (sauf quand ils mentent, mais c'est l'appartenance à l'Eurogroupe qui a révélé le gangstérisme grec); les piastres méridionales étaient en constante dévaluation par rapport aux monnaies du nord pour palier les déficits publics, à preuve personne n'en met dans les bas de laine au fond de l'armoire ; et à la fin de l'enquête il aurait entendu que les dirigeants des GIPSIES ne donnent pas confiance. Alors M. Philippot aurait compris à son retour en France, et après trois tournées au café du commerce de Forbach, que promouvoir l'abandon de l'euro était du perdant-perdant ! Mais M. Philippot n'est pas aussi intelligent qu'il le croit.

On pourrait faire la même démonstration de l'aveuglement des élites diplômées sur deux autres chapitres qui furent déterminants dans l'élection présidentielle : la submersion migratoire par les musulmans qui se comportent en terrain conquis ; la défense de la famille traditionnelle. Inutile d'épiloguer, l'électeur frontiste déteste le melon en chemise dans la rue et se moque du mariage des folles comme Coluche et Le Luron. Dans une lettre ouverte publiée sur le site compilatoire de La Faute à Rousseau, Pierre de Meuse développe aussi ces deux points en reprochant un certain dédain à l'endroit des conservateurs catholiques. Philippot et son team ont pris l'électeur à rebrousse-poil et ont perdu, nonobstant la médiocre prestation de Marine Le Pen largement sous-calibrée pour l'emploi visé, qui a mis la torpille en plein dans la sainte-barbe !

Une seule personne a dit les choses à haute voix bien avant l'élection : Marion Maréchal-Le Pen. Même Gilbert Collard (clic) a soutenu la sortie de l'euro par pure discipline alors qu'il n'était même pas encarté au Front ! S'il est un esprit délié pourtant, c'est bien le taureau de Saint-Gilles ! Qu'il se soit détourné de la voie du bon sens par des démonstrations fumeuses de gens qui parlent de l'argent des autres toujours et jamais du leur, m'étonne.
Marion Maréchal-Le Pen a plus de sens politique que tous ces courtisans, elle a senti le terrain parce qu'elle a testé ses idées à la base, jusqu'à se rapprocher de l'épiscope local ! Christian Estrosi avait bien raison de la dénoncer comme le danger fatal à sa carrière niçoise, car elle pouvait leur passer sur le ventre sans difficultés une fois libérée des consignes de Nanterre. Elle reviendra quand ils seront morts ou partis et portera le nom du mari qu'elle cherche...

mercredi 10 mai 2017

Marion s'en va !



Il y avait cent raisons de voter Macron, et autant de ne pas le faire mais ce qui a déterminé beaucoup d'électeurs se résume à la maxime gaullienne : au premier tour on choisit, on second tour on élimine. J'ai éliminé le programme crypto-bolivarien de monsieur Philippot, le corneculage sur l'euro et le gudisme rampant. Pour le reste (sécurité, identité, immigration, préférence nationale) je me serais laissé tenter si quelqu'un d'autre que Marine Le Pen m'avait proposé du gâteau. Je n'ai jamais cru ni en ses capacités de rassemblement, ni en son niveau intellectuel, sans parler de sa vulgarité et de son dilettantisme - elle ne bosse pas ses dossiers ! Eut-elle été moins paresseuse qu'elle aurait emporté la région Nord-Picardie. Gagner un malheureux point entre les deux tours des régionales n'a jamais été critiqué, la faiblesse était pourtant prémonitoire.

Le "débat" fut accablant pour tout spectateur et pour sa nièce d'abord (elle n'aurait pas tenu jusqu'au bout, dit-on). Si l'on comparait une campagne électorale à une course hippique, ce serait du trot monté, l'épreuve toute à la main du début à la fin. Sauf qu'à y engager un tocard, on est presque sûr qu'en voyant la ligne droite il va se mettre à courir pour en finir plus vite. C'est ce qui s'est passé avec Marine Le Pen le 3 mai.

La contre-performance - arriver troisième dans une élection à deux ! - est à mettre au crédit du suicide politique de la mégère-en-chef qui va maintenant se cramponner pour encaisser les législatives. Bien sûr la bouillie pour chat du programme Philippot a découragé beaucoup de ceux qui prirent la peine de l'étudier. Racolage et démagogie sur fond de souffrances populaires laissaient voir l'usure de la trame. A partir d'un certain niveau d'instruction, les gens ne se satisfont plus d'entendre pour toute réponse à toute question que c'est la faute à l'Europe, c'est la faute à l'immigré légal et clandestin.

L'affaire aurait été pilotée par Marion sur son propre programme que j'aurais sans doute suivi. Jusqu'à ce matin je pensais qu'avec cinq ans de bonification au Palais Bourbon, l'esprit le plus délié du Bureau politique avait plus que des chances de l'emporter en 2022 avec sa ligne politique carrée et simple à promouvoir. Hélas la sclérose en plaques du parti ondulant sur tous les sujets ne le permettra pas. Ils sont nuls à chier et n'ont pas compris que Marion aurait enfoncé le coin dans les cohortes fillonistes à la seule condition d'oublier cette foutaise moscovite de sortir de l'Eurogroupe. Il fallait poloniser Sapir (lol).

Je partage à 95% les arguments d'Aymeric Chauprade qui expliquait au journal l'Opinion le 4 mai dernier pourquoi il s'était résolu à voter Macron. Si vous souhaitez passer à autre chose ou écouter la radio, cliquez d'abord sur le lien ci-dessous, le Piéton a les mêmes idées :
Chauprade - pourquoi je voterai Macron !

Le bon attelage aurait été Marion Maréchal-Le Pen / Aymeric Chauprade. On sortait complètement des doutes métafachistes, des détails de l'histoire et du Zyklon B ! On n'allait plus à Vienne au bal de la Waffen. On ajoutait une dimension géopolitique sérieuse au programme. Pour Marion, sa position politique "droite libérale et colbertiste si nécessaire" alliée à des convictions catholiques conservatrices ne pouvait que faire un carton. En plus elle a prouvé à la Chambre et en meeting qu'elle est un orateur convaincant, beaucoup d'aisance intellectuelle, de clarté quand elle déroule un raisonnement, d'à-propos, de mordant à l'occasion, et... une plastique naturelle irréprochable, la terreur de l'UMP en PACA ! Ils sont sauvés, elle part, écœurée par la mafia Philippot qui ose se maintenir après le désastre !



Pour la droite nationaliste, le danger est aujourd'hui de se leurrer sur les onze millions de voix obtenues au second tour et croire en la transmutation à l'identique aux législatives du mois de juin. La personnalité des candidats va forcément jouer comme le programme rénové qui ne peut être celui avec lequel fut perdue la présidentielle dans ses exagérations, mensonges et folies douces. C'est basique. On n'élit pas un député de cette façon.

Faudra-t-il encore trouver les cinq cents trente candidats (DLF prendra sa place) car d'eux dépendront aussi les subventions publiques calculées au nombre de suffrages exprimés, ensuite faire l'a priori d'un afflux militant pour la campagne de base, tractages, réunions publiques locales, contrôles des bureaux de vote etc... pour le moment, des pans entiers du territoire sont à jeun d'avoir rencontré des militants bleu-marine impliqués dans la campagne. Message aux investis : le kit de candidature est trois fois moins cher cette année, le coefficient multiplicateur du parti Jeanne ayant été fortement révisé depuis que la brigade financière enquête sur 2012.

FN-DLF sera un accord d'appareils, il m'étonnerait qu'il ruisselle jusqu'au terrain. Certes une bonne quarantaine de circonscriptions se sont déjà données au Front national dimanche dernier et il ne devrait pas être si difficile d'avoir des députés. Il leur reste un mois ! A miser chez le book, je jouerais 30 !

Reste à comprendre comment la droite pourrait se recomposer après la faillite Fillon, sans doute plus facilement au niveau local qu'à Paris. Avec la disparition de la scène politique de Marion Maréchal-Le Pen, il sera plus facile d'accommoder les restes en PACA mais le grand parti de droite qui nous manque redevient une chimère tant les convergences étaient sûres entre Marion, Bompard et les députés pizzaioli du Sud.


Postscriptum du 18 mai 2017: Pour la bonne administration du dossier, nous joignons le lien du testament politique de Marion Maréchal Le Pen donné à Valeurs actuelles le 17/05/2017 :
Le testament politique de Marion Maréchal-Le Pen recueilli par Geoffroy Lejeune (clic) la confirme à son niveau réel, bien au-dessus d'autres cadres du Front national. Le verbatim de l'entretien est archivé en Californie pour plus tard et donné ci-dessous d'un bloc brut de décoffrage:

[ Vous quittez la vie politique à seulement 27 ans, après cinq années de mandat. Depuis votre arrivée à l’Assemblée, en 2012, la notoriété a-t-elle été un poids ? La notoriété a toujours fait partie de ma vie. J’ai grandi à l’ombre de celle de mon grand-père, de celle de mon père, plus tard de celle de ma tante : elle fait partie de mon quotidien. J’ai toujours été la “petite-fille de”, où que j’aille, quoi que je fasse, je n’ai jamais pu y échapper. Je n’ai jamais connu l’anonymat. Mais même si c’était assez pesant, cela s’est avéré positif et m’a permis de ne pas être grisée par la notoriété le jour où j’y ai été confrontée. J’ai donc un rapport assez détaché à cela, dépassionné. Pour moi, la notoriété est un outil dans le cadre de mon travail, pas une fin en soi. Cette exposition naturelle m’a permis aussi de ne pas chercher la médiatisation, d’avoir une communication raisonnée, maîtrisée, de ne pas chercher le bruit médiatique, de choisir pendant cinq ans certaines émissions, certains formats, de ne parler que lorsque j’avais quelque chose à dire, de ne pas être uniquement dans le slogan médiatique, mais dans une vraie construction politique. Lorsqu’on est arrêtée dans la rue, à 22 ans, qu’on ne peut plus être anonyme, cela joue-t-il psychologiquement ? Oui, bien sûr. Ce qui est dur, c’est d’essayer de continuer à avoir une vie normale. Pour des raisons de sécurité, je n’y suis pas réellement parvenue : je suis passée d’une vie où je prenais les transports en commun, où je vivais comme tout le monde, à une vie plus cachée. Mais certains domaines m’ont permis de me préserver, de m’en extraire. Mes amis les plus proches ne viennent pas du milieu politique, ils sont des Français de tous profils, ils sont cadres dans l’événementiel, commerciaux, avocats, et en continuant à vivre avec ces gens-là je ne me suis pas déconnectée de la réalité. J’ai gardé ces amis, et leur vie simple. Je ne suis jamais sortie dans des endroits huppés, je ne vais pas dans les grands restaurants, j’ai des loisirs et des vacances simples, je n’ai jamais vécu grand train. Mon environnement social immédiat, c’est la classe moyenne. Qu’avez-vous perdu en faisant de la politique ? Je n’ai pas trop perdu, parce que j’y ai pris garde, mais je pense qu’en politique, on a tendance à perdre les amis capables de nous critiquer. Il y a un phénomène de cour qui s’installe assez naturellement, le côté “vu à la télé” biaise complètement les rapports humains, d’autant plus quand il y a des jeux de pouvoir dans les partis. On perd aussi beaucoup de sa liberté privée. On voit souvent la politique comme un milieu de profiteurs, mais c’est aussi un milieu sacrificiel à bien des égards, car il y a une grande porosité entre la vie publique et la vie privée, il est très difficile de garder un équilibre. Et puis il y a la contrainte des partis politiques, qui est frustrante. On peut critiquer le système des partis, légitimement à certains égards, mais ils sont incontournables dans le cadre institutionnel actuel. Malheureusement les initiatives isolées de la société civile, que l’on peut admirer par ailleurs, fonctionnent peu sur le plan électoral. Pour être efficace, il faut donc se plier à une discipline de parti, ce n’est pas toujours évident. Vous avez le sentiment d’avoir perdu en liberté durant cinq ans ? Forcément, c’est logique, surtout quand on a face à soi des gens qui passent leur temps à essayer de nous diviser, politiquement et humainement. J’ai toujours eu le souci de ne pas me dédire tout en ne faisant pas les choux gras des médias. Cette contrainte vous a-t-elle oppressée ? J’en ai été parfois un peu frustrée, oui, surtout à 27 ans. J’avais peur de devenir comme certains responsables politiques qui sont des moulins à slogans, ne servent que des éléments de langage. Ce n’est pas mon modèle. Qu’avez-vous appris durant votre mandat ? J’ai acquis des expertises et des compétences. La politique demande une grande capacité d’adaptation. Au moment de votre élection, vous étiez particulièrement scrutée. On épiait la jeune fille blonde, certains ironisaient au sujet de “Barbie fait de la politique”, et vous vous êtes finalement révélée travailleuse, presque bonne élève… Mon jeune âge a été indéniablement un handicap en termes de crédibilité. Lorsque je suis arrivée à l’Assemblée, j’ai suivi un parcours administratif et, au moment de créer mon adresse mail, on m’a demandé de quel député j’étais l’assistante ! De même, lors de mes premières réunions avec des responsables syndicaux agricoles, ils ne me regardaient pas, moi, mais mon assistant de 45 ans, qui était un homme. Ce n’est pas méchant, mais ce monde a du mal à avoir une interlocutrice de mon âge. Ma jeunesse a donc été davantage un handicap que ma féminité, qui, dans le jeu politique actuel, est un atout. Nous vivons encore dans le pays de la galanterie ! Je peux dire des choses fortes qui seront plus audibles que dans la bouche d’un homme ; l’agressivité à mon égard peut être assez vite mal perçue, et cela force aussi mes adversaires politiques à aller sur le fond en évitant les postures. Vous prenez à rebrousse-poil les discours de femmes politiques qui se plaignent du sexisme… J’ai toujours refusé de jouer les victimes. À une certaine époque, les gens s’enorgueillissaient d’être des héros, aujourd’hui ils se félicitent d’être des victimes ! Je trouve délétère cette victimisation permanente eu égard à son sexe, à son handicap, à son origine. Je n’ai jamais voulu jouer de ma féminité comme d’un handicap, je n’ai jamais été victime de misogynie, je le dis franchement, au contraire, cette féminité a été un atout. J’ai toujours trouvé cela très paradoxal que les femmes, surtout à gauche, disons-le, s’enferment dans cet élan victimaire pour pouvoir justifier certaines erreurs ou certaines carences. François Fillon s’adressait à la droite traditionnelle, Marine Le Pen a séduit les classes populaires. Tous deux ont perdu cette élection présidentielle. Est-il possible de réconcilier ces deux électorats ? Je pense que la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires. C’était la synergie qu’avait réussie Nicolas Sarkozy en 2007. Indéniablement, il y a des gagnants et des perdants de la mondialisation, une fracture territoriale, une France périphérique, une fracture mondialistes-patriotes, mais je crois que la droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c’est celui de leur identité. Pas l’identité comme un folklore artificiel ou comme un musée qu’on dépoussière, mais comme un ciment social. L’identité, c’est ce qui nous donne le sentiment d’être un peuple, en dépit de lieux de vie différents, de modes de vie différents. Et ce ciment social a été brisé à plusieurs égards. L’enjeu essentiel de civilisation, à mon sens, est de savoir comment conserver, protéger, transmettre et vivifier ce ciment social. C’est là qu’intervient la question de l’école, de la transmission, de la culture, de nos traditions, de notre patrimoine, d’un certain mode de vie. Le philosophe François-Xavier Bellamy dit que l’avantage de la culture, c’est que c’est le seul bien qui se partage indéfiniment sans jamais léser personne. Si on s’attache à la transmission et à la vivification de la France, nation littéraire, nation philosophique, nation historique, à partir de là, on peut défendre ce ciment social et sauver le pays des fractures qui l’attendent. La question identitaire unifierait donc toutes les droites ? La question identitaire permet de transcender les clivages. Elle comporte une dimension abstraite, c’est vrai, avec des symboles, la Marseillaise, la devise, notre patrimoine républicain, et une dimension charnelle, notre terre, notre terroir, notre gastronomie, la pierre locale avec laquelle on construit sa maison. Ces deux dimensions sont complémentaires. Pour parler de stratégie, le souci commun de l’électorat de la droite conservatrice et de la France périphérique, qui n’ont pas le même rapport à la mondialisation, c’est le souci de la transmission de leur patrimoine matériel et immatériel. À partir de ce constat, on peut imaginer des passerelles pour les rassembler et apporter des réponses en commun. Mais le programme très libéral de Fillon était un repoussoir pour les classes populaires, et la sortie de l’euro de Marine Le Pen effraie la droite… Voilà pourquoi je parle de passerelles. Quand une partie de la France conservatrice défend le mariage et la filiation, elle défend aussi une partie de l’identité française avec une certaine idée des rapports humains basée sur le bien commun et l’intérêt du plus faible plutôt que sur la jouissance et l’envie de l’individu dans une liberté sans limite. C’est donc un combat identitaire, qui peut rejoindre le combat identitaire des classes populaires plus axé sur les questions liées à l’immigration et au multiculturalisme. Bien sûr, il peut y avoir des divergences économiques, mais les moteurs de vote sont essentiellement spirituel, culturel et identitaire : les masses ne bougent pas autour de l’économie. Ce qui relie ces deux électorats, c’est donc le conservatisme. Il peut s’agir de conservation de l’identité, d’un mode de vie, mais aussi du patrimoine, des entreprises, d’un modèle économique à défendre en régulant la mondialisation. Vous revendiquez-vous conservatrice ? Oui, car je défends la conservation de ce qui est beau et juste dans notre histoire, je souhaite conserver les leçons de nos expériences passées ainsi qu’une certaine vision de l’homme, de sa dignité, du refus de sa marchandisation, d’ailleurs partagée par une majorité de Français. Croyez-vous à la persistance du clivage gauche-droite ? Je pense que les courants de droite et de gauche continuent d’exister et de structurer la vie politique, car il y a des héritages philosophiques, culturels, des références et des logiciels qui continuent d’irriguer la vie politique française. C’est un clivage qui continue d’exister mais qui est inexact dans la structuration actuelle des partis. Pour caricaturer un peu, je reprendrais la phrase de l’historien Ghislain de Diesbach : « Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. » Pour être plus exacte, je dirais que les deux grands partis, Les Républicains et le PS, se retrouvent aujourd’hui dans un grand bloc centre droit, centre gauche en accord sur tous les sujets fondamentaux. L’union des droites reste-t-elle un de vos objectifs ? Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, cette union patriotique que j’appelle de mes vœux n’a pas de sens en prenant en compte les partis actuels : je ne vois pas comment le FN pourrait faire une alliance nationale avec Les Républicains au regard de la façon dont ils gouvernent et du logiciel qui est le leur. Et au regard du logiciel du FN, qui se situe à gauche sur de nombreux sujets, notamment en économie ? Ce qui reste possible, c’est l’union des hommes. Il existe aujourd’hui une zone blanche, entre certains courants chez Les Républicains, que je qualifierais de droite nationale conservatrice, Nicolas Dupont-Aignan, ceux qui sortent du champ politique, comme Philippe de Villiers, certains élus et cadres de la droite, et le FN. Dans cette zone blanche, il y a une recomposition à opérer, qui s’apparenterait à l’union de certaines droites. Mais sans doute pas avec cette droite des Républicains, qui est une droite reniée. Vous avez à de nombreuses reprises cité des personnalités de droite comme Henri Guaino, Jacques Myard, Pierre Lellouche, Alain Marsaud, Éric Ciotti, en disant que pourriez travailler avec eux. Si, demain, Laurent Wauquiez dirige Les Républicains, cela changera-t-il la donne ? Oui, un profil comme Laurent Wauquiez change la donne. Mais il faut voir ce qu’il fera de ce pouvoir ! Si c’est pour avoir un nouveau Sarkozy, ce n’est pas utile… Laurent Wauquiez est-il sincère ? Je ne sonde pas les cœurs et les reins. Est-il capable de mettre en place des alliances intéressantes ? Seul l’avenir le dira. Ce qui est sûr, c’est que, dans le paysage politique actuel à droite, il fait partie de ceux dont les déclarations laissent penser qu’on aurait des choses à se dire et à faire ensemble, je ne vais pas dire le contraire. Néanmoins, pour être honnête, je ne suis pas certaine que Laurent Wauquiez mènerait spontanément cette politique au conseil régional s’il n’y avait pas un groupe FN aussi fort, devenu incontournable électoralement. La présence du FN contraint la droite à mener une certaine politique et à se remettre en question. La réalité, c’est que la droite a été sous la coupe psychologique de la gauche pendant des années et que le poids du FN la force aujourd’hui à se repositionner. Pourquoi la tentative de structurer une droite “hors les murs”, à mi-chemin entre Les Républicains et le FN, a-t-elle échoué politiquement ? Elle ne pouvait marcher que dans l’optique d’être une passerelle entre la droite et le FN, or Les Républicains ne sont pas suffisamment en difficulté électorale pour accepter de bouger. La droite a une clientèle électorale, notamment chez les personnes âgées, qui lui reste très fidèle, lui permettant de survivre, en l’empêchant d’envisager cette recomposition. Les choses seront peut-être différentes dans dix ans. La génération qui vient a déjà mis un bulletin FN dans l’urne, elle est complètement décomplexée, plus du tout sensible à la diabolisation, n’a pas baigné dans le rêve européen et n’a rien à perdre. Dans les dix ans qui viennent, les cartes seront totalement rebattues… Les figures de cette droite “hors les murs”, Buisson, Villiers, Zemmour, vous ont-elles influencée ? J’écoute ce qu’ils disent, je les lis. Ils sont assez complémentaires. Philippe de Villiers mène un combat culturel, Éric Zemmour un combat journalistique et Patrick Buisson un combat idéologique. Chacun à sa manière, ils ont fait bouger des lignes et réussissent à s’adresser à un lectorat transversal qui va du FN aux Républicains en passant par Dupont-Aignan. Ils incarnent cette droite intellectuelle à laquelle la gauche au pouvoir a permis de réémerger, mais c’est trop peu, ils sont trop peu nombreux, et il reste encore beaucoup à faire. Notamment par le biais d’Internet : l’enjeu de la génération patriote qui vient va être de mettre ses compétences au service d’une cause. À quelle droite appartenez-vous ? Lorsqu’on me demande à quelle droite j’appartiens, je réponds, en reprenant la classification de René Rémond, que je suis à la confluence de la droite légitimiste et de la droite bonapartiste. Mais, pour prendre une catégorie plus récente, j’appartiens à la “droite Buisson”. J’ai été très marquée, récemment, par son livre la Cause du peuple, dans lequel j’ai vu, exposés de manière claire, les fondements de cette droite nationale, identitaire, sociale, qui est la mienne. Vous ne vous dites pas bonapartiste ? Il y a un côté très révolutionnaire chez Napoléon. J’ai une fascination pour ce personnage exceptionnel, pour ce génie militaire, qui a structuré de manière très efficace notre État nation, mais je trouve cette fascination un peu morbide : au service de ses ambitions personnelles, il a quand même été capable de sacrifier à une échelle industrielle des Français, et sa démarche fait peu de cas de la vie humaine, il a également réhabilité certains responsables à l’origine du massacre des Vendéens. Qu’avez-vous pensé de la campagne de François Fillon ? J’ai lu l’intégralité de son projet. On m’avait dit qu’il était formidable et je l’ai trouvé très décevant sur le fond. Je reconnais un certain talent à François Fillon parce qu’il a réussi, notamment à l’issue de la primaire, à se fabriquer de manière totalement artificielle la réputation d’un homme souverainiste, de droite, conservateur, alerte sur la question identitaire, alors que, quand on regardait dans le détail, c’était extrêmement léger, très peu ambitieux. De toute façon, sa campagne était impossible, il a été inaudible à cause des affaires… Et sa posture de rebelle, de survivant, anti-système et anti-médias ? Il l’a adoptée extrêmement tardivement… Si le but était de jouer comme Trump, c’était un peu petit bras. Je l’ai trouvé bon dans l’Émission politique, sur France 2. Il n’est pas un mauvais orateur. Mais j’ai senti qu’il avait des réserves, qu’il n’osait pas y aller. Il a par exemple supprimé la référence au Qatar et à l’Arabie saoudite dans un discours sur l’islamisme. Cet homme a manqué de courage dans sa campagne. Croyez-vous réellement au clivage entre “mondialistes” et “patriotes” ? Je crois que nous sommes confrontés aujourd’hui à une élite d’émigrés spirituels, au sens où, spirituellement, ceux qui nous dirigent ne sont plus nos compatriotes. Leur vie est à l’échelle mondiale, ils passent leur temps dans les business class entre New York, Doha et Singapour, la France est étriquée à leurs yeux, ils ne raisonnent plus à l’échelle nationale. Leur cynisme est d’autant plus fort que ces gens se sont évertués à briser les frontières des Français pour fabriquer de nouvelles frontières à leur profit grâce à l’argent. Ils ont, eux, des frontières géographiques, vivent dans les meilleurs quartiers en se préservant des problèmes liés à l’immigration et aux tensions culturelles qu’ils imposent aux Français. Ils ont, eux, des frontières sociales, se cooptent aux meilleurs postes, alors qu’il n’y a jamais eu aussi peu de fils d’ouvriers dans les grandes écoles. Ils ont, eux, des frontières scolaires, mettent leurs enfants dans les écoles privées quand les enfants des Français doivent subir les lamentables programmes et méthodes qu’ils ont mis en place. Et je trouve cela profondément injuste. En face, les patriotes sont tout simplement les partisans de l’enracinement, ce qui n’empêche pas d’être lucide sur les défis de la mondialisation. À vos yeux, Macron est l’incarnation de ces élites ? Macron en est une belle incarnation. J’aime la formule de Finkielkraut : pour Macron, « la France n’est plus une histoire, la France n’est plus même un pays, c’est un pur espace ». À ses yeux, la France est une start-up multiculturelle, un business, qui doit être le plus rentable possible. S’il faut faire rentrer un million d’immigrés dans le pays parce que c’est rentable, quelles que soient les conséquences sociales, il le fera. Pour lui, la France est un territoire, pas une patrie ; c’est une population, pas un peuple ; ce sont des individus, pas des personnes. Macron est un héritier des soixante-huitards ? Macron accomplit Mai 68. Avec lui, c’est l’idéologie du progrès, le culte du renouveau, qui implique nécessairement de faire table rase du passé. C’est l’idée soixante-huitarde selon laquelle l’homme ne peut s’émanciper que s’il se délie de tout héritage, de toute autorité, de tout cadre culturel. Je pense que c’est une erreur fondamentale. Et sur le plan économique ? Macron considère que la société apaisée, qui fonctionne, est celle dans laquelle les liens sociaux sont uniquement régis par les liens économiques, les liens égoïstes, le contrat. L’État est réduit au minimum, c’est le libéralisme intégral, une idéologie née à gauche, où l’individu prime sur toute autre considération. Macron ne voulait d’ailleurs pas avoir de programme, mais proposait un « contrat avec la nation ». Cela a des conséquences politiques très claires : quand vous avez une distension brutale du lien social, avec le terrorisme par exemple, que répond M. Macron ? Qu’il faut deux points de PIB en plus, qu’il faut réduire le chômage et investir dans les banlieues françaises. Il apporte une réponse strictement économique, alors qu’en fait, cette distension du lien social ne relève pas principalement de l’économie, mais du domaine moral et culturel. Ces gens-là n’arriveront pas à répondre à ces défis, ils sont à côté de la plaque, ils sont dans la négation anthropologique. Ce qui fait un peuple, ce n’est pas le contrat, c’est la pure gratuité. C’est, selon la formule de Renan, « d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ». C’est ce sentiment commun qui permet naturellement le civisme, la politesse et la solidarité sans y avoir nécessairement un intérêt égoïste. Trouvez-vous une qualité à Macron ? … C’est un bon communicant… Je suis frappée par sa capacité à mettre à profit la formule du cardinal de Retz, « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». Il l’a théorisée, intellectualisée, et surfe sur une ambiguïté générale. Macron est l’incarnation de ce concept, c’est assez fort. Il est progressiste, mais j’ai envie de lui répondre par Orwell : « Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains. » Moi, je ne trouve pas plus humain de mettre en place un modèle économique qui fait fabriquer nos produits par des esclaves à l’autre bout du monde, d’avoir un Whirlpool en Pologne plutôt qu’en France, de créer des mouvements de population qui rendent tout le monde malheureux et génèrent des situations tendues et conflictuelles, que les droits de l’enfant d’avoir un référent père et mère soient niés, que les femmes louent leur ventre et vendent leur bébé. Cette vision de la société me fait peur. Marine Le Pen vous a affublée, il y a quelques semaines, du qualificatif « raide », comme votre génération, disait-elle… Oui, je pense que Marine a bien perçu que la génération qui va subir tous les manquements et toutes les lâchetés de la classe politique, a de quoi être raide… C’est ma génération qui va payer les fractures territoriale et sociale ; qui va subir à grande échelle les cassures entraînées par le multiculturalisme ; qui va devoir combattre le fléau de l’islam politique et radical qui gangrène les banlieues ; qui va encore probablement connaître des dizaines de morts lors d’attentats ; qui va subir la casse sociale, le chômage de masse ; qui va payer les abus de la génération 68, qui a joué la cigale tout l’été et nous laisse des déficits incommensurables, des privilèges de classe intenables et irréformables… Quand on sait cela, il y a de quoi avoir une certaine raideur et une certaine exigence, car c’est ma génération qui va devoir se retrousser les manches et relever ces défis immenses. J’appartiens peut-être à une génération un peu dure, mais la vie est dure. Le chômage nous touche particulièrement, les jeunes sont les plus confrontés à l’insécurité du quotidien, à la cohabitation multiculturelle, aux difficultés de logement. Ma génération est désenchantée, elle sait que les lendemains ne chanteront pas et a compris qu’elle vivra moins bien que celle de ses parents. Nous sommes raides, mais l’angoisse est importante. Avez-vous, par moments, été frustrée dans votre activité de député ? Forcément, car le fonctionnement actuel des institutions ne permet pas à un député non inscrit d’être entendu. J’ai fait une fois voter un amendement très technique, pas politique, en commission, qui a été annulé deux heures plus tard à la suite d’une nouvelle réunion expresse de la même commission : voilà un exemple qui illustre à quel point l’intérêt général a complètement déserté cette Assemblée. J’ajoute que l’Assemblée nationale est en grande partie une chambre d’enregistrement des directives du Parlement européen, qu’on vit un simulacre de débat en commission, en sachant pertinemment que la France n’a pas de marge de manœuvre. Ensuite, les disciplines de parti sont tellement présentes qu’il n’y a aucun suspense sur les votes, on a beau argumenter, débattre, cela ne sert à rien. Ce fonctionnement est assez médiocre et très frustrant sur le plan intellectuel. Cela a d’ailleurs tué la qualité du débat car chacun récite sans emphase ses arguments. J’avais discuté avec un fonctionnaire présent depuis longtemps qui m’expliquait avoir vécu l’effondrement progressif du niveau des députés de législature en législature… Continuerez-vous, une fois retirée, à intervenir dans le débat public ? A priori non, ce n’est pas prévu. Excluez-vous de mener un combat parallèle, sur le plan culturel par exemple ? Non, je ne l’exclus pas. Si ma reconversion professionnelle me le permet, j’essaierai de le faire. Mais en tout cas, je ne ferai pas que cela. Que retenez-vous du fonctionnement des médias, auxquels vous avez eu beaucoup affaire ? Ce fonctionnement ne me convient pas du tout puisqu’il privilégie la superficialité, l’instantanéité et l’agitation du moment. J’ai constaté que certains journalistes, qui reprochent beaucoup de choses aux politiques, sont en réalité le strict reflet de leur médiocrité. À mesure que les politiques devenaient des petits technos formatés sortis de Sciences Po et de l’Ena, les journalistes devenaient des petits clones formatés sortis des écoles de journalisme. J’ai assez peu d’estime pour la profession, où je n’ai trouvé presque aucune culture historique, politique, où j’ai entendu du slogan et des éléments de langage, où beaucoup reprennent la dépêche AFP du matin, recopient ce qu’a écrit le collègue. Mais cet univers est le reflet du fonctionnement actuel de la société. J’avais lu une analyse scientifique expliquant que le fonctionnement cérébral des générations qui viennent était radicalement différent de celui de la génération de nos grands-parents. Les connexions neuronales se façonnent en fonction des stimuli extérieurs et de notre environnement : nos grands-parents, qui étaient soumis à moins d’informations, développaient leur mémoire et leur concentration, et ont beaucoup de mal avec la saturation de l’information et le zapping. La génération qui vient, elle, a une capacité à passer très vite d’une information à une autre mais de moins en moins de capacité de concentration et de mémoire. Cela pose un vrai problème de société : au lieu de contrer ce phénomène général, l’école l’accompagne, au lieu d’être un sanctuaire qui force le cerveau à développer ses capacités, elle s’aligne et baisse le niveau d’exigence. Et les médias s’adaptent à cela, au temps de cerveau disponible. Cela pose également un problème démocratique : on ne peut pas être un citoyen éclairé si on n’a pas un minimum de mémoire, de capacité d’analyse et de concentration. Disons-le aussi, le fonctionnement de certains médias, notamment leur financement, pour ceux qui vivent non pas de leurs lecteurs mais d’aides directes ou indirectes, ne les aide pas à se confronter à la réalité, les empêche de sortir de leur monde dogmatique, sectaire, idéologique. Trouvez-vous les journalistes conformistes ? Beaucoup sont bien-pensants, mais, pire : ils sont ultra-prévisibles. Certains journalistes commentent davantage qu’ils n’informent. On peut aujourd’hui faire de la politique à très haut niveau en répétant trois slogans à la radio le matin ; si on veut être paresseux, cet univers permet de l’être. Les formats sont toujours les mêmes, quand on va dans une émission, on sait exactement ce qu’on va entendre parce qu’ils répètent tous la même chose. J’ai vu un vrai manque de travail et une vraie paresse intellectuelle, et, très rarement, j’ai rencontré des journalistes pertinents dans leur approche, originaux. Dans certaines émissions, l’invité a parfois même moins d’importance que le journaliste qui est devenu le propre objet de l’émission. Quels écrivains vous ont marquée, construite intellectuellement et politiquement ? J’aime beaucoup Simone Weil, j’ai lu sa Note sur la suppression générale des partis politiques. Je suis marquée par les analyses d’Alain de Benoist, sans être d’accord avec lui sur tout, mais il a une capacité à démocratiser les sujets éminemment complexes notamment dans son livre sur la théorie du genre, les Démons du bien. Plus jeune, j’ai été marquée par les livres de Jean Sévillia, Historiquement correct, Moralement correct, le Terrorisme intellectuel, qui remettent en cause tous les paradigmes dans lesquels on évolue, cela m’avait fait énormément de bien. J’ai beaucoup aimé aussi les Fleurs d’Ulysse, de Jacques Trémolet de Villers, ainsi que son récent livre sur Jeanne d’Arc. J’apprécie la critique du libéralisme de Michéa, qui en pointe les dérives. J’ai aimé également le livre de Frédéric Rouvillois, Être (ou ne pas être) républicain. Les Déshérités de François-Xavier Bellamy est aussi un livre qui a compté pour moi politiquement. Quelles sont vos références majeures parmi les classiques ? Je suis une fervente lectrice de Péguy et Barrès, qui parlent mieux que quiconque de la France, même si ce n’est pas très politiquement correct. J’ai lu l’Anthologie de la poésie française de Pompidou, je l’ai toujours à côté de moi. J’ai lu Balzac, il y a longtemps, j’ai adoré Rousseau — sur le plan littéraire, moins sur le plan politique —, je vais lire le “Petit Lavisse”, j’ai découvert au moment des commémorations de la Première Guerre mondiale Orages d’acier d’Ernst Jünger et les Croix de bois de Roland Dorgelès, qui retracent la ferveur patriotique de ces millions d’hommes dans l’horreur… J’ai en mémoire, aussi, un texte magnifique de Pic de La Mirandole sur la différence entre la nature animale et la nature humaine, De la dignité de l’homme. Au sujet de l’homme, il écrit : « À lui, il est donné d’avoir ce qu’il désire et d’être ce qu’il veut. »]




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